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— Il est parti…
La voix de Madara était fébrile, prête à se briser sur un sanglot. Hashirama redressa immédiatement la tête quand il entendit son meilleur ami, son âme sœur, parler si faiblement. Il ne lui fallut pas plus d'un regard pour comprendre ce que Madara lui disait.
Izuna avait déserté.
Madara fit un pas de plus en prenant une déglutition bruyante, peinant à formuler ce qu'il voulait prononcer. Hashirama se leva de sa chaise, abandonnant ses travaux en cours sur l'instant pour s'approcher de son meilleur ami et l'envelopper dans une étreinte.
À ce toucher tendre, rassurant, Madara se sentit perdre pied un moment. Il avait toujours su que le contact de l'âme sœur était censé provoquer ce genre de sensation, mais Hashirama et lui n'étaient pas des âmes sœurs au sens classique. Et quelque part entre son chagrin et cette découverte, Madara se jura de poser la question à Tobirama, s'il en avait l'occasion. Il serait peut-être temps pour lui d'en apprendre plus sur les âmes sœurs platoniques.
Mais l'heure n'était pas à l’éducation. Son front atterrit sur l'épaule d'Hashirama qui le berça doucement, ses mains se perdant dans les cheveux hirsutes de son ami.
— Il reviendra, promit Hashirama.
Madara renifla pour ravaler les larmes que la voix chaude et pleine d'espoir faisait monter à ses yeux et il secoua la tête.
— Non… Il est pa- parti. Il n'est nulle part. J'ai cherché partout, Izuna est parti.
Il avait échoué. Il n'était pas parvenu à expliquer à son petit frère qu'il avait fait ça pour lui, parce qu'il avait cru devenir dingue en le voyant s'effondrer, presque mort et délirant à cause de la douleur. Il n'avait pas su trouver les mots pour expliquer le chagrin sans borne qui l'avait secoué et l'avait presque conduit au seuil de la folie.
Il avait échoué à convaincre Izuna qu'il était ce qu'il avait de plus précieux, qu'Izuna l'avait toujours été et que si Madara avait pu choisir, c'était son frère qu'il aurait choisi comme âme sœur plutôt qu'Hashirama.
Alors, bien sûr, Izuna avait toujours eu un sacré caractère. Forgé par la guerre, par les décisions difficiles qu'il avait dû prendre et la responsabilité des morts qui s'accumulaient au fil de la guerre depuis le décès de Tajima. Mais Madara avait vraiment espéré que ses mots sauraient convaincre son frère que cette paix avec les Senju était le meilleur choix. Pas pour le clan, mais pour lui-même.
Parce que Madara n'en avait pas grand-chose à faire, de ce qui arriverait au clan, dut-il perdre son précieux petit frère. Aimer quelqu'un à ce point relevait presque de l'indicible. Aucun mot ne saurait décrire les sentiments qu'il éprouvait pour cet être qui vivait avec lui depuis presque toujours.
Et Izuna était parti.
Il n'était pas chez Setsuna. Il n'était pas chez Hikaku. Bon sang, il n'était même pas sur leur territoire. Il avait fait son sac. Et il avait quitté Konoha.
Il avait abandonné Madara.
Se dégageant de l'étreinte offerte par Hashirama, Madara essuya ses yeux d'un revers de main et l'enfonça dans les plis de ses robes pour en tirer un rouleau de parchemin.
— Il faut…
Il s'étouffa sur les mots. S’accorda une seconde pour reprendre contenance.
— Il faut le déclarer déserteur, murmura Madara.
Hashirama émit un couinement qui sonnait exactement comme Madara se sentait : apeuré, indigné, honteux, inquiet. Surtout inquiet.
— Moi je n'en aurai pas la force, souffla Madara. Je ne peux pas faire ça, je ne peux pas… Je refuse de mettre une cible sur la tête de mon frère, Hashirama. Je ne peux pas, il est tout ce que j'ai.
C'était sûrement violent de prononcer une telle phrase envers son âme sœur, mais Madara était certain qu'Hashirama comprenait.
Il ne se trompa pas.
Hashirama hocha la tête d'un air grave, puis tendit la main pour s'emparer du parchemin offert par Madara : le dossier shinobi d'Izuna, destiné à être reproduit dans leur bingo book.
— Il reviendra, jura Hashirama en rangeant tout de même le rouleau dans un pli de sa manche. Rentre chez toi, et repose-toi, mon ami. Je vais faire le nécessaire.
