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« Rose ? Où es-tu ? »
Hermione chercha à travers le magasin peuplé une chevelure rousse. En vain. À ses côtés, Hugo admirait les nouveaux balais sortis, ignorant l’inquiétude grandissante de sa mère. Le magasin était assez grand, se divisant en différentes allées, chacune étant associée à un thème du Quidditch. Le crépuscule perçait les fenêtres du bâtiment, plongeant le tout dans une ambiance rouge et or qui rappela à Hermione la salle commune de Gryffondor.
Une ambiance chaleureuse et agréable, en somme… Sauf quand on perd un enfant.
« Perdre sa fille pendant les vacances, marmonna Hermione. Bravo ma grande… »
Tout avait bien commencé pourtant. La famille avait passé une magnifique journée à la mer, profitant de la fraîcheur de l’eau et bercée par le mouvement des vagues. Le soleil avait illuminé la terrasse sur laquelle Hermione avait savouré un cocktail glacé. Les enfants avaient quant à eux continué à jouer dans l’écume de la Méditerranée. Puis ils avaient décidé de visiter le village sorcier au centre de la presqu’île de Giens. Une destination de rêve pour Hermione qui avait fait disparaître toute la frustration du départ de Ron, parti plus tôt au grand dam de son fils.
Puis Rose avait décidé de lui échapper.
Hermione respira profondément pour ne pas paniquer. Inspire… Expire… Toujours pas de rousse en vue. Inspire… Expire… Au moins Hugo était avec elle. Pourquoi Merlin il y a-t-il autant de monde ici ?! Inspi…
« GRANGER ! »
Cette voix.
De toutes les personnes que je pouvais croiser.
Drago Malfoy lui fit un grand signe, le corps raide dans sa cape noire. A ses côtés, Hermione reconnut la chevelure rousse de sa fille. Immédiatement, elle fut soulagée d’avoir retrouvé Rose… en compagnie de son ancien ennemi.
Mais qu’est-ce qu’elle fait avec Malfoy ?
Hermione jeta un œil à son fils, qui suivait la scène. Il lui assura qu’il l’attendrait près des balais, rassurant sa mère. L’ancienne Gryffondor se rapprocha alors du blond, déterminé à reprendre sa fille. A mesure qu’elle avançait, la scène se dévoilait petit à petit : Scorpius Malfoy était face à sa fille, tous les deux avaient le visage froissé et colérique sous la vigilance froide de Drago Malfoy. Lorsqu’elle arriva à la hauteur du groupe, Hermione croisa le regard furieux de Rose et celui impassible de Drago. Complètement perdue, la sorcière salua platement son ancien ennemi.
« Malfoy…
-Tu devrais surveiller ta marmaille quand tu la sors. »
Le ton sec surprit à moitié l’ancienne Gryffondor. En revanche, les mots firent grimper sa colère.
« Je te demande pardon ? Comment oses-tu parler de ma fille ainsi ? »
Hermione se plaça face au sorcier blond, relevant le menton. Malfoy fronça à peine les sourcils devant cette réaction.
« Depuis que ta chère progéniture s’amuse à gifler mon fils.
Pardon ?
- Je ne l’ai pas frappé ! Scorpius, un menteur ! »
La sorcière regarda sa fille, puis le fils Malfoy.
« Je n’ai rien fait, Maman ! On s’est disputé, c’est tout !
- Mais oui, ta main sur mon visage, c’est « se disputer » pour toi ? »
Hermione reconnut le ton traînant caractéristique des Malfoy dans la voix du petit blond. Et s’il avait sa voix, il pouvait tout aussi bien avoir sa ténacité.
Un mal de tête commença à se faire sentir chez la sorcière alors que les deux argumentaient violemment, attirant l’attention des autres clients ; clients vite renvoyés à l’autre bout du magasin à coups de regards noirs de l’impétueuse Hermione et du trop noble Drago.
« Je ne t’ai pas giflé, Scorpius.
Bien sûr que si.
- Bien sûr que non.
- Si.
- Non.
- Si.
- Non.
- Si…
- Fils. »
Le ton glacial de Drago éteignit l’argumentation enflammée des enfants. Le fils Malfoy se tourna lentement vers son père, rapetissant sous son regard lourd.
« Père ?
- Cesse tes enfantillages indignes de ta famille et retourne voir ta mère. Tu me fais honte ! »
L’enfant grondé ne put que baisser les têtes et battre en retraite loin du groupe, non sans avoir foudroyé Rose du regard. La rousse le lui rendit avec un sourire de mépris évident.
