Work Text:
« Évidemment que je sais ce que je fais. Je suis une licorne. »
Cette phrase, étonnamment, n’avait rassuré personne. Aussi, Kevin serrait-il fort dans ses griffes Gary et Tiggy tout en battant des ailes au cas où le sol se trouverait particulièrement… ailleurs. Le tourbillon de paillettes qui les entourait se mua brusquement en une brume rose pastel et opaque. Comme le dragon s’y attendait, le sol brillait par son absence et il ne voyait même pas le bout de son mufle. Il baissa la tête vers les autres.
« Tu es sûr qu’on est à Gotham ? demanda-t-il à Gary.
― Évidemment, abruti. Où voudrais-tu qu’on soit ?
― Ça Gotham ? fit Tiggy. Gotham jolie.
― Oui, Gotham jol… hein ? Non, Gotham pas jolie ! s’écria Gary tenu à l’envers par Kevin, le dos vers le sol. Gotham grise et lugubre !
― Champ vert pas gris et lugubre, rétorqua Tiggy. Champ vert tout vert avec jolis chevaux qui brûlent. »
La licorne fronça les sourcils.
« Kevin, retourne-moi.
― … avec Tiggy ? s’enquit le concerné, vaguement gêné.
― Vers le sol, abruti. Je vois que tes écailles dans cette position.
― Oh. »
Le dragon obéit et Gary écarquilla les yeux. Gotham avait énormément changé depuis la dernière fois. Tiggy avait dit vrai. Loin sous eux, une jolie plaine à l’herbe grasse descendait en pente douce vers une rivière d’eau claire. Quelques arbres épars agrémentaient le tableau, certains portant de gros fruits colorés comme il n’en avait jamais vus… mais ce qui le stupéfiait vraiment, c’étaient les dizaines de chevaux… en feu… qui les dévisageaient avec intensité.
« Eux en danger ?
― Euh… ils n’ont pas l’air de… s’en soucier…
― Gary… Ces chevaux sont en train de brûler, marmonna Kevin, fasciné.
― J’ai vu.
― Eux avoir mal ?
― Je sais pas, Tiggy.
― Nous aider eux !
― Je sais pas, Tiggy. »
Ne sachant pas quoi faire de ces informations, le dragon demeura en vol stationnaire et s’aperçut soudain que certains étaient plus grands que les autres, et portaient une corne frontale.
« Gary, ce sont des licornes.
― Les licornes ne… brûlent… pas… comme ça… Kevin, répliqua Gary, hypnotisé.
― Je te jure que certaines ont des cornes, insista-t-il. Regarde. »
La licorne fronça les sourcils et dû bien se rendre à l’évidence. Les plus grands, ceux qui flambaient littéralement le plus fort, avaient bel et bien une corne au milieu du front. Mais même d’ici, Gary pouvait voir qu’ils ne ressemblaient pas du tout aux licornes de Verania. Leur robe était claire, mais absolument pas blanche. Le terme « crème » convenait mieux pour la qualifier et leur corne était de la même couleur, comme faite d’os ou d’ivoire. Un matériau bien trop banal pour une corne de licorne. Même si leurs crins étaient en feu et que cela ne semblait absolument pas les émouvoir.
« Je crois que nous ne sommes pas à Gotham, avança Kevin.
― Ça pas Gotham ?
― Non, Tiggy.
― Tiggy déçu. Tiggy voulait voir Batman et Joker.
― Je sais, Tiggy, nous aussi. » fit un Kevin à la tête basse.
Gary, lui, était littéralement fasciné par l’étrange troupeau qui ne les quittait pas des yeux.
« Descends. » ordonna-t-il.
Inquiet, le dragon n’obtempéra pas.
« Euh, commença-t-il.
― Kevin, descend.
― D’accord. J’imagine que je pourrais toujours vous protéger avec mes ailes.
― Pourquoi toi devoir protéger nous ? Tiggy devoir écraser ?
― Tiggy pas écraser pour le moment, affirma Gary.
― Oh, fit Tiggy, déçu.
― Kevin, descend. » répéta Gary en soufflant quelques paillettes rouges.
