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Assis confortablement sur l'une des chaises Empire disposée autour de la table, Mycroft sirotait son thé Darjeeling en lisant le Times d'un œil distrait. Il survolait du regard les pages du quotidien en profitant de cet instant où son esprit n'avait pas, encore, besoin d'être accaparé par mille et un problèmes. Les quelques minutes matinales de calme et de paix lui étaient essentielles : il pouvait, ainsi, boire son thé chaud , et non refroidi car il devait s'occuper dans l'instant d'une situation imprévisible et épineuse, en toute quiétude.
Le silence de l’appartement luxueux se brisa lorsque des bruits de pas survinrent à l'étage. Imperceptible, certes, mais Mycroft les entendait parfaitement bien. Habillé dans un élégant costume trois-pièces bleu pétrole aux boutons de chemises couleur or, il ne releva pas la tête, guère étonné par l'apparition de ces sons.
Cependant, les sourcils de l'aîné des Holmes se froncèrent quand Gregory Lestrade entra dans la pièce. Ses cheveux argent étaient en désordre, sa main frottait distraitement son œil gauche, il portait des pantoufles, celles de Mycroft en l’occurrence, et le policier avait enfilé une robe de chambre par-dessus son pyjama : un large chandail gris ainsi qu'un pantalon bleu marin à rayures vertes forêt.
Un autre matin, le politicien aurait savouré cette vue et n'aurait rien fait pour cacher son intérêt pour ce spectacle des plus charmants. Le représentant du gouvernement anglais aurait pu tuer sans vergogne pour pouvoir admirer cet air endormi sur le visage de Greg Lestrade tous les matins.
« Tu boîtes, Gregory. » constata le politicien, sans préambule.
L'inspecteur s'arrêta au milieu de sa traversée de la pièce. Il passa une main sur sa barbe de quelques jours et il poussa un soupir.
« Bonjour à toi aussi. » commenta-t-il, tâchant de retarder les bombes que lui lanceraient son compagnon.
« Bonjour, si tu y tiens à ce point. » Même dans une autre pièce, l'inspecteur aurait pu parfaitement entendre le reniflement à peine contenu de Mycroft. Puis, il répéta d’un ton impatient : « Tu boîtes. »
L'homme aux cheveux gris ferma les yeux en tentant de réprimer une grimace et continua son périple vers l'autre pièce afin d'atteindre la cuisine de l'appartement. Il était trop tôt pour une confrontation sur l'état de sa jambe droite. Non. Il était trop tôt pour une confrontation avec Mycroft Holmes sur son état physique.
Le représentant du gouvernement trempa ses lèvres dans le liquide chaud de son thé, alors que ses yeux restaient plantés sur le cadre de porte derrière lequel son compagnon venait de disparaître. Sans aucun scrupule. Sa bouche se tordit d'une légère grimace lorsqu'il reposa sa tasse sur la table, adieu minutes de quiétude.
Le policier réapparu quelques minutes plus tard avec une assiette de toast tartinés à la marmelade ainsi qu’une tasse de café. Il les déposa avec fracas sur la table et prit place devant Mycroft et posa une main sur le journal.
« Tu as terminé avec? »
La main du politicien se déposa sur le quotidien afin de l'empêcher de pouvoir tirer sur celui-ci.
« Si tu m'explique précisément ce qui est arrivé à ta jambe, j'imagine. »
« Sérieusement, Mycroft? Du chantage avec un journal? »
« En refusant de me répondre, tu m'enlèves de précieuses minutes de quiétude, alors j'imagine que je peux t'enlever le plaisir enfantin de faire ces fichus mots croisés que tu aimes tant faire. »
Greg se mordit la lèvre inférieure afin d'éviter d'éclater de rire devant l'air dédaigneux que lui offrait son compagnon en faisant référence à son habitude de remplir les cases du mot croisé du Times . Habitude qu'il affectionnait d'autant plus lorsqu'il le faisait devant Mycroft.
