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Le Chant d'Alatus

Summary:

Xiao est hanté. Pas par des fantômes, mais par la violence. Qu'elle soit contre lui ou ceux qui l'entourent, Xiao vit dans une spirale infernale dont il ne voit pas la fin.
Alors qu'il est sur le point de commettre l'irréparable, le son d'une flûte le fait hésiter.
Ces notes seraient-elles une nouvelle raison de continuer ?

Notes:

Mini-fanfic commencée en 2021. Je poste le début ici dans l'espoir que ça m'aide à trouver la motivation pour la terminer, parce qu'elle me tient à coeur.
Je le redis ici parce que j'ai encore un peu de mal à me dire quels tags je dois mettre ou pas, ou lesquels peuvent exister (boomer avant l'heure tmtc), mais TW : Xiao est complètement déprimé, y’a des mentions & sous-entendus de suicide, bref, si vous déprimez vous-même, c'est peut-être pas la meilleure idée. C'est ce qu'il faut retenir

Chapter 1: Un - Sur le toit

Chapter Text

Pour Xiao, grimper sur le toit d’un des bâtiments de la fac n’avait posé aucun problème. Accoudé à l’une des rambardes qui empêchaient les chutes accidentelles, il contemplait l’aube se lever sur le campus. Un campus qu’il n’avait fréquenté que le strict minimum cette année, juste assez pour obtenir son premier semestre aux rattrapages.

Il avait eu autre chose à penser.

Mare de sang.

Xiao ferma douloureusement les yeux et secoua la tête pour tenter de chasser les souvenirs qui revenaient par flashes. Sans succès.

Détonation.

Qu’un seul moment d’ennui ou de calme l’enveloppe et tout refaisait surface, par vagues étouffantes.

Insultes et hurlements.

L’année commençait pourtant si bien. Ils étaient cinq, amis depuis le lycée, et puis, ils avaient déconné. Traîné dans les mauvaises rues, tenté de ramener l’ordre là où personne n’osait mettre de l’ordre. Par respect de la deuxième chance que la vie leur avait offerte. Par solidarité envers ceux qui attendaient encore de l’aide, qui n’avaient pas de toit où dormir en sécurité, où dormir aimé.

Peut-être aussi parce que la violence les hantait et refusait de lâcher prise sur leurs existences. La violence les avait protégés, nourris, habités si longtemps. Elle ne pouvait pas les quitter aussi facilement. Ils en avaient besoin.

Ils étaient cinq, jusqu’à ce que la loi de la rue emporte la première.

Ils étaient quatre, jusqu’à ce qu’une dispute tue les deux suivants.

Ils étaient deux, jusqu’à ce que ce que son meilleur ami ne mette fin à ses jours.

Regards vides.

Xiao était seul.

Il resserra son sweat noir autour de ses épaules. Avril prenait ses aises sur la météo, mais l’aube restait encore fraîche. Un timide rayon de soleil se faufila par-dessus le bâtiment d’en face, caressa sa joue comme pour le réconforter. Les yeux dorés de Xiao étincelèrent à peine.

Pourquoi rester quand plus rien n’avait de sens ?

Il était bien parti pour louper son année. Sa dernière virée dans les rues mal famées avait viré au drame : une fillette était à l’hôpital par sa faute et ses capacités cognitives en seraient à jamais affectés. Il ne revoyait ses amis que pour les voir mourir, encore et encore.

Pourquoi s’accrocher à la paix ? Il avait déjà eu droit à sa deuxième chance, il n’en aurait pas de troisième. Si Xiao l’avait vraiment voulu, la paix, il aurait tout arrêté avant. Il aurait dû s’arrêter avant. Cette fillette n’aurait jamais été blessée. Ses amis seraient toujours là.

Il aurait été heureux, peut-être.

Décide-toi, Xiao. Partir ou rester.

« Tu devrais le voir courir, Bo’ ! Il va si vite, grimpe si bien, c’est même plus du parkour qu’il nous fait, c’est comme s’il avait des ailes !»

Xiao était monté sur ce toit pour s’envoler, mais sa hauteur l’avait fait hésiter.

Ce n’était pas assez haut. Il n’en mourrait pas s’il tombait bien, et Xiao tombait toujours bien, comme un oiseau qui déploie ses ailes au dernier moment.

Tant pis. J’aurais vu un lever de soleil.

Le monde reprenait petit à petit ses couleurs. Face au soleil qui rougissait la brique des bâtiments et bleuissait le ciel, la pénombre grisâtre de l’aube ne pouvait que refluer, centimètre par centimètre. Dans une dizaine de minutes, la vie reprendrait ses droits sur le campus. Les premiers professeurs arriveraient, tout comme les premiers groupes d’amis, sans oublier les étudiants qui voulaient attraper la meilleure place dans l’amphi.

Décide-toi, Xiao. Partir ou rester.

À quoi bon vivre quand rien ne le retenait ?

