Work Text:
« Papa, maman. »
Arthur, du haut de ses huit ans, comme s’il avait une annonce des plus importantes à faire, regarda ses parents de la même manière que ferait un homme d'affaires en pleine signature d’un gros contrat. Il avait déposé tranquillement sa fourchette à côté de son assiette, s’était essuyé la bouche avec sa serviette comme le ferait un mafioso italien et avait posé ses deux mains sur la nappe rouge et verte que Rey avait achetée pour ajouter une touche de festivité durant le mois de décembre.
En le regardant, comme ça, Ben songea que soit a) son fils passait trop de temps avec Hux, b) Arthur avait regardé Le Parrain ou c) Hux avait laissé son fils de huit ans regardé Le Parrain (parce que, franchement, qui d’autre aurait eu la brillante idée de laisser un enfant de huit ans regardé ce film?).
« Je ne vais pas envoyer de lettre au Père Noël, cette année. » poursuivit le garçon, le plus sérieusement du monde.
Oh. Tout ça pour ça. Ben recommença à manger l’un de ses fleurons de brocoli avec l’impression qu’une crise venait d’être évitée. Peut-être que c’était comme ça que les pays se sentaient lorsqu’on leur annonçait que finalement aucun missile ou bombe atomique viendrait s’écraser sur leur tête. Dans tous les cas, à l’autre bout de la table, Rey ne sembla pas partager l’avis de son mari. Elle fronça des sourcils.
« Pourquoi est-ce que tu ne veux pas écrire au Père Noël, mon trésor? »
« Eh bien, maman, parce que le Père Noël n’existe pas. »
Donc, on était rendu à cette fameuse étape où leur fils était devenu suffisamment grand pour ne plus croire à toutes leurs histoires et leurs mises en scènes. Rey eut un pincement au cœur comme à chaque fois que quelque chose lui montrait que son bébé n’en était plus un. Où était parti le petit Arthur à qui elle faisait croire que des tic-tacs à la menthe faisaient pousser des cannes de Noël? Celui qui croyait à la chanson de la neige? Son petit garçon qui pensait (allez savoir pourquoi) que le Père Noël était intolérant au lactose?
« Je t’ai vue embrasser le Père Noël, l’année dernière, dehors, alors qu’il sortait de la remise. » lâcha Arthur, en haussant des épaules. « En fait, vous sortiez tous les deux de la remise, toi et le Père Noël. »
Ben manqua de s’étrangler avec un morceau de pain, alors que les joues de Rey devinrent cramoisies. L’année dernière, elle était allée rejoindre son mari dans la remise, où il devait se déguiser, comme à chaque année en Père Noël pour l’ouverture des cadeaux, quand elle avait constaté qu’il avait oublié le bonnet sur leur lit. Quand Rey était entrée, allez savoir pourquoi… Peut-être qu’elle avait bu trop de lait de poule ou qu’elle avait des… Comment dire? Un… "Santa kink"? Bref, dans tous les cas, voir Ben avec une salopette rouge à moitié enfilée l’avait bizarrement excitée. Et, son mari avait été plus que disposé à participer à ce fantasme improvisé, même si cela avait retardé la distribution des cadeaux d’une vingtaine de minutes.
« J’ai attendu. Je me suis dit que si le Père Noël existait vraiment, ça voulait dire que vous alliez divorcer, comme les parents de Billie. Et, qu’on déménagerait au Pôle Nord. Et, qu’on vivrait avec des lutins, des rennes et pleins de trucs vraiment cool. » Arthur conclue : « Comme rien de cela n’est arrivé, j’imagine que ça veut dire que c’était papa déguisé en Père Noël. »
« … Est-ce que je peux savoir pourquoi tu serais allé vivre au Pôle Nord? » demanda Ben, un poil piqué par les explications de son fils.
« Tu m’aurais manqué, papa… Mais je n’aurais pas pu refuser d’aller vivre avec le Père Noël, tout de même! »
« Je me sens vraiment apprécié tout à coup. » marmonna-t-il, en roulant des yeux.
« La première année, au moins. Ensuite, j’en aurais probablement eu assez et je serais revenu habiter avec toi. »
« Hé! » s’exclama Rey. « Il n’en est pas question. Je m’ennuierais beaucoup trop de toi! »
« Tu n’avais qu’à y penser avant de t’enfuir au Pôle Nord. » haussa des épaules Ben, narquois.
La jeune femme, comme seule réponse, sorti la langue et décrocha une grimace enfantine à son mari.
« Et, en fait, qu’est-ce qui te dit que papa n’est pas le Père Noël? » questionna Rey, en arquant un sourcil.
« Maman. Franchement. » soupira Arthur. « Papa est allergique aux chevaux. »
« …Le rapport étant? » sourcilla le père, un peu perdu dans l’argumentaire de son fils.
Rey, de son côté, dût se mordre la joue pour ne pas éclater de rire.
« Il est logique de penser que tu serais aussi allergique aux rennes. » expliqua Arthur.
C’était sans doute, inutile de s’attarder sur les différences majeures qui existaient entre les deux animaux.
« Moi, ce que je trouve logique là-dedans, c’est que tu passes trop de temps avec Paige. Tu subies la mauvaise influence des gènes Tico et Hux rassemblés en un seul petit corps. » décréta Ben, moqueur.
« Elle m’a aidé à vous démasquer. » ajouta Arthur, avec un grand sourire.
« Sans surprise. » commenta-t-il.
Paige Tico-Hux et Arthur Solo étaient inséparables depuis le berceau - ou presque, ils n’avaient que cinq mois de différence.
« Mais, mon chéri, est-ce que tu es heureux que… Enfin… Que c’était papa qui était déguisé en Père Noël? » questionna Rey, préoccupée.
« Évidemment! » s’exclama leur garçon. « Je ne veux pas que vous divorciez! »
« Ne t’inquiète pas, mon cœur, on n’a aucune envie de se séparer ton papa et moi. On est très bien ensemble. »
Arthur sembla soulagé de se voir confirmer que ses parents n’avaient pas l’intention de se séparer.
« Mais tu vas faire le Père Noël, encore, cette année, hein? » s’inquiéta soudainement le garçon. « Béa y croit encore, elle. »
Béa était la petite fille de quatre ans de Poe et de Finn.
« Bien sûr. » acquiesça Ben.
« C’est adorable de penser à elle, mon chéri. » sourit Rey, qui se leva afin de planter un baiser sur la tête de son fils.
Arthur reprit sa fourchette afin de continuer son repas. Mais s’arrêta dans son geste.
« Est-ce que ça veut dire que tu vas encore aller embrasser le Père Noël, maman? »
Rey se mit à rougir, alors que Ben ricana.
« Seulement si c'est Papa qui se déguise encore pour le faire. » répondit-elle.
Puis, quand leur fils baissa les yeux pour piquer un brocoli de sa fourchette, elle fit un petit clin d’œil malicieux à son mari.