Le dragon déglutit et obéit, descendant graduellement en une large spirale, tout en prenant soin de garder ses distances avec le troupeau. Il n’avait pas remarqué les étranges bulbes dans les hautes herbes. Ni les reflets aux allures de mirages qui ondulaient à la surface de l’eau. Pourtant, plusieurs dizaines d’yeux les regardaient approcher, complètement stupéfaits.
Il atterrit dans l’herbe et replia ses ailes pour paraître moins impressionnant. Gary s’écarta un peu de lui et s’ébroua. Alors, l’un des étranges chevaux à cornes s’avança vers eux. Il était plus grand que les autres et ses flancs étaient barrés de cicatrices. Même sa corne était ébréchée, constata Gary. Définitivement pas une licorne.
Il le laissa s’approcher, puis releva la tête et bomba le poitrail. L’étalon s’arrêta et huma. Gary aussi. Et, chose curieuse, il ne sentait pas le brûlé. Ni le cheval. Ni la licorne. En fait, Gary ne reconnaissait que très peu d’odeurs, ici, et elles pouvaient se résumer à : l’eau et l’herbe. Et encore, c’étaient pas exactement les mêmes.
« Est-ce que tu parles ? » demanda-t-il.
L’inconnu sursauta et ses naseaux se dilatèrent. Il hennit alors. Enfin, non, ce n’était pas vraiment un hennissement. Ça y ressemblait, mais ça semblait… articulé.
« Répète ça ? »
Il répéta. Gary cligna des yeux. Cette créature venait de dire « Galopa ».
« Qui galopa ? » fit-il sans comprendre.
Il sursauta lorsqu’une voix éraillée à ses pieds laissa échapper un « Bulbizarre ! » surpris et souffla des paillettes blanches. Le cheval de feu recula et les flammes sur son corps s’intensifièrent, doublant presque de volume. Aux pieds de Gary, la créature verte se tassa derrière l’un de ses antérieurs.
« Stop, ordonna Gary. On se calme. Je sais pas qui tu es, je sais pas où je suis, je sais pas ce que vous êtes, mais ce que je sais, c’est que je vous éclate tous les deux si vous essayez de me brûler, de me bouffer ou quoi que ce soit d’autre. Il restera rien de vous, même pas de la fumée. C’est clair ? »
Derrière lui, Kevin et Tiggy laissèrent échapper un « Ooooh » admiratif, suivit d’un « Si Sam était là pour voir ça » de Kevin. Devant lui, les flammes de l’étalon diminuèrent et la chaleur, que Gary n’avait pas remarquée jusque-là, disparut. À ses pieds, la bestiole à bulbe se détendit et cessa de s’appuyer contre sa jambe.
« Bien, dit-il. Vous savez parler. Dites-moi qui vous êtes.
― Galopa, fit le cheval.
― Bulbizarre. » ajouta la bestiole verte.
Gary ferma un instant les yeux, pressant ses paupières avec force.
« Et je suis où ?
― Galopa, fit Galopa.
― Bulbizarre. » renchérit Bulbizarre en hochant la tête.
La licorne les dévisagea l’un après l’autre, puis avisa le troupeau qui s’était un peu rapproché. Il aperçut alors, sur les roches plates de la rive, des créatures qui ressemblaient à des chiens bleus à tête vaguement humaine, avec de grandes oreilles palmées et une longue queue de dauphin. Ils étaient assis comme des chats et les observaient de leurs yeux noirs en amande. Plus près, autour de lui, se tenaient plusieurs autres bestioles à bulbe, quelques petits oiseaux à houppettes crochues et un drôle de chat violet à la queue en faucille. Gary fronça les sourcils.
« Et eux, c’est qui ?
― Galopa !
― Bulbizarre ! »
Nouveau regard circulaire de Gary.
« Et vous êtes quoi, au juste ?
― Ga-alopa !
― Bul-bulbizarre ! »
La licorne inspira profondément, puis expira lentement.
« Vous ne savez dire qu’un seul mot ?
― Galopa, répondit Galopa en hochant sa tête en feu.
― Bulbizarre, confirma Bulbizarre en s’asseyant sur son derrière.
