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D'un geste paresseux, Sacha attrape son téléphone qui sonne pour hausser les sourcils en voyant le nom de son ancien meilleur ami s'y inscrire.
«Allô ?» demande-t-il, perplexe.
«Il y a des gens chez moi.»
La voix de Sidjil est pressée, angoissée, et Sacha se redresse, immédiatement en alerte.
«Quoi ? Tu peux pas sortir ?»
«Ils sont rentrés pendant que je me douchais et a fermé à clef. Pitié viens. Je vais sauter par la fenêtre mais j'ai besoin que tu me rattrapes.»
Sacha n'a pas besoin de plus pour être déjà presque à l'extérieur de chez lui. Il s'engouffre dans sa voiture, toujours au téléphone.
«Tu as essayé d'appeler la police ?»
Avec du recul, Sacha réalise que ça n'a aucun sens que l'autre l'ait appelé en premier.
«Ces bâtard m'ont mis en attente. Les gars chez moi bazardent tout par terre, et me disent de me montrer, alors j'ai pas trop le temps.»
«Ok, t'es où dans l'appart, là ?»
La respiration haletante et accélérée de Sidjil donne envie à Sacha de lui changer les idées, mais il sait que tant qu'il ne sera pas là-bas, l'autre paniquera.
«Salle de bain. Ils sont allés direct dans la chambre, donc la suite logique serait le salon, avant de venir ici.»
Sidjil parle à toute allure, probablement pour se rassurer, et la panique dans sa voix fait appuyer l'autre homme sur l'accélérateur et il arrive bien vite devant la façade de l'immeuble, se garant à la va-vite.
«Ok, je suis devant, t'as une fenêtre pas loin ?»
«Putain de merde ils sont déjà dans le salon, je peux rien faire.»
Sacha fait le lien en quelques instants. Les fenêtres donnant sur l'extérieur sont dans le salon. Si les hommes sont dans le salon, alors leur prochaine destination est probablement la salle de bain dans laquelle Sidjil s'est caché.
Désormais, il est possible pour Sacha d'entendre le groupe hurler et des objets se briser. Sans perdre un instant de plus, il monte, connaissant le code d'entrée.
Son cœur bat dans sa poitrine, mais Sacha n'a même pas un instant d'hésitation. Pas quand il entend distinctement Sidjil sursauter sous les bruits et qu'il le devine se recroqueviller dans le coin où il s'est caché.
«Ils sont armés ?»
De l'autre côté, Sidjil met un moment à comprendre que Sacha lui parle.
«Je sais pas. Il y a forcément une batte, à moins que ce soit une machette. Je pense pas qu'ils aient un flingue mais j'en sais rien. Peut-être. Je les ai pas vus.»
Sacha acquiesce sans que l'autre ne puisse le voir et il arrive devant la porte de Sidjil. Là, il s’arrête un instant. S'il l'enfonce comme il comptait le faire quand il montait les escaliers quatre à quatre, il sait que tout peut arriver. Il peut risquer sa vie.
Mais malgré cette courte pause, il n'a pas le temps d'y réfléchir. Parce que Sidjil ne pleure jamais, et que Sacha vient de l'entendre lâcher une larme avant de renifler. Ca lui rappelle à quel point la situation est anormale et dangereuse, et à quel point il doit agir sur le champ.
Son épaule rencontre violemment la porte et, sans doute grâce à l'adrénaline, elle craque directement.
Le bruit dans l'appartement s’arrête, mais Sacha sait très bien que les hommes y sont encore. Le silence signifie juste qu’ils l’ont entendu.
Sans s'arrêter devant la salle de bain, il fonce directement au salon, voyant rouge à la vue de trois hommes au centre de la pièce.
Ces derniers sont tous armés. L'un d'une batte, l'autre d'un couteau, et le dernier a un flingue dans la main, engageant un mouvement de recul chez Sacha.
«Il t'a appelé ?» l’interpelle l’homme avec le pistolet. «Tu devrais faire comme si t'avais rien vu. Pars avant qu'on te mette une balle.»
La solution la plus intelligente est de reculer, de faire comme s’il allait réellement repartir, mais Sacha sait que Sidjil est toujours au bout du fil et qu’il a entendu ce que lui a dit l’intrus. Alors, il décide de s’arrêter devant la porte de la salle de bain.
Sidjil est plus musclé que lui, à eux deux, ils peuvent probablement s'occuper des trois hommes.
Mais ça, c'est à condition que Sacha s'occupe du flingue en premier.
Son regard se pose sur l'objet qui est à quelques centimètres de sa poitrine et il hésite. Ça peut mal tourner. Un bruit dans la salle de bain lui indiquant un mouvement de son ami achève de le convaincre. Sidjil arrive et s’il ne se débarrasse pas d’abord du flingue, il le met en danger.