Celui-ci passait les trente minutes nécessaires à l'inspecteur afin de trouver les réponses à pousser de longs soupirs douloureux – ou à lui souffler les réponses en donnant des détails supplémentaires aux définitions ou en lui donnant les solutions sous forme d’anagrammes.
Faire les mots croisés sans lui était beaucoup moins drôle.
« Ça t'inquiète à ce point? »
Le politicien vrilla son regard dans ceux de son compagnon sans pouvoir, toutefois, s'empêcher de le faire de manière caricaturale. Évidemment, qu'il était inquiet.
Mycroft Holmes passait son temps à être inquiet : pour son idiot de frère ou pour le policier devant lui. Greg avala une gorgée de café afin d'essayer de diminuer le nœud qui se formait dans son estomac : constater que l'homme, qui dirigeait probablement la nation entière, lui accordait une telle importance ne cesserait jamais de le ravir.
« D'accord. » consenti-t-il. Les lèvres de Mycroft se ourlèrent d'un sourire satisfait. « Mais. » La bouche du politicien s'affaissa faiblement. « Mais tu ne m'obligeras pas à aller au Barts. Tu n'inventeras pas une mission dans un hôpital obscur de ce pays pour que je me fasse soigner – parce que je le répète, ce n'est rien . Tu ne me feras pas venir dans ton bureau cet après-midi que tu auras préalablement transformer en salle de radiographie. Tu ne te lanceras pas dans l'application d'un décret afin de ramener la peine de mort dans ce pays pour la faire subir à la personne qui… – Bref, tu ne réagiras pas de manière exagérée. On est d'accord? »
Mycroft eut un rictus comme si tout cela était totalement ridicule.
« Je ne réagis jamais de manière exagérée. »
« Ah oui? » sourcilla Lestrade. « Et mettre Julia Brown sur la liste des terroristes les plus recherchés du monde, pour la simple et bonne raison qu'elle a été cinq minutes dans mon bureau, rideaux fermés, n'est pas ce que tu appelles réagir de manière exagérée? »
« J'avais d'excellentes preuves qu'elle était une – »
« Tu n'avais absolument rien contre cette pauvre fille. » l'interrompit-il. « Tu étais simplement jaloux. C'était une stagiaire et elle me montrait un diaporama qu'elle avait fait pour un truc scolaire en lien avec l'une de mes enquêtes. »
« Et après la vérification de ce que nous avions contre elle, l'agent qui a fait cette erreur – tu sauras, Gregory que je ne suis pas responsable de toutes les actions faites par le gouvernement – l'a rectifié. »
Il était d'une si grande mauvaise foi, c'était terrible.
« Si tu ne souhaites pas que des erreurs futiles comme celle-ci se répète, je t'invite à prendre soin de choisir qui tu amènes dans ton bureau, rideaux fermés . »
« Tu pourrais arrêter de me surveiller, aussi, ça règlerait une grande partie du problème. »
Mycroft renifla comme seule et unique réponse comme si cette perspective était tout à fait ridicule. Il but une gorgée de son thé, bien décidé à ne pas reconnaître ses torts dans la situation.
« D'accord, je ne ferai rien… d' exagéré , comme tu dis. » obtempéra le politicien.
Greg ferma les yeux, bien décidé à profiter de cette petite victoire. Pour une fois qu'il aurait le dernier mot avec l'un des membres de la famille Holmes : il fallait fêter cela.
« Ce n’est rien de très important. » commença l'inspecteur en tendant un morceau de son toast vers Mycroft afin de lui offrir quelque chose à manger. Il ne fut guère étonné que ce dernier déclinât avec un simple geste de la main. « Une enquête, hier. Une enquête vraiment intéressante, d'ailleurs, probablement que j'y aurais passé toute ma nuit – et tout mon matin – si John n'avait pas convaincu ton frère qu'il s'agissait d'un 8 et non d'un 7. Bref, Sherlock a fait ses déductions, comme d'habitude , John a tenté de traduire ce qu'il analysait de la scène, comme d'habitude , ils sont partis, sans dire un mot et sans précision, comme d'habitude , et… Ah oui, Sherlock m'a envoyé un message comme quoi je devais me rendre à une adresse sans m'expliquer pourquoi, comme d'habitude . Une chose en amenant une autre, j'ai tenté d'intercepter le tueur de la victime qui, pour faire diversion, a blessé John et en immobilisant le tueur, il m'a mis un coup de couteau dans la jambe. »
Le politicien ouvrit la bouche pour l'interrompre, alors que Lestrade refrénait le dernier comme d'habitude qui lui venait à l'esprit.