Le visage de sa famille d’accueil lui vint en tête. Verr et son doux visage, sa cuisine incroyable et le mordant avec lequel elle affrontait la vie. Hua’ian et sa force tranquille qui paraissait pouvoir surmonter toutes les vagues. Ils seraient tristes, sans doute, mais ils ne le connaissaient que depuis une poignée d’années.

Ses amis ? Ils l’attendaient de l’autre côté.
Ses profs ? Ils ne connaissaient de lui que son nom sur une liste d’appel interminable, un appel qu’ils ne faisaient jamais.

La vie elle-même ?

Xiao n’en connaissait que la violence et la souffrance. Les intermèdes de paix n’étaient que ce qu’ils étaient : des parenthèses bien trop courtes pour peser dans la balance. Des parenthèses irréelles, presque floues en comparaison du rouge sang qui coulait sur le béton, de l’écho des balles dans les ruelles et du reflet métallique de l’acier.

Non, ce n’était pas bien. C’était la décision de la facilité, l’abandon, l’égoïsme. Mais maintenant qu’il y était confronté, Xiao comprenait le chemin pris par son meilleur ami.

Le monde entier, s’il était au courant, lui hurlerait de se battre.

Mais se battre, il n’avait fait que ça. Xiao était fatigué. Pour une fois, rien qu’une fois, il voulait penser à lui. Choisir, pour lui et lui seul.

Était-ce trop demander ?

Une note claire s’éleva dans les airs, pure, cristalline. Suivie d’une autre, et d’une autre. Longues, déchirantes, elles se jetaient dans le ciel pour mourir dans les oreilles de Xiao. Il écarquilla les yeux, les muscles raidis par la surprise et l’étonnement.

De la flûte, devina-t-il.

Qui jouait de la flûte à cette heure-là, sur le même toit que lui ?

Xiao fouilla les alentours des yeux, à la recherche du musicien. Sans succès.  Hypnotisé par le chant plaintif de l’instrument, Xiao se fia à ses oreilles et se dirigea vers la source de la musique. Une musique qui peinait à décoller, qui, incapable de se trouver, se répétait, toujours plus lancinante à chaque note supplémentaire.

Chacune d’entre elles se fichaient dans le cœur de Xiao, en parfait miroir de toutes les larmes qu’il n’avait pas réussi à verser.

Xiao se rapprocha de l’entrée du toit, un grossier cube de briques rouges posé en plein milieu, plus pratique qu’esthétique. Il rasa le mur, s’arrêta à l’angle, osa jeter un coup d’œil furtif…

La mélodie s’arrêta net. Xiao se renfonça dans son coin de mur, le cœur battant la chamade. Il avait eu le temps d’apercevoir un sweat vert à manche courtes, le reflet du soleil sur une longue tige argentée.

— Eh ben, c’est aussi joyeux qu’une bouteille de vin vide, commenta le musicien. Qu’est-ce que c’est que ce travail ?

Malgré son ton léger, Xiao ressentit la pointe de frustration qui couvait dans sa voix.

— T’imagines, si quelqu’un entend ça ? On va croire à un chant du cygne, bonne chance pour te justifier après ! Alors un effort !

Cette fois, c’est de la curiosité qui piquait Xiao. Le musicien parlait à son instrument, à voix haute en plus.

La mélodie reprit. Les premières notes, identiques au premier essai, se succédèrent, débordantes d’autant de tristesse. Et puis, timides, lumineuses, d’autres s’envolèrent, plus courtes, porteuses d’espoir. Xiao, tout doucement pour ne pas alerter le musicien, passa un œil par-delà le mur.

Le garçon lui tournait le dos. Ses doigts hésitaient sur les touches d’une flûte traversière, cherchaient la note suivante. Le soleil levant l’auréolait de lumière et accentuait les reflets bleutés de ses courts cheveux noirs. Il portait des baskets assorties à son sweat. Deux manches blanches dépassaient de ce dernier. Enfin, les revers de son jean laissaient voir des chevilles aussi fines que ses mains.

Transporté par sa musique, le musicien bougeait la tête et les épaules sur le rythme parfaitement contrôlé de sa respiration. Et Xiao écoutait, le souffle coupé. Le monde se brouillait de plus en plus sous la forme de taches vertes, jaune soleil et bleu ciel. Et au milieu de sa vision indistincte, il y avait le garçon et sa flûte.

C’est en sentant un sillon humide dévaler sa joue que Xiao se rendit compte qu’il était au bord des larmes. Il étouffa son sanglot de justesse.

La musique s’arrêta brusquement.

— Il y a quelqu’un ?

Xiao bondit à l’abri derrière le mur. Il entendit le garçon s’approcher, pas après pas.

— Hé oh ?

Sa voix, plus curieuse que fâchée, agit comme un électrochoc pour Xiao. Il détala, s’engouffra dans la cage d’escaliers et les dévala aussi vite qu’il le put en se maudissant de toute son âme.

Il aurait voulu entendre la fin de la chanson.