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Schwanhelt criait maintenant. Obnubilée par sa casquette de capitaine, tu ne l’écoutais pas. Bon dieu! Qu’il était beau quand il la portait. On dirait qu’il faisait exprès de la mettre quand il savait que tu venais lui quémander une faveur. Comme si ça lui donnait plus d’autorité. Pff, ça avait l’effet contraire, tu le dévorais encore plus des yeux et tu n’écoutais pas son discours de monsieur-le-capitaine-de-train. Ah, oui, il criait encore. Il disait quoi, donc?
- Non, et encore non! On ne peut pas embarquer Nietzsche sur le Big One!
- Mais!! Pour une fois que j’ai ma permission du commandant Zero et que je peux retourner à la maison. Je veux passer les vacances avec Nitchou…
- On peut le mettre en soute.
- En soute!! Pendant deux jours!! Jamais!
- Je n’y peux rien, c’est le règlement de la société des trains galactiques. Ce n’est pas permis.
Tu lui fis une moue boudeuse.
- Depuis quand les règlements sont si inviolables? Et s’envoyer en l’air dans la salle des machines, ça c’est permis??
Schwanhelt rougit et ajusta sa casquette sur ses yeux.
- …il n’y a rien qui l’interdit dans le règlement.
Tu te demandas s’il avait vérifié le règlement pour ça. En fait, non, tu savais qu’il avait vérifié. La question était plutôt, l’avait-il vérifié avant ou après que la… situation se soit produite? Tu eus envie de sourire, mais ton esprit revint au point important de la discussion : Nietzsche. Schwanhelt se râcla la gorge pour reprendre contenance et reprit la parole.
- Tu n’as qu’à demander à ton commandant de te l’apporter.
- Ce n’est pas sur son chemin du tout.
- Bah, il trouvera bien un taxi quelconque pour faire la livraison…
Tu réfléchis. Oui, Zero pourrait s’assurer que Nietzsche arrive à bon port, et tu pouvais supporter son absence pendant un ou deux jours. Et puis… c’est vrai qu’un gros chien sur un train, c’était un peu encombrant. Tu poussas un soupir de résignation.
- Bon, d’accord, je vais l’appeler.
Tu sortis de la salle de commandement avec un dernier regard vers Schwanhelt. Bon, peut-être que la casquette de capitaine avait fait son effet d’autorité après tout.
Lorsque tu revins, on t’indiqua que Schwanhelt était reparti dans ses quartiers. Tiens, c’était étrange? D’habitude il restait à la salle de commandement jusque tard. Quelle urgence avait bien pu le rappeler à sa chambre? Une petite investigation s’imposait. Et puis les visites dans la chambre du capitaine n’étaient jamais… ennuyantes.
Arrivée devant sa porte, tu hésitas. Cogner, ou ne pas cogner? Le surprendre ou s’annoncer? Tu souris intérieurement. La question ne se posait pas. D’un mouvement discret, tu ouvris la porte de sa chambre sans bruit. Il était là, de dos, assis en tailleur sur le plancher, penché sur quelque chose. Il n’avait plus sa casquette. Parfait, tu ne serais pas déconcentrée pour le mettre en faute.
- Schwanhelt!!
Il sursauta. Il tourna la tête rapidement, te regarda avec de gros yeux ronds, puis tenta tant bien que mal de cacher ce qu’il tenait à ses pieds.
- Mais! On t’a jamais appris à frapper!?
- Mais qu’est-ce que tu fabriques?
- …rien.
C’était le « rien » le plus coupable que tu aies entendu. Venant de Schwanhelt, monsieur-je-suis-le-règlement, tu savais qu’il ne pouvait pas te mentir bien longtemps. Déjà le rouge lui montait aux joues, embarrassé par son mensonge. Tu t’approchas et il tenta de cacher son secret, sans succès. Dans le creux de ses jambes, il tenait… un chat.
Un chat!!
- Alors voilà la véritable raison de ton obstination à refuser d’embarquer Nietzsche! Tu protèges un chat errant!
Un adorable chat. Tout noir, les yeux jaune-vert, qui ronronnait doucement sous les caresses douces des grandes mains du capitaine. Il le prit dans ses bras, se leva, et te regarda avec – oui – des yeux de chaton.
- …on peut le garder?
Argl. Le combo Schwanhelt-chaton était irrésistible. Impossible de dire non. Et puis, cette petite boule de poil – le chat – était absolument adorable. Tu approchas ta main du museau félin et instinctivement l’animal se frotta la tête contre ta main, à la recherche de caresses. Irrésistible. Tu soupiras.
- Mais oui, on peut le garder.
Le visage de Schwanhelt s’illumina et tu en profitas pour déposer un baiser sur sa joue. Ce n’est pas qu’il ne voulait pas de Nietzsche, mais c’est vrai que ton monstre n’aurait fait qu’une bouchée du chat. Tu pouvais bien accueillir une bestiole de plus dans ta ménagerie, d’autant plus que tu savais maintenant Nietzsche en de bonnes mains jusqu’à la maison.
- Tu as réussi à parler à Zero?
- Oui, il va me faire livrer Nietzsche.
- Ah bon! Il a trouvé un imbécile pour jouer au taxi de gros chien?
- Oui. L’Arcadia.
