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Digne de l'Héritier du Dragon

Summary:

Quelques jours avant le mariage de Viserys, Daemon vient à lui avec des questions. Il a toujours posé tant de questions.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

L'embrasure de la porte créa un rayon de pâle lumière dorée dans la chambre parfaitement sombre. Viserys aimait dormir dans le noir, et en dépit de la fraîcheur de cette fin d'automne, pas une flamme, pas même une braise dans la cheminée n'apportait à la pièce la moindre lumière.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il.

Il n'était pas tout à fait endormi, mais presque, ce qui faisait le même effet.

- Comment n'as-tu pas froid ? rétorqua une voix.

Viserys retomba sur ses oreillers. Ça ressemblait bien à Daemon de répondre à une question par une autre question.

- Beaucoup de couvertures, répondit-il.

Des bruits de pieds nus s'approchèrent de lui. Pas étonnant que son frère ressente si cruellement le froid.

- Je peux partager ? demanda-t-il, même si comme à son habitude, ce n'était pas tant une question qu'une déclaration, le même réflexe mécanique qui faisait dire s'il vous plaît et merci quand on y était habitué.

Bien sûr, personne n'avait jamais réussi à habituer Daemon à dire s'il vous plait.

- Tu as encore fait un cauchemar ? plaisanta Viserys.

- Je n'ai pas fait un seul cauchemar depuis mes huit ans, bouda le petit venaird. J'ai froid, c'est tout.

Viserys se décala pour faire de la place à son frère. Le matelas se plia sous son poids, même si Daemon était plutôt maigrichon, et petit pour son âge. Il finirait bien par grandir un peu. Viserys lui-même avait pris pas loin de six pouces en un an.

Daemon prit place dans les draps, apportant avec lui un courant d'air froid, avant de déclarer sévèrement :

- Il est temps que je sois dragonnier, moi aussi.

- Oh, fit simplement Viserys.

Bien sûr qu'il voulait en être. Daemon était cousu de feu et de vent, bien sûr que les dragons l'attiraient ; même si l'œuf de son berceau n'avait jamais éclos, pas plus que celui de Viserys. Cette nouvelle détermination était sûrement sa faute, toutefois. Ses grands-parents et Père avaient tremblé lorsqu'il avait monté Balerion, trois mois plus tôt, mais il n'avait voulu faire aucune déclaration, aucune démonstration. À la vérité, le vieux dragon lui avait semblé être celui qui avait le moins de chances de le mordre. Lorsqu'il avait pris son envol, il s'était senti plus comme une puce entre les écailles de l'immense dragon que comme un tout-puissant dragonnier, et il n'avait pas eu la moindre envie de renouveler l'expérience depuis.

- Veux-tu que je t'accompagne à Fossedragon ?

- Je ne veux pas d'un dragon de la Fosse. C'est Caraxès que je veux.

Viserys écarquilla les yeux. Caraxès était une bête de guerre, une créature sauvage qui avait plus de chances de couper son petit frère en deux d'un coup de dent. Bien sûr, rien de tout cela ne changerait l'avis de Daemon.

- Caraxès appartient à Oncle Aemon.

- Ça fait six mois, il lui faut un nouveau dragonnier, déclara Daemon avec une confiance qui avait toujours émerveillé Viserys. Il est retourné à Peyredragon après la mort de notre oncle. C'est là que je veux que tu m'accompagnes. Prenons le bateau demain.

Viserys ricana, tout en remarquant que son frère le connaissait assez bien pour savoir qu'il ne l'emmènerait pas sur le dos de Balerion.

- Daemon, je me marie dans deux jours.

- Caraxès est plus intéressant que ta promise. Allons, tu le sais. Tu passeras les prochaines années à attendre qu'elle soit enfin sevrée, ça ne changera rien de reporter ton mariage d'une ou deux semaines.

Viserys repoussa la tête de son frère, à défaut de pouvoir lui donner une bonne claque.

- Aemma est d'un tempérament doux et a bon cœur. Heureusement que c'est moi qui l'épouse et pas toi. Tu la terrifierais avec ton sale caractère.

- C'est un bébé, grimaça Daemon.

- Vous avez le même âge ! rit Viserys.

- J'ai huit mois de plus qu'elle. Et ce serait quand même un bébé si ce n'était pas le cas. S'il fallait que tu épouses une fille, ç'aurait dû être Rhaenys, marmonna Daemon. C'est une dragonnière, elle a déjà fleuri, et cette union rapprocherait la lignée de Père et celle d'Oncle Aemon.

Viserys se demanda de qui son petit frère se faisait le perroquet. En vérité, une telle union avait un jour été envisagée. C'était Tante Jocelyn qui leur en avait parlé, à Rhae et à lui, et c'était Grand-Père qui avait refusé les fiançailles. Pour maintenir la clarté de la ligne de succession, avait-il dit. Viserys l'aimait pour cela. Au-delà des histoires ennuyeuses et complexes de succession, Rhaenys était plus terrifiante que Balerion, parfois. Toujours à crier, à rire, à se moquer, et de trois ans son aînée en plus. Le défi avait été moindre de monter le dragon du Conquérant qu'il l'aurait été de la monter, elle.

- Rhaenys est mariée à Corlys Velaryon depuis deux ans, répondit-il à la place.

Il valait mieux que Daemon le croie plus vaillant qu'il ne se sentait parfois.

- Et moi alors, qui est-ce que je vais épouser ? Il semblerait que nous soyons à court de cousines.

Viserys leva un sourcil. Se pouvait-il que le mécontentement de Daemon quant à son mariage fût causé par la jalousie ?

