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De sang froid

Summary:

Hyoga est porté disparu après une dernière lettre alarmante : sa mission d'infiltration laisse présager que le royaume d'Asgard va déclarer la guerre au Sanctuaire ! Inquiets, ses amis partent désespérément à sa recherche dans cette contrée désolée. Cependant, rien ne les préparait à ce qu'ils allaient découvrir.

Notes:

Bonjour ! Voici une fanfiction en sept chapitres basée sur le deuxième film, "L'ardente bataille des dieux". Vous y retrouverez un OC, Nathalie du Dauphin, que vous pouvez apprendre à connaitre dans les histoires "Relève Imprévue", "Descente" ou encore à travers ma série "Quelques étoiles de plus". Cette histoire écrite à l'hiver 2021 est en dehors de la ligne temporelle que j'y instaure mais... j'avais envie de m'amuser haha ! J'espère que cette guerre supplémentaire vous plaira, bonne lecture !

Chapter Text

Nathalie souffla sur ses doigts gelées en retenant une imprécation. Le nuage de buée opaline qui s'éleva de ses lèvres gercées occulta un instant sa vision avant d'être délité par une rafale. Elle se renfrogna, promenant ses yeux à la ronde : avec ou sans brume, elle ne voyait pas de différence.

A perte de vue, une couche immaculée recouvrait le paysage d'une chape de ouate. Malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à distinguer les reliefs, noyés dans cette uniformité qui gommait les aspérités et effaçait les repères. Le ciel, d'un gris morne et uniforme, semblait le prolongement infini de cette terre vierge de toute couleur. Il diffusait une clarté pâle, qui aveuglait sans réellement briller, éclairage sans saveur d'une chambre d'hôpital. A ses pieds, pas d'étincelle de lumière, d'éclat de paillette ni d'arc en ciel irisé ; la blancheur du sol semblait mate et hostile. Ses pas s'enfonçaient jusqu'au mollet dans une poudreuse épaisse qui crissait lorsque son talon perçait sa surface gelée par la bise. Aucun sentier ne parcourait la plaine, et ses empreintes étaient la seule trace de vie sur plusieurs kilomètres.

Malgré sa solitude extrême, un violent vacarme perçait ses tympans. Les rafales de vent hurlaient au creux de son oreille, fouettant sa face d'une grêle de cristaux gelés. Ses longues plaintes passaient comme un frisson sur la terre gelée, habitant de leur plainte lugubre ce lieu pourtant désert. Une bourrasque plus violente que les autres fit chanceler la jeune fille, et elle resserra la cape fourrée qu'elle avait jetée sur ses épaules. La résistance qu'elle affrontait à chaque pas, action combinée du vent et de la neige, la ralentissait considérablement. Elle pesta contre elle-même : elle n'aurait jamais dû s'éloigner aussi loin dans les terres.

Le matin même, elle était partie aux aurores à la recherche de Hyoga. Il était porté disparu depuis plusieurs jours en Asgard après une dernière lettre alarmante : sa mission d'infiltration laissait présager une offensive de ce royaume. Athéna s'était empressée d'accourir, mais sa visite diplomatique ne leur avait apporté aucune information, tant sur les réelles intentions du grand prêtre d'Odin que sur la localisation de leur ami. Laissant Shun seul protéger Saori, Seiya, Shiryu et elle s'étaient dispersés pour retrouver leur camarade.

Depuis qu'elle avait lu la missive du Cygne, Nathalie avait senti grandir un sourd pressentiment en elle, métamorphosé en véritable angoisse au fur et à mesure que leurs recherches restaient infructueuses. Ce sentiment était parvenu à occulter la rancœur qu'elle lui portait depuis leur dernière dispute, balayant comme un fétu de paille sa colère pour se concentrer sur l'urgence à le sauver. Ce n'était pas leur premier différent, bien sûr, mais celui-ci avait pris des proportions dantesques. Malgré toutes ses précautions, il avait extrêmement mal réagi lorsqu'elle lui avait annoncé son désir de mettre fin à leurs relations charnelles pour revenir à l'amitié platonique qu'ils entretenaient depuis de longues années. Après tout, c'était une expérience pour s'amuser, pas vrai ? Elle pensait qu'il comprendrait, elle s'était visiblement trompée. Il était parti sans un regard en arrière.