― Aqualiiii ! s’exclamèrent les chiens-sirènes bleus.
― Ponytaaa ! hennirent les petits chevaux de feu dépourvus de corne.
― Chacripaaan, miaula le chat pointu en se léchant une patte.
― Euh, fit Kevin avec éloquence.
― Eux mignons, dit Tiggy. Moi aimer eux.
― Moi pas savoir où nous être tombés. » marmonna Gary.
Il soupira. Décidément, sans sa corne, même la magie la plus élémentaires perdait de sa superbe. Bon, évidemment, celle-ci n’était pas si élémentaire que ça et si Sam pouvait le faire en rêvant, Gary n’était pas Le putain de sorcier, comme dirait l’autre, il n’était qu’une licorne privée de sa corne et il avait été stupide de penser qu’il pourrait réitérer l’exploit de la Gay Pride sans être drogué aux endorphines*.
« Les mots que vous prononcez, commença prudemment Gary qui essayait de démêler ce sac de nœuds, ce sont vos noms, c’est ça ? C’est comme ça que vous vous appelez ? Hochez la tête si c’est un oui. »
Le troupeau de chevaux enflammés hocha la tête comme un seul homme. Les autres créatures aussi. Gary inspira sans les quitter des yeux.
« Et vous vous appelez tous pareil. »
Nouveau hochement de tête collectif.
« Je m’appelle Gary, dit-il posément. Et je suis le seul.
― Et moi, intervint Kevin en bombant le poitrail, je suis Kevin. Et je suis aussi le seul.
― Moi être Tiggy, ajouta fièrement Tiggy en se redressant de toute sa hauteur. Moi être seul Tiggy. »
Les créatures les dévisageaient avec un air de profonde admiration. Leurs yeux, légèrement agrandis, semblaient touchés par la grâce. Si bien que Gary et Kevin commençaient sérieusement à envisager de s’établir ici pour lancer une religion draco-licornesque – ou licorno-draconique, selon les avis, mais même Gary serait forcé de reconnaître que ça sonnait moins bien.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama une voix éraillée.
― Vous avez vu la taille de ce dracaufeu ?
― Et ce galopa !
― Et l’autre, c’est quoi ? »
Le groupe tourna la tête vers les trois intrus et découvrirent deux humains et un espèce de chat beige à grosse tête avec un genre de pièce sur le front et une queue en spirale. L’homme avait des cheveux violets coupés au carré et la femme une imposante crinière en pointe d’un rouge pourpré. Ils portaient un grand R sur le devant de leur tenue.
« Même les humains sont bizarres ici, remarqua Kevin.
― Vous entendez ? Ce dracaufeu grogne vraiment bizarrement ! s’exclama l’homme.
― Vous avez déjà vu un dracaufeu pareil ? intervint le chat. Il est trois fois plus grand qu’un dracaufeu, il est noir et il a des pointes partout.
― Et il grogne, insista l’homme. Et ce galopa a parlé.
― James, fit la femme, Miaouss aussi, il parle.
― Certes.
― Je ne suis pas un dracaufeu, les corrigea patiemment Kevin. Je suis un dragon et je m’appelle Kevin. »
L’étrange trio cligna plusieurs fois des yeux. Pour eux, ce n'était qu'un grondement modulé et extrêmement peu avenant. Kevin était si habitué à la présence de Sam qu'il avait oublié que sans lui à proximité, les humains ne pouvaient pas comprendre ce qu'il leur disait.
« Moi être géant, ajouta fièrement Tiggy. Moi être Tiggy. Et moi être seul Tiggy ! »
Tandis qu’il parlait, l’encolure de Gary s’était allongée et il pencha la tête de côté pour les lorgner de son œil gauche.
« Je suis une licorne, dit-il, vexé, pas un galopa. Une licorne. Gary le Magnifique est mon nom. Et vous… »
Il plissa les yeux et ses naseaux se dilatèrent. Le troupeau, nullement impressionné par les trois nouveaux intrus et toujours en admiration devant les trois premiers, émit un soufflement d'admiration collectif.
