Work Text:
Arthur ne savait pas s’il devait être furieux ou non. Il était complètement perdu depuis le moment exact où Edith, sa secrétaire et unique amie dans ce journal était entré avec le magazine dans les mains.
C’était une jolie photo. Haute définition, prenant entièrement la couverture du tabloïd le plus en vogue du moment. Des couleurs violentes criaient la nouvelle en caractères gras. Il prit une grande inspiration, essaya de rassurer Edith d’un sourire qui devait sonner faux à des kilomètres à la ronde. Il termina son article sur les résultats du débat Clinton-Obama. Lou était comblé, pour une fois. Il enfila son manteau de laine, oublia d’enlever ses lunettes et prit la direction de la bouche de métro.
Que pouvait-il bien faire ? C’était évident quelque part. Il s’y était attendu depuis le moment où il avait déterré ce qu’il n’aurait probablement pas dû.
Il remonta jusqu’à l’appartement sur pilote automatique. Il pénétra dans le salon et s’arrêta devant la table basse. Curt corrigeait sa partition, sa guitare sur les genoux. Il leva la tête et lui sourit. Arthur sentit sa gorge se serrer et son cœur menaça de sortir de sa poitrine. Il sortit le magazine de l’intérieur de son manteau et le jeta sur la table basse.
Curt fronça les sourcils devant son indifférence au départ. Arthur le vit faire une grimace de dégoût lorsque ses yeux tombèrent sur le magazine. Il ne dit rien, ne releva pas les yeux, ne respirait presque pas.
— Dis quelque chose.
Mais Curt ignora sa demande.
— Ton silence alimente ma parano alors dis-le, demanda-t-il toujours platement.
— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
— J’en sais rien Curt. Je ne sais vraiment pas. Mais apparemment ce n’est pas la première fois. C’était ça, ton rendez-vous la semaine dernière ? et la semaine d’avant ? et celle d’avant ?
— Il m'a appelé...
— et tu réponds toujours quand il appelle.
Arthur ne voulait pas paraître si plaintif, si dégoûté. Il avait des années d’expériences dans l’apathie et l’indifférence. Pourquoi n’arrivait-il donc pas à s’en rappeler là ?
— Je lui dois bien ça.
— Tu ne lui dois rien du tout. Mais je ne pourrais jamais t’en convaincre. Pas faute d'essayer pourtant.
Curt se mordit la lèvre discrètement. Arthur soupira. Il ne ferait pas ça ici.
— Fais ce que tu veux, Kurt.
Il prit ses clés et ressortit.
Curt ne l’avait pas arrêté. Il n’avait rien dit. Il monta sur le toit de l'immeuble et s’assit sur l'une des vieilles chaises pliables éparpillées, Manhattan s'étalent sous ses yeux. Il sortit son paquet de cigarettes de poche. Le paquet des cas d’urgence. Il avait arrêté après tout. Il allumait sa deuxième quand la porte du toit grinça derrière lui. Il sentit son corps se crisper une seconde et continua de fumer lentement. Inspiration, expiration, son esprit uniquement focalisé sur la fumée grise dans l’air.
Curt s’assit à coté de lui.
— Je déteste cet endroit.
— Personne ne t’a demandé de venir.
Il l’entendit soupirer.
— Écoute. S’il n’avait pas été là, je serais mort dans une ruelle avec une seringue dans le bras.
— Et s’il n’avait pas trahi la terre entière, tu serais encore là-bas.
— J’en sais rien.
Arthur serra les poings et jeta le mégot dans la benne à ordures en dessous.
— Arthur.
— Tu n’avais qu’à le dire. Tu n’avais qu’à dire « C’est fini » et j’aurais accepté.
— Mais ce n’est pas fini.
— J’aurai accepté ça. Je sais que Slade et toi…
— Arthur, coupa fermement Curt en lui prenant le visage dans ses mains glacés.
Curt fixa son regard dans le sien et Arthur se demanda une seconde s’il pourrait se retenir de pleurer.
— Je suis là. Toi et moi. Toi et moi, c’est pour toujours. Lui… c’est le passé.
— Pourquoi ?
— Si je t'en avais parlé, tu aurais réagi comme ça. Merde, tu aurais probablement fait mes valises avant même que je n’ai terminé ma phrase !
— Curt.
— Le jour où tu seras convaincu qu’il n’y a que toi, j’aurai probablement un ego de la taille du Texas.
Arthur ne put s’empêcher de sourire.
— Il voulait que je lui donne le nom de mon parolier. Il veut essayer de faire amende honorable en dévoilant tout. Il voulait juste que je l’aide.
— Ton parolier n’est pas sûr d’être éthiquement le meilleur candidat pour Slade.
— C’est ce que je lui expliquais. J’ai un droit de veto sur tous les clients de mon "parolier", sourit Curt en passant les doigts dans ses cheveux.
— Ok.
— Ok ? On peut rentrer alors ? Non parce que je me pèle.
Arthur se mit à rire un peu. Il n’était pas guéri de son insécurité mais ça irait pour le moment. Curt avait dit pour toujours. Il fallait qu’il fasse des efforts pour en être persuadé.
Curt s’écarta et lui mordilla la lèvre.
— Je croyais que tu avais arrêter de fumer.
— J’ai arrêté.
— …
— C’est toi qui me fais replonger à chaque fois ! protesta Arthur.
— Oui, rien que moi, sourit fièrement Curt.
Arthur l’embrassa une nouvelle fois. Longuement et tendrement avant de les conduire au chaud dans leur appartement. La crise était passée.
FIN
