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No longer be afraid of the future

Summary:

Dernière course, derniers tours, pour Daniel cela ressemble à la fin du monde mais ce n'est pas vraiment le cas, le terre continue de tourner et la vie avance. Il ne va pas bien mais il veut aller mieux, il ne sait pas comment faire cependant, tout semble flou et brouillon, Daniel doit récupérer sa vie.

Notes:

Le résumé et le balisage sont horribles et je m'en excuse, je n'avais tout simplement pas d'inspiration. Ne vous y attardez pas :)

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Circuit Yas Marina, Abu Dhabi

L'émotion lui sert la gorge, ça semble presque trop, presque inconcevable. Il ne peut pas croire qu'après onze ans c'est la fin, provisoire il l'espère mais une fin en soi. Il passe la ligne.

Son ingénieur parle à la radio mais le son de sa voix est étouffé par le vacarme dans son esprit, il ne veut pas partir. Il veut rester et pouvoir encore rouler, il n'a pas tout donné, pas encore, c'est trop tôt.

Daniel pleure, bien que conscient qu'il sera entendu, il pleure parce que c'est trop dur de partir comme ça, sur un gout d'inachevé, sur cette impression de ne plus être assez bon. Peut-être que c'est le cas, peut-être qu'il n'est plus assez bon mais il aurait aimé pouvoir leur prouver à tous le contraire. Il ne peut plus désormais.

Il aimerait pouvoir dire que ça ne lui fait rien, qu'il arrive à se contenter de ce qu'il a eu, des onze années qu'il a connu en Formule 1. Les plus belles années de sa vie. Mais ce n'est pas assez, ce n'est jamais assez, plus l'on vit de sensations sur la piste plus l'on en veut. Impossible d'être rassasié de l'adrénaline que la course procure, c'est quelque chose que l'on ne peut pas trouver ailleurs.

Il veut célébrer une dernière fois, fêter comme s'il avait gagné. Il voit la fumer des donuts des gagnants au loin. Il en fait aussi, seul loin des autres mais ça n'a aucune importance, pas pour lui, il veut juste terminer cette saison sur une note dont il se souviendra. Ce n'est pas une shoey mais c'est déjà ça.

Quand il arrête la voiture à la place qui lui est réservée il sent qu'il doit dire quelque chose, exprimer ce qu'il ressent et remercier pour tous ce qu'il a vécu.

Ce qu'il dit à la radio n'est pas forcément le plus beau discours qu'il est fait, sa voix est déformée par les pleurs mais il n'en a rien à faire, il n'attend pas grand-chose de ses paroles, il veut juste faire quelque chose, il en a besoin. C'est trop dur de garder ça pour lui, malgré tout ce qu'il s'est passé, malgré la souffrance morale qu'a engendré son contrat avec Mclaren, malgré tout, il ne regrette rien.

Enfin presque rien, il y a une chose qu'il aurait aimé faire mais ce n'est pas ce à quoi il veut penser à l'instant. Egoïstement, il ne veut penser qu'à lui, pour une fois, pour la dernière fois, il veut se concentrer sur ses dernières années, sur lui et sur ses victoires, ses échecs, ses déceptions et ses espoirs.

Il quitte sa monoplace, il sait qu'on l'attend, que son équipe et les journalistes l'attendent. Il aimerait pouvoir prendre le temps de souffler et de réfléchir mais la Formule 1 n'attend pas, elle n'attend jamais, à lui de faire en sorte de suivre.

Il enlève son casque, la chaleur d'Abu Dhabi est difficile à supporter et il est en sueur, pas très présentable, mais tout le monde est dans le même état alors il ne s'en formalise pas.

A l'espace interview, il retrouve les autres pilotes, plus ou moins heureux mais tous épuisé.

Son regard se porte naturellement sur Max, le dos tourné en train de répondre à un journaliste, il ne l'a pas remarqué. Il le détaille, la sueur mêlée au champagne qui perle dans son cou, ses cheveux trempés qui dégouline sur le col de sa combinaison. Max ne cherche pas à l'être et pourtant Daniel ne l'a jamais trouvé aussi beau.

Il s'approche de lui.

Alors qu'il va pour faire remarquer sa présence, Max se retourne, il est heureux, ça se voit et il essaye de se réjouir pour lui, parce qu'il le mérite, mais il n'y parvient pas. La seule chose à laquelle il peut penser est que ce sont surement ses derniers instants sur ce paddock, il va y revenir pour sûr mais ce ne sera jamais pareil.

Il sourit, un sourire qui ne dévoile pas toutes ses dents, un sourire qui n'illumine pas ses yeux dorés mais un sourire tout de même.

- Dan ! s'écrit Max en l'attirant à lui.

Ils manquent de s'embrasser en tournant la tête du même côté et il essaye de ne pas rougir, c'est dur, il le veut. Il le veut tellement. Mais Max choisit de rire alors il tente de faire de même.

Ça lui manque, cette proximité qu'ils avaient autrefois mais qu'ils ont perdu quand Daniel a changé d'écurie. Il a pourtant tout fait pour ne pas le perdre mais il l'a sentie, cette distance qui s'est installée entre eux et contre laquelle il ne peut rien faire.

Maintenant Max est là, dans ses bras au moins pour quelques instants. Ça lui fait du bien, ce n'est pas assez mais c'est mieux que rien. Tout est mieux que de ne pas l'avoir près de lui. Il ne veut pas le laisser partir, pas encore une fois. Il ne peut pas le retenir et l'autre s'éloigne.

- Bravo Maxy, je suis fier de toi.

Il dit vrai, il est fier. Il sait que malgré la domination de Red bull cette saison, gagné un championnat n'est jamais facile.

Max lui sourit avant que son attention soit à nouveau attirée par le journaliste souhaitant reprendre son interview. Il se détourne et Daniel s'éclipse, il aurait voulu lui dire tellement plus mais ce n'est pas encore le moment, il ne sait pas si ça le sera un jour mais il est certain que ce n'est pas maintenant.

Les pilotes semblent tous occuper par quelque chose ou par quelqu'un, Daniel se sent de trop. Il est encore des leurs et a pourtant l'impression de détonner, de ne plus être à sa place enserre sa gorge. Il cherche désespérément un moyen de rester, de retrouver la confiance qu'il avait en étant ici et qui lui fait désormais cruellement défaut.

Sebastian semble être ce moyen, l'australien le voit promener son regard sur l'ensemble de la foule présente, la nostalgie inonde ses yeux alors qu'ils les posent tour à tour sur les personnes qui ont marqué sa vie, d'une façon ou d'une autre.

Daniel attend que ces yeux se posent sur lui. Le sourire de l'allemand l'encourage à s'approcher, il se laisse entraîner à l'abri des micros et des oreilles attentives.

- Comment tu te sens Daniel ? l'interroge Sebastian, sa voix laissant transparaître de la fatigue et une certaine forme de soulagement.