« Qui êtes-vous et de quel droit interrompez-vous notre réunion ? »
Le trio au R s’entreregarda.
« Nous sommes la Team Rocket ! s’exclama l’homme en prenant la pose. Je suis James.
― Et moi, Jessie.
― Miaouss ! » miaula le chat.
Nullement impressionné, Gary mâcha par ennui pendant quelques secondes pour marquer le coup, puis souffla un nuage de paillettes beiges. Il les snoba et se tourna vers son nouveau fan-club, mais dans son dos, des murmures s’élevèrent aussitôt :
« Ce sont des pokémons légendaires, fit James, fasciné.
― La licorne a l’air shiny. Vous avez vu sa crinière ? Elle brille comme l'intérieur de la coquille d'un Crustabri, ajouta Jessie.
― Et la taille du dracaufeu, renchérit Miaouss. Les noirs, c'est des shinies aussi, non ? J'en avais jamais vu.
― Mais enfin, intervint Kevin, puisque je vous dis que je suis un dragon.
― Le boss va être trop content de nous !
― Capturons-les !
― Je lance le filet spécial légendaires, annonça James.
― Moi, je prépare les hyperballs, renchérit Jessie.
― Et moi, la…
― Minute. »
Gary, qui ne s’était absolument pas retourné, leur lança par-dessus son épaule :
« Nous sommes effectivement légendaires. Si vous essayez de nous capturer, Kevin va vous brûler, je vais vous piétiner, Tiggy va vous écraser, puis on vous boira à la paille et s’il reste du sang, on se baignera dedans. »
Interdits, ils le dévisagèrent. Les autres créatures, partagées entre l’horreur et l’admiration, reculèrent tout de même quelque peu avec une grimace de dégoût.
« Tiggy écraser ? s’exclama le géant, tout content.
― Peut-être, répondit Gary. On va voir.
― Euh, fit la Team Rocket.
― Vous les connaissez ? » demanda Gary aux créatures autour d’eux en faisant un signe de tête vers le trio qu'il avait déjà classé dans le dossier Branques.
La plupart secouèrent la tête, mais un ponyta boiteux approcha, puis un bulbizarre à qui il manquait une partie de son joli bulbe, un aquali apparemment intact et quatre piafs rayés qui voletaient bizarrement. Tous se mirent à s’exclamer en même temps, sans savoir que Gary ne les comprenait pas.
« Miaouss, qu’est-ce qu’ils disent ? murmura James, inquiet.
― Le ponyta dit qu’il a été capturé par la Team Rocket il y a cinq ans et qu’il a été battu sans arrêt. Il dit qu’il essayait d’aimer son dresseur, qu’il était gentil avec lui, mais que son dresseur le frappait avec sa clef à mollette parce que ce n’était jamais bien. Quand il s’est finalement mis à boiter, il l’a abandonné. »
Les oreilles de Miaouss étaient tombées pendant qu’il traduisait. James renifla.
« C’est ignoble, affirma-t-il.
― Pauvre pokémon, renchérit Jessie.
― Le bulbizarre, continua Miaouss, a été attaqué alors qu’il essayait de protéger sa famille d’un inflammanoir. La Team Rocket l’a attaqué avec deux démolosses qui l’ont mordu si fort qu’ils lui ont arraché son bulbe. Il a perdu sa famille. »
Cette fois, ce fut Miaouss qui renifla. James s’essuya les yeux du revers de la main.
« L’aquali, reprit-il d’une voix tremblante, a été utilisé pour des expériences à Céladopole pendant des années. Il est né là-bas et n’avait jamais vu le monde extérieur avant qu’un dresseur extraordinaire et un pikachu courageux ne libèrent les pokémons opprimés. Le dresseur ne les a pas capturés, il les a soignés et les a ramenés ici pour qu’ils puissent vivre librement et en sécurité. »
Jessie et James reniflèrent. Tiggy aussi. Kevin leva un regard larmoyant vers Gary, mais celui de la licorne restait fixé sur la Team Rocket et il était plus noir de seconde en seconde.
