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Il ne restera que ton corps dans le mien

Summary:

Il paierait sa dette, un jour ou l’autre, il en était conscient. Les crises, le sang et même la mort ne l’effrayaient pas tant que cela. Si Sebastian souhaitait dévorer son âme, son corps, Ciel savait qu’il lui donnerait un jour de son plein grès. Mais encore un petit peu…rester juste un petit peu…Défier la mort lui plaisait. Ils s’étaient côtoyés si souvent tous les deux qu’elle ne lui paraissait pas si étrangère que cela.
Sa rencontre avec elle se ferait bientôt, et Sebastian cesserait de lui lancer ce regard narquois de prédateur.

Work Text:

Ses longs doigts blancs s’attardèrent longuement sur le long ruban violet qui lui enserrait le cou, contrastant énormément avec la pâleur quasi-vampirique de sa peau et il lança finalement un regard inexpressif à son propre reflet. Toutes ses dentelles et ses tenues sombres, ses manteaux exagérément longs et ses chapeaux trop raffinés ne pouvaient aller qu’à lui. Lui et son air de vieux adolescent. Lui et ses pupilles mauves si profondes dans lesquelles ne se reflétaient aucune lumière et qui semblaient absorber la nuit…

Mature était le mot qui le qualifiait étant enfant. Maintenant il n’était juste qu’un jeune homme de 21 ans ; froid et cassant. Un caractère fort qui lui sied à ravir d’ailleurs et qui semblait plaire beaucoup aux dames. Il fallait voir aussi comment elles gloussaient de ravissement devant ses mimiques mécontentes et ses paroles brèves mais toujours intelligentes et remplies d’une autorité innée. 

Le temps n’avait pas encore usé son visage de poupée, même si son âge restait visible…avec des traits un peu plus allongés, affinés si possible mais rien de flagrant. Un visage légèrement androgyne, peut-être, mais malgré toute cette grâce et cette souplesse ; sa façon de marcher de petit Prince ne donnait aucun doute quant à sa masculinité. Ciel Phantomhive était comme ça, toujours fidèle à lui même et toujours ce regard dur, résigné, lorsqu’il se lançait dans une affaire impossible. 

Des enquêtes glauques à souhait qu’il résolvait en un tour de main. 
Tout ça semblait si banal en fait ; la mort des gens et la suite logique des choses : l’exécution du coupable. Comme pour oublier cette affaire d’incendie qui avait détruit sa famille. 
Cela faisait déjà maintenant des années que le garçon s’était vengé. Des années de vide et d’errance à se demander quand Sebastian lui ferait payer sa dette. Une éternité vide et froide. Il avait toujours en lui cette tristesse qui restait bloquée dans sa gorge et qui ne parvenait pas à sortir…Même la vengeance ne lui avait pas enlevé cela, semble-t-il. Car c’était bel et bien ces sentiments de haine et de tristesse qui avaient forcé le petit Ciel à grandir trop vite ; et l’avait rendu aussi…lui-même.

« Etes-vous prêt, jeune maître ? »

Une voix sortit de nul part. Ciel ne se retourna même pas, ne regardant même pas une seconde le reflet de son domestique, posté à l’encadrement de la porte de sa chambre. 

« Sebastian… »

Lui aussi n’avait en aucun cas changé. Les démons ne changent pas, apparemment…et personne ne semblait se poser des questions par rapport à son visage de 25 ans qui avait presque une décennie. 

Un sourire énigmatique était collé sur ses lèvres alors qu’il dévorait de ses yeux brillants le dos de Ciel.

Le démon avait beau savoir qu’aujourd’hui était un jour spécial pour Ciel, un jour spécial pour les « humains » et que cette idée n’aurait pas dû lui plaire, il n’en avait cure. Il savait que l’âme de Ciel était à lui et peut lui importer le reste. Ce garçon était à lui, qu’il le veuille ou non…Il était lié par « le pacte » et rien n’y changerait.

Il se rapprocha un peu plus. Ses mains s’approchèrent lentement du corps de Ciel, enserrant ses épaules de ses bras, se penchant un peu plus vers sa nuque. Il pouvait sentir le cœur de son protégé battre légèrement plus lentement… Sebastian se dit qu’à cet instant, il aurait pu enfouir sa tête dans son cou et croquer sa peau pâle jusqu’à ce que le sang  jaillisse dans sa bouche sans que le petit aristocrate n’est pu répliquer. Goûter le sang de son maître. Malsain et excitant à souhait. Il se demanderait si Ciel serait surpris et s’il hurlerait s’il faisait cela… Cette pensée le séduit mais il savait parfaitement contenir ses pulsions et se contenta de renouer un ruban qui était défait sur le vêtement.

