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Kill The Butterflies

Summary:

Bakugo ne comprend pas pourquoi il pense autant à Kirishima après cette foutue soirée.

Notes:

Un autre OS qui m'a complètement échappé lol. Pour une fois c'est le titre qui m'est venu en premier, je l'aimais beaucoup donc je voulais absolument écrire quelque chose avec, mais je sais définitivement pas faire court. Ce devait être quelque chose de plus angsty, mais finalement c'est juste stupide et cute

enjoy~ !

Work Text:

La pièce était calme, plongée dans une ambiance studieuse. Bakugo remplissait ses pages de cahiers à l'aide d'un stylo noir, impatient de terminer son compte rendu. Il faisait de plus en plus froid, et dans son petit studio, Bakugo regrettait le parquet chauffant de chez ses parents. Il devait se contenter des vieux radiateurs qui sentaient la poussière en s'allumant, et de porter ses vieux sweats en laine.

Cela faisait un petit moment qu'il avait cessé d'écrire, il n'y avait plus de bruit dans la petite pièce. Dehors, un chien aboya, faisant sursauter Bakugo qui lâcha bêtement son stylo.

Et merde, il marmonna en se baissant pour le ramasser.

Il venait encore d'y penser.

Il venait encore d'oublier ce qu'il était en train de faire pour se perdre dans des pensées inutiles. Bakugo souffla, et tenta de se concentrer de nouveau sur son rapport de patrouille qu'il devait rapporter dès demain. Il n'avait ni le temps, ni l'envie de penser à cette stupide soirée.

La veille de la remise des diplômes, la classe avait organisé une soirée pour fêter la fin de leur troisième année. Ils s'étaient mis d'accord pour se retrouver à un bar plutôt populaire, où ils pourraient dignement se féliciter et dire adieu au lycée.

Tout ce que Bakugo détestait.

Le monde, la proximité, la musique omniprésente beaucoup trop forte. Il ne savait plus ce qui avait bien pu le convaincre d'y aller. Ce n'était pas son genre de soirée, et il n'avait presque jamais bu d'alcool. L'odeur et son goût ne l'avaient jamais attiré. Il trouvait la bière, tout autant que le vin ou le soju, immonde. Il n'avait pas prévu de boire là-bas, autant qu'il n'avait pas prévu que le barman propose des cocktails colorés et acidulés.

Bakugo en avait goûté plusieurs, avait terminé celui de Todoroki, et même un de Kirishima. Il s'était sentit étrange, sans forcément avoir mal à la tête ou envie de vomir. Son esprit semblait simplement plus… léger.

Au fil de la soirée, la classe avait lancé des jeux idiots, le blond y avait parfois participé -et gagné, cela va de soi-, et à sa propre surprise, il avait passé un bon moment, au milieu de ses idiots habituels. II s'était laissé amener sur la piste de danse, s'asseoir avec les filles de la classe pour les écouter discuter de ragots, et accompagner n'importe qui se resservir au bar.

Du coin de l'œil, il avait fini par voir Kaminari embrasser Ashido, sans y prêter vraiment attention. Mais dès que quelqu'un avait le malheur de trop l'approcher, il avait recommencé, tout en répétant à quel point il allait lui manquer. Kirishima aussi était un peu trop alcoolisé, et était encore plus tactile. Bakugo l'avait aussi vu embrasser Ashido, et Kaminari évidemment.

Le blond avait été un peu perdu, leur manière de se prouver leur grande amitié l'avait laissé perplexe.

Ashido avait fini par remarquer ses regards insistants, et, par il ne savait plus quel moyen, il s'était retrouvé face à Kirishima, au milieu des autres idiots qui le défiaient de l'embrasser. Bakugo avait été encore assez lucide pour penser à l'absurdité de la situation.

- Aller Kacchan, me dis pas que t'as peur ? avait hurlé Kaminari.

- Bakugo se dégonfle, il est pas cap !

Mais un défi restait un défi. Et Bakugo ne reculait jamais devant un défi.

- Les écoute pas, c'est juste un pari sans- avait tenté de dire Kirishima avec son grand sourire habituel.

Bakugo ne s'était pas laissé le temps de réfléchir. D'une main, il avait attrapé Kirishima par le col de sa chemise. Il ne savait pas s'il pouvait appeler ça un baiser. Le contact avait été brusque, plus que rapide, il s'était peut-être même cogné le front au passage contre celui de Kirishima. Mais cela avait semblé suffire pour satisfaire les autres élèves.

Peu après, Bakugo avait quitté la soirée. Il avait commencé à sentir les conséquences de dépasser son horaire de coucher. Kirishima tenait à peine debout, Sero, ou peut-être était-ce Jirou, l'avait convaincu de goûter un dernier verre de soju, et il avait fini mort de fatigue, son équilibre proche du néant.

Évidemment, étant voisins de chambres, ceux encore en état de continuer la soirée l'avaient gentiment confié à Bakugo. Probablement à cause de l'alcool, il avait perdu de son mordant habituel, et avait attrapé l'étudiant par le bras pour le guider vers la sortie.

Kirishima n'avait pas vraiment fait d'efforts durant leur route retour. Bakugo se souvenait encore très bien du poids mort qu'il avait dû traîner jusqu'aux ascenseurs de leur dortoir. Malgré tout, ce n'était pas le pire.

Avant d'arriver à leur étage, Kirishima avait retrouvé un peu d'énergie, il avait réussi à aligner plusieurs phrases cohérentes. Il s'était surtout excusé, beaucoup de fois, d'avoir bu, d'avoir gâché la fête à Bakugo, de ne pas pouvoir marcher seul. Le blond l'avait vite fait taire en le faisant entrer dans sa chambre. Il l'avait empêché de plus parler, s'assurant que l'autre garçon soit dans son lit, dans un état acceptable. Il l'avait obligé à se laver les dents, lui avait jeté un pyjama, et laissé une bouteille d'eau près de son lit.

Kirishima l'avait retenu avant qu'il ne quitte la pièce. Son sourire idiot aux lèvres, il avait pris le blond dans ses bras, le remerciant dans des mots encore pâteux, et ne l'avais pas laissé s'échapper avant de longues secondes. Encore alcoolisé, Kirishima lui avait aussi laissé un baiser sur la joue, maladroit, puis un rapide bonne nuit, et le garçon s'était effondré sous ses couettes.

Sur l'instant, passé la surprise, Bakugo n'y avait pas vraiment prêté attention. Il avait rejoint sa chambre, impatient de rattraper sa nuit.

