Chapter Text
C'était un mardi matin comme les autres lorsque Timothée fut sortit de ses songes par la sonnerie caractéristique du réveil de son portable. Grognant contre l'appareil, il chercha celui-ci à tâtons sur le matelas avant de, machinalement, l'éteindre. Il se tourna sur le dos et tenta d'ouvrir ses yeux encore groggy de sommeil. Il avait eu un mal fou à s'endormir la veille et il ignorait totalement pourquoi, lui qui d'ordinaire, s'endormait en trente minutes maximum. Probablement l'effet de la pleine lune, pensa-t-il en s'étirant avant de se redresser en position assise. Encore une journée de travail. Youpi, se dit-il.
Comme chaque jour, il quitta son lit et se dirigea vers la salle de bains où il alluma l'eau de la douche, la laissant chauffer, le temps d'utiliser les toilettes. Une fois fait, il se lava les mains rapidement et grimpa dans la cabine embrumée de vapeur. L'eau l'aida à réveiller doucement ses muscles et son esprit, toujours remplit de ce sentiment bizarre qui ne le quittait pas depuis la veille au soir.
Il ne parvenait pas à mettre de mots dessus, tout ce qu'il savait, c'était ce pressentiment qu'il avait au fond de lui. Cette sensation que vous aviez lorsque vous saviez que quelque chose allait se produire, mais que vous en ignoriez totalement le contenu.
Il profita pour laver sa jolie tignasse bouclée avant de se rincer et quitter la cabine, enroula une serviette autour de sa taille et une autre autour de sa tête. Il se dirigea ensuite jusqu'au miroir, sur lequel il passa la main afin d'en enlever la buée dû à sa douche et entreprit de se brosser les dents. Pas de petit-déjeuner aujourd'hui, il n'y avait plus de lait pour accompagner ses céréales préférés.
Une fois fin prêt et habillé, il récupéra sa sacoche dans laquelle il fourra son téléphone, ainsi que ses clés et son portefeuille et quitta l'appartement, dont il verrouilla la porte derrière lui.
Il n'avait pas spécialement envie d'aller travailler, mais il fallait bien payer son loyer et ses factures. Il prit donc la direction du café où il était serveur pour le dernier trimestre de cette année. Son contrat se terminait à la fin du mois de décembre, soit dans trois petites semaines et demies. Il espérait trouver rapidement autre chose, sans cela, il se retrouverait à la rue et serait contraint de retourner vivre chez ses parents.
Timothée était un jeune homme de vingt-six ans avec des yeux changeant de couleur au gré de la météo. Tantôt verts avec une pointe de noisette, Tantôt verts avec une pointe de jaune, ou alors verts perçants. Le haut de son mètre quatre-vingt-deux était surmonté d'une tête couverte d'une masse bouclée de couleur auburn et son visage, de tâches de rousseurs qui, elles aussi, sortaient au gré de la météo.
Pendant longtemps il avait tenté de dompter ses cheveux, que certains disaient être vivants tant ils partaient dans tous les sens, mais il avait fini par renoncer et se disait qu'un jour, un minimoy allait sortir de là et l'interpeller. Ou une fée, qui sait. Il était courant qu'elles élisent domicile dans de tels endroits. Quoique, si l'une d'elle résidait là, il en aurait déjà fait les frais. Les fées n'aimaient pas les douches matinales forcées.
Au travail, elles étaient d'un grand secours. Timothée aimait les voir voler de la réserve jusqu'au comptoir afin d'amener des sucrettes, des morceaux de chocolat ou encore, des dosettes de café pour les machines à expresso. Parfois elles venaient gentiment pincer les oreilles des mauvais clients, ce qui le faisait toujours sourire.
Ces créatures n'étaient pas très grandes, mais elles n'étaient pas petites non plus. Un mètre soixante tout au plus. L'une d'elle notamment était celle qui avait le plus rapidement sympathisé avec lui à son arrivée. On pouvait dire qu'elle l'avait pris sous son aile, sans mauvais jeu de mots. Elle et lui n'avaient de cesse de se taquiner, mais les fées étaient dotées de pouvoir et Clarisse, c'était son nom, ne manquait pas de le lui rappeler par diverses actions.
Perdu dans ses pensées, il ne s'était même pas rendu compte qu'il était arrivé à destination. Il poussa la porte du café et pénétra à l'intérieur, appréciant l'odeur de café et de chocolat chaud qui s'en dégageait. Il ôta sa veste et l'accrocha au porte manteaux derrière le comptoir, avant d'aller se laver les mains et enfiler son tablier.