- C'est à moi de te poser cette question Seb, c'est censé être ton grand prix ce soir.

- En aucune façon, nous sommes quatre à ne plus être là la saison prochaine, en quoi l'attention devrait m'être accordée plus qu'à vous ? réplique sincèrement l'allemand en plongeant dans ses yeux.

- Ton départ marque la fin d'une époque Seb, une époque qui nous a tous vu grandir. C'est quelque chose tout de même !

Ironiquement, sa réponse lui donne envie de rire.

Sebastian soupire mais ne répond rien. Il n'y a rien à répondre puisqu'il n'y a rien d'autre à dire, c'est un fait qui ne changera pas. Daniel aurait aimé marquer le temps comme lui, avoir un hommage lorsqu'il aurait choisi de se retirer et que les gens se souviennent de lui. Il aurait voulu être l'idole d'un enfant comme Sebastian avait été celle de nombre d'entre eux. Il n'a pas réussi.

- Tu vas me manquer Dan, reprend l'allemand pour changer de sujet. Parce qu'il le pense.

- Seb, on se reverra j'en suis sûr, sourit-il. Mais toi aussi tu vas me manquer.

- Arrange toi pour que lorsque l'on se revoit, tu ne regrettes plus rien.

Daniel fronce les sourcils, il ne comprend pas et Sebastian s'éloigne déjà de lui.

- Attend ! Qu'est-ce que tu veux dire ? l'hèle-t-il

L'allemand ne lui répond pas et quitte la tente des interviews.

Qu'est-ce que Sebastian sait ? Ou plutôt qu'est-ce qu'il croit savoir ? L'incertitude le fait paniquer.

Il quitte précipitamment la tente à son tour. Il n'a plus rien à faire ici. Il sait qu'il doit encore se rendre au débriefing, à son dernier débriefing, mais n'a aucune envie d'y aller. Il y va quand même, pour Lando et peut-être un peu pour lui-même, il ne sait pas encore pourquoi mais a le sentiment qu'il comprendra plus tard.

Daniel choisit tout de même de passer par sa salle de repos avant, juste histoire de se changer et de souffler. La suite de la soirée s'annonce émouvante, les adieux avec tout le monde, avec Lando et avec les autres. Il va les revoir, c'est ce qu'il se dit pour que ce soit moins douloureux. Ça marche, un peu, mais il sait qu'une fois face à eux le masque ne tiendra plus.

Il finit de se rhabiller et quitte la pièce. Devant sa porte son ingénieur l'attend, un air triste flottant sur son visage.

- Fait pas cette tête Tom, rigole nerveusement Daniel, lui aussi il va lui manquer.

- T'es marrant toi, je ne suis pas aussi doué que toi pour plaquer un sourire sur mon visage même quand ça ne va pas.

Rire, toujours en rire pour ne pas avoir mal.

- T'as de la chance que je prenne ça comme un compliment Tom.

Son ingénieur rigole et l'entraîne à sa suite.

***

Il claque la porte de sa chambre et s'adosse contre le bois en soufflant.

C'était un calvaire.

Il ne sait même pas comment il a réussi à retenir ses larmes lors du débriefing. Toute l'équipe était là, les ingénieurs comme les mécaniciens et bien sûr Lando et Zak.

Il s'en veut de faire ça au jeune britannique, de le laisser seul encore une fois. Il sait à quel point il a été dur pour lui de se relever après le départ de Carlos pour Ferrari. Il ne veut pas faire la même chose mais il n'a pas le choix. Il ne peut pas rester.

Il se laisse glisser contre la porte, enroulant ses bras autour de ses genoux.

Qu'est-ce qu'il va faire maintenant ? Il a des options mais rien qui soit à la hauteur de ce qu'il a connu, la Formule 1 c'est son rêve, depuis petit, il veut gagner, il veut entrer dans l'histoire.

Ça a toujours été ainsi. Voir ses espoirs s'effondrer c'est douloureux, plus que tous ce qu'il a connue auparavant. Les larmes dévalent ses joues.

C'est silencieux, c'est insupportable.

Il ne saurait décrire à quel point ce sentiment est insoutenable. Les sanglots lui brûlent la gorge, il s'étouffe dans ses pleurs mais n'en a rien à faire. Cela le soulage même, vaincre la douleur par la douleur comme on dit, ça toujours été sa solution, sa façon de faire.

Il se sent désespérément seul.

Il est seul en vérité, ce n'est pas qu'un sentiment c'est la réalité, sa réalité.

Il n'a personne à qui parler de tout ce qu'il ressent, de ce trop plein d'émotion dont il ne sait plus quoi faire et qui le mange de l'intérieur sans qu'il ne puisse rien faire pour l'en empêcher.

Il a tellement besoin que quelqu'un vienne le prendre dans ses bras, maintenant, que quelqu'un le berce et le rassure comme on rassurerait un enfant. Qu'on lui dise que tout va bien et qu'il ne doit pas s'en faire mais il n'y a personne, sa chambre est désespérément vide.

Les minutes défilent sans qu'il n'y prête d'attention, il continue de pleurer, c'est long, c'est douloureux et c'est libérateur. Il ne se sent pas mieux pour autant, rien n'a changé, peu importe à quel point il le veut.

La douleur brûlant le bas de son dos le force à se relever mais simplement pour s'écrouler deux mètres plus loin, dans son lit, s'enrouler dans ses couvertures pour trouver une sensation de chaleur, de présence qu'il n'a jamais connu.

Et pleurer encore et toujours parce qu'il ne semble bon qu'à ça, il ne croit pas un jour s'être trouvé plus misérable qu'a cet instant, plongé dans le noir, les larmes dévalant ses joues.

Il s'endort.

***

Monaco

Les jours qui suivent sont façonnés dans le même esprit que cette soirée dont il n'a parlé à personne, qu'il veut oublier.

Le lundi suivant le grand prix, il a pris le premier avion en direction de Monaco en croisant les doigts pour que les autres aient choisi de rester quelques jours de plus à Abu Dhabi. Il ne voulait croiser personne.

Depuis il n'a pas quitté son appartement, bénissant la personne ayant eu l'idée d'inventer Uber Eats et qui sauve actuellement le reste de sa santé mentale.

Il tourne en rond, il s'ennuie mais n'a pas l'envie de chercher à s'occuper. Il n'a plus la motivation de rien et bien qu'il soit conscient qu'il ne tirera rien à se laisser aller, il ne peut s'en empêcher.

Il a bien reçu une proposition de futur mais ne sait pas quoi en faire. Cela fait des jours qu'il y réfléchit. C'est inespéré comme contrat, ça lui permettrait d'avoir une chance de revenir mais c'est humiliant.

Il voit déjà arriver les mêmes Twitter après la publication officielle. C'est vrai ce n'est rien comparé à la chance de pouvoir de nouveau fouler la piste mais ça le retient sans qu'il ne sache pourquoi.