« Les étourvols, continua Miaouss, ont été capturés pour servir de proies d'entrainement aux arboks de la Team Rocket. Ils sont les seuls survivants de leur groupe. »
Cette fois, Tiggy pleura franchement et à grands bruits, la tête enfouie sous l’aile de Kevin.
« La Team Rocket, répéta lentement Gary en insistant sur les syllabes.
― Elle cruelle ! cria Tiggy en reniflant très fort. Tiggy détester Team Rocket !
― Elle très, très cruelle, renchérit Gary dont le regard, terriblement fixe, commençait à faire suer Miaouss. Rappelez-moi à quoi vous nous avez dit appartenir, vous trois ? »
Il se mit à exsuder des paillettes noires. Même Kevin déglutit.
« Euh… euh… ce n’est pas nous qui avons fait tout ça, couina James. Je le jure !
― Vous appartenez à la Team Rocket, contra Kevin. Vous l’avez revendiqué. »
Le rugissement qu'ils entendirent à la place des mots les firent brusquement reculer de plusieurs pas.
« Eux Team Rocket ? demanda Tiggy en s’essuyant la figure sur un énorme mouchoir qu'il avait tiré de sa poche.
― Oui, Tiggy. Eux Team Rocket.
― Tiggy pas aimer Team Rocket ! Tiggy écraser ! »
Tiggy leva les poings au-dessus de sa tête et s’avança vers eux avec une rapidité dont ils ne l’auraient jamais cru capable, mais avant qu’il ne les atteigne et en fasse de la pâtée pour démolosse, les galopas s’étaient retournés et leur avaient envoyé une ruade collective et magnifique qui les avait fait décoller. Dans la foulée, les bulbizarre lancèrent des fouets-lianes qui leur claquèrent aux fesses et les aqualis crachèrent des torrents d’eau qui les propulsèrent hors de vue. Le tout, avant que Tiggy ne frappe. Aussi alla-t-il, emporté par son élan, écraser un rocher qui se trouvait malencontreusement là et ne laissa qu’un petit cratère. Il se redressa, vexé.
« Tiggy fâché. Tiggy vouloir écraser eux. Eux mauvais. »
Le ponyta boiteux vint frotter sa tête contre lui en répétant doucement « Ponyytaa ». Déçu et triste, Tiggy lui flatta doucement le dos et, à la grande surprise de ses amis, ne se brûla pas.
« Lui tout doux. Feu de lui chatouiller Tiggy.
― Je suis quand même déçu qu’il n’y ait pas eu de sang, lâcha Gary en fixant d'un air morose le petit cratère qu’avait laissé la frappe de Tiggy.
― Tiggy aimer lui.
― Il est mignon, c’est vrai. » admit Kevin.
Le regard de Gary le transperça.
« Mais absolument pas mon genre.
― Lui trop mignon pour toi, confirma Tiggy.
― Je suis extrêmement mignon, protesta Gary.
― Gary pas mignon, insista Tiggy. Gary majestueux. »
La licorne sans corne bomba le torse. Les pokémons les dévisagèrent sans comprendre. Soudain, l’air tremblotta près d’eux et Sam se matérialisa. Le troupeau entier sursauta. Même un buisson qui avait pourtant l'air détendu et qui, à présent, avait deux yeux.
« Mes dieux, bande de crétins. J’ai cru que je vous retrouverai jamais. J'ai dû faire 5 mondes différents avant de vous mettre la main dessus. J'vous raconte pas la taille du requin. J'espère que vous regrettez. Sinon, vous en faites pas, ça va venir.
― Sam ! Oh, Sam, Sam, Saaaam ! »
Gary se jeta sur lui et s’enroula littéralement autour du jeune homme en pleurnichant et en bredouillant combien il était heureux de l’avoir retrouvé, combien la Team Rocket était ignoble et combien il était légendaire. Sam fronça les sourcils et chassa quelques paillettes de son visage, mais choisit de ne pas relever. Son regard parcourut l’assemblée de créatures.
« Bonjour, dit-il poliment en ignorant Gary. Je peux vous demander ce que vous êtes ? »
Ils répondirent tous par leur nom.