Même si sa fierté lui interdisait de l'avouer, depuis son départ elle se sentait comme amputée d'une partie de son être. Cette impression, déjà douloureuse, avait gagné en acuité lorsque la disparition de Hyoga l'avait soudainement menacée de devenir définitive. C'était inenvisageable. Sa confiance inébranlable dans les capacités de son ami s'était fissurée, et elle avait amèrement regretté qu'il ne lui ait pas demandé de l'accompagner. L'aurait-il fait, si elle avait repoussé la discussion fatidique de quelques semaines ? Bien qu'il soit habitué aux conditions extrêmes du grand Nord, s'il avait été abandonné à son sort dans cet univers hostile le Cygne n'avait aucune chance de survie sans elle. Elle aurait pu veiller sur lui. Cet acte manqué renforçait son chagrin de s'être quittés en si mauvais termes, et ce regret dévorant l'avait précipitée aveuglément sur les routes, oubliant toute prudence pour se jeter à corps perdu dans cette recherche.

Voilà pourquoi elle était si loin lorsqu'elle avait senti le cosmos d'Athéna disparaitre subitement. Elle avait immédiatement rebroussé chemin, mais le mal était fait ; il lui faudrait plusieurs heures pour rejoindre le château d'Asgard où elle avait ressenti sa cosmoénergie pour la dernière fois.

Presque aussitôt, une pensée l'avait frappée, si fort qu'elle avait chancelée sous l'impact. Où était Shun ? Malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à détecter sa présence. Avait-il été vaincu pour que Saori se soit retrouvée sans défense ? Etait-il seulement vivant ? Chaque question augmentait d'un cran l'anxiété qui broyait sa gorge. Elle ne pouvait pas le perdre, pas lui, pas après avoir perdu Hyoga. Bien qu'elle ne doutât pas des compétences d'Andromède, c'était un risque inconsidéré de laisser un seul Chevalier comme escorte pour leur déesse ; peut-être avait-il payé leur erreur de sa vie. Cependant, malgré ce besoin qui tordait ses entrailles, elle ne pouvait aller lui porter secours, comme elle avait abandonné l'idée de retrouver le Cygne : seule Athéna comptait.

C'était de ce mantra qu'elle tirait la force de chacun de ses pas, un pied après l'autre, malgré sa sensation de piétiner dans une page vierge. Pourtant, une masse sombre émergeait peu à peu sur sa droite, cachée jusqu'alors par un repli de terrain. Elle obliqua sa trajectoire en reconnaissant la forêt de conifères qu'elle avait croisée à l'aller : avec un peu de chance, il serait plus facile d'y progresser. En effet, dès qu'elle traversa la lisière le vent tomba, arrêté dans sa course folle par les troncs résineux. Elle leva le nez, intimidée par les branches lourdes de neige qui ployaient au-dessus de sa tête. Après le vacarme assourdissant de la plaine, Nathalie secoua la tête, sonnée, tentant de chasser l'acouphène aigu qui avait remplacé le hurlement des bourrasques. Cette dernière stimulation de ses sens brusquement arrachée, elle avait l'étrange sensation d'être anesthésiée, enfermée dans le cocon de ouate de la poudreuse, coupée du monde.

La soudaine explosion de cosmos, à quelques centaines de mètres, la fouetta avec d'autant plus de violence.

Brutalement tirée de sa torpeur, électrisée par l'adrénaline, Nathalie s'orienta rapidement tandis que son cerveau tournait à toute allure. Elle n'avait pas reconnu la cosmo-énergie –un Guerrier Divin ? – mais il ne faisait aucun doute qu'un combat se tenait non loin. A présent, un bruit étouffé de lutte lui parvenait, ainsi que les craquements terribles des sapins malmenés. Elle avança prudemment, et parvint rapidement à une trouée titanesque dans l'épaisseur du bois. Il ne faisait aucun doute qu'une série d'attaques avait couché les troncs et les arbustes. Elle guettait, inquiète de ne pas sentir la présence du deuxième combattant. Son hésitation s'éternisait : pouvait-elle perdre du temps pour vérifier de quoi il retournait, au risque d'être ralentie par un affrontement ? Néanmoins, s'il était occupé à combattre, elle aurait le temps de prendre de l'avance pour semer un éventuel adversaire. Elle soupesait cette éventualité lorsqu'un éclat de lumière à la périphérie de son regard attira son attention ; son pouls s'emballa quand elle reconnut un éclat du bouclier du Dragon.

