Work Text:
Préface :
Je suis un anonyme. Un exemplaire comme un autre au milieu de centaines, de milliers, comme moi, de la chair à canon sacrifiable. Certains en lisant ces mots, dans un futur plus ou moins lointain, penseront que ce n’est qu’une critique de plus de la hiérarchie et des politiques qui nous voient comme des outils tous semblables, menant une guerre qu’ils ont voulu et dont nous sommes les principales victimes. Une métaphore de l’uniformisation, de la déshumanisation du soldat. Ils diront que sous le casque masquant notre visage, sous cette armure d’un blanc immaculé, nous sommes tous différents. Ce n’est pas le cas.
Je suis un anonyme. Un simple numéro dans une longue liste. Quand je me rase, je peux utiliser mon voisin de chambrée en guise de miroir. Nous avons tous ce même visage, ce même corps, cet héritage de notre père génétique. Nous sommes des clones et, par cet état de fait, nous sommes la propriété de la République, de simples objets remplaçables dont personne ne se soucie.
Je suis un anonyme. Je me bats parce que c’est ma raison d’être, parce qu’on m’a créé dans ce but. Je défends un système qui ne reconnaît pas qui nous sommes, pour qui nous n’existons pas. J’ai été entraîné, conditionné, tout comme mes frères, en sachant qu’un jour il nous faudrait mourir pour ces gens. Et pourtant, aussi amères que soient mes mots, je ne leur reproche rien. J’ai combattu hier, aujourd’hui et je continuerai demain, parce que je ne sais faire que ça et au fond, la mort omniprésente est ce qui me fait sentir vivant.
Je suis un anonyme, mais voici mon histoire.
Géonosis :
Notre première affectation, notre épreuve du feu, notre occasion de briller pour cette République qui a demandé notre fabrication ! Une vraie boucherie. Il n’y a pas de gloire dans la guerre, juste des morts, des frères qui tombent sous les armes des ennemis métalliques et impersonnels que sont les droïdes. Mais sommes-nous si différents que ces assemblages de métal meurtriers ? Comme eux, nous sommes des produits d’une chaîne de fabrication. Comme eux, nous sommes remplaçables.
Nous sommes peut-être même inférieurs finalement. On peut les créer à la chaîne, rapidement, et ils sont opérationnels aussitôt sortis d’usine. Tandis qu’il faut des années pour amener un clone à maturité, même avec le vieillissement accéléré. Sans compter l’entraînement nécessaire pour nous rendre efficaces. Inférieurs à des boîtes de conserves. Pathétiques.
Pourtant, nous étions presque guillerets en allant au combat ! Fini les simulations, nous allions nous battre contre du palpable et nous chantions des paroles guerrières tandis que les canonnières descendaient de l’orbite pour nous poser. Nous allions aider des chevaliers jedi encerclés, eux-mêmes en mission de sauvetage pour récupérer une sénatrice et deux de leurs semblables.
La mission commençait bien, les survivants ont été extraits du guêpier qu’était l’arène géonosienne et les troupes les encerclant complètement décimés en l’espace de quelque instant. Mais peu après, une immense armée a émergé des complexes de production, appuyée par d’immenses machines de destruction quadripodes et mes frères ont commencé à tomber comme des mouches.
Rapidement, nous avons perdu notre fière allure. L’éclat des armures a laissé place à l'ocre de la planète dont la poussière était soulevée par les tirs d’artillerie, les réacteurs des transports et le piétinement des forces en présence. Puis des marques de brûlures se sont ajoutées comme les décharges d’énergies nous frappaient et finalement, c’est même le sang de nos frères qui a rougis le blanc si brillant pendant les parades sur Kamino.
Les chants avaient cessé, c’est une toute nouvelle musique qui se jouait à nos oreilles, assourdis par les protections auditives du casque. Et heureusement, car le fracas d’une bataille peut rendre sourd rapidement ! Tout n’était qu’un immense spectacle son et lumière meurtrier où régnait la confusion, les ordres de nos sergents couverts par les sifflements des missiles séparatistes et les détonations des véhicules abattus.
Notre chef d’escouade fut le premier à nous quitter, fauché par une rafale chanceuse alors qu’il sortait la tête de son couvert pour évaluer le terrain. Notre expert en démolition a vengé sa mort d’une roquette bien placée sur la position des droïdes mais malheureusement il n’y avait plus rien à faire pour lui. Nous avons donc continué à combattre en autonomie, suivant l’objectif qui nous avait été fixé : prendre une position fortifiée stratégique pour établir une ligne de tir dégagée et ainsi couvrir le reste des troupes.
Alors que nous avancions dans cette optique, CT-432, un de mes compagnons de dortoir, mourut écrasé par une TABA descendue en flamme. Je suis resté à contempler les fragments ensanglantés de son casque projetés par le choc pendant un long instant avant qu’un autre camarade ne me pousse à couvert, me sauvant la vie. Je ne ressentais plus que de la tristesse teintée de colère. Adieu mes belles illusions de héros de la République, triomphants de l’ennemi tels les puissants guerriers des récits, baignés par la lumière de la justice.
Alignant mon blaster sur les cibles, je tirais, encore, et encore, et encore… Détruire un maximum de tas de ferraille était devenu ma seule raison d’être, un exutoire pour ces sentiments négatif qui m’avaient saisi. J’avançais mécaniquement, les automatismes de l’entraînement prenant le pas sur la réflexion, suivant les survivants de mon groupe sans vraiment les voir. C’est finalement en arrivant au pied de la position, et en trouvant là un jedi organisant l’assaut avec d’autres rescapés d’escouades, que je repris mes esprits. Je ne savais plus où j’étais, depuis combien de temps je me battais, mais grâce à la présence apaisante de notre commandant improvisé, j’étais de nouveau un soldat, plus une simple bête marchant à l’instinct.
La bataille pris rapidement une tournure favorable avec les chevaliers à nos côtés. Ils se plaçaient en première ligne, déviant les tirs ennemis pour nous protéger pendant que nous faisions pleuvoir les décharges d’énergies sur les marées de droïdes. Les vaisseaux ennemis finirent par fuir ou être détruit en essayant et la victoire fût finalement annoncée en fin de journée. En rejoignant nos transports, plusieurs de mes frères avaient enlevé leur casque et je vis sur de nombreux visages la même expression que je devais arborer, un mélange de lassitude et de soulagement, teinté par la dure réalité de la guerre qu’aucun entraînement ne pouvait nous préparer à encaisser.