Et puis ça voudrait dire se retrouver à nouveau proche de Max et c'est dur, en sa présence, de ne rien laissé paraître et de détacher ses yeux de lui. C'est plus simple quand Max est loin de lui mais c'est infiniment plus douloureux, il ne peut pas l'oublier et doit donc se contenter de le regarder de loin. Il ne sait pas ce qu'il adviendrait de sa personne si il devait à nouveau être proche de Max.

En somme, il ne sait pas quoi faire.

Alors il se contente de laisser les jours défiler dans l'espoir que quelque chose, peut-être quelqu'un, vienne l'éclairer, lui dire quoi faire, lui apporter la solution.

Ce soir, peut-être, qui sait ? Pour le moment, rien de notable, une soirée comme une autre, un plat de pâtes bolognaises, une série quelconque. La recette du bonheur en temps normal. Ce soir aussi en quelque sorte.

La léthargie s'empare lentement de lui, il ne prête plus réellement attention aux épisodes qui défilent sur sa télévision préférant se lancer, une nouvelle fois, dans une introspection digne de soirées beaucoup trop arrosées.

Il va mieux, un petit peu, l'idée de ne pas être là l'année prochaine ne le met plus aussi bas que quelques jours auparavant, ça fait toujours mal oui mais plus autant.

Il s'y est fait en quelque sorte, il voit ça sous un autre angle, une pause nécessaire qui lui a été imposée mais qui d'une certaine façon lui fera du bien, l'aidera à avancer, à sortir de cet état d'esprit défaitiste qui s'accroche à lui.

A allez mieux tout simplement.

La soirée passe, semblable à toutes les précédentes, à l'exception de la sonnette qui vient rompre une routine bien rodée qu'il à lui lui-même mis en place.

Daniel met pause à sa série puis quitte son canapé avec difficulté et à regret pour aller ouvrir la porte de son appartement.

- Max ?

Il essaie immédiatement d'effacer cet air surpris de son visage en se contentant de froncer les sourcils alors que le néerlandais lui fait un petit sourire gêné.

- Salut Dan.

Ce surnom, c'est une piqure de rappelle de tout ce qu'il n'a pas, il l'aime autant qu'il le déteste.

Max esquisse un mouvement vers lui et il s'écarte pour le laisser passer s'en savoir si il est en train de faire une énorme connerie ou non.

Il est incertain, ça fait longtemps que Max ne s'est pas retrouvé chez lui, depuis qu'il a déménagé en fait.

Il était parti pour s'éloigner de Max parce que c'était trop dur d'être près de lui, ils n'étaient séparés que d'un palier après tout, un palier de trop, une distance que Daniel avait trouvé insupportable.

Et même si Max n'était pas très branché coup d'un soir, ça lui était arrivé parfois, de ramener des inconnus, homme comme femme. Et quand ça arrivait, Daniel quittait l'immeuble, déambulant dans Monaco, allant courir ou squattant un bar, peu importe l'heure, peu importe ce qu'il avait à faire le lendemain. Parce qu'il ne pouvait pas rester chez lui, dans son lit en sachant que de l'autre côté du mur quelqu'un occupait sa place, quelqu'un posait ses doigts sur le corps de Max, un corps qu'il désirait tant, qu'il voulait sien mais qu'il n'avait pas.

Son regard tombe finalement sur Max qui observe son salon, s'intéressant à tout, touchant à tout, comme un enfant le ferai.

C'est adorable.

Ça le fait fondre.

Cette vision lui semble si familière.

- C'est plus lumineux ici, murmure Max en se tournant vers lui.

Daniel met quelques secondes à comprendre à quoi il fait référence.

- Ouais, oui, c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi cet appartement plutôt qu'un autre, répondit-il un sourire en coin.

Il est fier de ce qu'il a fait ici, ça a été compliqué au début de se construire une routine, de se faire à l'idée qu'il habite ici mais il s'y est fait, il se sent chez-lui désormais.

- Je préférais l'ancien.

Max s'est simplement assis sur le canapé en prononçant cette phrase, braquant son regard azur sur lui. Il se senti petit d'un coup, un enfant intimidé devant un adulte et il est pourtant le plus âgé des deux.

- Pourquoi Max ?

- Je ne retrouve pas cet effet cocon qui me plaisait, je ne sais pas, peut-être parce que c'est plus grand. En tout cas, ton ancien appartement me manque, en plus le nouveau propriétaire est un con.

- Avoue, Maxy, que c'est moi qui te manque, lui murmure-t-il en s'asseyant en face de lui, sur la table basse simplement pour avoir le plaisir de soutenir son regard.

Daniel le voit rougir et ça lui fait plaisir, quelque part même s'il ne le fait pas souvent, il en a moins l'occasion, le taquiner a toujours été quelque chose qu'il aime particulièrement faire.

Il sourit en constatant à quel point la situation a changé, avoir Max dans son appartement lui fait regagner en confiance alors qu'il aurait dû craindre sa présence dans sa sphère privée.

Sa remarque fait sourire Max, il s'en félicite.

- C'est vrai que tu n'as pas d'équivalent en tant que voisin Dan.

Serait-ce un brin de nostalgie qu'il entend dans sa voix ? Quoi que ce soit, ça lui fait plaisir. Il sait maintenant qu'il n'est plus le seul à qui cette proximité manque.

- Tu as toi-même un certain talent quand il s'agit d'habiter à côté de chez moi, sourit-il.

- Pourquoi es-tu parti alors ?

Daniel perd son sourire, il se savait sur un terrain glissant mais pensait pouvoir contrôler le fil de la discussion, à l'évidence ça ne fonctionne pas comme ça avec le néerlandais.

Il ne veut pas répondre à cette question.

- Max...

Il espère pouvoir s'en sortir ainsi, en esquivant. Après tout, c'est quelque chose qu'il maîtrise.

- Je ne comprend pas Daniel, on était bien pourtant. Je-, il soupire C'était si soudain, un soir j'étais chez toi, sur ton canapé à regarder un film et le lendemain les cartons s'entassaient sur ton palier. Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

Max ne le laisse pas voir sa colère et pourtant Daniel la ressent, elle lui brûle les nerfs et menace de le faire craquer.

Une nouvelle fois le ton change et ça ne lui plaît pas.

Il ne mène pas la danse et ce n'est tellement pas lui, il ne se reconnait pas.

Ça l'effraie.

Il se rappelle cette soirée, la dernière qu'ils avaient passée ensemble, rien que tous les deux. Une routine installée depuis leur début a pris fin ce soir-là.

Max en est à l'origine, il s'est présenté sur son palier deux boîtes de pizza dans les bras et un grand sourire sur le visage. Daniel n'a pas eu le cœur de lui dire non, il n'en a pas eu l'envie à vrai dire, même si les cartons s'entassaient aux quatre coins de son appartement, il l'a laissé entrer.

Max lui a posé des questions, il les a esquivés une à une et l'autre n'a rien trouvé à redire. Il aurait pu lui en parler pendant cette soirée, il n'a tous simplement pas trouvé le bon moment.