Comme un écho à sa découverte, un cri guttural déchira l'air sur sa gauche et balaya ses doutes : c'était bien la voix de Shiryu !

Frémissante de la douleur qu'elle avait perçue dans ce hurlement, Nathalie s'élança, serrant les dents pour surmonter l'ankylose qui la ralentissait. Droit devant, elle sentit enfin la cosmoénergie de son ami s'enflammer, et cette claque brûlante lui procura la force d'accélérer sa course. Ses muscles tétanisés de froid avaient retrouvé toute leur souplesse quand elle creva la lisière de la forêt, juste à temps pour assister à la chute de son camarade et de l'homme qu'il avait entraîné au bas d'un pic rocheux. Une grande gerbe d'eau glacée les accueillit lorsqu'ils percutèrent la pellicule gelée du lac en contrebas.

S'arrêtant au bord du précipice, Nathalie chercha anxieusement des yeux la silhouette familière de son compagnon d'arme, et soupira de soulagement en le voyant remonter difficilement à la surface. Son regard vola jusqu'à l'autre personne qui se hissait sur la glace avant de se figer d'incrédulité.

Le jeune homme se redressait lentement en massant son flanc. Son armure reluisait, humide, mais rapidement cette eau se gela en délicates arabesques sur le métal écarlate. Sa peau pâle, criblée par le blizzard, étaient percés de deux yeux cobalt, clignant parfois pour chasser les gouttes qui perlaient de ses cheveux blonds dégoulinants.

Hyoga. Vivant.

Un intense sentiment de joie déferla sur la jeune fille, terminant de réchauffer ses membres endoloris à grands coups dans sa poitrine. Son premier mouvement fut de sauter à bas de l'à-pic et de se précipiter vers lui, mais un instinct sourd la retint à l'ultime seconde. Habituée depuis l'enfance à se fier à son sixième sens, Nathalie musela à grand peine son appel enthousiaste et se contraignit à observer.

Brusquement une foule de détails lui sauta aux yeux. Il n'y avait aucune trace de l'adversaire dont elle avait senti la cosmoénergie, pourtant le piteux état de Shiryu prouvait qu'il menait un combat acharné. Elle plissa les yeux, et découvrit avec horreur que son bras droit avait été gelé jusqu'à l'os. D'autre part, Hyoga ne portait pas l'Armure du Cygne, mais celle d'un Guerrier Divin masqué qu'elle avait remarqué la veille.

Nathalie refusa de faire le lien. Son déni dura une poignée de seconde, mais le doute ne fut plus permis lorsque Hyoga réarma une nouvelle attaque.

Alors, toute sa félicité de retrouver son meilleur ami se mua en une colère dévorante, qui chassa comme un fétu de paille la fatigue qui nouait ses muscles.

— Hyoga !

Elle avait hurlé. Sans tiquer sur la stupeur qui se peignait sur les traits du russe, elle sauta et atterrit souplement près de Shiryu qui peinait à s'extirper de l'eau. Elle se garda bien de se mouiller : face à Hyoga, cela aurait été du suicide. Elle ne s'assura même pas de l'état du Dragon : l'attention focalisée sur le Cygne, elle s'était mise en garde.

— Au nom d'Athéna, qu'est-ce qui te prend ? cracha-t-elle.

Le jeune homme s'était rapidement remis de l'effet de surprise. Il avait adopté une posture désinvolte qui cachait mal la défense qu'elle était réellement.

— Nathalie, moi aussi cela me fait plaisir de te voir, lança-t-il effrontément. J'ai entendu dire que tu me cherchais.

L'idée qu'il se gaussait depuis plusieurs jours de sa cavalcade désespérée alimenta le brasier qui tordait ses entrailles. Elle serra les poings jusqu'à blanchir les jointures, se contenant à grand peine.

— Je regrette de t'avoir trouvé et je ne répéterai pas ma question.

Hyoga durcit son regard de glace, plus cuisant qu'une flèche de feu.