« Rose. Va rejoindre ton frère. »
L’expression dédaigneuse fondit sous le ton froid d’Hermione. La jeune fille s’éloigna en grommelant vers Hugo sous le visage fermé de sa mère. Cette dernière la suivit du regard jusqu’à ce que la rousse rejoignît son frère, qui l’accueillit avec une expression interrogative.
Finalement, Hermione se retourna vers Drago, qui n’avait toujours pas bougé.
« Pfiou, faites des gosses, qu’ils disaient…, murmura la sorcière.
- Tu n’es pas obligé de les garder, tu peux les laisser à une nourrice. »
L’ancienne Gryffondor pouffa, pas le moins du monde étonné par le commentaire du blond.
Evidemment, ce serait si facile ! Quelle tristesse de ne pas assumer les tâches ingrates.
Les moqueries semblaient intriguer le sorcier.
« Qu’y a-t-il de drôle ? Je suis sérieux.
- Je le sais bien, Malfoy. Ton commentaire te correspond parfaitement, dit-elle en le regardant dans les yeux. Tu n’as pas changé depuis Poudlard. »
Drago haussa les sourcils si haut qu’ils se perdirent dans ses mèches blondes avant de les froncer.
« Et toi, Granger…
- Weasley.
- Peu importe… Je disais, Granger » - Hermione roula des yeux - « que toi tu n’as pas changé non plus. Toujours le sang chaud, toujours à menacer les élèves.
- Ne sois pas stupide. » Drago haussa un sourcil… « Je ne le fais que lorsque c’est nécessaire. » …roula des yeux… « Surtout lorsqu’on se plaît à regarder un innocent se faire abattre.
- De quoi parles-tu ?
- En troisième année ? L’Hippogriffe que tu as fait condamner par ton père ? »
Drago se braqua.
« Tu es encore là-dessus ? Et c’est moi qui n’ai pas changé depuis Poudlard ? Entre ça et les menaces, je vais commencer à m’inquiéter.
- Ha. Ha. Ha. Hilarant. Aussi hilarant que mon poing dans ton nez.
- Et on est reparti. La violence, signature des Gryffondors.
- Courage, corrigea Hermione. Et tu sais que tu l’as mérité.
- De la violence et de la stupidité, voilà ce qu’est que votre courage… »
Drago regarda par-dessus l’épaule de la brune.
« … si on ne compte pas ton cher mari. »
Hermione se tendit.
« Et mon sacro-nez ne mérite pas tes phalanges.
- Que… Qui te dit que Ron n’est pas avec moi ?
- Loin de ses enfants chéris ? Ils font peine à voir, seuls devant ces objets qu’ils ne pourront jamais avoir, faute d’argent…
- Tu serais surpris du salaire d’auror et de salarié au sein de la justice magique.
- La justice magique ? Ça ne m’étonne pas de toi, Granger. » Hermione serra les dents. « Je suppose que tu as continué ton combat pour les elfes de maison ?
- Tu supposes bien.
- Quelle perte de temps.
-Trop habitué à soumettre en esclavage, Malfoy ? Comme c’est surprenant…
- Un gain de temps, surtout. Nous pouvons nous concentrer sur des tâches plus importantes, contra Drago, raide. Comment crois-tu que nous ayons conservé notre richesse ?
- En manipulant, en trompant, en soumettant en esclavage pour rester sur le cas des elfes de maison.
- Toi et tes droits, si tu n’étais pas Hermione Granger, on te les aurait fait manger avec de l’ananas.
- Quelle finesse, du Malfoy tout craché.
- Admets que tu peines à rassembler du monde pour ta cause.
- Je ne trouve pas, au vu du soutien que je récupère, répliqua vivement la brune, faisant pouffer le blond.
- Des lèches bottes qui te suivent car tu es héroïne de guerre ! Avec la belette et le balafré, vous n’aurez que des insectes butinant les fleurs de votre gloire.
- Nos soutiens sont bien plus sincères que ne le furent ceux des Mangemorts pour Voldemort. »
Silence. Hermione regretta presque ses mots, mais refusa de nier la vérité. Que Malfoy en ait fait partie malgré lui confirmait ses dires. Celui-ci ne la contredit pas, cependant, baissant simplement les yeux un court instant.