Il n'y pensa pas non plus le lendemain. Entre la remise de diplômes, l'effervescence de la cérémonie et le déménagement de leur dortoir, son esprit avait été débordé. Kirishima n'en reparla pas plus.

Mais Bakugo n'avait pas oublié. Les jours suivants, il se surprenait à parfois repenser à la soirée, particulièrement ce fameux défi avec Kirishima. Et aussi lorsqu'il l'avait ramené, que Kirishima l'avait encore embrassé. Sur la joue, soit, mais ce n'était visiblement qu'un détail pour son esprit.

Et à présent, trois semaines plus tard, Bakugo était encore là, à se perdre dans ces souvenirs de soirée dès qu'il n'était pas assez attentif.

Il était devenu apprenti, il avait réussi à entrer dans l'agence de Endeavor. Il devait faire ses preuves, montrer ses capacités en tant que héros. Il n'avait pas le temps de penser à des choses aussi stupides.

Son téléphone vibra sur son bureau une première fois, le sortant de ses pensées. Bakugo l'ignora, jusqu'à ce que la troisième notifications l'oblige à jeter un coup d'œil à l'écran. Tous les messages étaient de Kirishima. Un premier demandait comment se passait sa journée, un deuxième n'était qu'une photo d'un chat qu'il avait probablement croisé pendant un retour de patrouille, et le dernier proposait une soirée jeu vidéo ou film d'horreur chez lui.

Bakugo poussa un soupir. Sans surprise, Kirishima était entré dans l'agence de Fatgum, il avait trouvé un appartement avec Kaminari à quelques rues du bâtiment. Bakugo savait que Kirishima n'aimait pas la solitude, c'était devenu évident dès qu'ils s'étaient rapprochés à UA. Il avait toujours eu besoin de réviser ou de rester dans le grand salon avec quelqu'un.

A quelques mois de leur diplôme, Kirishima avait commencé à parler de colocation. L'idée de se proposer avait rapidement traversé l'esprit de Bakugo à cette époque. Il s'était surpris à réfléchir à quoi pourrait ressembler sa routine en vivant avec l'autre garçon. Cela avait bien duré quelques jours, mais jamais Bakugo n'avait dit quoi que ce soit à voix haute.

Et peut-être avait-il bien fait. Il était satisfait de son appartement. Il était petit, mais fonctionnel, et il n'avait de compte à rendre à personne. Il vivait à son propre rythme sans avoir à s'occuper de la vaisselle sale ou des chaussures mal rangées d'un colocataire.

La solitude, ça lui plaisait.

Voir du monde, parfois, quand il en avait l'envie et l'énergie, ce n'était pas désagréable. Et il n'avait pas vu Kirishima depuis la remise des diplômes. L'entrée dans leurs agences respectives, l'aménagement de leurs nouveaux appartements leur avaient pris beaucoup de temps. Mais maintenant qu'il s'était fait à ce nouveau rythme de vie, Bakugo n'était pas contre une soirée avec lui.