- Qu'est-ce que ça aurait changé de toute façon ? Tout était déjà prêt, l'appartement était vendu et je m'étais fait à l'idée.

- J'aurais trouvé un moyen de te retenir, de t'empêcher de partir, n'importe quoi...

Daniel ne sait pas quoi dire, il baisse la tête et garde le silence.

Dans un sens, cela aurait dû lui faire plaisir, que Max veuille le garder prêt de lui mais il n'y arrive pas, le néerlandais semble triste et il s'en veut.

- Je suis désolé Max.

- Tu aurais au moins pu me le dire, Merde Daniel ! s'indigne-t-il en s'enfonçant dans le dossier du canapé. On est amis non ?

Ça lui fait mal. Evidemment qu'ils sont amis ! Ils l'ont toujours été, depuis qu'ils se connaissent mais il voudrait tellement qu'ils soient plus. Tellement plus.

- J'aurais pu, c'est vrai mais c'était trop dur, soupire Daniel en prenant sa tête dans ses mains. Il n'a pas la force de s'énerver. Je voulais que ma dernière soirée avec toi dans cet appartement soit parfaite, et elle l'a été, vraiment, si je ne devais en retenir qu'une ce serait celle-là. Je ne voulais pas tout gâcher.

- Tu sais quoi Daniel, tu es vraiment un connard ! Il n'y a pas d'autre mot. Je pensais que je comptais assez à tes yeux pour que tu me parles d'un truc pareil mais de toute évidence j'avais tort.

L'insulte effleure son esprit mais rien n'en ressort. Il ne peut pas lui en vouloir, c'est tellement légitime.

Max se relève, quittant le confort du canapé pour le toiser de ses yeux orageux. La colère transparait désormais par ses pores mais il ne semble pas particulièrement s'en soucier.

- Je t'interdis de dire ça Max ! Ma décision n'a absolument aucun rapport avec ce que je ressens pour toi, réplique Daniel en se relevant à son tour pour lui faire face.

C'est faux évidemment, sa décision à tout avoir avec ce qu'il ressent pour lui, mais il ne peut décemment pas lui dire.

- Ah oui ? Alors comment expliques-tu que j'ai dû soudoyer Lando pendant des jours pour qu'il me file ta nouvelle adresse parce que Monsieur n'a pas daigné me l'a donnée ?

Cela suffit à réduire Daniel au silence.

Il ne peut pas blâmer Max de le lui reprocher, c'est vrai qu'en plus de ne pas lui avoir dit qu'il déménageait, il a également omis de lui faire part de sa nouvelle adresse.

Il est réellement incorrigible, à s'enfoncer toujours plus loin dans des situations qu'il ne contrôle pas.

Il a pensé à la lui donner plus d'une fois, la pensée l'a obsédée, si bien qu'il a imaginé tellement de façon de lui dire qu'il ne saurait plus les nombrer précisément.

Il n'a pas eu le courage de lui dire, encore une fois.

En vérité, Max le rend lâche, aussi plein de bonne volonté qu'il soit, une fois arrivé devant lui tout s'envole et il se retrouve complètement démuni.

- Je- J'ai essayé. Max je te le jure que j'ai essayé de te le dire des centaines de fois mais je n'ai jamais réussi. Je sais que ce n'est pas une excuse mais s'il-te-plaît, crois-moi, supplie-t-il, en tentant de s'approcher de Max mais ce-dernier se recule, il semble ne pas supporter sa proximité.

Max se détourne de lui laissant ses bras retomber le long de son corps.

Daniel a la phrase "no regrets, only memories" tatouée sur le corps et pourtant, il ne peut empêcher les regrets de lui enserrer la gorge, étouffant cette philosophie qui guide sa vie.

Max mérite qu'il se confie à lui, qu'il vainque sa peur et lui témoigne sa confiance. Plus que quiconque, Max mérite sa sincérité.

Mais d'un autre côté, Daniel ne peut s'empêcher de se demander pourquoi a-t-il attendu aussi longtemps pour venir lui en parler ? Même si il n'a pas son adresse, rien ne l'empêchait de venir le voir sur le paddock. Pourquoi attendre ? Surtout que Max n'est pas réellement une personne réputée pour sa patience et son sang-froid.

Dans leur duo c'est lui qui a toujours été celui qui tempère et raisonne, jamais l'inverse.

Ou leur relation s'est tellement dégradée que ça aussi ça a changé ?

- Pourquoi ne pas m'avoir dit ce que tu ressentais Max ? murmure-t-il. Pourquoi ne pas t'être énervé contre moi à l'instant où tu as appris que je déménageais ? Pourquoi ne pas avoir réagis comme le Maxy que je connais l'aurais fait ?

Daniel tente une nouvelle fois de s'approcher. Dos à lui, Max le laisse enrouler ses bras autour de sa taille, vaincu, et soupire quand son front se pose sur son épaule.

- J'étais tellement en colère Dan, je t'en voulais et quelque part je t'en veux toujours. Tu t'es éloigné de moi, d'abord en quittant Red Bull puis en déménageant, murmure doucement Max gardant ses yeux braqués dans le vide.

L'odeur de Max tout autour de Daniel gonfle son cœur mais ses aveux ternissent les papillons que lui procure leur proximité.

Ils l'obligent à se confronter à la réalité, qu'il remarque la distance qui les sépare la rend réelle.

- Ça m'a fait mal tu sais ? J'ai simplement attendu que la douleur devienne insupportable pour revenir te voir.

Il semble avoir du mal à reconnaître cette facette de sa personnalité, la facette qui a des faiblesses et qui les admet.

Il ne répond rien. En vérité, il ne sait pas quoi dire. Qu'y a-t-il à ajouter de toute façon ? Il y a quelque chose dans leur relation qui s'est cassée et qu'ils ne pourront pas réparer.

Max se saisit de ses mains pour défaire son étreinte et se mettre face à lui, ils sont proches mais ne s'en plaignent pas.

Cette soirée les perturbe autant l'un que l'autre, ils sont passés par toutes les émotions, la colère comme la tristesse, la frustration comme le contentement. Et quelque part, c'est trop. Trop de tout.

- Je vais y aller Daniel, il est tard et je dois rentrer chez moi, dit-il en s'éloignant de lui.

- Max, attend, on n'a pas fini, essaye-t-il de le retenir.

Il aimerait le garder près de lui, juste encore un peu.

Mais le néerlandais ouvre déjà la porte, s'arrêtant simplement sur le palier pour le regarder.

- Non Dan, je m'en vais. J'ai besoin de temps et toi tu as besoin de réfléchir.

- De quoi tu parles Max ? l'interroge-t-il, perdu.

- La proposition de Christian, réfléchis-y.

Il quitta son appartement sans rien ajouter, fermant la porte derrière lui et laissant Daniel seul et déstabilisé.

Alors Max voulait qu'il revienne ?

