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Characters:
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Language:
Français
Collections:
Échange d'Halloween 2022
Stats:
Published:
2022-10-31
Words:
750
Chapters:
1/1
Comments:
1
Kudos:
18
Bookmarks:
2
Hits:
200

Instant volé

Summary:

Jonathan n'aime pas l'automne mais cette saison pouvait avoir du bon - un bon qui inclut Ardeth.

Notes:

Crédits : La Momie (1999) appartient à ses ayant-droits. Cet OS a été écrit dans le cadre du challenge d'Halloween organisé par Andyss sur Dreamwidth, pour Allenkune sur le thème 'Le plaisir d'une couverture et d'un chocolat chaud'.
Seul le récit m'appartient.

Work Text:

                Jonathan n’aimait pas l’automne. L’arrivée du froid, avec l’assurance que cela irait de mal en pis ; la chute des feuilles des arbres, comme si la nature se mourait ; la grisaille. Pas que Londres fût une ville particulièrement lumineuse et ensoleillée à son habitude, mais la saison n’arrangeait rien, bien au contraire. C’était un temps à se réfugier à l’intérieur – pas forcément chez soi, visiter les autres ou certains établissements était tout à fait recevable –, à rechercher une chaleur que l’extérieur s’efforçait de vous extraire, à se blottir sous une couverture ou près d‘un feu dans l’espoir d’en récupérer un peu. L’alcool pouvait aider, aussi, ainsi que d’agréables compagnies. C’était toujours mieux que rien. Bien sûr, une escapade en Egypte à cette saison, et à celle qui lui succédait, résolvait le problème.

                Et pourtant… pourtant, pour la première fois – enfin, était-ce réellement la première fois ? Il ne tenait pas le compte –, Jonathan se disait que, finalement, l’automne pouvait avoir du bon, aussi.

                Le souffle de l’homme était paisible. Il glissait sur quelques mèches de Jonathan, tandis que la poitrine robuste contre lui se soulevait et s’abaissait lentement. Dormait-il ? Pas si sûr. Jonathan peinait encore à croire en sa chance ; à réaliser qu’il reposait là, contre Ardeth. Ce dernier était un homme du désert, tout en lui l’avait crié dès leur rencontre. Son physique, l’aura qu’il transpirait… Il appartenait au désert, vivait par et à travers lui. Du moins Jonathan l’avait-il supposé. Le voir déambuler dans Londres ? Cela sonnait comme une incongruité, presque comme un parjure – c’était à peine exagéré. Et pourtant, il était venu. La première fois, ç’avait été pour une autre malédiction – encore une, décidément – mais pas cette fois. Jonathan n’avait pas bien compris pourquoi. Avait-il seulement cherché à le savoir ? Il avait été trop heureux de la venue du Medjaÿ pour s’interroger avec sérieux, plus encore pour lui poser la question. À aucun moment, son ami n’avait mentionné de momie psychopathe vengeresse ou de scarabée dévoreur de chair grouillant sous la peau, alors tout devait aller bien…

                Il ne se rappelait pas s’être assoupi, encore moins avoir glissé jusqu’à ce que son corps se pressât contre celui d’Ardeth. La couverture qui le recouvrait ne lui disait rien non plus. Et quand Ardeth s’était-il assis à côté de lui ? Cependant, il se fichait de ces détails. Seul importait ce contact importun mais ô combien appréciable. La scène paraissait presque irréelle tant elle rejoignait des rêves qu’il croyait inaccessibles, et il craignait de la briser ; ainsi continuait-il à faire semblant de dormir, pour profiter un peu plus longtemps de la présence et de la chaleur de son compagnon.

                — Vous êtes réveillé.

                Pendant un instant, Jonathan se refusa à réagir. Cependant, comme il devint évident qu’il avait été percé à jour, il concéda à ouvrir un œil. Le contact d’un doigt glissant sur sa joue l’enjoignit à se redresser, sous le coup de la surprise, pour dévisager Ardeth avec un certain effarement.

                — Vous avez bavé dans votre sommeil.

                Était-ce un reproche voilé ou une excuse pour justifier son geste ? Jonathan porta aussitôt sa main près de la commissure de ses lèvres et sentit une trace humide qui s’étirait jusqu’au menton. Il rosit, gêné. Baver sur le Medjaÿ, rien de tel pour le faire fuir ! Peut-être ce dernier en avait-il eu assez que sa salive s’écoulât sur ses vêtements ? Et pourquoi ne s’en était-il pas rendu compte plus tôt, au lieu de se tourner au ridicule ? Bavait-il même éveillé ?

                Ses réflexions cessèrent lorsqu’il aperçut la tendresse dans le regard du Medjaÿ, visible à la façon dont il plissait les yeux, à la douceur de son visage. Cette vision le troubla. En Egypte, l’homme avait toujours été plutôt tendu, sur le qui-vive – normal quand une momie menaçait d’envahir le monde, ou de commettre n’importe quelle autre atrocité. Le contraste avec son air actuel était d’autant plus saisissant.

                Leurs yeux restèrent fixés l’un dans l’autre quelques secondes, pendant lesquels aucun ne parla. Puis Jonathan demanda :

                — Vous… vous voulez du thé ?

                Ou comment briser un instant magique, par Jonathan Carnahan. Méthode approuvée et validée par lui-même – en tant qu’expert, il se suffisait à lui-même. Il n’avait même pas envie de thé, alors pourquoi poser la question ? Ardeth connaissait-il seulement ? Était-il lui-même en mesure d’en faire, au moins ?

                Et pourtant, un léger sourire s’esquissa sur le visage d’Ardeth. Ou peut-être l’imaginait-il seulement ? C’était plausible.

                — Pourquoi pas ?

                Jonathan en fut soulagé et étrangement heureux. Même si, en lui-même, il songeait que le Medjaÿ n’avait vraiment peur de rien.