 

~~~~~

 

En arrivant devant la porte colorée et une fois certain d'être au bon numéro, Bakugo toqua plutôt que d'utiliser la sonnette. Il faisait déjà nuit alors que dix huit heures n'était même pas passé, ce que Bakugo pouvait détester l'hiver. D'une main il cacha un peu plus son visage derrière son échappe, déjà en train de marmonner contre Kirishima qui n'avait toujours pas ouvert cette foutue porte.

Il finit par entendre un "j'arrive !" Étouffé de l'autre côté du mur, et il apparut devant lui, dans un ensemble jogging dont la couleur criarde fit grimacer Bakugo. Il garda son commentaire derrière ses lèvres pincées et entra immédiatement pour retrouver la chaleur de l'intérieur.

- Salut, il répondit à l'accueil toujours aussi bruyant de Kirishima.

Pendant qu'il retirait ses chaussures, Kirishima était déjà prêt à lui faire visiter l'appartement, visiblement très fier de son endroit. Bakugo le suivit d'une pièce à l'autre, hochant la tête aux informations -souvent inutiles- qu'il ajoutait.

Sa chambre était un vrai bordel. Le lit défait, un tas d'habits posé sur sa chaise de bureau, un autre au bord du matelas, ses haltères plus cachées que rangées dans un coin, Bakugo avait l'impression d'être encore au lycée.

Le salon était étrangement propre et ordonné après avoir vu sa chambre. Bakugo remarqua des touches de Kirishima disséminées un peu partout. Un poster de red riot, des chaussons requins près du canapé et une pile de DVD de super-héros. La cuisine n'était pas épargnée, de la vaisselle sale encore dans l'évier, elle était décorée de tasses bariolées et d'un frigo recouvert de magnets et de post-it.

- Ça sent quoi ? Bakugo demanda en s'approchant de la casserole sur le feu.

Kaminari était de patrouille cette nuit, Kirishima avait était obligé de cuisiner seul, il avait promis au blond de s'occuper du repas. Bakugo en avait été surpris, mais après les avoir supporté trois ans, il avait découvert que Kaminari était plus doué en cuisine qu'il en avait l'air.

- J'étais en train de préparer du ragoût de bœuf ! Répondit fièrement Kirishima.

- Avec des morceaux de viande aussi gros ? T'as même pas mis d'épices, il commenta après avoir goûté le bouillon. C'est quel genre de morceaux ces trucs ? T'as juste pris du bœuf à griller ? Sérieusement ?

Cette fois-ci, Bakugo ne parvint pas à retenir un soupir. A côté de lui, Kirishima avait perdu de son sourire, et le regardait avec un air penaud.

- T'es toujours aussi flingué en bouffe, dit le blond dans un rictus. T'as qu'à nous trouver un truc à boire, je gères le ragoût, ou c'que j'peux sauver.

Bakugo était plutôt satisfait de retrouver l'ambiance de leurs soirées aux dortoirs. Rattraper les essais culinaires de Kirishima, l'écouter se perdre dans ses histoires jusqu'à ne plus savoir où il voulait en venir, choisir un film d'horreur pendant une bonne demi-heure sans être complètement convaincu par le choix final.

Kirishima n'avait pas changé, il était toujours aussi bavard, son sourire idiot ne le quittait presque jamais, et il n'avait toujours pas appris à chuchoter. Il avait le même pyjama usé et trop grand pour lui, sa manie de s'asseoir en tailleur dès qu'il le pouvait et son ignorance totale de l'espace personnel de Bakugo.

Sans savoir trop pourquoi, Bakugo s'en sentait rassuré. Leur dernière rencontre ne datait que de quelques semaines, moins d'un mois, et ils n'avaient cessé de s'envoyer des messages. C'était supide de croire que quelque chose allait changer entre eux en si peu de temps.

Lorsqu'ils lancèrent enfin le film sur la télé du salon, chacun était déjà à la moitié de son bol de ragoût. Sans surprise, le film était stupide, Bakugo passa son temps à critiquer les choix des personnages et du scénario qui tenait à peine la route. Kirishima ajoutait parfois son petit commentaire, se moquant du blond et de son dégoût toujours aussi prononcé pour les scènes inutilement gores.

Presque deux heures plus tard, le film n'était toujours pas terminé, et Bakugo fut incapable d'en voir la fin. Ses derniers jours à l'agence l'épuisaient plus qu'il aurait aimé l'avouer, et les soirées tardives n'étaient toujours pas pour lui. Il savait veiller un peu mieux qu'au lycée, mais lorsque minuit approchait, son corps le rappelait toujours à l'ordre.

C'est Kirishima qui le secoua doucement pour le sortir de son sommeil. Le salon était devenu bien sombre, seulement éclairé par les crédits défilant à l'écran de la télévision. A moitié éveillé, Bakugo comprit à peine les mots que la voix de Kirishima murmurait près de lui. Il grogna, repoussa sans grande conviction la main sur son épaule et se recroquevilla un peu plus sur le canapé.

- J'dors là, il marmonna sans prendre la peine d'ouvrir les yeux. Chu'bien.

- Si je te laisse dormir là demain tu vas m'engueuler parce que t'auras le dos en vrac. Allez viens. Tu t'es même pas brosser les dents, tu vas garder toute la nuit des bouts de bœuf entre les dents, t'es crade.

Comme si la poigne de Kirishima qui avait réussi à le relever à moitié ne suffisait pas, l'argument de la brosse à dents finit de convaincre Bakugo d'ouvrir les yeux et de se traîner jusqu'à la salle de bains. Appuyé contre l'autre garçon, il cracha rapidement le dentifrice au fond du lavabo, bien content d'être déjà en pyjama.

- Ça me rappelle le lycée, quand je finissais pas m'endormir dans ton lit après nos soirées films, murmura Kirishima en le guidant vers sa chambre.

Bakugo ne répondit qu'un grognement, impatient de se rendormir. Il le suivit et se laissa tomber d'un côté du lit, à moitié installé sous les couvertures. La lumière finalement éteinte, il entendit Kirishima rire. Le lit s'affaissa près de lui, et Bakugo observa d'un œil à moitié ouvert l'autre garçon passer un bras au-dessus de lui. Comme s'il s'occupait de border un gamin, il retira les quelques peluches occupant le côté du blond, tira correctement les draps et les ajusta pour qu'ils recouvrent Bakugo jusqu'à frôler son menton.

- C'est bon comme ça ? T'auras pas froid ? J'ai pas encore mis de couette.

Bakugo fut incapable de lui répondre directement. Les yeux à présent grands ouverts, il pouvait deviner la silhouette de Kirishima au-dessus de lui, pas si loin de son visage, une main posée près de son épaule. Il aurait dû répondre que, oui, il voulait une couverture parce que il n'y avait qu'un idiot comme lui pour ne pas en utiliser en plein hiver, mais tout ce que son cerveau fatigué réussit à lui donner furent des souvenirs en pagaille.

Il revoyait Kirishima dans son lit, sa main retenant son poignet et le baiser furtif qui avait touché sa joue.

- Me dis pas tu dors déjà, Bakugo ?

Kirishima bougea, s'assit près de lui, et il réussit à réagir plus rationnellement.

- Pas quand tu m'parles d'aussi près, il râla tout en le poussant un peu plus loin. Évidemment j'veux une couette, on est pas en août t'es taré.