***

Perth, Australie

Daniel s'allonge sur l'herbe humide au bord de la rivière, il ne s'est jamais senti aussi bien que lorsque le soleil australien réchauffe sa peau. Ici rien ne l'atteint, ici il peut se permettre de respirer.

Revenir à Perth lui fait du bien. Sa terre natale a toujours eu cet effet sur sa vie, éloigner tous ses problèmes et l'enfermer dans une bulle où rien de son quotidien ne filtre.

Une semaine ici lui a suffit pour retrouver l'état d'esprit qui le caractérise, un sourire flamboyant illumine de nouveau son visage et sa famille, Perth en général, y sont pour beaucoup.

Il n'est pas rentré depuis longtemps, le Covid fermant les frontières de l'Australie, mais passer le pas de la porte de sa maison d'enfance lui a donné l'impression de ne jamais être parti. Sa maison est définitivement ici, il ne se sent jamais plus chez lui que quand il foule cette terre.

Il compte rester encore un moment, rien ne l'appelle ailleurs.

Rien sauf Max.

Il a réussi à l'écarter de son esprit pendant quelques jours mais la pensée revient de plus en plus souvent.

Il sait ce qu'il doit faire, ce qu'il veut faire mais il n'a simplement pas le courage de le faire.

Ça a toujours été ainsi avec lui, la peur de l'inconnu l'empêche de faire beaucoup de choses et l'oblige à prendre des décisions dont il ne se satisfait pas pleinement ensuite.

Bien que conscient du problème, il n'est jamais parvenu à y remédier, rien ne lui à jamais donné de raison valable de faire le grand saut.

Il aimerait pouvoir dire que Max est cette raison mais lui-même n'y croit pas, parce qu'il a passé tellement de temps à vivre avec ses sentiments enfouis en lui qu'il ne voit pas comment les libérer pourrait changer quelque chose.

Il pense que cette raison ne doit être liée qu'à lui et ne doit concerner personne d'autre, il n'a jamais su être égoïste et c'est pour cette raison qu'il a toujours vécu au travers de quelqu'un d'autre, peut-être que le problème vient de là, qu'il prend racine dans son manque d'égoïsme.

Oui, peut-être que s'il ne pensait qu'à lui, il n'aurait plus peur parce qu'il ne pourrait décevoir personne d'autre que lui-même.

Pourtant, il sait que ce n'est pas lui et que ça ne le sera jamais, l'égoïsme ne lui correspond pas.

Il ferme les yeux et inspire. Il ne veut pas y penser, plus tard peut-être mais pas maintenant, il veut juste respirer encore un peu.

Repousser n'est pas la solution, il le sait mais sur le moment ça marche. La panique reflue, le laisse tranquille, son esprit s'apaise.

Il veut dormir, il n'est jamais plus au calme que lorsqu'il dort. Bercé par le vent qui caresse sa peau, Daniel laisse la lourdeur envahir chacun de ses membres, son esprit s'épaissit et il se surprend à rêver.

C'est si réel, il n'a pas quitté Perth, il est toujours allongé dans l'herbe au bord de la rivière mais une main joue avec ses cheveux.

Il ouvre les yeux et tombe sur deux pupilles azures qui le fixe. Tendrement, Max lui sourit et son cœur ne s'est jamais autant gonflé de joie, il lui sourit en retour et il n'a jamais été plus sincère.

Avoir Max ici est impensable, inimaginable mais merveilleux.

Il a toujours voulu lui faire découvrir son pays, lui montrer sa ville et des endroits inconnus qui pourtant méritent d'être vu. Il veut lui montrer cette rivière. Lui dire tout ce que ça représente pour lui, il sait que Max s'en soucierai.

La main dans ses cheveux accentue ses caresses, c'est bon, réellement agréable et naturellement ses yeux se referment.

Il profite juste tant que la réalité reste loin de lui.

Il ouvre de nouveau les yeux mais enfouie sa tête dans ses mains à l'instant où le soleil lui brûle la rétine.

Il n'est plus seul et il y a toujours une main qui caresse ses cheveux mais c'est différent. Si différent.

- Daniel, murmure une voix qu'il reconnaitra toujours.

- Maman...

Il écarte ses mains de ses yeux et sa mère vient déposer sur son visage une paire de lunette de soleil noire.

Sa vision s'éclaire sur ses cheveux bruns qui caressent la base de son cou, elle aussi porte des lunettes mais il perçoit derrière les verres teintés son doux regard chocolat posé sur lui.

- Qu'y a-t-il mon cœur ? Qu'est-ce qui te tracasse ? sourit-elle en passant inlassablement ses doigts entre ses boucles brunes.

Mon cœur, ce surnom il l'a toujours connu mais il n'a jamais cessé de le faire rougir, même du haut de ses trente ans passés.

Quant à ce qu'elle veut savoir, il n'est pas étonné que sa mère ait su déceler le trouble chez lui, ni qu'elle en parle de but en blanc d'ailleurs. C'est toujours ainsi avec elle, il est transparent face à ses yeux bruns.

- C'est bête, je ne devrais pas y penser mais ça ne veut pas quitter mon esprit, soupire-t-il vaincu.

Peut-être que partager son fardeau peut l'aider ?

Qui sait, la solution réside peut-être dans la façon de voir le monde de sa mère.

- Si tu y penses sans cesse c'est que c'est important, tu ne crois pas Daniel ?

Cela semble si évident quand elle le dit, si simple alors que pour lui c'est tellement dur.

- Pourquoi ne commencerais-tu pas par tout me raconter mon cœur ? reprend-elle d'une voix si douce que c'est à peine si il l'entend.

- J'ai reçu une proposition de contrat pour l'année prochaine, murmure-t-il, honteux de ne pas lui en avoir fait part plus tôt.

- C'est une bonne nouvelle ! J'ose d'ailleurs espérer Daniel que je ne suis pas la dernière à être au courant car je le prendrais très mal, s'exclame-t-elle en le fixant de ses grands yeux chocolat exagérément écarquillés.

Il se détend, l'anxiété de cette conversation reflue doucement face à la bonne humeur de sa mère.

- A ma connaissance Maman, tu n'es que la troisième personne à être au courant. Ce n'est pas si mal ? sourit-il.

- On va dire que ça peut aller. Son ton bougon le fait rire. Mais ne me fait pas attendre comme ça, dit-moi ! Cette proposition tu l'as acceptée ?

- C'est là qu'est mon problème.

Il soupire. Sa mère ne le jugera pas, il le sait mais évoquer sa situation lui fait peur.

Il craint de se rendre compte que tout est évident depuis le début et qu'il se met simplement trop de pression, qu'il complique tout sans raison apparente.

Et quelque part si il se pose la question c'est que c'est déjà trop tard.

- Tu connais ma phrase préférée Daniel n'est-ce pas ?

- Oh que oui Maman ! Tu me l'as répétée si souvent que je crois qu'elle est marquée au fer rouge dans ma mémoire, réplique-t-il le plus sérieusement du monde.

