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L'objet de l'Attraction

Summary:

Arrivée sur une planète, avec les (mauvaises) surprises qui vont avec. Ou l'occasion pour Kal de se questionner sur ce qu'il ressent réellement pour Aurora et pour Tyler.

Notes:

Crédits : Aurora Squad appartient à ses auteurs, Jay Kristoff et Ami Kauffman. Cet OS a été écrit dans le cadre de l'échange d'Halloween organisé par Andyss sur Dreamwidth, en cadeau à sailin, sur le thème 'Monstres & co'.
Seule l'histoire est de mon fait et m'appartient donc.

Work Text:

Une panne. Dans leur fuite, c’était bien la chose dont l’escouade avait le plus craint la survenue – en plus d’être attaqués : une panne. Celle qui affectait leur vaisseau, les réduisait à l’immobilité, les assignait à une position fixe et, surtout, des plus vulnérables. Une panne. Ce simple mot hantait l’esprit des membres de l’équipe tandis qu’ils attendaient le verdict de Finn, priant pour une conclusion optimiste. Un truc dévissé, n’importe quoi qui se résolût en deux-trois mouvements, vraiment.

Cela ne vint jamais. La tête dépitée du mécanicien lorsqu’il se tourna vers eux balaya tous leurs espoirs.

— Désolé les gars, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

L’instant d’après, il disparaissait dans les entrailles du vaisseau pour récupérer des outils. Les autres restèrent en arrière, les bras ballants. Parfaitement inutiles.

Le regard acéré de Kal balaya les alentours tandis que les autres s’asseyaient à même le sol. Force était d’admettre que, dans leur malchance, ils avaient eu de la chance : ils avaient eu le temps d’atterrir à l’endroit désiré, malgré quelques cahots inconfortables. La planète était catégorisée parmi les inhabitées ; le paysage autour d’eux était sauvage, sans aucune structure artificielle en vue. La clairière clairsemée était entourée d’un bois épais aux arbres immenses et fins, dominé par des aiguilles cramoisies. Un brouillard poisseux s’étirait entre les troncs, ce qui conférait au tout un aspect des plus sinistres. Rien n’était visible ; s’ils étaient observés, c’était difficile à apprécier. L’endroit empestait le danger ; aussi, il comptait bien demeurer particulièrement vigilant.

Pourtant, il ne put empêcher de laisser son esprit vagabonder tandis que son regard accrochait la silhouette d’Auri.

Cela faisait un moment – combien ? – qu’il lui avait confié ce qu’il… ressentait, sans avoir reçu de réponse de sa part. Elle ne se montrait pas très encline à poser des mots sur leur relation et, à vrai dire, plus le temps passait, plus il se questionnait sur ce qu’il en attendait lui-même. Il aurait cru que cette attente serait éprouvante et que la possibilité d’un rejet le torturerait ; or, il n’en était rien. Qu’elle l’estimât et le considérât au moins comme un ami semblait suffire à son cœur, ce qui le laissait perplexe. L’Attraction n’était-elle pas plus exigeante ? Pas qu’il aurait forcé Auri si elle ne partageait pas ses sentiments ; mais lui, était-ce normal d’éprouver une certaine indifférence vis-à-vis de cela ? Sans compter un tout autre détail. Un très léger détail.

Tyler.

Un cri perçant déchira soudain l’air et interrompit le fil de ses pensées. Celui de Scarlett. D’autres suivirent. Il tourna la tête vers sa source et sentit son corps se glacer. Un tentacule s’enroulait autour de la jambe de son Alpha tombé à terre, qui se débattait pour s’extraire de sa poigne. En le suivant du regard, on s’apercevait que celui-ci se rattachait à un corps informe auréolé de brume, une sorte de créature ovoïde de taille humaine, à la peau écailleuse d’un bleu terne, couverte de cloques, ponctuée çà et là de multiples yeux colorés. Plusieurs autres appendices se tortillaient près de lui, et quelques-uns lui servaient de membres mobiles. Une espèce inconnue, sans doute autochtone de la planète. Une chose qui ne recherchait qu’à remplir un objectif sans doute très trivial. Manger.