Le coup est parti dès qu'il engage un mouvement, mais Sacha ne sent rien. L'autre l'a raté. Il lui arrache le flingue des mains et le jette sous un meuble avant de mettre une droite à l'homme, qui s'effondre au sol.
A partir de là, tout est flou. Il sait que Sidjil est là et qu'ils ont mis à terre les trois agresseurs, mais il ne sait plus comment.
Quand les hommes sont à terre, évanouis, et que Sacha se tourne vers son ancien meilleur ami, prêt à lui dire d'appeler la police, il lève un sourcil en voyant l'air choqué de l'homme.
«Quoi ? Ça va ? Ils t'ont fait quelque chose ?» s'inquiète immédiatement Sacha avant de regarder là où pointe le doigt de Sidjil, à savoir sa propre épaule.
Il ne sent pas la douleur, mais il voit une tâche de sang à ce niveau.
«Putain je croyais que la balle t'avait pas touché !» s'exclame Sidjil avec panique.
«Je croyais aussi. Je ressens rien.»
Il ne panique pas encore, observant avec étonnement sa blessure avant de relever la tête au bruit de Sidjil sortant son téléphone.
«Oui allô ? Il y a eu une intrusion chez moi, on a maîtrisé les agresseurs mais mon ami s'est fait tiré dessus.»
Sidjil débite à toute allure, presque plus stressé que Sacha quant à sa blessure.
Ce dernier ne sait pas qui il a appelé mais il repose bien vite son téléphone pour se tourner de nouveau vers lui, l'air inquiet.
«Je vais t'emmener à l’hôpital. La police va passer les chercher.»
Honnêtement, Sacha est toujours assez calme, même s’il a conscience qu’il ne devrait pas l’être. Il ne réalise pas encore pleinement ce qu’il est en train de se passer.
Ses pensées sont plus concentrées sur le fait qu’il revoit Sidjil pour la première fois depuis longtemps et que l’autre était en danger jusqu’à peu plutôt que sur le fait qu’il a un trou dans la poitrine.
Sidjil plaque un chiffon sur sa blessure, lui ordonnant de maintenir une pression afin qu’il saigne moins abondamment.
Sacha sait plus qu’il ne se voit arriver à l’hôpital et être pris en charge, et il en ressort quelques jours plus tard, sans trop de souvenirs de ce qu’il s’est passé à cause des anesthésiants.
Quand il passe le pas de l’hôpital, il a la surprise de voir Sidjil sortir de sa voiture, un sourire un peu gêné aux lèvres.
«L’hôpital m’a appelé pour me dire que tu sortais, donc je suis venu te ramener. Vu que ton bras est en attelle.»
Sacha acquiesce, jaugeant son ancien meilleur ami de haut en bas.
«Toi, ça va ? Ils t’ont rien fait ?»
«Nan. Nan, j’avais deux trois bleus mais rien ne grave, surtout pas comparé à toi.»
«Ok, tant mieux.»
Ils montent dans la voiture en silence et Sidjil ne reprend la parole que lorsqu’ils sont en route.
«Merci d’être venu aussi vite, quand je t’ai appelé. Et merci d’être monté et d’avoir enfoncé la porte.»
«C’est normal, j’allais pas te laisser dans la merde comme ça.»
Sidjil sourit légèrement, le regard toujours sur la route.
«Je suis désolé que tu te sois pris une balle. Je pensais pas qu’ils avaient un flingue, et encore moins qu’ils te tireraient dessus en sachant que c’était moi leur cible...»
«Pas ta faute. Puis je me suis jeté sur le flingue pour le lui arracher, c’était à s’y attendre. Je suis juste content que tu ailles bien. Tu dors chez toi en ce moment ? Vu qu’il y a eu une intrusion.»
«Pas tellement, je fais de mon mieux pour m’inviter chez des gens. Un peu peur de ce qu’il pourrait se passer sinon. Je pense à déménager.»
«C’est une bonne idée. Si tu as nulle part où aller considère notre maison, à Marceau et à moi, comme ouverte.»
«Ouais pas envie de vous déranger trop. Déjà que tu t’es fait tirer dessus à cause de moi...»
«C’était pas ta faute. Et tu sais très bien que tu me déranges pas.»
Sacha détourne le regard sur ses derniers mots, rougissant légèrement. Il arrache un sourire à Sidjil qui s’autorise à poser une main sur l’épaule de l’autre homme.
«Dans ce cas je passerais bien. Ca fait un moment.»
Il n’a pas besoin de regarder l’autre homme pour savoir qu’il a l’air non seulement heureux mais aussi soulagé et, quand il s’arrête devant chez Sacha, ce dernier sourit en le voyant sortir de la voiture derrière lui.
Et à partir du moment où les deux hommes passent la porte, ils sont tous les deux contents. Tous les deux comme repus, ayant finalement le sentiment de se retrouver, de rentrer à la maison.
Comme si, pour la première fois depuis des mois et des mois, tout rentrait finalement en place.