- A tout problème, sa solution ! S'écrient-ils d'une même voix.

Ils éclatent de rire et tout sensation de malaise se dissipe, il se sent juste bien.

- Alors, une bonne fois pour toute Daniel, explique-moi ce problème et je te donnerais ma solution ! Je vois bien que tu cherches à éviter le principal, reprend-t-elle avant même qu'il n'est le temps de calmer son rire.

Repousser pour ne jamais y revenir lui a toujours paru la manière idéale de résoudre chaque situation qui se présente à lui.

Tout le contraire de sa mère en somme.

Elle est plutôt du genre à tout affronter, sans jamais fléchir en partant du principe que vivre c'est aussi se confronter.

- Sans compter que mon retour à Red Bull va faire parler, pour moi ça signifie aussi me retrouver à nouveau proche de Max, murmure-t-il d'une voix qu'il ne reconnait même pas comme sienne. Et c'est dur Maman, c'est si dur.

Sa mère soupire mais ne semble pas particulièrement étonnée.

Sa main quitte ses cheveux et elle s'allonge à ses côtés, son regard accroche le bleu du ciel et le sien fait de même.

Elle laisse passer quelque secondes pour trouver ses mots, sûre de son idée mais cherchant comment le convaincre.

- Laisse toi vivre mon cœur, si tu te brides tout le temps, que ce soit à cause des gens ou de ta peur de l'inconnu, tu ne seras jamais heureux.

- Mais il y a tellement de choses dont je ne suis pas sûr. En réalité, je ne suis sûr de rien. D'un point de vue professionnel, je n'ai pas à hésiter mais je ne suis pas sûr d'être assez fort pour supporter d'être à côté de Max et de devoir me contenter de le regarder.

Il ne croit pas avoir un jour plus penser chacun des mots qu'il vient de prononcer, il avoue autant à lui qu'à sa mère et ça le soulage. Il se sent plus léger, réellement et sans exagérer. Terriblement cliché.

- Et Max qu'est-ce qu'il en pense ? Ne crois-tu pas qu'il a son mot à dire ?

- Son mot à dire sur ce que je ressens, pas spécialement, rigole-t-il sarcastique.

Il ne la voit pas mais est persuadé que sa mère vient à l'instant de lever les yeux au ciel.

- Ce que je veux dire par là Daniel, c'est qu'il mérite de savoir et que d'une certaine façon, je crois qu'il pourrait comprendre.

Il tourne la tête vers lui, pas sûr d'avoir réellement compris ce qu'elle sous-entend et sans surprise il tombe directement dans des yeux bruns si semblables aux siens.

Plongé dans ses pupilles, il n'a plus besoin de réponses.

Il sait et il pense que quelque part il a toujours su mais comme souvent il a eu besoin que quelqu'un lui indique la voie à suivre.

- Merci Maman, murmure-t-il parce que c'est tout ce qu'il y a dire.

Pour simple réponse sa mère lui fait un sourire solaire, le même que le sien mais avec ce côté maternel qui n'est destiné qu'à lui et qui le rend si particulier. Si différent de celui qu'il affiche lui-même.

Le calme revient sur la rive de la rivière et dans l'esprit de Daniel. Ses pensées le laissent en paix et il se demande comment il a pu se supporter autant de temps avec un bordel pareil dans la tête.

- Allez mon cœur, appelle Christian ou je ne sais qui et règle-moi cette situation, rigole sa mère en se relevant.

Elle le laisse ici, sur l'herbe humide, au bord de la rivière.

Il la regarde s'éloigner et passer le pas de la porte en se demandant sérieusement ce qu'il ferait sans elle.

Daniel sort son téléphone de la poche de son jean et compose le numéro.

Christian Horner.

Et même si ça lui tord les entrailles de le dire, celui à qui il doit tout.

Il active le haut-parleur et pose son téléphone sur l'herbe à côté de lui.

Toujours en passant une main dans ses cheveux pour se donner un semblant de courage.

Pour une première fois, il écrit lui-même la suite de son histoire et putain il ne croit pas avoir un jour eu aussi peur.

***

Monaco

Ses doigts crispés sur les bords du paquet cadeau soigneusement emballé qu'il tient fermement contre son ventre parce qu'il n'a rien d'autre à quoi se raccrocher, Daniel hésite à sonner.

C'est débile, il le sait.

Il s'est retrouvé tellement de fois dans cette situation, sur ce palier qu'après un temps il ne prenait même plus la peine de sonner, il entrait et faisait comme chez-lui.

Surement parce qu'il se sentait comme chez-lui.

Cet appartement, il le connait par cœur, d'abord parce qu'il est identique au sien et ensuite parce qu'il y a passé tellement d'heures que même dans le noir il pourrait en retracer chaque contour.

Il ne veut pas savoir ce qui se trouve derrière cette porte, ne veut pas savoir si quelque chose a changé, si Max à repeint ou si il a simplement ajouté un nouveau meuble. Il veut retrouver l'environnement qu'il a connut et qui, par sa faute, lui manque.

Il ne sonne toujours pas.

Il sait pourtant que Max est là, la musique filtre de son appartement, il ne comprend pas les paroles mais est certain que le néerlandais lui a déjà fait écouter.

Il faut qu'il se reprenne.

Il s'était pourtant promis de changer, de ne plus fuir mais à l'instant ça lui parait tellement dur, tellement plus facile de rebrousser chemin et de se terrer dans le déni.

Ce n'est pas ce qu'il veut et c'est pourtant son premier instinct.

Le bruit de la sonnette qui résonne à l'intérieur de l'appartement le fait sursauter.

Il relève la tête effaré et tombe sur un homme dans la quarantaine qui lui lance un regard désolé. Il reconnait sans peine le propriétaire actuel de son ancien appartement.

- Vous sembliez hésiter, s'empresse-t-il d'expliquer un sourire crispé aux lèvres. Vous manquez à ce jeune homme, il ne peut s'empêcher de m'incendier du regard lorsque nous nous croisons.

Cela ne semble pas l'affecter mais plutôt le faire doucement sourire.

Il disparait simplement dans son appartement laissant Daniel figé sans qu'il n'ait pu prononcer un seul mot.

Avant qu'il n'ait pu pleinement réaliser la scène lunaire qui vient de se dérouler, la porte s'ouvre en grand laissant apparaitre Max vêtu d'un abominable tablier de cuisine jaune.

Daniel resserre sa prise sur son cadeau.

Il ne s'attendait pas à tomber sur une vision si singulière de Max.

Il a dû le regarder un milliard de fois cuisiner vêtu de ce même tablier, il a observé ses mouvements gracieux et assurés dans un domaine si différent de la Formule 1 et qui pourtant, Daniel le sait, lui tient tout autant à cœur.

Alors il ne sait pas pourquoi mais cette vision pourtant familière le chamboule. Il se retrouve perdu sans savoir quoi dire ou faire face à un Max aussi silencieux que lui.

