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Si les choses avaient été différentes

Summary:

Orion Black a fait sa scolarité à Beauxbâtons et cela a changé sa vision des choses. La devise de la famille Black "Toujours Pur" n'a plus le même sens pour lui. Cependant, il ne veut pas non plus être exclu de la sa famille. Les années vont passer ainsi. Et un jour, Sirius viendra lui demander son aide. Orion devra prendre une décision qui pourrait tout changer.

Notes:

Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) organisé par le serveur Discord Potterfictions sur le thème de la famille Black.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

Mon personnage imposé est : Orion Black
Contrainte de texte 1 : UA What if = Univers alternatif dans lequel un changement de l’intrigue du canon a eu lieu
Contrainte de texte 2 : UA changement d’école

________

Bonjour !

Voici un OS avec un personnage que je n'avais jamais écrit auparavant !
J'espère avoir bien rempli les conditions imposées pour cet ASPIC, en tout cas je suis assez contente de ce que j'ai réussi à en faire.

Bonne lecture !

Work Text:

Si les choses avaient été différentes


 Orion observait avec nostalgie les cadres photographiques dans le couloir du 12 Square Grimmaurd, se demandant ce qu’aurait été sa vie si les choses avaient été différentes.

 Une photo de sa famille au complet attira son attention : sa femme Walburga et lui-même, assis·e·s côte à côte sur un canapé vert, regardaient droits devant elleux, clignant à peine des yeux. Sirius, presque deux ans, debout près de sa mère, les mains derrière le dos, tentant de ne pas se trémousser. Et Regulus, âgé de quelques jours, dans un berceau. On ne voyait pas le bébé, ce genre de choses était normal dans cette famille : les bébés n’avaient pas d’intérêt avant de savoir marcher et parler. 

 Orion se rappelait parfaitement quand avait été prise cette photo : la veille du jour où le destin avait frappé à leur porte. La veille du décès de sa femme. Orion n’avait pas vraiment aimé Walburga, mais iels s’entendaient à peu près sur les points les plus importants : les valeurs à transmettre à leurs descendants. Sa disparition soudaine ne l’avait que moyennement attristé. En revanche, cela avait été une vraie épine dans son pied puisqu’il dut élever seul — avec les elfes de maison — ses deux garçons. 

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 Les années passèrent rapidement, Orion s’éloignant peu à peu d’une bonne partie de sa famille et de celle de sa femme. Il était forcé de voir régulièrement Cygnus — le plus jeune frère de Walburga — et Druella, ainsi que leurs trois filles, mais ce n’était pas de gaîté de cœur. Il n’aimait pas laisser ses deux garçons jouer avec leurs cousines et particulièrement l’aînée qui lui semblait un peu dérangée. De toute manière, tout ce côté de la famille était bizarre. À part Alphard, l’autre frère de feu sa femme, qu’il avait toujours trouvé sympathique. L’homme aimait beaucoup Regulus et Sirius qu’il gâtait un peu trop, n’ayant lui-même pas d’enfant. Il était fâché avec Cygnus et ne voyait donc quasiment pas ses nièces. 

 Quand le moment fut venu d’inscrire Sirius à l’école, Orion hésita longuement. Il y avait le choix le plus évident pour n’importe quel Anglais : Poudlard. Ou bien les autres écoles. Orion ne doutait pas que ses enfants auraient été d’office à Poudlard si Walburga avait toujours été de ce monde, elle avait eu la main sur l’éducation et les choix pour Sirius dès sa naissance. Son décès avait pourtant changé la donne. Orion, tout comme sa sœur Lucrecia, avait été à Beauxbâtons. Une exception dans la famille Black, mais les parents d’Orion voulaient que leurs enfants parlent français et fassent honneur à la devise de la Noble et Très Ancienne Maison des Black : « Toujours pur* ». Cela avait eu pour conséquence d’éloigner Orion des valeurs qu’il avait apprises, bien qu’il ait camouflé à tout le monde ses doutes.