Il fallut quelques instants à Kal pour se rendre compte que le monstre tractait Tyler vers lui, une fois qu’il eut enroulé l’ensemble du corps de sa proie dont il ne dépassait plus que la tête. Malgré l’aide de sa sœur et d’Aurora, il ne parvenait pas à s’en libérer, mais les deux femmes devaient également éviter les autres tentacules qui se tendaient vers elles. Cependant, la créature paraissait hésiter. Alors que Kal portait sa main à sa ceinture, la créature frissonna, comme alertée par le mouvement et, soudain, elle se précipita vers la forêt brumeuse, en tirant Tyler dans son sillage.

— Tyler !

Finn émergea de l’intérieur du vaisseau avec Zila, exaspéré par les hurlements.

— Il se passe quoi, là ?!

Kal l’ignora et se lança à la poursuite du monstre, le cœur battant, en ignorant les autres membres du groupe. Il n’était déjà plus qu’une tache floue qui s’estompait avec le brouillard, or il ne voulait surtout pas perdre sa trace, même si les exclamations de Tyler, douloureuses et autres – certaines n’étaient pas très polies – l’aidaient à s’orienter. En même temps, il se maudissait en lui-même. S’il s’était montré réellement plus vigilant au lieu de réfléchir à ses déboires sentimentaux… Quelle importance ce qu’il se passait en son cœur si Tyler devait perdre la vie durant ce laps de temps ? Cette simple idée l’effraya, mais il s’efforça de conserver un calme relatif. Ne pas réfléchir, pour le moment. Agir, se battre si nécessaire, comme il en avait l’habitude. Et tirer son Alpha de là, vivant.

Le reste importait peu, et était à repousser pour plus tard.

Alors qu’il estimait qu’il se rapprochait, les bougonnements de Tyler devenant plus sonores – détail rassurant qui signifiait qu’il était encore en vie et pas dans un estomac quelconque –, un autre cri perça l’air, mais celui-ci n’avait rien d’humain. Le bruit se prolongea, prit une tonalité stridente, puis se tut. Kal ne s’arrêta pas. Tant qu’il n’aurait pas une vue sur la scène qui inclurait Tyler, il ne s’arrêterait pas. Il évaluerait ensuite la situation ceci fait, à distance si Tyler ne courait pas un danger immédiat. Cependant, il se faisait peu d’illusions sur la question. Son sang bouillonnait en lui et lui hurlait de réduire la créature en charpie, pour ce qu’elle avait fait à Tyler – éventuellement pas grand-chose, encore – et pour l’angoisse que cela avait réveillé en lui. Et ces injonctions étaient telles qu’il doutait de parvenir à les ignorer le moment venu.

Moins d’une minute plus tard, Kal se figea et haussa les sourcils, stupéfait. Le monstre était à l’arrêt. Quelque chose l’attaquait. Il plissa les yeux, crispé. La silhouette était fine, pâle, avait des airs d’humain, mais elle était si vive qu’il était difficile de la voir en détails, même pour lui. Des sortes de chauve-souris harcelaient la créature dans les hauteurs ; une d’elles s’approcha du sol avant de se métamorphoser en une silhouette similaire à l’autre. Elles se jetaient sur l’ovoïde et semblaient vouloir planter leurs crocs à travers la peau écailleuse. D’autres hululements de douleur. Kal ne chercha pas à comprendre le comment ou le pourquoi ; ces détails l’indifféraient. Il lutta contre son instinct qui lui hurlait de se joindre à ce conflit absurde – question de territoire, de nourriture ? – et chercha Tyler des yeux. Il le trouva au sol, qui se tortillait entre les serres du tentacule qui s’obstinait à ne pas le lâcher, et le soulevait un peu du sol. Pas de chauves-souris ou d’êtres blafards à ses côtés. Kal se précipita vers lui. Tyler l’aperçut et son visage s’éclaira, mais il s’abstint de parler afin de n’attirer l’attention d’aucun des monstres présents. Il lui parut plutôt pâle.