Après un hochement de tête, Kirishima ramena une couette, et une seconde couverture, simplement au cas où. Bakugo l'entendit se coucher à son tour, et grogna une réponse lorsqu'il lui souhaita bonne nuit. Il ne demandait qu'à dormir, alors que depuis que cet idiot s'était brusquement rapproché, son esprit avait oublié sa fatigue.

Ce n'était pourtant pas la première fois qu'ils dormaient dans le même lit, ils l'avaient fait des tonnes de fois au lycée. Ca ne lui avait jamais posé problème. Bakugo savait que Kirishima bougeait souvent dans la nuit, il s'était souvent retrouvé à devoir le repousser de son côté pour ne pas se retrouver par terre. Il le déplaçait d'un coup de pied ou d'une main dans le dos, reprenait sa position et se rendormait.

Pourtant, ce soir, Bakugo se colla au bord du lit plus que d'habitude. Il se demanda ce qui lui prenait de penser si soudainement à cette fichue soirée, encore. Pourquoi il devait y penser ici, dans l'appartement de Kirishima. Tout lui revenait en tête, peu importe à quel point il n'en voulait pas. Les couleurs criardes du bar, les cris de Ashido et de Kaminari, lui qui attrapait Kirishima pour l'embrasser.

Le lendemain, Kirishima se réveilla seul dans le lit. En entrant dans la cuisine, après un troisième bâillement, il trouva Bakugo dans sa cuisine, un petit-déjeuner à moitié fait sur la table.

- Besoin d'aide ? Il demanda en s'approchant du blond.

Il passa sa tête par-dessus son épaule, curieux de voir ce qu'il préparait. Visiblement, Bakugo s'était débrouillé sans problème dans sa cuisine, et avait trouvé tout ce dont il avait besoin.

- Surtout pas, va t'asseoir c'est quasi prêt.

Ils mangèrent silencieusement sur la petite table, cela faisait longtemps que Kirishima n'avait pas tant mangé durant un petit-déjeuner. Les œufs brouillés, le bol de riz et une soupe chaude lui changeaient de ses habituels cafés et brioches avalées à la va-vite.

- Mh, ta cuisine m'avait manqué, il ne put s'empêcher de commenter, la bouche encore pleine.

- Vu c'que tu prépares, tu m'étonnes.

- Je devrais t'inviter plus souvent.

- Comme si j'avais autant de temps à perdre.

Sa portion terminée, Bakugo observa Kirishima se resservir, jusqu'à ce qu'il ne reste presque plus rien dans les bols et les assiettes. Il se félicita intérieurement d'avoir préparé assez de nourriture pour trois personnes, du moins, dans les quantités.

Une fois Kirishima rassasié et occupé à faire la vaisselle, il rangea ses quelques affaires et occupa rapidement la salle de bains. Il n'aimait pas partir dans la hâte, mais il avait besoin de passer son jour de repos chez lui. Son sommeil n'avait pas été des plus reposant, et il lui tardait de retrouver sa chambre pour une sieste. Bakugo était aussi très peu d'humeur à croiser Kaminari, même s'il y avait peu de chance qu'il sorte bientôt de sa chambre après sa patrouille nocturne.

Kirishima ne cacha pas son air déçu de le voir partir si tôt, mais il ne dit rien, et se contenta de lui faire promettre de bientôt revenir.

De retour dans son appartement, Bakugo traîna tout le reste de la journée. Il fit une sieste, plus longue qu'il ne l'aurait voulu, rangea sommairement sa cuisine et mangea quelques restes dans son frigo. Il avait hâte de retourner bosser à l'agence et s'occuper l'esprit.

C'était facile de se concentrer durant la journée. Il y avait toujours des missions pour les nouveaux, des patrouilles à faire, des héros à accompagner, des papiers à remplir, parfois des réunions à suivre. Bakugo pouvait travailler sans se poser de questions, et la soirée arrivait à une vitesse surprenante.

Certaines journées étaient assez éreintantes pour lui laisser tout juste l'énergie de se traîner jusqu'à chez lui, prendre une douche et se coucher. Mais Bakugo ne s'en plaignait pas, c'était exactement ce pour quoi il avait signé.

Kirishima aussi avait de longues journées, ce qui ne l'empêchait pas de lui envoyer des messages presque tous les jours. C'était comme si leur dernière soirée ensemble avait été un déclic, depuis il osait encore plus communiquer avec le blond. Et ses propositions pour se voir étaient aussi plus nombreuses. Parfois des soirées cinéma ou bowling avec leurs autres amis, parfois de simples journées dans le silence de son appartement.

Bakugo en acceptait certaines. Kirishima se débrouillait toujours pour que Kaminari ne soit pas dans les parages. C'était toujours la même chose. Il cuisinait quand ils ne commandaient pas quelque chose, rapportait les comics qu'il avait emprunté la fois d'avant, Kirishima s'occupait d'installer un jeu ou de mettre un film, et si la nuit tombait, Bakugo restait dormir.

Mais parfois, la sensation revenait sans prévenir. Il suffisait que Kirishima soit un peu trop près lorsqu'ils étaient dans la cuisine, qu'il réarrange ses cheveux ou qu'il enlève un cil tombé contre sa joue, et Bakugo pouvait sentir son estomac réagir étrangement. Sans parler des stupides souvenirs qui n'étaient jamais loin durant ces courts instants.

Il n'en montrait rien, évidemment, ce n'était pas une vieille soirée qui allait lui faire perdre tous ses moyens. Bakugo se contentait de s'éloigner de Kirishima et de reprendre ce qu'il faisait.

Et après y avoir réfléchit de longues nuits, Bakugo avait fini par se faire une raison.

Y penser, ce n'était peut-être pas si grave. Après tout, c'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un. Et les premières fois étaient souvent marquantes. Bakugo se souvenait très bien de l'apparition de son pouvoir, de la première fois qu'il était allé à l'hôpital pour une blessure idiote, de sa première cicatrice, de sa première carte en édition limitée ultra rare de All Might.

Au fond, ce n'était qu'une première fois parmi tant d'autres. Malgré l'alcool, il se souvenait bien de la sensation étrange qui avait dansé dans son estomac. Et de quelle manière elle s'était reproduite, un peu plus clairement, quand il avait ramené Kirishima dans sa chambre. Il y avait aussi ce frisson qui avait discrètement fait trembler son corps, comme lors d'un coup de fièvre.

C'était presque honteux à s'avouer, d'autant se prendre la tête pour quelque chose d'aussi minime. Ce n'était qu'un pari, quelque chose qui ne lui aurait jamais traversé l'esprit autrement. Et qu'il n'aurait jamais fait sans l'aide de l'alcool.

Il lui suffisait de laisser faire le temps. Les souvenirs étaient encore vifs et la soirée récente. Son corps finirait bien par comprendre que ce n'était rien d'exceptionnel, et qu'il n'avait aucune raison de l'obliger à focaliser sur un détail aussi inutile.

Il suffisait d'attendre.

Ce soir encore, il était chez Kirishima. Ils préparaient du katsudon, Kirishima avait tenu à s'occuper de la préparation du riz. Entre deux gorgées de bière (Kirishima lui avait trouvé une marque au goût acidulé et citronné qui n'était pas si mauvaise), Bakugo surveillait la cuisson de la viande, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit. Les deux garçons se jetèrent un regard surpris, et lorsqu'une voix cria, le visage de Bakugo se transforma en grimace.