« Votre fiancée vous attend en bas.
Je lui aurais bien proposer de monter, mais j’ignorais si vous étiez lever… » 

Sebastian dit tout cela avec un air nonchalant et un petit sourire qui trahissait ses paroles. En vérité, il voulait faire comprendre au jeune homme qu’il n’avait aucune envie de voir Elisabeth dans les appartements de celui-ci. Pas par jalousie, un démon n’était pas jaloux, bien entendu. Par envie toute simple d’être encore un tout petit peu le seul à voir le garçon se lever le matin, à avoir ce rapport privilégier avec lui quand il l’habillait…ou peut-être encore par envie de possession ? Les trois, sans doute. Il tira une dernière fois sur le nœud du vêtement de Ciel pour le rajuster et recula.

« Vous êtes maintenant parfait, jeune maître… »

Son sourire plein de convoitise, Ciel fit semblant de l’ignorer. Mais il ne put s’empêcher de froncer les sourcils à sa remarque. Puis, aucun mot ne franchissant ses lèvres roses, il se tourna sans daigner regarder son majordome, vide cette fois de toute expression.
 
Il descendit les escaliers avec un air sûr de lui et une attitude digne plus que de raison. L’attitude si ambiguë de Sebastian à son égard n’était pas une nouveauté, mais elle le rendait nerveux, facilement irritable. Rien n’était clair alors que tout semblait limpide en même temps. Le fameux pacte qui le liait à Sebastian lui donnait toute son âme…et Ciel avait petit à petit comprit que Sebastian désirait que TOUTE son âme, y compris ses sentiments et son corps soient inclus dans le lot. 

Plus le jeune Ciel y réfléchissait, plus tout cela le prenait au dépourvu. Son majordome prenait déjà tant de place dans sa vie qu’il ne comprenait que peu pourquoi celui-ci voulait l’étouffer encore davantage en jouant avec ces nerfs. Cette relation si ambiguë avec le démon le contentait pour l’instant…mais qui sait ce qui pouvait se passer dans l’avenir, lorsque ce « lien » de prédateur/proie deviendrait si évident qu’il ne pourrait le cacher derrière des faux-semblants ?

Une douleur qui se propageait dans son œil gauche coupa court à ses réflexions, le clouant sur place et l’empêchant de franchir les dernières marches qui le séparaient du salon. Ce n’était certes pas la première fois….ni la dernière que de telles choses se produisaient. Son œil, porteur du pacte lui rappelait souvent sa dette. Cela faisait maintenant 2 ans que des « crises » aussi rapides que dévastatrices le prenaient. Elles se faisaient dans un laps de temps de plus en plus réduits et Ciel n’avait plus de doute quand a leur signification. Des larmes de sang tombèrent sur le marbre froid avec un « plop » déconcertant. Une traînée rouge vermeille lui barrait désormais la joue, marquant son visage de porcelaine. Le jeune homme se contenta de l’essuyer d’un revers de main, calme et d’une lenteur calculée ; Juste pour avoir la satisfaction de sentir le liquide entre ses doigts et de sourire, comme s’il s’en fichait, comme si l’idée même de sa propre mort approchante le faisait rire.

Il paierait sa dette, un jour ou l’autre, il en était conscient. Les crises, le sang et même la mort ne l’effrayaient pas tant que cela. Si Sebastian souhaitait dévorer son âme, son corps, Ciel savait qu’il lui donnerait un jour de son plein grès. Mais encore un petit peu…rester juste un petit peu…Défier la mort lui plaisait. Il s’était côtoyé si souvent tout les deux qu’elle ne lui paraissait pas si étrangère que cela. Sa rencontre avec elle se ferait bientôt, cependant rien ne pressait.

Lorsqu’il entra dans le salon, l’aristocrate ne fut pas surpris d’apercevoir Sebastian, offrant du thé à Elisabeth…il ne se posait plus trop de question de ce genre. Puis, un bruit de tasse qu’on lâche sur la table et un froissement de jupe se firent entendre et des boucles blondes fondirent sur le jeune homme, sans défense. Ciel remarqua le sourire moqueur et non dissimulé de son majordome alors que lui était étouffé par l’étreinte de la jeune fille.

« Tu n’as pas changé, tu es si beau !
Je n’arrive encore pas à croire que je vais me marier avec un homme aussi adorable que toi, Ciel…»

Quelle voix aiguë…et cette manière de se comporter encore comme une petite fille de 3 ans et des poussières… ! Ciel resta sceptique devant l’immaturité de sa fiancée et remarqua malgré lui que même si son mental n’avait pas changé ; ses attributs féminins n’en étaient que plus avantageux. Cette pensée eut un effet inattendu sur son visage : …il resta décidément blasé.