« Ce n’est vraiment rien. » insista l'inspecteur, empêchant de ce fait son interlocuteur de commenter. « Un bandage et tout a été réglé. J'ai à peine saigné. Je te le jure. Le tueur est derrière les barreaux en attendant la peine, très probable, de vingt ans que le juge lui donnera. »
Ils se toisèrent pendant quelques secondes. Seuls les bruits de mastications de Greg brisaient le silence de la pièce. Mycroft semblait bien gérer le petit monologue du policier, enfin, en apparence seulement : l'épiderme de sa main, qui formait un poing désormais, posée sur la table était dangereusement blanc.
L'homme aux cheveux argentés tendit sa main vers la sienne dans un geste qui se voulait rassurant et il eut un petit sourire en coin.
« Je vais bien. »
« Pas besoin de répéter. J'avais compris. » rétorqua-t-il d'un ton amer.
« Tu avais l'air d'une statue. Tu as, encore , l'air d'une statue. »
Les yeux du politicien se plissèrent et dévisagèrent l'homme devant lui.
« Et bien, puisque tu sembles prendre une si grande importance à ce que je ne réagisse pas excessivement, j'essaie de ravaler les commentaires qui me viennent à l'esprit lorsque je t'entends m'annoncer qu'un fou furieux t'as planté un couteau dans la jambe et que tu n'as même pas eu la bonté de me le dire lorsque tu es arrivé hier soir, alors que tu m'as réveillé. »
S'il écoutait toutes les pulsions de son corps, Greg se serait levé de sa chaise afin d'entourer les épaules de son amant afin de renforcer son désir de le rassurer. Cependant, il savait que Mycroft était peu amène des gestes d'affection : sa seule main sur la sienne lui suffisait et le policier n'éprouvait aucune envie de rendre la situation plus difficile qu'elle ne l'était.
« Mycroft… » souffla Lestrade. « Je suis désolé. Je ne pensais pas que tu pourrais t'inquiéter à ce point. C'est banal, je t'assure. Dans trois jours, au maximum, je n'aurai même plus besoin de bandages. »
« Après tu désapprouves ma surveillance par caméra. » articula le politicien.
Et bien que Greg fût désormais très réveillé, il ne comprit absolument pas l'orientation que prenait les pensées de son compagnon.
« Le jour où quelqu'un essaiera de te tuer dans une ruelle – et ce n'est certainement pas cet épuisant d'Anderson ou cette ennuyeuse de Donovan qui te sauveras la peau – tu seras bien heureux que j'aie des hommes qui te surveille. » conclu-t-il comme si cela provenait de l'évidence même.
Comptez sur Mycroft Holmes pour tourner n'importe quelle situation à son avantage.
Il avait, d'ailleurs, un air satisfait sur son visage en réalisant qu'il avait gagné cette bataille. L'inspecteur se renfrogna et porta sa tasse de thé à ses lèvres afin de s'empêcher de répliquer : la situation qui en découlerait ne connaîtrait aucun dénouement satisfaisant pour lui, il en avait pleinement conscience.
Il n'avait fait qu'amener une raison supplémentaire de continuer sa surveillance rapprochée de sa personne, en bout de ligne. Greg se questionna si, au fond, toute cette conversation n'avait que ce but ultime.
« Bien sûr que non. » répondit le politicien à sa question silencieuse. « Je suis vraiment inquiet pour toi, Gregory. Tout le temps . Chaque jour, j'ai peur que ce cher Docteur Watson m'apprenne que mon stupide frère t'aie amené dans un plan terrible et qu'un fou vous a fait sauter la cervelle. »
Les doigts de Greg, toujours sur le talon de la paume de main de son compagnon, s'enfoncèrent un peu plus dans sa peau sur le coup de son émotion. Ses paroles étaient ce qui ressemblaient le plus à une déclaration que n'importe quel mot que le politicien ait pu lui adresser jusqu'à ce jour.