Kal ignora l’embardée de son cœur à la vision du sourire de son Alpha et évalua la situation d’un coup d’œil. L’appendice le serrait convulsivement, transformant le sourire en une grimace douloureuse. Cependant, la distraction du monstre le servait : Tyler avait réussi à dégager ses bras et la partie supérieure de son tronc, mais pas suffisamment pour pouvoir se plier ou avoir accès aux armes à sa ceinture. Ses gestes étaient un peu lents, saccadés, mais Kal ne s’y attarda pas. Comment procéder ? Sectionner le tentacule ? Y arriverait-il d’un seul coup ? Dans le cas contraire, c’était au risque qu’elle ne s’élevât dans les airs sous le coup de la douleur, et si elle expédiait ensuite Tyler, ce dernier pourrait ne pas y survivre…

Il n’eut pas le temps de se décider sur la stratégie à adopter car l’appendice s’ouvrit soudain, relâchant Tyler qui chuta au sol et hurla à l’impact. Il se replia sur lui-même, comme confronté à une douleur intense. Un mucus poisseux le maculait et il respirait vite. Kal se précipita à ses côtés et le tira pour l’extraire de la portée du tentacule. Tyler gémit, lèvres pincées pour ne pas émettre un son plus fort. Kal fronça les sourcils. Pas de blessure externe, mais sa position était sans équivoque ; les mains de Tyler serraient sa jambe gauche au-dessus de sa cheville. Cheville qui s’enflait et virait de couleur. Fracture, possiblement. Il n’y alla pas par quatre chemins et, sans avertissement, il attrapa Tyler et le souleva. Pas très léger, mais le poids allait avec la corpulence. Comme il avait prévu le coup, il avait procédé en conséquence et ne vacilla donc pas. Tyler ne protesta pas. La douleur devait l’accaparer.

Puis il s’enfuit, Tyler dans les bras. Son sang continuait de bouillir, agité par la colère, mais elle attendrait, car il y avait plus important : mettre son Alpha en sécurité. Et pour cela, il lui fallait s’éloigner des belligérants, même si cela signifiait perdre l’occasion de passer sa rage sur eux.

— Lâche-moi… je peux marcher…

Kal l’entendit très bien mais fit semblant que non, et ne ralentit pas le pas. Peut-être serait-il vexé mais il s’en remettrait. D’ailleurs, il ne cherchait même pas à se tortiller ; peut-être prononçait-il ces mots davantage pour donner le change, tout en ayant conscience que ce n’était pas une bonne idée. Ils seraient alors bien trop lents, et les créatures étaient encore bien trop près. Tyler protesta quelques minutes puis, confronté au silence de son subalterne qui l’ignorait avec superbe, se tut ; Kal se demanda un instant s’il ne s’était pas évanoui. Cependant, il sentait contre lui la respiration de son Alpha qui se calmait un peu. Cette simple sensation remuait quelque chose en lui. Pour quelle raison ? Mais l’heure n’était pas à ces réflexions-là. Il aurait dû se montrer plus vigilant tantôt et ne l’avait pas été ; à cause de cela, Tyler avait été attrapé et… Un nœud de culpabilité titilla sa gorge. Il ne s’y attarda pas. Il y avait plus urgent.

Il fallut de nombreuses minutes pour ne plus entendre les échos de la bataille dans son dos. Seulement à cause de la distance ou parce qu’elle était arrivée à son terme ? Kal n’en avait aucune idée. Il continuait de retourner sur leurs pas. Une chance pour eux, la créature n’avait pas été très originale ; elle avait suivi une trajectoire certes oblique mais plutôt linéaire. Retrouver l’orée du bois, malgré le brouillard, fut donc une tâche relativement aisée. Les autres s’y agitaient, incertains quant à la marche à suivre. Des échos de dispute leur parvenaient. Tout était allé si vite. Et d’un côté, heureusement qu’ils n’avaient pas essayé de les suivre ; s’il avait ensuite fallu retrouver des crétins errants…  

Tous se retournèrent lorsque Kal émergea de la brume. Son regard à lui tomba sur une personne en particulier, à la chevelure sombre interrompue par une mèche blanche. Aurora.