- Hey Timmy ! Comment tu vas ?
- Salut Clarisse, il sourit, bien merci et toi ?
- J'ai déjà renversé 3 chocolats chauds ce matin, tu penses que ça va comment ?
- Oh, désolé. C'est une journée bizarre pour moi aussi. Il vit Clarisse hausser un sourcil et ajouta, je ne sais pas mais, depuis hier soir, j'ai un pressentiment bizarre que quelque chose va arriver, mais j'ignore totalement quoi.
- Oh, je vois, elle grimaça. Espérons que ce ne soit pas en lien avec le café.
Timothée hocha la tête et partit s'occuper des clients arrivant au comptoir. Il aimait ce travail, dire le contraire serait mentir, mais ce n'était pas vraiment ce dont il rêvait. La vie telle qu'il l'imaginait il y a de cela dix ans.
Pour lui, sa vie à vingt-six ans était avec quelqu'un, de préférence son âme sœur, dans un appartement et pourquoi pas, un enfant. Mais il avait tant espéré rencontrer l'amour de sa vie, que maintenant, il n'y croyait plus trop. Il se disait même que, peut-être n'en avait-il pas et que, seules des relations plus ou moins durables feraient sa vie. Après tout, tout le monde ne rencontrait pas son âme sœur.
Timothée était un romantique. Quelqu'un qui aimait à cent pourcent et n'hésitait aucunement à le montrer. Il avait déjà eu quelques copines, une au collège et une au lycée, mais sans plus. Cela faisait maintenant presque dix ans qu'il était célibataire et, honnêtement, la situation commençait à le peser quelques peu.
Personne n'avait envie d'être seul, de finir ses vieux jours dans un appartement, sans famille, ni enfants, ni animal ou quoi que ce soit d'autre. Il envisageait d'adopter un chien bientôt. Cela lui permettrait d'avoir un petit peu de compagnie et l'obligerait à sortir en dehors de son travail. Pas qu'il vivait en hermite, mais il n'aimait plus sortir tant que cela.
À quoi bon ? Tous ses amis étaient plus âgés que lui, ou du moins la majorité, et tous avaient des enfants entre trois et cinq ans. Il avait du mal à regarder leur vie parfaite, posséder ce que lui n'avait pas et n'aurait probablement jamais. C'était difficile.
* * *
Timothée était en train de préparer la commande d'une cliente, lorsque son estomac se mit à grogner assez fortement. Il était maintenant dix heures et demi et le manque de petit-déjeuner commençait à se faire sentir. Il jeta un œil à sa cheffe, Amélie, qui lui fit remarquer que là, c'était un grognement de compétition, avant de lui dire de se prendre une boisson chaude et quelque chose à manger.
Le bouclé hocha la tête et une fois sa cliente servit, il se prépara un americano et pris un donut au chocolat qu'il dégusta à l'arrière, dans la petite salle de pause. Là il sortit son téléphone portable et entreprit de se rendre sur les réseaux sociaux, aima quelques photos avant d'engloutir la pâtisserie en quelques bouchées et vider sa tasse.
Il avait du travail et ne pouvait pas se permettre de rester assit là des heures durant, même si l'idée semblait alléchante. Il se lava les mains et les essuya avant de rejoindre l'avant du café.
Ce fut somme toute une journée normale, il avait eu une dizaine de dollars de pourboire et décida qu'ils lui serviraient à faire ses achats en rentrant. Une fois sûr que tout était correct, il salua ses collègues et quitta le lieu pour prendre la direction de l'hypermarché proche. Il ne fut pas étonné d'y voir la galerie remplie de personnes courant dans tous les sens, c'était la fin de journée donc, oui, les gens venaient en rentrant du travail.
Il passa les fameuses barrières automatiques et prit un panier en plastique bleu sur la gauche de celles-ci, avant de se diriger vers le fond du magasin, au rayon laitage. Là il entreprit de prendre trois briquettes ainsi que des boissons gazeuses. Il était en pleine recherche de Pepsi Zéro lorsque quelque chose se déclencha en lui. Quelque chose qui le figea presque sur place.
Il tourna brusquement la tête vers la gauche, soit vers le rayon des surgelés où se trouvait une jeune fille d'environ son âge, occupée à regarder une boîte de steaks hachés. Il délaissa totalement sa recherche de boisson et instinctivement, se dirigea vers elle. Il était attiré comme un aimant.
Ce fut arrivé à deux mètres d'elle, qu'elle releva les yeux et eut la même expression de choc en plongeant ses yeux dans ceux du jeune bouclé.
- Victoria ?