« Moi aussi, je t'aime. » souffla Lestrade.
Il n'avait aucunement besoin de formuler ces trois petits mots pour que l'inspecteur en ait conscience. Ils étaient, presque, des sous-titres aux paroles de Mycroft. Les joues de celui-ci rosirent et sa main se retourna afin d'agripper celle de l'inspecteur.
« Et ton scénario s'applique davantage à John qu'à moi. Il a bien plus de chance de se faire sauter la cervelle que moi en suivant Sherlock. »
Le politicien eut un rictus, davantage en contrôle des réactions révélatrices de son corps lorsqu'il s'agissait d'une discussion rationnelle.
« Comme si mon frère permettrait que quelqu'un touche à son précieux docteur. » Les chances qu'une telle situation arrive dans un futur proche avoisinait, selon ses calculs, les 23,7% – et ce pourcentage n'était présent que par la possibilité d'une improbabilité non-calculée. « En parlant de mon frère, comment va-t-il? »
« Bien, j'imagine. » Greg haussa des épaules. « Nos sujets de conversations sont plus de nature élucidations criminelles que de son état psychologique. »
« Je vois. » releva Mycroft, imperturbable. « J'aurais besoin que tu fasses quelque chose pour moi. Ne t'inquiète pas, ce n'est rien. Je crois même que tu pourrais y trouver un… Certain plaisir, je crois bien. »
Cela ne valait rien qui vaille. Lestrade fronça des sourcils devant la bouche légèrement tordue par l'air planificateur du politicien. Hors d'un lit – ou toute surface qu'ils utilisaient comme tel – les deux hommes n'avaient pas, tout à fait, la même définition de la notion du plaisir . Greg pouvait être facilement heureux par une soirée passée dans son sofa à manger du maïs soufflé et s'endormir sur une série télévisée quelconque. Quant à Mycroft, le baromètre du bonheur devait, sans doute, varier en conséquence de l'intérêt qu'il pouvait retirer d'une situation. Moins il pouvait tirer bénéfice d'un élément, plus il était susceptible de s'ennuyer.
L'inquiétude du policier était, alors, sans doute, très justifiée.
« C'est-à-dire? » tenta d'éclairer Greg.
« Je veux que tu mettes Sherlock en prison. »
Mycroft avait claironné cette phrase de la même manière que s'il venait de prononcer quelque chose d'aussi normal que 'J'ai évité le déclenchement d'une troisième guerre mondiale entre le Brésil, l'Espagne et l'Angleterre.' Enfin, cette phrase serait uniquement catégorisée comme normale provenant de Mycroft.
Greg toussota, recrachant un peu de son thé, légèrement interloqué.
« Quoi ? »
« Tu m'as parfaitement bien entendu. »
« J'ai entendu : Je veux que mettes Sherlock en prison. Et ça ne fait aucun sens, alors je dois vraiment avoir mal entendu. »
« Tu m'as parfaitement bien entendu. » répéta, à nouveau, le politicien.
Lestrade cligna des yeux et poussa un soupir. Il tâchait de trouver une logique, sans succès, dans les paroles de son compagnon. Puis, son esprit se rua sur la seule explication logique qu'il pouvait trouver.
« Je t'avais demandé de ne pas réagir de manière excessive. »
« Quoi? »
Mycroft semblait légèrement perdu, ce qui était un spectacle que l'on ne pouvait que voir très rarement.
« Oh, Gregory le monde ne tourne pas autour de ta personne. Je ne suis pas en train de te demander cette faveur afin de culpabiliser mon frère pour le coup de couteau que tu as reçu. De toute manière, ça ne ferait aucun sens. Non, en fait je te demande de le mettre en prison pour que je puisse le convaincre – ou, au mieux, John y parviendra – de se présenter au dîner de Noël chez nos parents. »
Encore une fois, le ton qu'utilisait le politicien rendait cette discussion encore plus surréaliste qu'elle ne l'était déjà. L'inspecteur ouvrit la bouche, puis la referma après quelques secondes, un peu trop choqué et incapable de rendre ses pensées tout à fait cohérentes.
