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Zoro pédalait tranquillement dans la rue, des écouteurs dans les oreilles et Welcome Home de Radical Face en guise de bande-son. Le jeune homme se permettait de faire quelques figures. En cette heure aussi tardive ou aussi matinale – choisissez, les voitures étaient assez rares pour qu’il ne s’en préoccupe que peu. Soudain, il vit un groupe d’amis, sans le moindre doute alcoolisé. Un sourire étira ses lèvres. L’étudiant aussi aimait sortir avec sa bande et faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Pourtant, en ce moment, il préférait de loin la compagnie de son vélo. Le cycliste passa devant eux, un rictus toujours présent sur ses lèvres et il put entendre leurs rires à travers ses écouteurs. Discrètement, il se retourna et les vit danser dans le silence de la nuit sur un air que seuls eux semblaient entendre. Oui, cela lui rappelait bien des souvenirs, lesquels il tenait au plus près de son cœur.
Zoro se promenait comme à son habitude sur son petit vélo, lequel lui permettait défier les lois de la gravité. Flamingo de Cosmonkey dans les oreilles, il s’amusait à passer les différents lampadaires au rythme de la musique, aussi difficile que cela puisse paraître. Cette nuit encore, peu de monde parcourait les rues, malgré les températures enfin clémentes. Ce soir encore, le jeune homme prenait des libertés qui en aurait effrayé plus d’un. Ce comportement, il le mettait sur le dos des quatres bières qu’il avait bu au bar avec ses amis. Il ne les avait d’ailleurs pas suivi en boîte de nuit et n’avait pas eu besoin de prétexter un quelconque mal-être, sa bande savait pertinement qu’en pleine été, il préférait se pédaler dans la ville jusqu’à deux ou trois heures du matin. Au coin de la rue, l’étudiant passa auprès d’un groupe d’amis, avant de comprendre que c’était celui de la semaine dernière. Cette fois-ci et le temps d’une demi-seconde, il croisa un regard embué qui le fit frémir.
Zoro parcourait les rues de sa ville natale Miami de Will Smith comme musique d’ambiance. Il ne se trouvait pas aux États-Unis et pourtant, lorsqu'il longeait ainsi le bord de la côte, il pourrait presque y croire. Le jeune homme avait passé une majeure partie de sa sortie vélo à essayer cette nouvelle figure qui lui donnait du fil à retordre. Pour la première fois depuis longtemps, il avait hâte de rentrer pour mettre sa frustration de côté. Comme toujours, il passa devant le kebab ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et revit le petit groupe d’amis. Le fameux brun aux yeux sombres était tout aussi alcoolisé que les semaines précédentes, mais il capta son regard à la seconde où l’étudiant s’approcha, comme s’il l’attendait, ayant compris qu’il passait ici tous les vendredis soirs. Un frisson le parcourut et déjà, il se trouvait à des centaines de mètres des fêtards. L’idée alléchante d’être désiré le rendit rieur.
Zoro sortait du skatepark le regard brillant de fierté et les lèvres étirées de bonheur. Il avait enfin réussi cette nouvelle figure après des semaines de frustration. Déjà, il avait envie d’en essayer une autre. Il n’y avait rien de plus satisfaisant que de travailler durement et de réussir. Le rythme de 911 de Teddy Swims le faisait hocher la tête avec approbation. Le jeune terminait bientôt son tour et il attendait avec une naissante impatience d’arriver au kebab. Peut-être que ce soir encore, le groupe d’amis serait là. Au coin de la rue, il chercha et ne se retint pas de sourire en les voyant. Le brun l’attendait et lui sourit. Il rougit, détourna le regard et passa devant lui sans ralentir. Toutefois, il se retourna pour jeter un coup d’œil quelques mètres plus loin et devint écarlate en comprenant que le fêtard ne l’avait pas lâché du regard… Contre son gré, il se sentait déjà faiblir.
Zoro n’avait pas testé de nouvelles figures ce soir et était même resté plutôt sage tout au long du trajet. Rien de bien étonnant, il sortait tout juste du bar et les shots vodka pêche l’empêchait de tenter la moindre figure. L’étudiant ne se sentait pas si alcoolisé, mais il pouvait sentir son temps de réaction baisser à vue d’œil. Ce soir, il se contenterait du calme et de la fraîcheur de la ville avant une nuit de sommeil. Passionfruit de Drake accompagnait son trajet et il eut du mal à ne pas pousser la chansonnette, chose bien surprenant venant de sa part. Le jeune homme savait qu’il allait de nouveau repasser devant le kebab et il se demandait si une fois de plus, le brun l’attendait. En toute honnêteté, il l’espérait. Il avait croisé son regard trois semaines plus tôt et depuis, il ne le quittait plus. Il s’inquiétait à l’idée que cet inconnu devienne une sorte d’obsession malsaine. Le cycliste repoussa ce commentaire dans un sombre coin de son cerveau. Un sourire étira ses lèvres en apercevant l’alcoolisé sur le bord du trottoir. Il se trouvait bien avec ses amis, mais ne semblait pas l’attendre. Sans pouvoir s’en empêcher, il se hâta de faire grincer les pneus pour l'interpeller. Sa ruse sembla fonctionner, mais n’étonna pas le brun qui lui répondit à l’aide d’un clin d’œil provocateur.
Zoro traversait sa ville natale le sourire aux lèvres. L’été prenait fin et bientôt, il devrait mettre une veste pour apprécier sa balade. Road Trippin’ des Red Hot Chili Peppers accompagnait son sentiment de quiétude, qui disparut rapidement lorsqu’il arriva au coin du kebab. L’étudiant avait hâte de revoir le brun et pourtant, il se demandait pendant combien de temps ce petit jeu de séduction allait durer. Malheureusement, il était de tendance timide, trait de caractère qui entrait régulièrement en conflit avec sa grande impatience. Il n’aurait jamais la patience d’attendre que l’inconnu face le premier pas et pourtant, il était incapable de le faire. Il ne pouvait pas s’approcher du brun, descendre de son vélo et entamer une conversation avec lui alors que tous ses amis étaient présents. L’idée de se prendre un râteau le terrifiait. Sortant de ses pensées, il observa la bande, mais ne le trouva pas. Ses sourcils se froncèrent alors qu’un sentiment d’inquiétude et de tristesse l’envahissait. Merde. En se reconcentrant sur la route, l’étudiant le vit, à seulement quelques mètres. Paniqué, il freina tout en braquant sur la droite. Pieds à terre, le cœur battant à la chamade, il s’apprêtait à déverser toute sa peur quand le brun se planta de nouveau devant lui : quelle mauvaise habitude il avait.
– J’suis Luffy, désolé, mais j’peux pas courir, expliqua-t-il en pointant du doigt ses tongs.
Zoro aurait pu se moquer de lui, mais ravi de faire sa connaissance, il préféra lui sourire.