- Kirishimaaaa ! Appela encore Kaminari en arrivant dans la pièce principale. Oh Bakugo ! Ça fait un bail ! Comment ça va ?

- Ça allait bien.

Se fichant bien de son manque d'entrain, Kaminari continua de parler et de lui demander des nouvelles. Il attrapa une bière dans le frigo et disparut trop peu de temps dans sa chambre avant de revenir voir ce qu'ils préparaient dans la cuisine.

- Pas la peine d'me buter du regard, il finit par marmonner devant Bakugo qui n'avait pas bougé. Déjà je suis chez moi, et j'fais que passer, je vais chez Mina. J'vous laisse tranquille.

Tout en préparant ses affaires, qui se ne résumaient presque qu'à des bières et un pyjama, il ne cessa de faire remarquer à Bakugo qu'il ne répondait jamais sur leur conversation de groupe. Il ne venait aussi jamais à leur soirée, alors que même Todoroki et Shinso faisaient l'effort d'être là.

- Faut vraiment que tu reviennes boire avec nous un de ses quatre, c'était hilarant de te voir bourré !

Le dos tourné à Kaminari, Bakugo se contenta de marmonner sans grande conviction, concentré sur la viande dans la poêle.

- Bah quoi ? T'as peur d'encore embrasser Kiri ? Se moqua l'autre garçon.

- Ta gueule c'était ton pari à la con, il dit plus sèchement en lui lançant un regard en coin.

- Tu peux le dire hein, n'importe qui serait content d'embrasser Kiri.

- T'étais pas censé partir Kaminari ? Les coupa Kirishima l'air de rien. Tu vas encore arriver à la bourre chez Mina.

- Putain ! Il paniqua en jetant un œil à son téléphone. J'me casse bonne soirée les gars !

Il se précipita vers son sac et ses chaussures, fit un rapide signe de main et quitta l'appartement. Lorsque la porte claqua, Bakugo poussa un soupir mêlé à un grognement.

- Je sais pas ce qui t'as pris de faire une coloc avec lui, c'est toujours le même abruti.

- Mh, j'avais pas vraiment d'autres choix, c'était le seul à chercher un appart dans le quartier. Et t'exagères, il est sympa Kaminari, on a trouvé un bon rythme ! Se défendit Kirishima en terminant de mettre la table.

- Il fait juste à bouffer mieux que toi.

- Pas que. Si c'était qu'une question de cuisine c'est plutôt avec toi que j'aurais fait une coloc.

Kirishima avait répondu dans un sourire, un ton taquin au bout de la langue. Bakugo le savait bien qu'il n'était pas sérieux, il ne prit pas la peine de lui répondre.

A cause de Kaminari, il avait encore ses pensées parasitées par cette fichue soirée. Et ce pauvre idiot n'avait pas que réveillé ses souvenirs, il avait ajouté une idée à laquelle Bakugo ne voulait pas penser. C'était de la faute de l'alcool et la fatigue. Pourquoi aurait-il envie de recommencer ? Pourquoi voudrait-il encore embrasser quelqu'un ? Et Kirishima, il en avait envie lui ?

Le blond se mordit la langue pour se reconcentrer sur le poulet. Ce n'était pas du tout le moment, ni même des questions qui l'intéressaient.

Du coin de l'œil, il observa Kirishima chercher un film devant la télé. Il était concentré, imperturbable. Il se fichait bien de ce que Kaminari avait dit. Il se fichait de cette soirée, il n'avait rien ajouté à son sujet. Il ne s'en souvenait peut-être même plus.

Un peu grognon, il s'installa devant la télé, leur bols remplis sur la table, Kirishima avait enfin trouvé un film, satisfait de pouvoir voir des loups-garous.

D'abord silencieux, trop occupés à manger, ils finirent par lâcher quelques commentaires dès leurs bols vides. Kirishima s'installa plus confortablement dans les coussins, et s'appuya sans gêne contre Bakugo. Il l'avait déjà fait, il aimait se coller contre n'importe qui sur le canapé, Bakugo le savait, pourtant son corps restait tendu. Les bras croisés sur sa poitrine et une couverture sur les genoux, il se sentait stupide.

Kirishima bougea, et il lui jeta un rapide coup d'œil. Il s'était installé contre son épaule, ses cheveux lavés, sans aucun gel pour les tenir relevés, s'étalaient aussi contre son cou et ses bras. Kirishima dégagea quelques mèches de devant ses yeux, ce que Bakugo aurait pu faire du bout des doigts. Il était assez proche pour deviner la cicatrice le long de sa paupière, ou même lui pincer le nez sans avoir à étirer le bras, juste pour l'emmerder.

Et il y pensa encore.

Il était assez proche pour toucher sa joue, ou même y poser ses lèvres, comme Kirishima avait fait. Bakugo se demanda si ce serait la même sensation, si ce serait la même réaction s'il décidait là, maintenant, de l'embrasser. S'il allait retrouver encore plus distinctement ce truc qui faisait étrangement réagir son ventre.

L'idée s'installa un court moment, un fragment de secondes, juste assez pour que Bakugo se rende compte de ce que lui racontait la petite voix dans sa tête. Il s'en débarrassa l'instant suivant, mais trop tard, et son corps se figea un peu plus.

- Quoi ? J'ai encore de la sauce ? Finit par demander Kirishima en le remarquant focalisé sur lui.

Bakugo se força à ne pas le repousser, ignora ses mains moites, et dévia le regard, ne voulant pas savoir depuis quand il ne regardait plus le film.

- J'me disais juste que t'as l'air con quand tu regardes la télé.

Kirishima fronça les sourcils, et Bakugo préféra lâcher une excuse pour s'enfuir dans la salle de bains. Il se rafraîchit le visage, jugeant froidement son reflet dans le miroir. Il devenait de plus en plus abruti. Il n'avait aucune envie d'embrasser Kirishima, il n'était même pas bourré. La bière au citron ne pouvait pas lui faire tourner la tête et l'empêcher de réfléchir correctement.

Ce soir-là, Bakugo préféra rentrer chez lui une fois le film terminé. Kirishima le laissa faire, d'abord surpris et déçu de le voir partir si brusquement, puis inquiet lorsqu'il inventa une fatigue soudaine et un mal de tête. Bakugo partit avant qu'il ne pose trop de questions, et rejoignit son appartement.

Il devait absolument changer de plan.

Ignorer et attendre, Bakugo ne pouvait plus s'en contenter. C'était trop long, et visiblement très peu efficace. Ce soir en était la preuve de trop.

Il était hors de question de fouiller une quelconque réponse sur internet, et encore moins d'en parler à quelqu'un, il n'était pas désespéré à ce point. Il ne voulait certainement pas l'avis de ses parents, particulièrement de sa mère, autant qu'il ne voulait pas avouer à n'importe qui que cette foutue soirée le rendait fou. Il en entendrait parler jusqu'à la fin de sa vie, et il ne voulait pas que Kirishima soit au courant. C'était déjà bien assez embarrassant sans avoir besoin de l'ajouter dans l'histoire.

Mais Bakugo avait beau réfléchir, il ne trouvait aucune solution pour s'alléger l'esprit. Il en arrivait toujours aux mêmes conclusions. Jusqu'à se convaincre que, peut-être, la solution, c'était Kirishima.

 