 Orion croyait toujours à l’importance des sorcier·e·s de Sang-Pur dans le monde magique, mais il avait appris à mettre de l’eau dans son Élixir pendant ses études. Contrairement à sa femme et aux frères de celle-ci — qui étaient également ses cousin·e·s au deuxième degré — qui avaient fait leurs études à Poudlard en étant réparti·e·s à Serpentard, Orion avait fréquenté des sorcier·e·s de toutes origines en France. Beauxbâtons n’avait pas de répartition par maisons et les différences entre les origines étaient estompées. Cela avait légèrement changé sa vision des choses et il se sentait moins proche des idéaux de sa famille. Il n’avait pas eu le choix de son mariage avec Walburga et s’en était accommodé, n’ayant pas l’envie de se rebeller au risque certain d’être renié et effacé de la tapisserie généalogique. Mais il était finalement assez content d’avoir pu élever ses enfants dans un environnement un peu plus tolérant que dans le reste de la famille. 

 Pendant de longues semaines, Orion réfléchit à sa décision, puis choisit d’écouter son instinct : il envoya son aîné en France pour sa scolarité. Par ailleurs, cela l’éloigna également de ses cousines et Orion s’en félicita. Deux ans plus tard, Regulus suivit le chemin de son frère et fut également envoyé à Beauxbâtons.

 Sans grande surprise, Sirius excella à l’école et se fit facilement des ami·e·s. Il en parlait peu, mais Orion savait qu’il y avait des enfants de toutes origines parmi elleux. Et Sirius en semblait fier. Regulus était encore plus discret sur ses relations à l’école et Orion se doutait qu’il se mélangeait moins, ayant une nature plus réservée.

 Pendant ce temps, Orion garda un œil sur ce qui se passait en Angleterre. Il avait un mauvais pressentiment sur ce fameux Voldemort dont il entendait parler de plus en plus. Impossible de savoir qui était vraiment cet homme et d’où il venait. Ce dont Orion était sûr, c’était qu’il n’était pas membre d’une famille de Sang-Pur d’Angleterre, son nom était totalement inconnu. Il maîtrisait parfaitement son arbre généalogique ainsi que l’Histoire des Vingt-Huit Sacrées, familles très liées les unes aux autres depuis des générations et des générations. 

—————

 L’été 1978 marqua la fin des études à Beauxbâtons de Sirius. Peu de temps après la remise des diplômes, à laquelle Orion avait assisté, extrêmement fier de son fils, ce dernier commença à parler de nouvelles fréquentations sans les nommer. À demi-mot et uniquement quand Regulus était absent. Orion sentait que son fils tâtait un terrain dangereux.  

 L’année qui suivit fut calme pour Orion : Sirius enchaîna différents stages au Ministère afin de déterminer ce qu’il ferait comme métier et Regulus était encore à Beauxbâtons. Le père de famille était compréhensif et préférait laisser du temps à son fils pour trouver sa voie. Il était jeune et aisé, rien ne l’obligeait à faire un travail dont il ne voulait pas.

 Un jour, à la fin de l’été 1979, Orion rentra plus tôt des courses qu’il avait à faire sur le Chemin de Traverse et surprit son fils aîné en pleine réunion amicale dans la grande cuisine. L’étonnement se lut sur le visage de Sirius. Puis la détermination la remplaça.

— Père… Je vous présente des amis : James, Remus et Lily. Et vous connaissez déjà Andromeda, ma cousine.

— Enchanté… répondit Orion, quelque peu déstabilisé. Je suis ravi de te revoir Andromeda. 

 Cette dernière semblait aussi dubitative qu’Orion était stupéfait. Il n’avait pas croisé sa nièce depuis plusieurs années, depuis que celle-ci s’était enfuie de son domicile pour se marier avec un moldu. Cela avait fait un véritable scandale dans la famille Black et Orion s’était retenu de demander des précisions sur l’endroit où sa nièce vivait. Encore une fois, bien qu’il ne partagea pas totalement l’avis général, il ne souhaitait pas se retrouver seul, renié et conspué. Ceci étant, Orion était réellement content de voir Andromeda. Il se demandait comment Sirius avait retrouvé sa trace. À moins qu’il ne l’ait jamais perdue…

 Il rangea ses quelques courses dans les placards et se servit une tasse de thé. Il s’installa à table, avec les jeunes et entama la conversation.

— Comment vas-tu Andromeda ? J’ai appris que tu étais mariée…

 La jeune femme de vingt-six ans échangea un regard avec Sirius qu’Orion ne put manquer de remarquer. Son fils lui fit un signe encourageant de la tête. La curiosité d’Orion s’aiguisa.

— Oui, oncle Orion, je suis mariée avec Ted depuis sept ans. C’est… c’est un né moldu, je pense que tu l’as appris.