Aurora qu’il avait complètement oubliée, focalisé sur Tyler. Le lien d’Attraction entre eux avait-il un sérieux problème – à cause de sa nature humaine, peut-être ? – ou bien… ?

— Kal !

— Tyler ! Qu’est-ce qu’il a ?!

Sous le choc, il sentit à peine Scarlett tenter de récupérer son frère, mais il l’en empêcha en le serrant contre lui. Le jeune homme ne bougeait pas ni ne répondait aux interpellations de sa sœur. Il devait être inconscient.

— Kal… tu dois le poser.

La voix de la jeune femme, sereine malgré la situation, le sortit de son blocage. Il se détourna d’Aurora pour porter son attention sur Scarlett. Du coin de l’œil, il aperçut Zila penchée sur la cheville de Tyler.

— Fracture, on dirait, constata la scientifique. Vaut mieux le ramener au vaisseau.

Kal acquiesça avant de lui emboîter le pas. Le reste du groupe les suivit.

— Et la créature ? demanda Finn. Tu l’as dézinguée ?

Kal souffla, agacé.

— Non. D’autres étaient en train de s’en charger.

L’affirmation les surprit. Ses camarades tentèrent de lui extorquer des informations sur ce qu’il s’était passé mais ses réponses restèrent très laconiques. Ils comprirent surtout que le danger n’était pas forcément écarté, peut-être retardé, et qu’il était susceptible de se démultiplier. Finn, donc, le premier, se désintéressa d’eux pour retourner à son engin défectueux, en insistant pour qu’ils gérassent de leur côté parce que, du sien, ce n’était pas si simple. Une chance pour eux, il doutait avoir besoin d’une pièce qu’ils n'auraient malheureusement pas mais, selon la conclusion de ses tests, cela pourrait prendre de quelques minutes à plusieurs heures.

Kal pénétra à l’intérieur du vaisseau à la suite de Zila. Il déposa Tyler sur la couchette que celle-ci lui désigna, arrachant un gémissement à l’Alpha qui ouvrit les paupières avec peine. Un regard fiévreux se posa sur lui.

— Kal ?

La gorge de ce dernier se serra devant la faiblesse de sa voix. Quelque chose n’allait pas. Était-ce normal qu’il parût si faible pour une cheville cassée ? Parce qu’il était humain, peut-être ? Ou avait-il autre chose que Kal n’avait pas vu et qui était susceptible d’avoir empiré à cause de sa course ? Cette simple idée lui fit horreur. Si son état s’aggravait par sa faute…

Il frissonna lorsque les doigts de Tyler glissèrent sur sa peau jusqu’à saisir sa main dans un geste maladroit.

— Merci…

Ce n’était qu’un mot soufflé, et pourtant, il l’ébranla plus qu’il ne l’aurait dû. Un sentiment d’incongruité l’assaillit. Tyler n’avait pas à le remercier. Pas seulement parce que c’était tout simplement normal qu’il fût allé le sauver ; mais parce qu’il n’aurait jamais dû se retrouver dans cette position, à la base.

Il ne répondit pas. Au lieu de cela, il grogna vaguement et se tourna vers Zila, qui le réduisit au silence d’un seul regard.

 — Inutile de m’apprendre à faire mon job, bien sûr qu’il va avoir droit à un check up complet. Surtout vu la tronche de déterré qu’il a, ce n’est pas normal pour une simple cheville cassée.

Donc, quelque chose en plus n’allait pas. Si c’était lui qui… Il se contenta d’acquiescer. Après un dernier coup d’œil, il quitta la pièce au pas de course, le laissant aux bons soins de Zila. Il fuyait, il n’y avait pas d’autres mots pour qualifier cela. Il fuyait Tyler, ce qu’il pouvait penser de lui. La ou les fautes qu’il avait commises à son égard. Si c’était le cas, il ne se le pardonnerait pas… Il ignora les autres membres de l’équipe sur son chemin, les poussant de l’épaule si nécessaire pour dégager le passage.