— Je règle mes comptes, Nathalie. Athéna se sert de nous pour assouvir sa soif de pouvoir. Tout ce qui l'intéresse, c'est de garder le contrôle du Sanctuaire, et elle n'a pas hésité à me sacrifier en avant-garde pour ça.

Si elle avait pu se le permettre, le Dauphin aurait vacillé sous le choc.

— C'est faux ! Dès que tu as disparu, elle est venue te chercher, on est tous venu te chercher !

Un ricanement sinistre lui répondit.

— Ne fais pas comme si tu tenais à moi.

Cette fois-ci, Nathalie pâlit. Un léger soubresaut agita sa paupière, qu'elle contrôla avec peine.

— Toi aussi, tu t'es servie de moi, du début à la fin. J'ai fini par comprendre que je ne peux faire confiance à aucun d'entre vous.

Ce retour en force de la méfiance naturelle du russe, si longue à apprivoiser, était comme un trait de feu qui lui crevait le cœur et réveillait en elle la rancœur de leur dernière dispute. Inconscient de la plaie dangereuse qu'il venait de rouvrir, Hyoga haussa négligemment les épaules.

— Le grand prêtre d'Odin m'a offert la possibilité de me venger, et j'ai accepté l'armure de Midgard. Athéna doit déjà être morte !

Entendre cette sentence de trahison de la bouche même de son ami, de surcroît avec un tel flegme, mit le feu aux poudres.

Sans préavis, Nathalie bondit. Ses muscles contractés à l'extrême se détendirent avec la vitesse d'un coup de fouet, et en une fraction de seconde elle fut sur le renégat. Pris de court par ce déferlement de violence, Hyoga para à grand peine. Bloqués l'un contre l'autre, ils se défiaient d'un regard haineux tout en entrechoquant leurs forces brutes. Le jeune garçon n'avait aucun doute quant au vainqueur de ce bras de fer pour s'être de multiple fois prêté à ce jeu avec son ancienne amie. Cependant, au fur et à mesure que s'égrenaient les secondes, il s'étonnait de ne pas la sentir plier, plantée sur ses appuis comme un mât de misaine.

— Camus aurait honte de toi, grogna-t-elle entre ses dents serrés.

Elle s'attendait à ce qu'il flanche, il répondit par un éclat de rire. Chaque gloussement s'enfonçait comme un clou de feu dans le cœur gonflé de colère de Nathalie, et elle y puisa les ressources pour renverser la garde de son adversaire. Elle sentit avec un plaisir malsain son poing s'enfoncer dans son flanc, caressant au passage les côtes flottantes et chassant l'air de ses poumons. Alors qu'il se courbait en deux, elle passa sa main derrière son cou et remonta violemment son genou, heurtant son front avec un bruit mat. Au même instant, une onde de douleur pulsa dans sa poitrine alors que Hyoga frappait son sternum du talon de sa main. Projetée en arrière, elle réajusta son équilibre en catastrophe pour retomber sur ses pieds. Après une seconde de battement consacrée à reprendre douloureusement leur souffle, l'un comme l'autre se replacèrent difficilement en garde.

— Nathalie, je vais le retenir. Il faut que tu ailles sauver Athéna !

La voix de Shiryu s'était élevée derrière elle. Un ricanement mesquin lui répondit.

— Vu ton état, je t'aurais achevé avant qu'elle n'ait parcouru cent mètres, jeta Hyoga avec mépris.

Le Dauphin, brutalement ramené à la réalité par l'intervention du Dragon, soupesa la situation. Au-delà de son premier mouvement aveuglé par la rage, elle devait décider d'une ligne de conduite. Elle avait interrompu un combat qui n'était pas le sien, mais malgré sa condescendance le renégat voyait juste : Shiryu était hors-jeu. Selon les codes de leur Ordre, elle pouvait reprendre le flambeau contre le même adversaire. En cas de défaite, Midgard serait dans son droit de les exécuter tous les deux. Par ailleurs, il était clair que Hyoga n'avait pas l'intention de la laisser partir et ferait tout pour l'empêcher de rejoindre le château. Un duel était inévitable si elle voulait poursuivre sa route.

Un sourire mauvais étira ses lèvres : elle brûlait de renfoncer ses sarcasmes en travers de la gorge du russe. Autant allier l'utile à l'agréable.