~~~~~

 

Il s'était fait violence.

Les supplications de Kirishima y étaient pour beaucoup, mais Bakugo avait fini par se montrer à l'une de leurs fichues soirées. Kaminari avait presque hurlé en le voyant arriver au bar. Ashido et Sero étaient tout aussi surpris de le voir, et le saluèrent d'une manière à peine plus discrète.

Ce n'était pas si désagréable de manger un barbecue tout en les écoutant partager les ragots de leurs agences. Sa bière aromatisée aidait aussi à ne pas lui donner envie d'enfumer Kaminari dès qu'il devenait un peu trop tactile. Ce n'était pas une mauvaise soirée.

Lorsqu'il sortit du petit restaurant, Kirishima sur les talons, Bakugo se rendit compte que c'était le meilleur moment pour le raccompagner chez lui, et y passer le reste de la nuit. Il avait une idée en tête, et après son verre de bière, s'était convaincu qu'elle était imparable.

Arrivé devant l'entrée de Kirishima, il y déposa ses chaussures, et presque immédiatement, il se dirigea vers le frigo pour se prendre une bière, et en déposer une seconde sur la petite table du salon. Affalé sur le canapé, Kirishima reçut le message et accepta de l'accompagner.

- C'est pas ton genre de boire, il commenta.

- C'est toi qui voulais qu'on boive ensemble, nan ? Te plains pas.

- J'me plains pas.

La télé finit par être allumée, plus pour créer un bruit de fond qu'autre chose. Kirishima avait relancé la discussion, mais le blond n'était pas assez concentré pour réussir à lui donner plus que des réponses courtes. Il avait arrêté de fixer la télé pour se tourner vers Kirishima. Sa bière à la main, il ne se gênait pas pour détailler son visage. En oubliant qu'il était en train de parler, Bakugo le coupa pour demander brusquement:

- C'était quand la première fois que t'as embrassé quelqu'un ?

- Qu'est-ce- Je te parle de rando là ? s'arrêta Kirishima, un peu perdu. Pourquoi tu veux savoir ça ?

- Quoi ? T'as jamais embrassé personne avant ? Le nargua Bakugo.

- Si ! Bien-sûr que si !

Avant d'en dire plus, Kirishima but quelques gorgées de sa bière, comme pour se donner du courage. Bakugo se fit patient, sans le lâcher des yeux.

- C'était avec une fille. Au collège, elle m'avait donné une lettre pour me dire qu'elle était amoureuse. Ça a dû durer quinze-, non, un peu plus d'une semaine.

- Elle s'est rendu compte que t'étais stupide ?

- Non, c'est moi qui est arrêté, parce qu'au final, moi, j'étais pas amoureux.

- Et depuis ? Insista Bakugo.

- Depuis ? C'est quoi toutes ses questions ? Depuis quand ça t'intéresse ces trucs !

- On s'en fout, juste- réponds !

C'était suspicieux, évidemment que ça l'était. Ce n'était pas son genre de poser des questions pareilles, et il aurait préféré ne pas avoir à y penser. Sans trouver une excuse assez crédible, Bakugo supporta le regard insistant de Kirishima.

- Ok. On va faire un truc. On pose une question chacun, sans mentir. Chacun son tour, il proposa finalement.

- Hein ? C'est quoi ces règles à la con !?

- Y a pas de raison que je sois le seul à révéler des trucs !

Renfrogné, Bakugo poussa un soupir. Il ne pouvait pas refuser, alors dans un grognement il acquiesça. Ce qui illumina un peu trop le visage de Kirishima à son goût.

- Ok, à moi, s'empressa Kirishima. C'est toi qui volais la bouffe de Kaminari dans le frigo commun quand on était à UA ?

- Quoi ? C'est ça ta question ? Demanda le blond dans un rire, bien trop surpris pour prendre la peine de se retenir. Ce con gardait des sauces et des sandwichs périmés, fallait bien que quelqu'un les jette.

- Donc c'est toi le voleur, souffla Kirishima. Alors que je t'ai défendu pendant six mois !

- Il était en train d'empoisonner le frigo entier avec ses merdes !

Kirishima perdit un peu de son air choqué, et finit par éclater de rire à son tour. C'était bien plus bruyant et envahissant que le ricanement du blond, sans parler de l'alcool qui lui donnait toujours envie de rire pour un rien. Bakugo s'obligea à rester concentrer, il retrouva son sérieux, et attendit que l'autre garçon se calme pour poser sa question :

- Ça t'as fait quoi de- d'embrasser quelqu'un ?

- Heu … c'est sympa ? J'ai pas vraiment d'expériences en dehors de quelques trucs au collège.

- Et-?

- Non. Mon tour. Ton premier baiser ?

Bien-sûr. Il avait posé la question en premier, Kirishima allait forcément la lui retourner. Il était curieux, et impatient, et Bakugo ne pouvait pas mentir. Il fit de son mieux pour ne pas paraître aussi embarrassé qu'il l'était, but un peu de sa bière, et lâcha dans un souffle :

- Toi.

- Oh.

C'est tout ce que Kirishima trouva à en dire. Les yeux braqués sur la télé, Bakugo ne voulait pas le regarder. Mais avec ce silence qui s'allongeait, il y fut bien obligé. Et il vit exactement le regard qu'il avait imaginé. Surpris et un peu narquois avec ce fichu début de sourire.

- Me regarde pas comme ça ! Bakugo réagit. J'en ai jamais rien eu à faire de ces trucs ok !

Kirishima le savait déjà. Tout au long du lycée, il ne s'était jamais intéressé aux autres de cette manière, c'était déjà assez fatiguant pour de devoir supporter ses camarades de classe. Il n'avait jamais imaginé plus, autant qu'il n'en avait jamais ressenti le besoin.

- Mon tour, il marmonna.

Son agacement était déjà loin. Il ne lui restait qu'une sale sensation qui lui nouait la gorge. Bakugo savait ce qu'il devait dire. C'était pour arriver à ce point qu'il avait engagé cette conversation stupide. C'était maintenant qu'il pouvait s'en débarrasser.

Dans le pire des scénarios, sa fierté se retrouvait éparpillée au sol, et il partait immédiatement pour ne plus jamais adresser la parole à Kirishima.

- Eh, écoute. J'ai besoin de tester un truc, il se lança.

- Tu me fais peur à être sérieux d'un coup.

La remarque de Kirishima lui dit lever les yeux au ciel, et lui donna assez de courage pour reporter son regard sur lui.

- Juste-... Faudrait qu'on le fasse encore une fois, c'qu'on a fait à la soirée des diplômes. Genre… vite fait, juste pour voir un truc ? Rien de plus.

Les yeux de Kirishima s'agrandirent, et Bakugo, lui, eut envie de disparaître entre les plis du canapé. Il attendit une réponse. Attendit encore, et osa se rapprocher de quelques centimètres.

Son mouvement réussit à faire réagir Kirishima qui attrapa doucement ses poignets. Ses joues étaient trop colorées pour n'accuser que l'alcool, mais Bakugo sentait assez ses oreilles bouillir pour savoir qu'il n'était pas mieux.

- C'est ça, ta question ? Chuchota presque Kirishima.

- Ouais.

Kirishima lâcha ses poignets, et il laissa le blond poser les mains sur ses épaules. Bakugo fit de son mieux pour garder le peu de contenance qu'il lui restait. Il s'approcha encore, jusqu'à ce que leurs nez se touchent presque.