« Je suppose, reprit doucement le blond, qu’il y a une part de vérité. »
Hermione attendit la vengeance, le retour du boomerang qu’elle avait envoyé.
« Mais ça reste plus que ton mari.
- Qu’est-ce que tu as avec Ron ?
- Manquement dans son rôle de père ? se moqua Drago d’un ton acide. J’ai entendu ta chère Rose le défendre face à Scorpius… Il te laisse tout seul ? »
Outch.
« Il est parti mériter son salaire en effectuant une mission urgente. C’est comme ça qu’il fera plaisir à ses enfants.
- Pfff, si le Ministère paye bien, c’est pour garder sa chair à canon près de lui le plus longtemps possible… s’ils ne meurent pas avant. »
Les mots choquèrent. La sorcière fit un pas en arrière. Puis deux.
Sa bouche s’ouvrit et se ferma, incapable de prononcer un mot.
« Pardon. »
Quoi ?
Avant qu’elle ne put se faire emporter par ses sentiments négatifs, Drago Malfoy s’était excusé. Drago putain de Malfoy s’était excusé.
Il s’est pris une insolation ?
« Ne fait pas une tête de Globulux, Granger, je sais reconnaître quand je dépasse les bornes. »
Hermione ne sut comment réagir.
« Oh. »
Ouah ! Quelle éloquence !
« Tant de répartie m'émeut, Granger. »
Cette dernière se ressaisit.
« Oh, excuse-moi de ne pas être habituée à entendre le GRAND Drago Lucius Malfoy s’excuser auprès de ma personne ! Je crois bien que c’est la première fois, tiens… »
Drago ne réagit pas, soufflant à peine du nez.
« Je t’en dois beaucoup, je crois, finalement. »
Le silence s’installa entre eux.
« Une fois suffira. »
Drago sourit.
« Pardon.
- Accepté. »
Étonnement, Hermione se sentit sereine. Et Drago sembla lui aussi bien moins raide qu’au début. Tous deux contemplèrent un point imaginaire, méditant sur ce qui venait de se passer, du pas immense fait dans leur relation. Les moqueries, les disputes et les insultes s’évaporèrent avec les rires des enfants qui courraient dans le magasin. La rancœur se dissolvait dans les vagues, laissant l’espoir d’une maigre amitié sur le sable blanc.
Dehors, les grillons se mirent à chanter alors que la nuit voilait petit à petit le ciel sans nuage du sud de la France. Le magasin se vidait lentement à mesure que l’heure du repas approchait. Bientôt, seuls les rayons de livres et de lumière entourèrent Hermione et Drago, qui n’avaient pas dit un mot. Derrière eux, Rose appela sa mère. Celle-ci sortit de ses pensées, ainsi que le blond.
« Bon…
- Eh bien… »
Tous deux avaient parlé en même temps. Et ils rirent. Ensemble. Pour la première fois.
« Eh bien… Au revoir, Malfoy.
Au revoir, Granger.
- Weasley.
- Peu importe. »
Hermione roula des yeux alors qu’elle se rapprochait de ses enfants, toujours accompagnée de Drago. Rose et Hugo devinrent silencieux un instant en voyant leur mère accompagnée de son « ennemi », surtout la rousse.
« Les enfants, saluez, s’il vous plaît. »
Ils marmonnèrent un bonsoir sceptique. Rose se mit en retrait alors que Drago s’approchait d’elle. Il s’agenouilla au niveau de la jeune fille qui implora sa mère du regard. Hermione n’intervint pas.
« Rose, commença doucement Malfoy, est-ce que tu as giflé Scorpius ? »
La fille fixa l’homme, puis Hermione qui la fixa en retour avec son regard de mère.
Dis la vérité.
Rose soupira.
« Oui. »
Drago jeta un œil à la brune qui s’était tendue. Alors qu’un large panel d’excuses grattait le bout de la langue d’Hermione, sa fille continua précipitamment.
« Mais c’était justifié, il a essayé de me prendre mon vif d’or. »
Les deux adultes se retournèrent comme un seul homme vers la rousse. Ils parlèrent aussi en même temps.
« Quoi ?!
- J’avais repéré ce vif d’or avec un éclair, qui imitait la cicatrice de tonton Harry. Je voulais faire plaisir à Hugo mais Scorpius a commencé à vouloir me la prendre parce que « il est un Malfoy et tout ce qu’il réclame lui est dû. » Il a essayé de me l’arracher des mains et je me suis défendue. C’est tout. »
La petite était au bord des larmes alors que son frère se rapprochait d’elle, faisant inconsciemment barrage entre les adultes et sa sœur ; la détermination illuminait ses yeux bleus.