Il semble troublé, au moins autant que lui et cet air confus qui brouille son visage lui donne simplement envie de l'embrasser. Rien que cette idée lui procure un long frisson qui traverse son échine.

Parce qu'il ne sait pas quoi faire d'autre et qu'il ne supporte tout simplement plus cette situation oppressante, Daniel lui tend son cadeau. C'est abrupt et ça lui donne envie de fuir en courant, il se sent ridicule.

Max s'en saisit et l'observe sans savoir quoi en faire.

- En quelle honneur Daniel ? L'interroge-t-il en lui lançant un regard confus.

Pour tout et pour rien. Pour te faire plaisir et pour me faire pardonner, parce que je t'aime et que tu me manques, parce que tout est ma faute.

Trop de chose qu'il ne lui dira pas.

- Pour Noël je suppose, soupire-t-il d'une voix trop aiguë pour être la sienne.

En face de Max, il ne se reconnait pas. Il change, son assurance disparait et il redevient un simple adolescent terrifié par ses sentiments et par la personne pour qui il les ressent.

Max ne répond pas, il sert simplement le cadeau contre lui sans chercher à l'ouvrir ou même à le remercier. Il semble torturé en quelque sorte, hésitant sur ce qu'il convient de faire.

Et Daniel en a marre de s'ancrer sur le palier.

- Laisse-moi entrer, s'il-te plaît, murmure-t-il.

Son ton suppliant le désespère.

Max lui lance un regard indéchiffrable qui lui file des frissons, il ne peut empêcher son corps de réagir quand il s'agit de Max.

Tout est différent quand il s'agit de Max.

Il l'a su à l'instant où il l'a rencontré et leur duo fusionnel n'a fait que renforcé cette idée même quand il ne s'agissait encore que d'une amitié.

- Si tu ne te décides pas, je peux tout aussi bien forcer le passage, je suis très doué pour le faire, tente-t-il d'un souffle qu'il espère ne pas être trop crispé.

A défaut de détendre l'atmosphère, sa tentative d'humour détend Max et c'est presque mieux, il lui offre un magnifique sourire et se décale pour le laisser entrer.

Son regard ballait la pièce et s'attarde sur les mêmes détails sur lesquels il s'attardait à chaque fois qu'il entrait ici.

Les trophées entassés sur des étagères, des photos de ses proches qui décorent les recoins de son appartement et évidemment le bordel constant.

Rien n'a changé et stupidement ça le rend infiniment heureux.

Seules les dernières décorations de Noël détonnent, le sapin dans un coin du salon et les guirlandes qui ornent les murs.

- Tu as passé les fêtes ici ? demande-t-il en se tournant vers Max, curieux de savoir pourquoi il est resté à Monaco et n'est pas rentré aux Pays-Bas.

Le néerlandais semble un instant gêné par sa question mais il finit par soupirer et l'entraine avec lui sur le canapé.

Ils se retrouvent chacun à un bout de canapé, adossé contre l'accoudoir à se fixer dans le blanc des yeux.

- J'avais envie de faire simple cette année, murmure-t-il doucement en se concentrant sur ses doigts crispés autour de ses genoux.

- Oh ouais, j'imagine que ça ne fait pas de mal. C'est la première fois que ta famille vient dans ton appartement non ?

Après plusieurs années de presque collocation, révolues certes mais gravées dans sa mémoire tout de même, Daniel peut affirmer qu'aucun des proches de Max n'a jamais mis un seul pied ici, exceptée Victoria mais sa sœur a toujours été une exception.

Il n'a jamais posé aucune question préférant laisser Max s'ouvrir à lui.

C'est arrivé une fois, il n'est pas certain que le néerlandais s'en souvienne compte tenue du grammage d'alcool dans son sang mais lui connait par cœur chacun des mots qu'il a prononcés.

C'est la seul et unique fois où Max a évoqué sa relation avec son père.

Daniel n'a pas eu besoin de plus pour comprendre que jamais il ne voudrait de cet homme dans l'environnement de Max même si il n'est absolument personne pour juger les acteurs de sa vie.

- Personne n'est venue ici pour Noël Daniel, déclare Max sans aucune émotion particulière.

Le silence vient alourdir l'atmosphère de l'appartement et la culpabilité enserre sa gorge alors qu'il ne peut s'empêcher de se rapprocher de Max jusqu'à ce que ses mains entourent les siennes sur ses genoux.

Il est venu ici pour demander à Max de sortir avec lui, pour lui prouver qu'il mérite son attention et que tout ce qu'ils ont vécu n'est pas simplement une erreur et une perte de temps.

Au lieu de ça, il apprend qu'il s'est débrouillé pour laisser la personne qu'il aime passer les fêtes seul.

Et voilà qu'il se retrouve à sonder les yeux de Max à la recherche d'une quelconque émotion qui lui prouverait qu'il n'est pas complètement con.

Le vide qu'il y trouve le terrifie plus que la colère qu'il s'attendait à découvrir.

- Tu es en train de me dire que j'ai été assez intelligent pour te laisser passer Noël ET Nouvel an tout seul ?

L'ironie a au moins le mérite de tirer un rire à Max, il sert les mains de Daniel dans les siennes laissant son pouce tracer des cercles dans sa paume.

- Mon dieu Maxy, je suis tellement désolé. J'aurais dû rester ici avec toi. Si tu me l'avais dit, je me serais ar-, bégaye-t-il si rapidement qu'il a lui-même du mal à suivre ses propres paroles.

Il est coupé dans son monologue par le rire de Max qui s'échappe de ses lèvres ramenant immédiatement les yeux de Daniel sur sa bouche.

Il a du mal à se détacher de cette vision mais la simple idée que le néerlandais le surprenne l'effraie assez pour qu'il s'empresse de braquer son regard dans le sien.

Le rire de Max ravie ses oreilles mais il ne peut s'empêcher de chercher la signification derrière.

Est-ce que c'est sarcastique ?

Pourquoi Max rigolerait alors qu'il a passé la meilleure période de l'année seul ?

- Daniel tu en fais beaucoup trop là, raille Max en calmant son rire. Perth était la meilleure solution pour toi, j'en suis persuadé alors jamais je ne t'aurais contraint à rester ici avec moi.

- Je t'aurais emmené à Perth avec moi alors, les Noëls en Australie sont peut-être plus chauds que ceux des Pays Bas mais c'est pas mal quand même, rigole Daniel le plus sérieusement du monde.

Les rougeurs sur les joues de Max remue quelque chose dans son ventre.

- Même si la proposition me parait attirante, je crois que c'est un peu tard Dan.

- Ouais, oui, peut-être, sourit-il en secouant sa tête, Max rougissant semble le distraire plus que prévu.

- Peut-être ? s'exclame le néerlandais en s'éloignant brusquement de lui. On est le 5 janvier Daniel !

Il se demande sérieusement pourquoi est-ce qu'il finit toujours par être ridicule quand il s'agit de Max et la réponse lui parait ironiquement évidente, il est totalement amoureux.