Toujours silencieux, Kirishima se contentait d'observer ses mouvements, et dès que leurs regards se croisaient, Bakugo avait l'impression de mourir un peu plus de chaud.

Avec bien plus de douceur que durant la soirée, Bakugo jeta au loin ses derniers doutes et embrassa Kirishima. Plus sur la joue que sur les lèvres, il n'y resta pas plus qu'une seconde, mais il l'avait fait. Et aucune sensation suspecte ne s'installa au coin de son estomac.

Un large sourire aux lèvres, Bakugo se sentit victorieux.

Il avait raison.

Embrasser quelqu'un, ce n'était pas si sensationnel. La première fois passée, ce n'était qu'un geste banal. Son esprit allait comprendre que ce n'était rien de plus, et allait enfin lui foutre la paix. C'était aussi simple que ça.

Emballé par cette soudaine certitude, Bakugo décida d'aller jusqu'au bout.

Il recommença, mais cette fois-ci s'appliqua à poser ses lèvres contre celles de Kirishima. Sûr de lui, il s'autorisa à prolonger le contact. Sauf que Kirishima décida de bouger. Il suffit d'un mouvement de bouche, d'un souffle un peu trop fort contre sa peau, des doigts qui se posèrent sans prévenir sur ses joues, et Bakugo se retrouva bien bête.

Il se recula brusquement, trébucha en se levant du canapé, trop perdu pour prendre la peine de poser les yeux sur Kirishima. Il n'avait absolument rien réussi. Tout avait foiré. C'était même pire que la dernière fois.

Bakugo cacha ses mains moites dans ses poches, sentant encore le frisson qui avait dégringolé le long de son dos quand Kirishima avait posé ses doigts sur son visage. Dans son estomac, les sensations étranges étaient de retour, encore plus fortes, prêtes à déborder. Tout était tout à coup devenu trop clair. Il ne voulait pas remarquer la respiration de Kirishima, son odeur ou le goût de sa bouche, ce n'était pas le but. Rien de tout ça n'était le but de ce baiser.

- Bakugo ?

La voix de Kirishima attrapa son attention, et le blond cessa ses allers-retours dans le petit salon.

- Ça t'as fait quoi de m'embrasser ?

Bakugo posa sa question un peu trop brusquement. Il était perdu, il avait absolument besoin de réponses. Et il ne pouvait pas croire qu'il était le seul dans cet état. Pourquoi Kirishima était encore si calme, assis sur le canapé comme si ce n'était rien ? Pourquoi était-il le seul à paniquer comme un idiot ?

- Hein ? Moi- je-, rien, je sais pas, on avait bu-, j'en sais rien.

- Et maintenant ?! L'urgea Bakugo.

- Maintenant ? Je-, c'est-

Kirishima fut incapable de lui donner une réponse claire, le faisant un peu plus bouillir. L'autre garçon remarqua son air irrité, et sans oser bouger, demanda :

- Pourquoi tu t'énerves ? Ça te fait quoi, toi, de m'embrasser ?

- Je sais pas. C'est pas logique. Ça aurait dû rien faire !

Bakugo cria, il ne visait personne en particulier, il voulait simplement se débarrasser de cette frustration de ne pas être plus avancé. Alors il fut surpris d'entendre Kirishima parler tout aussi fort que lui.

- Ça te dégoûte ?

- Hein ?

- Pourquoi tu réagis comme si c'était pas normal !

Immobiles au milieu du salon, les deux garçons étaient à présent debouts, et se toisaient du regard. Bakugo ne pensait pas entendre un début de sanglots dans les mots de Kirishima. Il savait les prévoir depuis le temps.

- T'es con ou quoi, on s'en fout ça ! Le problème c'est que ça me donne envie de recommencer !

Il fallut quelques secondes à Bakugo pour assimiler ce qu'il venait d'hurler à Kirishima.

Encore ils se fixèrent silencieusement, mais de nouvelles marquent rouges vinrent colorer leurs visages. Bakugo voulait disparaître, maintenant, oublier toute cette soirée, et celle à cause de quoi il se retrouvait comme un abruti devant Kirishima.

Pour ne rien arranger, son estomac fit encore des siennes, sans même qu'il n'ai besoin d'embrasser ou de s'approcher de l'autre garçon.

- Bakugo -

- T'as rien entendu.

- Si. Carrément. T'as envie de-

- Non.

Encore, Kirishima avait ce début de sourire. Il allait se moquer, Bakugo le sentait, et il le savait, à quel point il était ridicule.

- T'as rien entendu, oublie. Y a pas a vouloir embrasser un pote à cause d'une soirée, c'est complètement con. J'veux juste m'en débarrasser, ça devait pas se passer comme ça, c'était-

- Et si moi aussi j'ai envie ?

Le silence revint. Bien plus pesant que les fois précédentes.

- Hein ?

La lèvre tremblante, il fallut plusieurs essais à Kirishima avant de réussir à parler. Bakugo remarqua enfin ses mains agrippées aux fils de son sweat, sa voix basse et le pied qui ne cessait de taper contre le sol. Il était dans un état aussi pitoyable que lui.

- Il se pourrait que je t'aime beaucoup ? Vraiment beaucoup.

Kirishima parla d'une voix à peine compréhensible, les yeux rivés sur ses chaussons. D'un geste nerveux, il passa une main contre sa nuque.

- C'est pas vrai, répliqua presque immédiatement Bakugo.

C'est la première réponse qui lui vint en tête. L'air gêné de Kirishima disparut lorsqu'il releva le visage vers lui, visiblement outré.

- Quoi ? Pourquoi je mentirais !

- T'es trop calme, t'as jamais aucune réaction. Même après c'te soirée t'as pas changé !

- Pourquoi j'aurais changé ? Tu voulais que je te dise quoi ? Je t'aimais déjà beaucoup et avec ce pari stupide maintenant j'en suis certain ? Tu serais jamais revenu me voir !

- … J'en sais rien, finit par presque souffler Bakugo après quelques secondes.

C'était vrai. Il n'en savait rien. Depuis ce pari il n'était plus sûr de rien concernant Kirishima.

- J'sais pas, il répéta encore, pas plus avancé. Ça m'a jamais fait ça avant. J'sais pas comment réagir putain.

Il était persuadé d'être le seul chamboulé par cette soirée, que ce n'était qu'un effet passager, et maintenant Kirishima lui prouvait le contraire. Il venait même de lui faire une confession.

