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Mercredi ne sourcille même pas lorsqu’elle passe le seuil de la porte de sa chambre et qu’elle aperçoit l'œuvre de sa colocataire. Elle s’arrête pendant quelques secondes, pousse un soupir comme si voir un sapin dressé, illuminé et décoré, dans la pièce était une véritable souffrance – et, il est difficile de savoir si la jeune fille ressent du plaisir, de la douleur ou un mélange de ses deux émotions face à cela.
« Je suppose que le cadavre de cet arbre dans notre chambre a un lien avec cette abominable journée qui est, en réalité, une ode au capitalisme? » demande Mercredi, en posant son sac sur la chaise de son bureau. « Si tu souhaitais un cadavre, Enid, tu n’avais qu’à me le dire. Je t’en aurais trouvé un bien plus intéressant que celui-là. »
La Chose est déjà en train de marcher vers le sapin, qui a été précisément posé dans le milieu de la pièce, afin de satisfaire sa curiosité. Il recule brusquement lorsqu’il heurte une épine du conifère.
« Je sais que tu n’étais pas très enthousiaste à l’idée de décorer notre chambre pour Noël. » commence la lycanthrope.
C’est le moins que l’on puisse dire. Mercredi Addams est enthousiaste pour très peu de choses – elle n’aime pas particulièrement ce sentiment et préfère l’éviter la plupart du temps, contrairement à Enid, qui semble être une pile gonflée à bloc 24h/24 – et il n’y avait aucune chance que quoi que ce soit se rattachant à Noël en fasse partie.
« Alors, j’ai décoré l’arbre de manière à ce qu’ils nous représentent tous les deux. » poursuit la blonde.
Mercredi consent à avancer vers le sapin pour mieux observer ce qu’elle lui explique. Puis, elle voit. Enid a méticuleusement décoré l’arbre afin que toutes les lumières qui traversent de son côté soient de couleur blanches ou noires. C’est la même chose pour les guirlandes ainsi que les ornements. Elle soupçonne que sa colocataire les a peintes à la main ou les a confectionnés elle-même. Ce serait tout à fait le genre d’Enid – elle accepte les particularités de Mercredi comme si être allergique à la couleur était la chose la plus normale. Le sapin est une parfaite représentation du vitrail de leur fenêtre.
D’elles.
Un contraste qui se complète en tout point.
Mercredi sent son ventre se tortiller et une bouffée de chaleur réconfortante éclater en elle. Elle aurait dû détester cette fichue chaleur. Elle la rend toute… Bizarre . La preuve : elle a envie de faire un câlin à Enid.
Et, bien que la sensation soit familière, Mercredi ne sait toujours pas quoi en penser.
Au début, les premières fois que ça lui arrivait, elle pensait souffrir d’une quelconque maladie. Cependant, ses nombreuses visites à l’infirmerie ainsi que ses lectures se sont avérées complètement inutiles. Maintenant, elle essaie de valider l’hypothèse que cette sensation a un lien avec sa colocataire puisqu’elle ne ressent que ce genre de chose à sa proximité. L’idée qu’Enid puisse l’empoisonner la rend aussi perplexe qu’elle l’amuse. Parce que c’est forcément un empoisonnement, n’est-ce pas? Augmentation du rythme cardiaque, sensation de chaleur, noeuds dans l'estomac, des pensées étranges (même pour elle), le sentiment profond d'ennui lorsque Enid est loin d'elle, une vive envie de meurtre quand Ajax pose les yeux sur elle... Quoi d’autre cela pourrait être qu'un empoisonnement?
« Tu en penses quoi? » questionne Enid, en sautillant sur place.
« La Chose semble aimer. » prononce Mercredi, du bout des lèvres.
C’est ce qu’elle fait toujours : utiliser la Chose pour dire ce qu’elle ne veut pas avouer. Le Dr Kinbott lui aurait reproché de toujours refuser de laisser sa Mercredi intérieure fleurir – ou d’autres inepties sordides de ce genre. C’est peut-être pour cette raison que sa mère lui parle, une semaine sur deux, de l’idée de poursuivre son suivi avec la psychologue par le biais de séances psychiques. Morticia a toujours été adepte des fleurs et elle voit en sa fille une énième plante à apprivoiser. Mercredi n’en voit toujours pas l’intérêt. Et, elle ne voit pas de raisons valables pour donner ce plaisir à sa mère.
De toute manière, ce n’est pas comme si elle proférait des mensonges. La Chose émet des signes positifs, qui rendent Enid insupportablement fière de son travail. Et, adorable.
« Et toi? » reprend habilement la blonde. « Tu aimes? »
« Nous pourrions mettre un rat empaillé tout en haut. Ça ajouterait une touche de festivité. » déclare-t-elle, après un long moment de silence.
Enid penche la tête et s’efforce de ravaler une grimace.
« …Tu penses? »
« Tu connais mon intérêt pour la taxidermie. Ça me détend. »
La lycanthrope cligne des yeux plusieurs fois avant d’abdiquer sur un ton fataliste : « J’imagine que ce sera ta participation à notre sapin de Noël. En plus, il y a un rat dans Casse-Noisette... Donc, on est dans le thème. J'imagine. »
Et, rapidement, avant même que Mercredi n’ait le temps de protester, Enid sort son portable et la prend en photo devant l’arbre décoré. Le geste est si rapide que la jeune fille n’a même pas le temps de protester.
« Comme ça, j’aurai un souvenir de notre premier Noël ensemble! » claironne-t-elle, de bonne humeur. « Je suis tellement contente que tu l'aimes! »
Enid marmonne, pour elle, de nombreux hashtags qui sonnent comme une langue étrangère pour Mercredi. Mais, la jeune fille est trop occupée à retenir son envie féroce et possessive de lui faire un câlin pour proposer de corriger ses fautes d’orthographe avant qu’elle la publie sur un quelconque réseau social abrutissant. L’envie est si forte, qu’elle croise ses bras pour s’abstenir de faire tout mouvement dans la direction de la blonde.
“ Premier Noël ”. Elle répète ces deux mots dans sa tête, comme si elle cherche à se les apprivoiser. Est-ce que ça voulait dire qu’il y en aurait d’autres? Mercredi ne demande pas de confirmation à ce sujet. C’est un plan pour qu’Enid l’interprète comme une invitation à décorer davantage leur chambre.