« Des pokémons ? Je n’avais jamais vu de pokémons. Que vous êtes beaux. »
Les pokémons rayonnèrent. Ils aimaient cet humain. Le ponyta de Tiggy vint même frotter son museau contre son bras.
« Lui Ponyta, dit Tiggy. Lui ami de Tiggy.
― Bonjour, Ponyta. Je suis Sam.
― Lui venir avec Tiggy. »
À l’annonce de ce projet, les yeux du ponyta, qui jusque-là avaient été ternes, avec la paupière lourde, s’éclairèrent brusquement et s'ouvrirent tout grand. Il hennit son nom, sa crinière gonfla et flamboya et il agita joyeusement la tête. Sam, qui venait juste d’ouvrir la bouche pour en dissuader Tiggy, la referma et hocha la tête.
« Oh, je sais ! On pourra le présenter à Randall ! Il lui brûlera la barbe ! »
Sam failli dire à Gary de refouler de telles pensées, puis se ravisa. Après tout, il était très mauvais hypocrite et il s’était toujours demandé à quoi ressemblerait le sorcier sans sa couche de poils hirsutes.
« Excellente idée. »
Il perdit son sourire en tournant la tête vers le troupeau. Ils ne pouvaient pas rester. Le coeur gros, il ne résista pas à l’idée de faire son Morgan. L’occasion était trop belle et il n'avait pas le courage de jouer son propre rôle sans pleurer.
« Maintenant, on va dire au revoir à ces gentils pokémons, annonça-t-il posément. On va rentrer, et je vais vous éclater tellement fort que vous pourrez pas vous asseoir pendant une semaine. »
Gary et Kevin le regardèrent avec des étoiles plein les yeux et Sam retint un soupir. Il n’aura même pas réussi à les effrayer.
« Sam éclater Tiggy aussi ?
― Non Tiggy. Tu es le meilleur. Et aussi mon préféré.
― Aaaah ! »
Ravi, Tiggy le prit dans ses bras et le serra contre son visage.
« Sam aussi préféré de Tiggy.
― Merci Tiggy.
― Sam éclaté par Ryan quand nous rentrer, annonça Tiggy.
― Euh…
― Ah, ça, intervint Gary, sûrement.
― Oh, j’ai hâte de voir ça, renchérit Kevin.
― Ponyta ? demanda Ponyta.
― Le terme exact est défoncé, cela-dit, ajouta encore Kevin. Ou cassé en deux, ça marche aussi.
― On dit casser les pattes arrières, corrigea Gary, ou passer à la casserole, ou…
― Mes dieux, s’exclama Sam. Taisez-vous.
― Ponyta ? s’enquit le Ponyta en penchant la tête.
― Tu n’es pas prêt pour entendre ça, lui dit Sam.
― Il a quel âge ? intervint Kevin.
― Ponyta !
― Il dit qu’il est adulte et qu’y a pas de souci à se faire, traduisit Gary qui n’avait rien compris.
― C’est… attends, c'est précisément ce qu'il vient de dire, lui dit Sam en fronçant les sourcils. Tu parles ponyta, toi, maintenant ?
― Non, j’ai jeté ça là en espérant que ça passerait.
― Joue à la loterie quand on sera rentrés, lui conseilla Sam.
― Ouais.
― Ponyta ?
― Oui, tu peux venir si tu veux.
― Ponytaaa ! »
Le ponyta boiteux sautilla, ravi, et Tiggy se pencha pour le soulever en faisant attention à ne pas le blesser, puis le tint précautionneusement contre lui. Ponyta, plus heureux que jamais, pencha la tête en arrière pour lui lécher le menton.
« Tiggy nouvel ami. »
Sam hocha la tête en souriant et leva les mains.
« Au revoir, gentils pokémons ! On ne vous oubliera jamais ! »
Ils lancèrent des gerbes d’eau, de flammes et des pétales de fleurs qui tourbillonnèrent autour d’eux dans une tornade inoffensive à laquelle s’ajoutèrent les paillettes de Gary tandis que la magie de Sam les ramenait à Verania.
Au loin, couchés sur la colline avec des longues vues, trois jeunes gens, un évoli et un pikachu observaient la scène, bouche bée.