— En effet, tes parents en ont parlé. Ils n’étaient pas ravis… Comment vas-tu ? Es-tu heureuse ?

— Je suis heureuse oui. Je suis maman d’une petite fille de six ans, répondit Andromeda avec un sourire, visiblement plus détendue.

— Je t’avais dit que tu ne risquais rien avec mon père, fit remarquer Sirius, un air entendu sur son visage. 

 Orion but un peu de son thé. Observant les autres jeunes qui paraissaient avoir l’âge de son fils. L’un des deux garçons, aux cheveux noirs et avec des lunettes rondes, tenait la main de la fille, aussi rousse qu’une Weasley, probablement son petit-ami. Le second était menu et son visage était parsemé de cicatrices. Il semblait plus en retrait et ne le regardait pas, contrairement au garçon brun qui le fixait avec une pointe d’arrogance. 

— D’où viennent tes amis Sirius ? Sont-ils de Beauxbâtons ?

— Nous avons fait nos études à Poudlard, répondit le dénommé James. Sirius a rejoint notre petit club l’été dernier et nous nous voyons régulièrement.

— Quel genre de club ? s’inquiéta Orion.

— Oh… Vous savez, un club pour les jeunes, pour se réunir, jouer à la Bataille Explosive ou aux Bavboules, ce genre de choses.

 Orion était persuadé que le dénommé James lui mentait et que ce fameux club n’était rien de tout cela. Il espérait que ces jeunes ne se mettaient pas hors la loi ou en danger. Il termina son thé et laissa son fils avec ses ami·e·s. 

—————

 La réponse à ses interrogations vint bien plus tard, une année plus tard. Entre-temps, Orion sut que Sirius continua à voir ses ami·e·s et sa cousine. Lui-même les croisa de temps à autre dans la cuisine du Square Grimmaurd. Chaque fois qu’il arrivait dans la pièce, les conversations cessaient et les regards étaient fuyants. Orion continua à craindre leurs activités, d’autant plus quand il remarqua un anneau à la main de la jeune Lily et son ventre s’arrondir avec le temps. Pourtant, il n’avait aucune raison de les rejeter, iels étaient aimables, rien à leur reprocher. Il apprit aussi les noms de famille de ces jeunes, mais cela ne lui apporta pas grand-chose, excepté pour James dont il connaissait vaguement l'histoire. Il avait appris la mort de ses parents récemment en lisant la rubrique nécrologique de la Gazette du Sorcier, rien de plus. 

 Andromeda aussi était là régulièrement, plus souvent que les autres même. Et Orion était plutôt heureux de voir sa nièce. Elle n’avait pas caché longtemps qu’elle était contente d’avoir gardé contact avec certains membres de sa famille, malgré le rejet brutal et total de ses sœurs et de ses parents, ainsi que de tout le reste des Black en réalité. Il ne subsistait plus que Sirius, Orion et Alphard, l’oncle célibataire un peu bizarre que toute la famille tolérait par obligation. Orion gardait des relations distantes, mais polies avec la famille, mais il ne dévoila jamais la présence d’Andromeda chez lui.

 En ce quatre juin 1980, il faisait très chaud pour la saison et Londres transpirait. Orion avait décidé de ne pas sortir de chez lui ce jour-là, il avait de toute façon beaucoup de travail à faire. La gestion de la fortune familiale était particulièrement chronophage. Il devait également préparer son voyage en France pour la remise de diplôme de Regulus à la fin du mois. Sirius était absent, comme la plupart du temps. 

 Alors qu’Orion était à son bureau, transpirant derrière la verrière grande ouverte pour laisser entrer le peu de vent qu’il y avait en ce jour, Sirius déboula. 

— Père ! Nous avons besoin de vous !

 Orion sursauta et releva la tête vers son fils. Il avait l’air passablement mal en point : ses robes étaient défaites et partiellement déchirées, ses cheveux mi-longs détachés et ébouriffés, et une éraflure lui barrait la joue. Il paraissait à bout de souffle et sa main droite tenait fermement sa baguette.

— Sirius, que se passe-t-il ?

— James et Lily sont en danger ! Nous avons fait une erreur stratégique majeure et je crains pour leur vie !

 La frayeur et l’angoisse étaient nettement perceptibles dans la voix de Sirius. Orion posa sa plume et ferma ses cahiers de comptabilité, il lui semblait évident qu’il ne finirait pas cela dans la journée. 