— Kal !

Il ignora Auri, sortit et alla s’isoler à quelques pas du vaisseau. Tyler n’était pas en si mauvais état mais ce n’était pas grâce à lui. Peut-être exagérait-il un peu. Il ne savait même pas ce qu’il en était, encore. Zila n’avait pas semblé le considérer comme mourant. Dans tous les cas, Tyler aurait pu être en meilleur état s’il avait assuré depuis le début.

Son regard se perdit vers le bois, qu’il fixa d’un air mauvais. Une fois encore, ses pensées s’égaillèrent sans qu’il pût les en empêcher. Auri n’avait pas cherché à le suivre et il en était rassuré. Il se sentait gêné vis-à-vis d’elle. Ce qu’il lui avait dit… et pourtant, quelques minutes plus tôt, il l’avait oblitérée de son esprit alors qu’elle aurait pu se trouver en situation vulnérable, si d’autres créatures avaient décidé de se pointer. Cependant, il ne nourrissait aucun regret à cet égard, non. Cela l’amenait à se poser des questions sur l’Attraction qui le liait à Auri. Ou plutôt…

Est-ce vraiment pour Aurora que je ressens l’Attraction ?

Obnubilé par la jeune fille depuis leur rencontre, il n’avait pas réfléchi sur sa relation, quelque peu houleuse, avec Tyler – elle l’était alors avec tout le monde, soit, et il n’y avait pas mis du sien, même s’il ne l’avouerait pas aux autres. Après tout, c’était un humain, et un mâle en plus. Il avait toujours pensé que l’Attraction le lierait à une femme de son espèce ; c’était le cas le plus simple. Le simple fait d’accepter l’idée qu’il fût lié à Auri n’avait pas été si simple.

Le… baiser que Tyler lui avait donné n’avait duré que quelques secondes mais avait remué quelque chose en lui. Il avait refusé d’y songer. Il avait tout mis sur le compte de la surprise. A présent, il ne le pouvait plus. Une forme de… complétude l’envahissait lorsqu’il était avec Tyler. Il était trop concerné par lui, par son sort. Et, il le réalisait à présent, son avis comptait pour lui. Trop. Comme la façon dont son Alpha le percevait. Il se rendait compte aussi que même son amitié ne lui suffirait pas ; que son cœur se taillait en lambeaux rien qu’à l’idée qu’il ne le considérât que comme un subalterne ou, dans le meilleur des cas, comme un ami.

C’est Tyler, pas Auri. Les signes parlaient, mais s’éloignaient d’Auri pour aller vers Tyler. Alors qu’était-ce pour Auri ? Une sorte de compassion mâtinée de compréhension ? Il n’arrivait pas encore à cerner la chose. Les humains sont compliqués. Sa tête se réfugia un instant entre ses mains. Lui aussi, apparemment. Ou tout du moins, l’introduction, dans sa vie, de ces humains-là avait compliqué les choses. Peut-être n’aurait-il pas dû se mêler à eux. Cependant, il ne regrettait pas. Tout ce qu’il voulait –

Des bruits de battements d’ailes agacèrent son inconscient et il se redressa brusquement, alerte. Il aperçut des chauves-souris qui se hasardaient à la lisière du bois et se raidit. Il se leva, repéra Aurora et Scarlett à quelque distance de lui. Toutes deux le fixaient, inconscientes du danger possible. Peut-être parlaient-elles de lui, de son attitude un peu étrange. La question l’indifféra. Kal ne se faisait aucune illusion ; ils n’avaient aucune chance dans un combat frontal. Il était le seul véritable combattant et ces créatures étaient bien trop rapides pour laisser la moindre chance aux membres de son équipe, humaine pour l’essentiel. Lui-même n’était pas sûr d’être capable de leur tenir tête, ainsi il ne parierait pas sur des probabilités aussi défavorables. C’était frustrant. Pourtant, mieux valait se réfugier à l’intérieur du vaisseau et espérer que Finn aurait l’amabilité de débloquer la situation au plus vite. Un coup d’adrénaline le boosterait peut-être en ce sens.