- Je suis sûr que Grand-Mère va t'arranger une belle union. À une Lannister à la chevelure dorée, peut-être. Ou bien à une Stark - elle a toujours apprécié les Stark.

- Des cheveux jaune pisse et et des cons glacés, bouda Daemon en remontant la couverture sur lui. Non merci.

Viserys fronça les sourcils, bien qu'il eût du mal à retenir un fragment de sourire que son frère ne pouvait pas voir.

- Mais qui t'a appris à parler comme ça ? gronda-t-il, bien qu'il ne réussît pas à le faire aussi durement qu'il aurait dû.

- Mère parlait comme ça, fit Daemon en haussant les épaules. Et Grand-Mère ne fera rien de la sorte. Elle me déteste. Si elle me trouve une épouse, ce sera sûrement une chèvre.

À nouveau, Viserys haussa un sourcil pour chacune des deux déclarations. Mère avait été d'un genre paillard, réalisait-il maintenant qu'il était assez âgé, plus audacieuse encore que Rhaenys, mais elle était morte et il doutait que Daemon se rappelât beaucoup d'elle. Des vols, peut-être. C'était ce dont Viserys se souvenait le mieux. La seule chose dont il voulait se souvenir. Voler était merveilleux quand c'était avec elle.

- Grand-Mère t'adore. Bien sûr qu'elle t'adore. Elle n'a pas tant de petits-fils, et un seul qui ait autant de fougue que toi.

Daemon ne répondit pas. Pendant un long moment, ils restèrent côte à côte dans le noir, l'esprit de Viserys vagabondant entre Balerion, Meleys, sa cousine sauvage, son frère encore plus, la douce Aemma, sans vraiment s'arrêter sur aucun d'entre eux.

- Viserys ?

Les draps frissonnèrent tandis que Daemon se tournait vers lui.

- Si j'étais une fille, tu crois qu'on nous aurait fiancés ?

Viserys fronça à nouveau les sourcils. Daemon était audacieux, et il aimait ça en lui, mais parfois il plaisait à son frère de dancer un peu trop près du bord du gouffre pour le mettre à l'aise.

- Tu as de ces questions, fut tout ce qu'il réussi à dire.

- Mère et Père l'ont été. Et je suis sûr que nous sommes plus proches qu'ils ne l'étaient.

Son silence était la preuve qu'il attendait toujours une réponse. Aussi loin que Viserys se souvienne, il avait toujours pensé qu'il épouserait peut-être Aemma un jour, même quand elle n'était qu'une enfant en langes. Mais Daemon... Daemon était son frère. Comment pourrait-il s'imaginer l'épouser ? Personne ne lui avait jamais dit de le faire.

- Je ne sais pas, dit-il. Peut-être.

- Ça t'aurait plu ?

Viserys fut pris d'un rire gêné.

- Ça t'aurait plu, à toi ? rétorqua-t-il.

Les draps frissonnèrent à nouveau, et il sentit la chaleur émanant du corps de Daemon à côté de lui. Quelque chose en lui se figea en sentant la main de son frère s'appuyer sur son torse, mais il ne bougea pas avant de sentir deux lèvres tièdes frôler le coin de sa bouche.

Il leva un bras en bouclier pour repousser son frère.

- Je peux savoir ce que tu fais ? chuchota-t-il.

Daemon l'audacieux fut généreux, pour une fois, et recula doucement, son poids s'éloignant de l'avant-bras de Viserys.

- Je vérifiais seulement quelque chose.

Viserys l'entendit sourire de son affreux rictus.

- Aemma te convient peut-être, mon frère. Mais elle ne te complète pas. Tu as bon cœur, Viserys, tu es juste et généreux, mais il te faut un consort plus vif que toi pour te protéger.

- Un consort ? marmonna Viserys.

Toute la moitié basse de son visage lui semblait enflammée par ce toucher qui n'avait pas été un baiser.

- Pour quand tu seras roi.

- C'est Père qui sera roi, s'entendit corriger Viserys avec idiotie.

- Et qui à sa suite ? Rhaenys est une fille, et elle a scellé son sort en épousant son serpent de Velaryon. Quand Grand-Père mourra, s'il meurt un jour, Père prendra place sur le Trône de Fer, et toi, tu seras Prince de Peyredragon. Alors entoure-toi de gens de confiance.

Le silence seul suivit la déclaration de Daemon. Qui avait-il lu, qui avait-il entendu pour parler ainsi à tout juste douze ans ? Viserys ne pensait jamais à la succession, lui, pas de sa propre volonté en tout cas. Pourquoi fallait-il que son grand-père meure ?

- Tu devrais retourner au lit, Daemon.

- Je suis déjà au lit.

- Ton lit à toi, insista froidement Viserys en dépit de ce qui lui semblait naturel. Et si tu en parles à qui que ce soit, je te le jure, je te donnerai en pâtée à la Terreur Noire.

Daemon rit, mais obéit aussi, ce qui en faisait un son apaisant.

- Soit. Ce n'est pas comme s'il pouvait faire grand-chose à part manger ces jours-ci.

Un poids se retira du matelas, et des bruits de pas s'éloignèrent. Viserys refusa de regarder autre chose que le plafond avant d'entendre la porte s'ouvrir et se refermer. Dans le rayon de lumière du couloir, la silhouette de son petit frère se dessinait sur le mur.

Daemon, Daemon, tu me donnes mal à la tête. Avec un peu de chance, cela lui passerait en grandissant.

Notes:

Oh, Vis. Il n'a que seize ans et j'ai déjà envie de lui dire de s'éloigner des mineures, tout de suite, c'est un ordre.