— Reprends tes esprits et explique-moi ce dont il s’agit, mon fils.

— C’est urgent, Père ! répondit Sirius en s’avançant vers lui.

— Je ne compte pas me déplacer sans savoir de quoi il retourne, Sirius ! 

 La voix d’Orion claqua dans le bureau. Il utilisait peu souvent son autorité avec Sirius, cela n’avait jamais fonctionné avec cet enfant rebelle. Mais cette fois-ci, Orion voyait bien qu’il n’avait pas le choix, Sirius était hors de contrôle et l’effet de surprise marchait plutôt bien en général.

 Comme il s’y était attendu, son aîné s’arrêta dans son mouvement, un air étonné sur le visage. Bien, Orion savait qu’il aurait son attention, maintenant. Il agita sa baguette en bois de houx : la fenêtre et la porte se refermèrent avec fracas. Un autre geste et l’ambiance de la pièce devient lourde et pesante : des sorts de silence et d’impassibilité empêchaient quiconque d’entendre, d’entrer ou de sortir du bureau. 

— Je t’écoute maintenant.

 Sirius le regarda un instant puis s’assit dans le fauteuil qu’Orion lui désignait de la main. Ses traits étaient encore inquiets, mais la détermination avait pris le dessus. Orion connaissait depuis toujours la témérité de son fils, sa propension à se jeter la tête la première dans les évènements sans y réfléchir et il pensa une fois de plus qu’il avait fait le bon choix en l’envoyant à Beauxbâtons et non à Poudlard. Nul doute que dans l’école britannique, Sirius aurait été à Gryffondor et cela aurait été un déshonneur pour la famille Black dont Orion aurait entendu parler à chaque occasion. Et il s’en passait parfaitement bien !

— James et Lily sont en danger, Voldemort est après eux. Nous devons les cacher !

— Et si tu commençais par tout me raconter depuis le début ?

 Le doute traversa le visage de son fils puis il déballa tout : sa rencontre avec ses ami·e·s pendant un stage d’été au Ministère entre sa sixième et sa septième année. Iels s’étaient trouvé·e·s des points communs rapidement et étaient resté·e·s en contact même pendant la dernière année scolaire. Dès sa fin d’études, Sirius avait été mis dans le secret d’une organisation visant à contrer la montée au pouvoir de Voldemort : l’Ordre du Phénix. Le jeune homme ne dévoila rien de précis sur cette organisation, mais Orion comprit ce dont il semblait être question et ses peurs se concrétisèrent : son fils se mettait en effet en danger avec ces gens-là. Il se mettait en danger dans l’espoir de protéger des personnes injustement attaquées par un homme ivre de pouvoir. Sans surprise Andromeda était également proche de ce groupe qui combattait ce Lord Voldemort et ses Mangemorts. Étant donné le type de messages qu’ils véhiculaient, Orion ne doutait pas que la famille Black devait au minimum valider leurs agissements, au pire certains membres devaient participer. 

 Sirius enchaîna avec la rumeur d’une prophétie ayant été dévoilée récemment, une prophétie mettant en danger immédiat James et Lily ainsi que leur enfant à naître. Particulièrement leur bébé d’ailleurs. Il semblerait qu'un agent double avait tout risqué pour leur faire passer l’information. Malheureusement, le chef des Mangemorts avait également eu connaissance du contenu de la prophétie. Cela parlait d’un enfant né fin juillet, or parmi les membres de l’Ordre du Phénix, deux femmes attendaient des enfants pour cette période : Lily et une certaine Alice Londubat. Orion connaissait ce nom, celui d’une famille de Sang-Pur, une longue lignée. Ainsi, Sirius et Andromeda n’étaient pas les seul·e·s descendant·e·s issu·e·s des Vingt-Huit Sacrées qui prenaient position contre les valeurs prônées par leurs familles depuis toujours. 

 Orion se sentit à la fois fier de son fils et terrifié par ce que tout cela voulait dire. Il prit quelques instants pour réfléchir avant de parler, tentant de conserver son calme, essayant de penser à ce qui découlerait de tout ce que Sirius lui avait appris en quelques minutes. 

— Si j’ai bien compris, l’une de ces femmes mettra au monde un enfant qui sera capable d’éliminer ce Lord ? Et nous devrions donc les protéger ?