Il se précipita vers elles et ignora leur sursaut et leurs airs ahuris pour pointer le bout de ciel que les volatiles masquaient.

— Il faut retourner à l’intérieur du vaisseau. Les créatures qui attaquaient l’autre, tout à l’heure, sont là.

— Quoi ?

Elles se redressèrent et regardèrent ce qu’il leur désignait. Scarlett fronça les sourcils.

— Des chauves-souris ? Tu as peur de chauves-souris ?

Kal renâcla, agacé. Peur, sérieusement ? Était-elle stupide ? Son topo avait pourtant été bref, il n’y avait pas eu grand-chose à en retenir. Dont ce point-là. Il était sûr d’avoir évoqué ces bestioles métamorphes.

— Ces choses se métamorphosent, éluda-t-il.

Leurs yeux s’écarquillèrent. Elles venaient de faire le lien avec ses propos tantôt. Pas trop tôt.

Un vrombissement déchira soudain l’air, pour sonner comme une mélodie à leurs oreilles. Une mélodie qui tombait à point nommé. Finn avait-il senti qu’il se passait quelque chose, ou la vision d’un Tyler blessé lui avait déjà donné un bon coup de fouet ? Ce dernier apparut à l’entrée de l’appareil pour prendre la pose, tout fier de lui.

— Et voilà les gars, j’ai réussi ! Qui c’est le plus fort ?

Il eut la surprise de voir son public rappliquer en vitesse non pas pour lui sauter au cou et le remercier à profusion, mais pour le repousser à l’intérieur sans même daigner répondre. Il fit la moue.

— Et surtout, ne me félicitez pas !

— Grouille-toi de fermer c’te cloison et de ramener tes fesses ! cria Scarlett. On dégage !

Kal ignora tout le monde qui s’agitait dans la cabine de pilotage. Il retourna à l’infirmerie. Zila s’affairait auprès d’une machine et lui tournait le dos lorsqu’il pénétra à l’intérieur de la pièce. Il rejoignit la couchette où reposait Tyler. Celui-ci se redressa à son approche et parut égayé par sa venue. Kal n’en voyait pas la raison. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule mais ne vit personne, notamment sa sœur. Les cris situaient les autres dans la cabine de pilotage. Rien pour expliquer son soudain enthousiasme.

Quelques bruits sourds tintèrent au-dessus de leurs têtes. Kal supposa que les chauves-souris métamorphes éprouvaient différentes stratégies pour pénétrer à l’intérieur de l’habitacle. Heureusement, la coque était solide, mais il fallait espérer qu’ils ne touchassent pas à un truc sensible…

— Hey ! On vous entend vous agiter d’ici. Que se passe-t-il ?

— Finn a réparé le vaisseau, alors nous partons, lâcha Kal, laconique.

Tyler haussa un sourcil devant une telle avalanche d’informations. Ils sentirent les vibrations du vaisseau tandis qu’il commençait à s’élever.

— Et donc ? Cette planète vous était tant insupportable que vous étiez si enthousiastes à l’idée de la fuir ? Nous étions supposés…

Kal n’écouta pas le bavardage de son Alpha concernant le but premier de leur atterrissage, avant que la panne ne se signalât. La question alimentaire. Une question qui avait été totalement éclipsée par la panne, puis par la créature et l’enlèvement de Tyler.