- Mais j'apprécie le soutien même si passé les fêtes seul n'est pas si horrible qu'on le pense, soupire le néerlandais un léger sourire aux lèvres.

Daniel apprécie qu'il essaie de le rassurer mais il ne peut définitivement pas le laisser dire ça.

- Impossible que je te laisse dire ça Max, si il y a bien une fête qu'on ne passe pas seul c'est Noël. Les cadeaux, le repas, les rires et merde Maxy, les films de Noël. C'est fait pour être partagé !

Peut-être qu'il s'est un peu trop investi. Il n'est pas sûr que se lever précipitamment du canapé pour parler super fort en faisant de grand geste soit le truc le plus crédible qu'il aurait pu faire.

Ça ne semble cependant pas déranger Max plus que ça puisque son rire résonne une fois de plus dans la pièce. Ou peut-être qu'il se fout de sa gueule, au choix.

- On ne doit pas avoir vécu les mêmes Noël Daniel, constate-t-il platement en passant une main dans ses cheveux les décoiffant encore un peu plus.

Il n'aime absolument pas la tournure que prend cette conversation.

- Ok Max, je n'étais absolument pas venu ici pour qu'on passe une soirée en mode déprime, gémit-il en se s'affalant de nouveau sur le canapé.

- Alors permet moi de te demander pourquoi es-tu ici Dan ? sourit Max en rapprochant son visage du sien comme pour le narguer.

Il aurait bien répondu dans la seconde pour lui faire la putain de déclaration d'amour qu'il a répété pendant vingt minutes dans sa voiture ce matin mais les yeux de Max braqués dans les siens empêchent les mots de passer la barrière de ses lèvres.

Les claques mentales qu'il s'assène ne lui refroidisse absolument pas les idées.

Il faudrait sérieusement qu'il réfléchisse à une nouvelle façon de rester sérieux en face de Max.

- Je ferais un piètre ami si je ne venais pas t'offrir ton cadeau de Noël en personne ? Tente-t-il tout en sachant que ça ne passera absolument pas.

- Avoue que tu essaies de te faire pardonner ?

- Oui bon peut-être mais dit moi que c'est réussi... S'il te plait.

Daniel peut prouver par un magnifique schéma pas du tout complexe sur un joli tableau Velléda qu'il n'est absolument pas en train de le supplier.

Et sa bouille de chiot ne sert pas du tout à le convaincre mais simplement à le rendre encore plus mignon.

- Tout dépendra de ce que je vais trouvé emballer dans ce papier cadeau, sourit-il en se penchant pour récupérer le paquet posé sur la table basse.

Daniel est certain que son cadeau est parfait mais il n'est pas sûr que Max saisisse le sous-entendu derrière.

Il a réellement passé la fin de ses vacances à Perth à chercher comment lui annoncer la nouvelle et ce cadeau est le fruit de cette réflexion.

Max déchire le papier cadeau qu'il a mis plus d'une heure à faire et découvre une boite en carton sans aucune inscription. Il jette un regard perplexe à Daniel mais ce-dernier l'incite à l'ouvrir d'un hochement de tête.

L'australien fixe son regard sur le visage de Max simplement pour pouvoir apercevoir son expression. Dire qu'il est impatient est un euphémisme, il ne tient même pas en place.

Il détaille la concentration qui fronce ses sourcils et ses yeux qui s'écarquillent alors qu'il sort une petite boite en métal du carton.

- Daniel, dit moi que c'est ce que je pense, gémit-il en rencontrant ses pupilles brunes.

Il sourit doucement, satisfait de son effet et complètement admiratif des yeux brillants de Max.

- Ouvre le et tu le sauras, lui murmure-t-il.

Max s'empresse d'ouvrir la boite en métal et l'odeur du mélange d'essence pour kart envahie immédiatement la pièce.

- Oh mon Dieu, Dan tu t'en souviens !

Les bras de Max s'enroule autour de son cou alors qu'il l'attire dans une étreinte précipitée et brouillonne. Parfaite.

Les mots que lui murmure Max dans son cou n'ont pas grand sens mais Daniel est juste ravi que son cadeau lui ait plu alors il ne s'en soucie pas.

Il resserre ses bras autour de son corps et hume son parfum en fourrant son nez dans ses cheveux.

Il soupire de plaisir.

Mais Max s'éloigne de lui aussi vite qu'il s'y est précipité, il englobe les joues de Daniel de ses mains et presse ses lèvres contre les siennes.

Trop surpris pour réagir Daniel ne bronche pas, ses bras figés le long de son corps et le cerveau en vrac.

Max se recule déjà, son expression choquée en totale contradiction avec ses joues rouges.

- Merde Daniel, je suis désolé, s'exclame-t-il précipitamment en agitant ses bras de façon hystérique. Je me suis laissé emporter je crois.

Il soupire en laissant tomber sa tête dans son cou callant son front contre la peau chaude de Daniel. L'australien rigole doucement et il enroule ses doigts dans les cheveux de Max.

C'est le plus beau 5 janvier de sa vie.

- Max, dit moi pourquoi je t'ai offert cette bougie ? murmure-t-il à son oreille.

Il n'obtient aucune réponse mais un signe de tête négatif dans son cou ce qui précipite le souffle chaud de Max contre sa peau, il frissonne.

- J'ai signé.

Il est soulagé de lâcher le secret. Même si sa mère est à l'origine de sa décision, Max est la première personne à qui il en fait réellement part. Il tenait à ce qu'il soit le premier, l'annonce n'est même pas encore officielle.

La réaction de Max ne se fait pas attendre, il s'écarte une nouvelle fois de lui pour englober à son tour le visage de Daniel et l'embrasser, glissant sa langue contre la sienne.

L'australien gémit contre ses lèvres et s'empresse de répondre à cette étreinte prodigieuse.

Daniel essaie de ne pas simplement s'effondrer dans ce baiser tant il l'a attendu mais les lèvres de Max on cet effet sur lui, il retourne son estomac et chamboule ses pensées. Sans qu'il ne puisse rien y faire, il fond complètement peut importe à quel point c'est pathétique, il ne s'en souci pas et Max non plus d'ailleurs. Il sourit juste.

Daniel n'a absolument aucune idée de qu'elle sera sa suite, il sait simplement qu'elle comportera inévitablement un pilote colérique dont il est fou amoureux et une écurie rouge et bleue.

La seule constatation à laquelle il parvient c'est qu'il revient toujours à ses propres basiques, il revient à Max tout comme il revient à Red Bull.

Et même s'il ne sait absolument pas si c'est une bonne idée, il n'en a plus peur.

Pour la toute première fois de sa vie, l'inconnu ne lui fait plus peur, tout savoir ne lui est plus nécessaire et il se sent mieux rien qu'en y pensant.

Daniel est heureux.

Notes:

Les commentaires et les retours sont une source d'inspiration inépuisable :)