« … Pardon? »
« Encore une fois, tu m'as parfaitement bien entendu. Arrête, tu sais que je déteste me répéter. »
« D'accord, d'accord… Mais pourquoi tu ne demandes tout simplement pas à Sherlock de venir à ce dîner? »
Mycroft poussa un petit rire sarcastique. Seuls les sentiments qu'il portait envers l'inspecteur l'empêchèrent d'afficher son air le plus condescendant qu'il aurait normalement servi à quiconque ayant la mauvaise idée de suggérer cette idée ridicule.
« Mon frère est tout, sauf un adulte, Gregory. Si je lui demande, il va refuser en prétextant avoir quelque chose de prévu comme faire une expérience sordide sur des mouches simplement pour m'ennuyer. S'il est en prison, au moins, je pourrai le faire chanter pour qu'il accepte. »
« Et tu trouves que ça , c'est un comportement d'adulte? » releva Lestrade, en arquant un sourcil.
Le politicien le fusilla du regard. L'homme aux cheveux gris releva les mains pour calmer le tempérament du Holmes devant lui.
« Admettons que j'accepte. » commença l'inspecteur. « Je ne peux pas mettre un homme derrière les barreaux uniquement parce que Mycroft Holmes me l'a demandé. »
Il n'avait aucun doute sur le fait qu'il serait très facile de trouver un mobile pour motiver la présence du détective derrière ces dits barreaux – et trouver le corps professionnel pour procéder – mais Lestrade se tût. Il était un homme intègre, tout de même.
« Choisis le mobile que tu veux. » répondit le politicien, ne s'embarrassant pas des procédures. « Insultes envers le DI, par exemple. Ce n'est pas comme s'il le faisait systématiquement à chaque fois que tu lui demandes de l'aide. Je parie que tu trouveras de l'aide dans ton équipe, de toute façon. Bref, derrière les barreaux il devra m'écouter. Ou John. Je crois que John serait un meilleur choix, ne trouves-tu pas? » La question était purement rhétorique, car il continua sans attendre de réponse de l'inspecteur. « Oui, John. Il serait bien capable de rester en prison si c'est moi qui lui parle. Je vais envoyer un message à Anthea pour qu’elle aille récupérer John. »
Il était déjà en train d’écrire à son adjointe personnelle.
« Pourquoi tu dois parler à John? » demanda Lestrade, confus.
« Parce qu’il sera bien plus facile de le persuader de convaincre Sherlock de venir à ce fichu dîner. Il ne laisserait jamais mon frère en prison, il est beaucoup trop loyal pour ça. »
Greg essaya de s’abstenir sur le fait que, de son point de vue, son amoureux se compliquait inutilement l’existence.
« Pour une rare fois qu’il ne sera pas la demoiselle en détresse… » marmonna Mycroft, alors qu’il terminait son message et qu’il envoya le tout à Anthea.
L’aîné des Holmes porta sa tasse jusqu'à ses lèvres afin de boire la dernière gorgée de thé, satisfait de son début de matinée et du fait qu’il allait enfin pouvoir rassurer sa mère à propos de la présence de son frère. Les pattes de la chaise raclèrent le sol lorsqu'il se releva.
Le sujet totalement clôt, enfin de son point de vue, le politicien marcha vers son compagnon, contourna la table, et se pencha vers le visage, qui affichait une mine interdite, afin de s'emparer des lèvres de Gregory. Légèrement décontenancé par le revirement de situation, il répondit au baiser de son amant par réflexe, un peu hagard.
« Passe une belle journée. » chuchota Mycroft à quelques centimètres seulement des lèvres qui goûtaient un mélange de café et de marmelade.
Il l'embrassa une dernière fois, puis avec un petit sourire contrit empoigna sa tasse et marcha vers la cuisine.