Il dévisagea plutôt Tyler ; il était plus alerte et son teint reprenait une couleur normale. Sa cheville avait été bandée. Il se tourna vers Zila. Tyler se tut, comprenant que son auditoire n’était plus, voire n’avait jamais été, attentif. La jeune femme lisait peut-être dans les pensées, ou du moins avait-elle deviné ce qui le tracassait, car sa voix s’éleva, alors même qu’elle se concentrait toujours sur son appareil :

— Niveau blessure, il n’y avait que la cheville cassée. Effectivement une fracture, elle a eu la gentillesse d’être nette avec une seule ligne de fracture. Pour son côté shooté…

Tyler grimaça à ce terme. Il ne l’appréciait pas.

— Le mucus dont il était tartiné. J’ai effectué des prélèvements et je suis en train de les analyser ; je crois qu’il doit contenir au moins une substance anesthésiante. J’ai fait une injection à Tyler pour le réveiller un peu, ça a marché.

— Sans même savoir ce qui le mettait dans cet état ? s’indigna Kal.

Quelques bips artificiels ponctuèrent son exclamation. Zila ne réagit pas. Kal serra les poings et retint tout geste ou toute parole malencontreuse. Il n’y connaissait rien. Mieux valait se dire qu’elle savait ce qu’elle faisait plutôt que Tyler lui avait possiblement servi de cobaye.

Mais mieux valait pour elle que sa bidouille n’entrainât pas d’effet secondaire, auquel cas, membre de l’équipage ou pas, elle aurait de quoi regretter son initiative.

— Inquiet ?

Kal reporta son attention sur son Alpha. Un sourire ornait ses lèvres et une lueur brillait dans ses yeux. Une lueur de quoi ? D’amusement ? Il ne répondit pas, incertain. Une fois encore, il sentait le trouble l’envahir alors que Tyler ne faisait que le fixer. Quelle conduite tenir ?

Il évita son regard et haussa les épaules.

— Vous n’étiez pas mourant.

Ce n’était pas une réponse. Il en était conscient. Pourtant, il en resta là. Tyler garda le silence. Attendait-il, ou était-il résigné à n’en recevoir aucune ? Kal n’osa pas lui jeter un coup d’œil pour vérifier l’une ou l’autre hypothèse. Un soupir. Il mit quelques secondes à identifier la tonalité féminine et à l’attribuer à Zila. Il s’aperçut qu’elle quittait la pièce, une main chargée de plusieurs flacons.

— Ne faites pas de bêtise pendant ma brève absence. Et toi, ne te venge pas sur la pièce.

Kal haussa un sourcil. Se venger sur la pièce ? Quelle idée. Car la remarque était adressée à lui en particulier. La scientifique disparut sans qu’il cherchât à l’interpeller. Il tressaillit lorsqu’une main attrapa la sienne. Ses yeux croisèrent ceux de Tyler et son trouble s’accentua. Qu’un simple contact l’affectât autant… Et pourtant, il ne le révulsait pas, bien au contraire, et lui ne chercha pas à s’en soustraire. Il n’entendit pas les mots que son chef prononça. Ses yeux s’étaient arrêtés sur ce visage si attirant, ses sens sur cette main qui touchait la sienne, et les sons étaient bloqués par les battements de son cœur qui assourdissaient ses oreilles. Il aurait dû s’en aller. Il était désormais assuré que Tyler allait mieux. Il n’avait aucune raison de s’attarder.

Il nota avec retard – et une certaine horreur – que sa main s’était levée pour replacer une mèche de cheveux de son Alpha derrière son oreille, avant d’amorcer une caresse. Il rétracta le membre fautif, avortant le geste. Tyler le fixait avec effarement. Un instant passa où Kal l’observait avec un air similaire, comme s’il n’était pas lui-même l’auteur de cette attention. Alors que l’Alpha ouvrait enfin la bouche pour parler, il n’en fallut pas davantage à Kal pour qu’il fît volte-face et gagnât la sortie de la pièce. Pour fuir, encore. Cela allait devenir une habitude. Une sale habitude. Mais comment pourrait-il justifier un tel geste ? C’était idiot ! Il était idiot ! Son corps était idiot !

La porte dépassée, il n’entendit pas Tyler soupirer ni lâcher un mot :

— Idiot…

Cependant, Tyler souriait.