En effet, leur union était prévue pour le jour même. Et malgré tout, Ciel le voyait juste comme une formalité, de la paperasse en plus à signer. Ce mariage n’était juste qu’une façade, quelque chose de normal que tous les humains font et que le garçon jugeait bon de faire pour sa lignée. Ce n’était pas pour faire souffrir Elisabeth…c’était juste un petit mensonge éhonté sur ses propres sentiments et une façon détournée de prouver à Sebastian qu’il n’était pas à lui…Il savait que c’était la bonne chose à faire. Elisabeth aurait été certainement la fille qu’il aurait aimée si ses parents avaient survécu. Il essayait de penser comme cela et se contenta de ce raisonnement.

« Ciel, tu n’as pas l’air…heureux de me voir… »

La voix de la blonde semblait maintenant hésitante ; son sourire si flamboyant tout à l’heure fondit petit à petit jusqu’à afficher une mine déçue.

« Je pensais que la coutume interdisait qu’on voie la mariée avant la cérémonie. Ton arrivée m’a plus surprise que déçu… »

Sans aucun sourire. Il n’arrivait même pas à « forcer » les commissures de ses lèvres et sa voix semblait une remarque, un peu énervée…pour se justifier de ce manque d’enthousiasme apparent.

« Je crois, que le jeune maître est un peu fatigué.
Peut-être est-il préférable qu’il se repose avant la cérémonie… » intervint Sebastian avec un petit sourire neutre.

Elisabeth lâcha enfin Ciel et fronça les sourcils, poussant un soupir à fendre l’âme :

« Sebastian, tu le couves troopp… !!! »

L’aristocrate concerné hocha la tête, un brin sceptique :

« Cependant, il a raison cette fois encore.
Elisabeth, tu pourrais aider les quatre énergumènes à s’occuper des préparatifs… »

Quand il eut dit ça, les yeux de la jeune fille s’allumèrent et, pauvre de lui ; il comprit qu’il avait fait une grosse erreur en parlant de cela. Se retrouver avec des banderoles roses dégoulinant sur le lustre et des fleurs partout, cela donnerait la nausée à plus d’un…

« Non. Ne t’occupe de rien. Il est préférable que tu ailles aussi te coucher ou faire le tour des jardins. »

Voix sèche…plus un ordre qu’une demande, la jeune fille acquiesça sans un mot. Puis ; elle s’approcha un peu plus. Ciel, un peu étonné, ne recula pas pour autant, lui jetant un regard mi-courroucé, mi-neutre. Puis deux mots se formèrent sur les lèvres rosées de la jeune fille et le garçon tiqua :

« Embrasse-moi. »

 

Pour le coup, Ciel ne put que regarder la blonde et demanda, un peu déboussolé sans qu’une émotion n’apparaisse sur son visage :

« Pardon ?
-Embrasse-moi, Ciel…tu ne l’as jamais fait…je suis ta fiancée !!!
-Est-il vraiment nécessaire de faire cela maintenant ?
-Oui, pour moi c’est important. »

La petite grimace boudeuse qu’elle fit à cet instant là énerva Ciel mais il n’en fit aucun commentaire. Le regard de Sebastian était posé sur les deux tourtereaux et son expression restait indéchiffrable. Cependant, lorsque les yeux des deux jeunes hommes se croisèrent, le majordome ne lui renvoya qu’un regard froid. Glacial pour être plus précis. Malgré tout, ce fut lui qui décida Ciel. Il se pencha vers la jeune fille, ne faisant plus aucune attention au démon. Un unique baiser, discret et léger, placé pile-poil sur ces lèvres qui ne racontaient que des futilités. Après coup, il se détourna, pas plus troublé qu’il y a deux minutes.

« Je vais me reposer, à tout à l’heure, Elisabeth. »

Et il partit d’un pas décidé. Insolent et provocateur à force d’être trop sûr, même. La jeune fille avait un pâle sourire et de petites gouttes transparentes étaient presque visibles dans ses grands yeux verts :

« Oh…A tout à l’heure…Ciel. »

Elle se détourna elle aussi. Sur son visage à cet instant, Sebastian ne put rien lire de ce qui ressemblait à des émotions de future mariée. Tristesse, déception et doute. Quand ses lèvres murmurèrent finalement la sentence finale, Sebastian n’essaya même pas de la consoler.

« Il ne m’aime pas… »

Sebastian rejoignit ensuite docilement son maître en s’interdisant d’esquisser un seul sourire quant à la soudaine grande perspicacité de la jeune fille. Rien cependant dans son attitude ne pouvait mentir quand aux sentiments qui le traversaient en ce moment même. De la bête satisfaction ; cruelle et sans intérêts personnels.