Vidé de toute énergie, Madara finit par hocher la tête et détourner, franchissant la distance qui le séparait de la porte la mort dans l'âme, un poids trop grand sur ses épaules. Il ne parvint qu’à peine à éviter d’entrer en collision avec Tobirama qui arrivait de sa démarche traditionnellement empressée. Prononçant un mot d’excuse mal soufflé, Madara finit par partir dans le couloir.
Portant un regard curieux à sa silhouette qui disparaissait dans le couloir, Tobirama fronça les sourcils, oubliant momentanément ce qu’il était venu rapporter.
— Y a-t-il un souci ?
— Aucun, sourit Hashirama de son plus joli sourire forcé.
Il revint derrière son bureau et se rassit, glissant le plus discrètement possible le rouleau que Madara lui avait remis dans un tiroir. Tobirama le vit faire, mais il ne releva pas.
— Je suis venu pour te déposer le rapport de mes dernières recherches, lança Tobirama en zyeutant toujours vers le tiroir où le rouleau avait disparu. Je partirai dès ce soir en direction d’Uzushio pour rappeler à Ashina sa partie de notre accord.
Un Senju contre un Uzumaki. L’accord avait été conclu quand les fiançailles de Mito et Hashirama avaient été signées, un peu après les onze ans de Tobirama. Butsuma avait cédé, offrant à Ashina son second fils pour qu’il soit formé comme maître des sceaux. Et Tobirama était devenu un maître des sceaux dont les compétences dépassaient tout ce qu’Hashirama aurait pu croire. Il était temps pour le clan Uzumaki d’honorer sa partie du marché et d’offrir la main de Mito à Hashirama.
Ce dernier hocha la tête, accusant réception des paroles de son frère. Ce n’était pas un projet qui avait vocation à être discuté, de toute façon. Il était temps pour Hashirama de prendre épouse.
— Es-tu certain que Madara allait bien ? souffla Tobirama. Il avait l’air… au bord des larmes…
Hashirama marmonna sans articuler, puis fit claquer sa langue, avant d’avoir un sourire un peu moins étincelant, mais beaucoup plus sincère quand il releva la tête.
— Il ira mieux, garantit-il. À ce propos, mon frère, j’ai un service à te demander.
Tobirama croisa les bras et son regard intensément rouge ne dévia pas de son aîné un instant.
Hashirama tritura avec embarras la poignée de son tiroir, puis finit par la lâcher pour croiser les mains sur son bureau.
— Cette idée de congés pour que les Uchihas puissent se mettre en quête de leur âme sœur… Tu étais adamantin à ce propos, lors des réunions… À vrai dire, personne n’a défendu cette idée avec autant de fougue que tu l’as fait, pas même les Uchihas…
Tobirama laissa un soupir discret sortir de sa bouche et ses doigts se crispèrent, blanchissant un peu ses articulations. Finalement, il roula des yeux.
— Je ne pensais pas devoir me justifier encore une fois d’une telle chose et encore moins auprès de toi. Les Uchihas placent l’âme sœur au centre de leurs us et coutumes. Pour une fois qu’une croyance s’appuie sur une véritable science, il est de mon devoir en tant que maître des sceaux de Konoha de permettre–
— Pourrais-tu ajouter Izuna sur la liste des shinobis sortis du contingent pour cette raison ? interrompit Hashirama.
Il ne voulait pas être grossier, mais il ne voulait pas entendre encore une fois son frère lui expliquer le bien-fondé de cette croyance. Tobirama referma sa bouche dans un claquement sonore et son regard se fit plus aiguisé encore quand il observa son aîné.
— Parce qu’il est réellement parti en quête de son âme sœur, n’est-ce pas ? demanda le cadet.
Hashirama replaça une mèche derrière son oreille, mais ne répondit pas. Tobirama finit par céder quelques minutes après.
— Ah, peu importe, grogna-t-il. Ce sera fait selon ton ordre, mon frère.
— Je suis certain que Setsuna et Hikaku abonderont en ce sens, affirma Hashirama.
Tobirama hocha la tête une nouvelle fois, avant de commencer à se détourner, la démarche moins pressée qu’auparavant. Sans doute essayait-il de localiser les deux Uchihas susnommés pour les entraîner avec lui dans une salve d’administration chronophage.
Quand il arriva sur le seuil, Hashirama le héla :
— Tobirama !
Il se figea, tourna la tête vers l’Hokage.
— Merci, souffla Hashirama.
Le regard affectueux qui lui fut retourné était empli d’une foi sans frontière, et le cœur d’Hashirama se gonfle d’amour pour ce cadet extraordinaire qui était le sien.