- Eh, Bakugo.

Bakugo se focalisa brusquement sur Kirishima en l'entendant de si près. Il avait contourné la petite table et s'était approché sans bruit, lui d'habitude si maladroit. Ou c'était de sa faute à être encore trop perdu dans ses pensées.

- T'as pas répondu à ma question, il continua d'une voix calme.

- Quelle question ?

- C'est toujours un problème si moi aussi, j'ai envie de t'embrasser ?

Bakugo avala difficilement sa salive. Kirishima ne le lâchait plus des yeux. Les poings serrés, le blond se retint de cacher son visage derrière ses mains ou n'importe quoi capable d'empêcher l'autre garçon de plus le fixer. Il sentait son sang bouillir, son coeur s'affoler, sa respiration se coincer dans sa gorge à cause d'une simple question.

Bakugo n'était pas habitué à ce fouillis de sensations, il ne savait pas quoi en penser, et encore moins quoi en faire. L'idée de laisser Kirishima s'approcher lui fit presque peur un instant, ces choses allaient probablement le submerger s'il le touchait. Et pire, s'il décidait de l'embrasser. Pourtant, ce n'est pas un refus qu'il finit par murmurer.

- Probablement pas.

Un sourire soulagé étira les lèvres de Kirishima. Ils se fixèrent quelques secondes, et sans vraiment savoir qui bougea en premier, s'embrassèrent enfin.

Les mains posées contre ses joues, Bakugo fut incapable de réfléchir à autre chose que Kirishima. Il n'avait plus à se trouver une raison logique à tout ça, il n'avait plus à se tuer la tête à essayer de comprendre. Maintenant, il ne lui restait plus que la curiosité.

Kirishima posa à son tour ses mains sur lui, une dans son cou, l'autre le long de son poignet, et Bakugo laissa son corps en frissonner. Il crevait de chaud, mais ce n'était plus qu'un détail. Le semblant de baiser qu'il avait tenté en début de soirée n'avait rien à voir avec celui-là. Bakugo se surprit à chercher les lèvres de Kirishima lorsqu'il s'éloigna pour respirer.

Kirishima n'attendit pas, et revint l'embrasser, encore et encore. Bakugo pouvait deviner son sourire contre ses propres lèvres, mais il n'avait pas le temps de le traiter d'idiot. Plus il osait approfondir le contact, et moins il voulait s'éloigner. Kirishima avait fini par passer son bras autour de son cou et semblait avoir la même idée en tête.

C'est le rebord de la table basse qui obligea Bakugo à se reconcentrer un minimum sur les alentours. Kirishima l'avait fait reculer bien plus qu'il ne l'aurait cru, et avec son poids contre lui, il perdit bêtement l'équilibre. Il ne réussit qu'à éviter la table pour tomber à moitié sur le canapé.

- Putain, Ki-

La chute dérangea à peine Kirishima qui empêcha Bakugo de plus pester. Il se contenta d'éclater de rire lorsqu'ils reprirent chacun leur souffle, le visage complètement écarlate. Bakugo n'eut pas l'envie de reculer, et puisque Kirishima ne tenta pas de s'asseoir correctement à côté de lui, ils restèrent collés ensemble, front contre front.

- Pourquoi tu te marres ? grommela le blond. C'est de ta faute si on s'est cassé la gueule.

- Ça me donne des papillons dans le ventre, répondit plutôt Kirishima après avoir secoué la tête.

Alors c'était comme ça qu'il appelait cette drôle de sensation. Bakugo se passa de commenter d'un "c'est con comme nom" devant un autre éternel sourire de Kirishima. Ils n'étaient pas tant dérangeant, c'était même agréable de les sentir danser quand Kirishima l'embrassait.

Ce qu'il ne tarda pas à recommencer.

Finalement cette proximité, ce n'était pas si repoussant, Bakugo pouvait s'y faire, de temps en temps. Échanger sa salive, sentir un autre souffle contre le sien, c'était bien moins rebutant que dans son esprit. Il était persuadé d'avoir le goût de Kirishima sur la langue, et il se demanda si c'était la même chose pour lui.

- Attends, il dit brusquement.

D'une main ferme, il recula la tête, juste assez pour ne pas que Kirishima tente de l'embrasser tout de suite. Dans une soudaine panique, Bakugo se força à être le plus clair possible, se sentant idiot de ne s'en préoccuper que maintenant.

- Attends, c'que tu m'as dit-, j'en sais rien, je-, t'es important, mais je sais pas si je peux-, si moi aussi-

- Eh, tout va bien, rigola Kirishima, son souffle cogna contre la joue de Bakugo qui fit de son mieux pour ne pas perdre sa maigre concentration. Je suis soulagé d'avoir pu te le dire, j'avais l'impression de te cacher un truc. Mais t'es pas obligé de me répondre maintenant. Je peux attendre.

- Tu risques de regretter si tu m'attends trop.

Bakugo avait parlé d'un ton railleur, il voulait retrouver un peu de son assurance, mais au fond, il était à moitié sérieux. Il ne s'était jamais senti aussi perdu et dépassé, par lui-même, par Kirishima. Il n'était pas du genre à être influencé par n'importe qui, alors être si vulnérable devant quelqu'un d'autre, c'était nouveau, et aussi un peu effrayant.

Bakugo s'était toujours pensé loin de ce genre de sentiments. L'amour, l'affection, l'attirance, ça ne lui disait rien. Il avait fini par se persuader que ce n'était pas pour lui, qu'il pouvait s'en passer. C'était futile pour sa future vie de héros. Mais peut-être qu'il n'y était pas si insensible.

Ah, encore il s'était perdu dans ses pensées. C'est le souffle de Kirishima, près de son oreille, qui lui rappela que ce n'était pas le moment d'y réfléchir.

- Jamais quand ça te concerne, lui murmura Kirishima, gentiment.

Il ponctua ses mots d'un baiser dans son cou, puis d'un second, au coin de sa mâchoire. Bakugo pouvait clairement sentir son sourire contre sa peau, tout autant que son cœur s'affoler idiotement. Il ne répondit rien, et préféra obliger Kirishima à lui faire face pour l'embrasser et l'empêcher de plus se moquer de lui.

Oui, il avait le temps. Si Kirishima attendait, il pouvait bien y penser plus tard. Pour le moment il préférait se concentrer sur la bouche contre la sienne et les mains qui ruinaient ses cheveux.

Et ces foutus papillons, ce n'était peut-être pas une si mauvaise chose de les laisser s'affoler.