- Timothée ?
Tous deux ressentirent la même chose. Le lien. C'était le lien qui donnait cette impression au bouclé de la connaître depuis toujours. Cette rencontre qu'il n'attendait plus et qui, pourtant, était bel et bien là, devant lui. Ce lien dont on lui avait tant parlé et dont il se pensait privé à vie... C'était elle. C'était son âme sœur. Cette promesse invisible entre eux qui les liaient à jamais.
Elle aussi le ressentait. Au plus profond d'elle, elle le savait, il était celui qui lui était destiné. Petit à petit, un sourire naquit sur ses lèvres, et le bouclé ne put retenir le sien non plus. Il irradiait ! Ses yeux pétillaient et il avait envie de la serrer dans ses bras en remerciant le ciel de lui l'avoir envoyée. Son âme sœur. Sa Destinée.
Victoria hocha la tête, comme si elle lisait dans ses pensées et Timothée posa son panier et s'avança pour enrouler ses bras autour des épaules de cette jeune fille brune, d'environ un mètre soixante, aux cheveux auburn, comme les siens et aux yeux noisette.
Aussitôt que ses bras se refermèrent autour d'elle, son rythme cardiaque s'accéléra et un bonheur immense prit possession de lui. Oui, plus de doute possible, elle était Celle qu'il attendait tant depuis si longtemps. Il baissa la tête et déposa un baiser dans ses cheveux, juste au-dessus de son oreille gauche, les yeux fermés afin de mieux profiter de ce moment.
Victoria elle, avait l'oreille gauche contre le torse du bouclé et put constater ce rythme cardiaque devant plus rapide, qui contrastait avec la respiration calme qui émanait de lui. Elle ressentit également ce soulagement au travers de leur lien. Elle le ressentait tout autant. Elle qui était persuadée que, jamais, elle n'aurait cette chance de rencontrer son âme sœur.
Le lien était quelque chose unissant deux personnes pour l'éternité. Il était là de votre naissance à votre mort. Et lorsque vous trouviez enfin votre promis, vous le saviez instantanément. Quelque chose se réveillait en vous et réveillait ce lien endormit. C'était un petit peu comme vivre un feu d'artifice, de l'intérieur.
Timothée ne put s'empêcher de remarquer le parfum de rose sauvage qui se dégageait de la brune et l'huma pleinement. J'ai le sentiment de la connaître depuis toujours, se dit-il à nouveau.
Doucement, le boucle desserra son étreinte, mais garda ses mains au niveau des épaules de Victoria, qui le regardait avec une admiration certaine. Elle aussi ne parvenait pas à croire que son âme sœur était en face d'elle, elle qui se croyait damnée en amour.
- Hmm, je..., commença Timothée, nerveux. Merde, je n'arrive pas à croire que tu sois là, il se passa la main droite dans la masse de boucles désordonnées que constituaient ses cheveux. Est-ce que..., je peux te donner mon numéro ? La brune hocha la tête et lui tendit l'appareil sans le quitter des yeux.
Le bouclé le prit et y entra son numéro avant de le lui rendre. Victoria fit sonner l'appareil de Timothée une fois afin que celui-ci possède également son numéro et rangea à nouveau son téléphone dans sa poche.
Ils auraient pu rester là des heures durant à se fixer les yeux dans les yeux, mais la voix dans les haut-parleurs informa les derniers clients que le magasin allait fermer, les obligeant à terminer rapidement leurs achats et se diriger vers la caisse. Une fois à l'extérieur, tous deux ne surent pas vraiment comment agir. Ils avaient beau être des âmes sœurs, ils n'en étaient pas moins timides l'un envers l'autre.
- Est-ce que l'on peut se revoir ? Demanda Victoria, les yeux remplis d'espoir.
- Bien sûr, sourit Timothée. Je travaille jusqu'à 19h au café Daydreaming, on peut se retrouver là-bas.
- Oui, pas de soucis. Alors 19h, demain ?
- Oui, il hocha la tête en souriant.
Tous deux se fixèrent en souriant, n'ayant aucune envie de se quitter maintenant ; ce fut Victoria qui combla la distance entre eux et prit le jeune homme dans ses bras, respirant cette odeur de fraîcheur qui émanait de lui, plus une légère odeur d'eau de Cologne.
- À demain, alors, elle sourit et s'éloigna à reculons, avant de finalement prendre la route jusqu'à chez elle.
Timothée fit de même, ne pouvant cacher l'énorme sourire qui barrait son visage et la légèreté qu'il ressentait. Ne dit-on pas que l'amour donnait des ailes ?