Drago oscilla son regard entre Hermione et les enfants un long moment avant de soupirer en se relevant.
« Tu corriges ta fille, je corrige mon fils. Des excuses seront attendues à la sortie du magasin. »
Le blond les quitta sans attendre la réponse d’Hermione. Celle-ci pouffa.
Ça reste Malfoy.
« Maman ? »
La brune se pencha vers ses enfants.
« Tout va bien ? »
Hermione les détailla tous les deux, un petit sourire peint sur le visage. Brusquement, elle ébouriffa la chevelure de feu de ses deux rejetons.
« Hey !
Maman !
- Oh, ça va, hein, ria Hermione avant de reprendre son sérieux. Bon Rose. »
La moue faussement boudeuse de la rousse disparut.
« Il va falloir que tu t’excuses.
Mais il a essayé de me voler.
- Et il s’excusera. Mais tu dois le faire aussi, gifler n’est pas la solution. »
Même si ça fait du bien. Et même si c’est de famille.
« C’est dans notre sang, n’est-ce pas maman ? »
Hermione jeta un regard en biais à son fils, qui lui offrit un sourire d’ange.
« Mhm, mais ça ne change rien. Va présenter tes excuses à Scorpius, chérie. Il se fait tard… »
Après une dernière hésitation, Rose soupira lourdement en traînant des pieds jusqu’à la sortie. Le magasin était quasi vide et la nuit laissait scintiller les premières étoiles.
Hermione retint le rire qui lui chatouillait la gorge alors que sa fille s’approchait d’un Scorpius tout aussi boudeur d’un pas contrarié. Ils se firent face en silence, longtemps. Derrière le blond, Drago et sa femme Astoria se tenaient debout, observant l’échange enfantin d’un œil sévère.
Finalement, Scorpius articula des excuses en regardant ses pieds jouer avec le sable. Ceux de Rose suivirent peu après. Avec encore quelques hésitations, ils croisèrent leur regard et, lentement, levèrent leur main pour les serrer faiblement. Comme s’ils s’étaient brûlés, les deux firent volte face vers leur famille respective sans dissimuler leur gène et leur grognement.
« Voilà une bonne chose de faite, chantonna Hugo en regardant sa sœur. Je veux rentrer à la maison moi, j’ai faim.
Tu es vraiment comme papa, c’est dingue, grommela Rose. Je t’ai vu manger toute la journée.
- Ouais, je lui ressemble, c’est vrai. C’est fou, c’est comme si j’étais son fils ! »
Rose roula des yeux alors qu’Hugo riait bêtement à sa propre blague. Ils avancèrent tous les deux sous le regard doux de leur mère. Au loin, Hermione entendit le bruit du transplanage, indiquant que la famille Malfoy avait quitté les lieux.
« Bon, commença Hugo en claquant des mains. Demain, on fait quoi ?
On va là où il n’y pas de têtes blondes désagréables, grogna Rose,faisant rire Hermione.
- Oui bon, ça va encore, relativisa son frère. Tu t’en es bien sortie.
- Mouais, je me suis excusée quand même.
- C’était la moindre des choses, intervint Hermione d’un ton strict. Même s’il s’agit de Scorpius Malfoy, il ne faut pas le frapper.
- Ne pas frapper un Malfoy ? Je crois que c’est toi qui nous as enseigner l’expression « faites ce que je dis, pas ce que je fais », non ?
- Soit plus respectueuse, jeune fille, réprimanda Hermione.
- Pardon… »
Le silence accompagna la famille un temps avant qu’Hugo ne reprenne la parole.
« Tu n’étais pas ennemi avec Malfoy, Maman ?
Pourquoi tu demandes ?
- Bah, vous n’aviez pas l’air de l’être tout à l’heure. »
Hermione sourit.
« Ça n’a plus d’importance, ce qui importe maintenant, ce sont les vacances !
- On va éviter de gâcher ces fameuses vacances, grogna Rose. »
Le soleil laissa ses derniers rayons éclairer la surface scintillante de la mer, laissant la lune prendre sa place. La brise bruissa dans le feuillage des arbres, agitant le jeu d’ombre et de lumière de lune qui dansait sur le sol.
« Oh, ne t’inquiète pas. Je pense que c’est loin d’être des vacances gâchées. »