Greg le scruta se questionnant s'il avait vraiment envie de se mettre à travers une querelle entre les deux frères Holmes. La réponse était évidemment non. Cependant, apparemment, ce n'était pas une question à choix multiples, ici. Ce n'était pas une question, tout court. C'était un ordre déguisé, tout simplement.
« Tiens-moi au courant. »
« Tu sais que tu me revaudras ça, n'est-ce pas? »
« Je n'ai pas réagis excessivement, comme tu me l'as demandé, à ce que je sache. »
Son regard onyx qui s'attardait sur la jambe de l'inspecteur rappela à ce dernier la conversation houleuse qui avait eu lieu quelques minutes plus tôt.
« Merci bien. Mais à ce que j'ai compris, tu vas continuer à m'espionner et tu m'as privé de mon journal. »
« Oh, franchement. »
Et c'était sans doute la preuve ultime que Mycroft Holmes aimait bel et bien Greg Lestrade : il réprima le ton sec qu'il aurait utilisé en temps normal.
Puis, tout à coup, il sembla se rappeler de quelque chose et s’arrêta. Il s'appuya sur le cadre du seuil de la porte qui séparait la salle à manger de la cuisine et pour une des rares fois, le politicien eut l'air mal à l'aise. Un spectacle qui n'était pas donné à tout le monde et l'inspecteur se leva de sa chaise pour le voir de plus près, tant il paraissait si peu improbable.
« À vrai dire. » commença Mycroft. « Je voulais te demander si tu voulais venir avec moi. » Il tritura ses mains – il triturait vraiment ses mains? « Au dîner. Chez mes parents. »
Les yeux de l'inspecteur s'écarquillèrent, surpris par ce nouveau revirement de situation.
Cela faisait, maintenant, neuf mois que Greg avait, pour la première fois, couché avec le représentant du gouvernement à même son bureau du Scotland Yard. Rideaux fermés, évidemment. Depuis, il avait presque emménagé dans l'appartement luxueux de Mycroft et partageait une relation exclusive avec lui. Si on lui avait annoncé ces changements dans sa vie, un an plus tôt, Greg Lestrade n’y aurait jamais cru.
Mais malgré leur relation qu'il qualifiait tout de même de solide, le politicien était peu avare de gestes ou de mots d'affection. Ils ne parlaient que très peu de leur relation. À vrai dire, il se demandait, presque, si le cadet de son amant était au courant de sa place dans la vie de son frère. Et, là, il l’invitait dans sa famille à Noël? Il voulait le présenter à sa famille?
S'il fallait qu'il se fasse poignarder dans la jambe pour avoir droit à cette proposition, il l’aurait fait bien avant. Après quelques secondes, l'homme de loi s'approcha de Mycroft et posa un troisième baiser sur ses lèvres.
« Pour ça, je peux bien mettre Sherlock en prison. » acquiesça finalement Lestrade.
Le politicien eut un sourire éclatant. Puis, il passa un doigt dans la poche de son costume afin de jeter un coup d'œil à son téléphone portable.
« Ciel! Entre ta jambe, mon frère et… ça , je vais être vraiment en retard. »
Sans plus attendre, il se retourna et entra dans la cuisine. Il posa sa tasse vide sur le comptoir près de l'évier, enfila son manteau et s'empara de son éternel parapluie. Il jeta un dernier coup d'œil à son compagnon qui s'affairait, déjà, à ranger la cuisine et quitta la demeure.
Dans le silence du logement, Lestrade ne pu s'empêcher d'imaginer le visage de Sherlock Holmes amené par une Sally Donovan, qui serait très probablement toute disposée à participer, dans la prison de Scotland Yard. L'image était à la fois si comique et très… Satisfaisante, en réalité. Oui, vraiment. Mycroft avait raison, en bout de ligne, il y trouverait un certain plaisir.
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Contre attentes, le plan (bien qu’enfantin) de Mycroft fonctionna. Le soir du 25 décembre, les deux frères Holmes ainsi que leur compagnon respectif étaient assis autour de la table de leurs parents. Et, les deux frères passèrent la soirée à se fusiller du regard.