En deux temps trois mouvements, il était dans la chambre de son maître pour la deuxième fois de la journée. 

« Vous devriez dormir, vous êtes tout pâle, bo-chan….
Je vais vous aider à vous changer. » dit Sebastian lorsque l’interpellé arriva dans la pièce.

Ciel sentit tout de suite que quelque chose dans la voix de son serviteur n’annonçait rien de bon. C’était comme s’il avait dit tout ça d’une manière…  « sensuelle » ? Ciel eut un moment d’hésitation ; comment réagir calmement quand quelqu’un vous parle comme « ça » ?!! Le garçon ouvrit finalement la bouche et parla alors avec méfiance, lui disant très nettement qu’il se débrouillerait bien tout seul pour une fois. Il demanda ensuite au démon de se retirer et commença lui même à enlever sa veste, coupant le langage visuel avec son interlocuteur... Exactement comme s’il avait expressément décidé de l’ignorer à partir de la seconde où il avait terminé sa phrase.

 

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que le démon insiste d’une manière plus persuasive et beaucoup moins pacifiste. Sa position allongée sur Ciel, lui même tombé sur son grand lit sans aucune douceur, ne fut justifiée que par un sourire sournois qui commença à affoler silencieusement notre aristocrate.  

Sebastian caressa doucement la peau blanche du garçon, lui enlevant le plus doucement possible son cache-œil qui tomba sur le matelas sans un bruit. C’est le moment que choisit le cœur de Ciel pour battre plus rapidement. Que comptait faire Sebastian ?

« Vous devriez voir votre tête…On dirait presque que vous avez aperçu un démon…commenta Sebastian en souriant ironiquement.
- Mais…qu’est-ce qui te prend ?
- Peut-être qu’il est temps d’honorer votre dette…Bo-chan.
- Je dois me marier ce soir.
- Vous semblez oubliez que c’est moi qui choisis les règles à partir du moment où j’ai honoré ma partie du contrat.
- Pourrais-je savoir pourquoi je suis en vie, dans ce cas ?
- Parce que c’était mon bon vouloir, jusqu’à maintenant. »

Un majordome qui se transforme en bourreau, c’est peu commun…Ciel tenta bien que mal de se relever mais peine perdue, c’était contre ce diable de Sebastian qu’il se débattait. Il souffla avec plus de mal et avec un air farouche et cette volonté à toute épreuve qui le caractérisait. Il dit avec le plus d’autorité possible :

« Lâche-moi tout de suite, Sebastian…c’est un ordre. »

Le concerné ne cacha pas sa surprise. Décidément, son maître l’étonnerait toujours…Même dans des situations désespérées, il avait toujours la volonté d’aller plus loin, comme pour défier le destin. Finalement, le démon sourit et s’écarta, et enleva au passage cette main baladeuse qui s’était perdue quelques instants dans la chevelure ébène du jeune comte...puis il retira l’autre, beaucoup moins innocente, perdue sous sa chemise .

« Je vous laisse unir votre famille à celle d’Elizabeth, my Lord.
Et n’espérez plus de moi quelques choses de plus qu’un ou deux jours de répits…
Serait-ce par profit que vous désirez ce mariage ou bien vous l’aimeriez ? »

Cette question prit au dépourvu le jeune comte qui ne laissa pour autant pas son visage montrer ses émotions. Sebastian avait toujours ce regard pétillant et ce sourire en coin moqueur. On aurait presque dit qu’il se délectait par avance de la réponse ou tout simplement qu’il trouvait les coutumes et engagement des humains idiots. 

« La famille Phamtomhiv ne doit pas être oubliée.
Tel que je connais Elizabeth, elle sera dévastée par ma mort mais elle reprendra de toutes manières les affaires de la famille en souvenir de son défunt mari … »

Penser ces choses-là et les dire à voix hautes étaient deux choses très différentes. Le seul mot qui venait à l’esprit de Ciel était « Egoïsme »…et le pire, c’était qu’au point où il en était, il se souciait à peine de la peine future de sa jeune fiancé qui avait été pourtant, pendant de longues années, comme une sœur pour lui.

« Maintenant laisse-moi. »

Sebastian acquiesça, ne cachant pas son sourire carnassier.
Bientôt, il ne resterait de Ciel qu’une immense tache de sang sur son lit, un portrait dans le couloir et quelques souvenirs décousus dans la tête des gens, silhouette de prince et regard d’acier.


Bientôt, ils iront en enfer ensemble.

Bientôt, la faim sera rassasiée ; maître et serviteur ne feront qu’un.