— Alice est en sûreté depuis hier, personne ne sait où excepté Franck, son mari, qui est gardien du secret de leur cachette. Il est avec elle et le restera tant que nous ne lui aurons pas fait parvenir de message. Mais Lily et James sont en danger ! Leur gardien du secret est peut-être un traître… 

— Tu t’es mis dans un beau pétrin, Sirius. La situation me semble très sérieuse… Pourquoi es-tu dans cet état ?

 Orion désigna son fils de la main, montrant ses robes et son visage. Il n’était pas du tout parti avec un accoutrement aussi débraillé le matin, Orion en était certain.

— Un affrontement sans gravité avec des Mangemorts… C’est à cause de ça que nous pensons qu’il y a un traître. Le gardien du secret de James et Lily est un de leurs amis de Poudlard, un garçon assez discret et soi-disant au-dessus de tout soupçon. Mais je ne l’ai quasiment jamais vu aux réunions de l’Ordre, moi. Si on m’avait demandé mon avis, j’aurais choisi Remus et pas Peter comme gardien… 

— Pourquoi Remus ?

— Oh… C’est un mec sérieux, c’est tout…

 Sirius avait très clairement éludé la question, c’était limpide pour Orion. Peu importe ce qui retenait son fils de lui donner son avis sur le pourquoi du comment, il n’avait pas vraiment le temps de se pencher là-dessus. La situation semblait relativement urgente et méritait qu’il y réfléchisse. 

— Êtes-vous certains que le traître est ce garçon, Peter ? Le gardien du secret de tes amis ?

— Non, rien de sûr, mais on ne peut pas prendre cette menace à la légère, Père !

— Il s’agit d’un contexte compliqué, c’est vrai. Mais je ne vois pas bien ce que je peux faire pour vous aider. Et me parler de tout cela comporte des risques Sirius, tu connais notre famille et ses valeurs… 

— Ce type n’est pas du tout qui il prétend être, Père ! Je suis certain que vous le savez aussi bien que moi et que vous n’adhérez pas à ses méthodes. Je vous ai suffisamment observé… 

 Sirius s’était redressé et la passion brûlait dans ses yeux. Orion connaissait parfaitement son fils et n’était pas le moins du monde étonné par ce qu’il disait. Il connaissait aussi la famille Black et avait toujours répugné à prendre réellement parti sur ces sujets, les conséquences étant systématiquement désastreuses pour les individus s’opposant à la devise « Toujours pur ». Si seulement ses parents avaient su qu’en l’envoyant à Beauxbâtons, Orion apprendrait non seulement que cette maxime était ridicule, mais en plus qu’il finirait par ne plus y croire vraiment… Parce que cela faisait bien longtemps qu’il n’y croyait plus, qu’il savait que la pureté de leur sang ne ferait que l’appauvrir avec les générations. Et que les enfants né·es de moldu·es étaient tout aussi légitimes que les Sang-Purs. Mais faire face à toute la famille en prenant le parti de l’Ordre du Phénix était autre chose que de simplement ne plus être d’accord avec elle. Orion était peut-être un peu lâche finalement, mais sa tranquillité était importante.

— Nous risquons d’être bannis de la famille, Sirius, tous les trois. En as-tu conscience ? Veux-tu tourner le dos à tout le monde ? 

— Regulus, non, ça m’étonnerait qu’il soit banni… S’il avait pu, je suis certain qu’il aurait déjà rejoint les rangs des Mangemorts… grimaça Sirius.

— N’en sois pas si sûr, mon fils. Regulus est discret, mais il est intelligent, je pense qu’il comprendrait, si ce n’est pas déjà le cas.

— Peu importe, il n’est pas digne de confiance pour l’instant, il ne doit rien savoir !

 Orion était forcé d’être en accord avec cette affirmation. Regulus était loin d’avoir les discours que tenait Sirius depuis longtemps et son père le savait. Il connaissait ses deux enfants sur le bout des doigts et Regulus était aussi secret que Sirius était provocateur. Il eut un pincement au cœur en pensant à son cadet, à Beauxbâtons en ce moment même. Selon la décision qu’Orion allait prendre, tout risquait de changer. 

— Tu n’as pas répondu à ma question, Sirius. As-tu conscience que la famille va te déshériter, te bannir, comme ta cousine Andromeda ? 

— Oui et je m’en bats les couilles ! James et Lily sont plus importants que toute cette famille de dégénérés ! Aidez-nous, Père, s’il vous plaît. 

 Orion était confronté à un choix. Au niveau intellectuel, le choix était fait depuis longtemps. Orion se mêlait peu au reste de la famille Black, par manque d’affinité et se satisfaisait de sa situation de père veuf ayant élevé seul ses enfants, avec peu d’influences extérieures. Mais tourner officiellement le dos aux Black était autre chose. Et pourtant, alors qu’il regardait son fils et la détermination de son visage, la passion qui brûlait dans ses yeux, Orion sut. Il allait bousculer sa tranquillité, sa vie facile et son futur. Parce que c’était la chose à faire, il ne pouvait pas laisser ces jeunes gens se sacrifier, laisser ce Voldemort les tuer. Le bébé à naître était une raison supplémentaire de prendre position : cet enfant n’avait rien demandé à personne et ne méritait pas de mourir avant même d’arriver en ce monde. La vie était sacrée.

— Que puis-je faire ?

— Nous avons besoin d’un endroit où James et Lily pourront se cacher. Nous avons de multiples propriétés, laissez-moi en utiliser une pour cela.

— Tous les gens qui sont au courant seront une faiblesse pour ce plan, Sirius. Je connais toutes nos maisons et il ne sera pas difficile de chercher parmi elles. 

— Nous serons liés par un Serment Inviolable, vous, moi et Remus. James sera le gardien du secret et nous autres continuerons à vivre normalement. 

 Un Serment Inviolable… Le risque était grand, vital même. Orion acceptait-il de mettre sa vie en jeu pour deux jeunes qu’il connaissait à peine, simplement parce qu’il faisait confiance à son fils ? Il était nécessaire d’y réfléchir, ne pas prendre une décision hâtive. Orion pencha la tête en arrière, tourna lentement son fauteuil vers la fenêtre située dans son dos. Il vit sans voir les murs tapissés de bibliothèques remplies de livres et parchemins, cahiers de comptes et souvenirs. Il fut content de ne jamais avoir installé les tableaux des ancêtres ici et de les avoir laissés dans le salon principal. Pas de témoins à cette discussion.

 Après un certain temps de réflexion, que Sirius dut trouver long au vu des bruits qu’il faisait avec sa baguette sur le bureau, Orion lui fit de nouveau face. Sa décision était prise. Il se leva, empoigna un gros cahier sur l’une des étagères et le tendit à son fils.

— La liste de nos propriétés se trouve en page dix. Choisis celle que tu désires et ne me dis rien. Organisez-vous et reviens ici avec ton ami… Remus, je crois… pour le Serment Inviolable. Je pense qu’il serait préférable que vous restiez cachés là-bas vous aussi, avec le couple qui attend ce bébé. Je ne veux pas risquer de te perdre, Sirius.

— Que direz-vous à Regulus quand il se rendra compte que je ne vis plus ici ? demanda Sirius en prenant le registre, un air de gratitude sur le visage.

— Que tu es parti faire tes études à l’étranger avec tes amis. Cachez-vous aussi longtemps que possible, ce Voldemort finira bien par passer de mode…

 Sirius serra le grand cahier contre lui. Le soulagement se voyait dans ses yeux et Orion fut convaincu d’avoir pris la bonne décision. Il entoura son fils de ses bras un instant et le laissa partir. 

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 Orion observait avec nostalgie les cadres photographiques dans le couloir du 12 Square Grimmaurd, se demandant ce qu’aurait été sa vie si les choses avaient été différentes. 

 Il s’arrêta devant un portrait de ses parents et le souleva. Derrière le cadre, il y avait une image. Celle-ci ne bougeait pas, c’était une photo moldue. Elle représentait des personnes qu’Orion n’avait pas vues depuis très longtemps : Sirius et ses ami·es. Et un petit garçon de onze ou douze ans environ, les cheveux aussi noirs que ceux de son père, les yeux aussi verts que ceux de sa mère, l’uniforme de Beauxbâtons sur le dos. Les parents entouraient l'enfant, Sirius se tenait tout près d’eux, une main sur l’épaule de Lily et l’autre autour de la taille de Remus. Tout le monde avait l’air heureux et souriait. 

 Orion laissa une larme glisser le long de sa joue et reposa le cadre à sa place normale. Sirius était un souvenir maintenant, et seules quelques photos envoyées discrètement tous les deux ou trois ans prouvaient qu’il était encore en vie. Et qu’il était heureux. 

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*En français dans la version originale de Harry Potter

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