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Français
Collections:
BANGTAN BAGUETTE FEST
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Published:
2023-09-02
Words:
6,471
Chapters:
1/1
Comments:
11
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12
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118

Deux secondes

Summary:

✨ Personne n'est jamais à l'abri d'un coup de foudre ou d'un coup du destin ✨

Min Yoongi est un jeune homme ordinaire, célibataire et sans histoires. Son boulot d'assistant dans une grande boite séoulite sert à payer ses factures et à aider sa famille restée à Daegu.

Mais ce que Min Yoongi ne sait pas, c'est que des forces invisibles sont à l'oeuvre sur cette Terre.

Et que parfois, il suffit juste de quelques secondes pour que tout bascule...

Notes:

Work Text:

 

« Bonjour, bonjour, chères auditrices et chers auditeurs ! Je suis ravi de vous retrouver sur notre chaîne Youtube pour un nouvel épisode de votre émission favorite « Mystères et surnaturel » ! Comme toujours à mes côtés, mon comparse Namjoon-ssi... »

« Bonjour à tous ! Bonjour Seokjin-ssi ! »

« Tous les deux, nous sommes très impatients d'aborder le thème d'aujourd'hui ! Parce que tout le monde s'est déjà posé cette question au moins une fois dans sa vie. »

« Effectivement Seokjin-ssi. Et cette question reste à ce jour l'une des plus grandes énigmes de l'Univers: y'a-t-il vraiment quelque chose après la mort?"

« Tunnel lumineux, sensation de décorporation, voix ou musique céleste, images de proches décédés qui vous accueillent les bras ouverts... »

« De nombreux témoignages ont été recueillis à travers le monde, auprès de gens qui ont vécu ce qu'on appelle des expériences de mort imminente »

« Et ces témoignages de personnes issues de pays différents, de cultures différentes, de religions différentes ou bien tout simplement athées, présentent parfois d'étranges similitudes ! »

« Exactement, Seokjin-ssii. Il est par exemple souvent fait mention du périple de la conscience - ou de ce que certains nommeraient plutôt « l'âme » - vers une destination inconnue. Mais aussi d'êtres surnaturels que l'on peut qualifier de « passeurs » qui seraient chargés d'accompagner cette âme vers sa dernière demeure. »

« Charon dans la mythologie grecque, Anubis chez les Egyptiens, Pinga chez les Inuits et bien évidemment ici chez nous, les tristement célèbres Jeoseung Saja, au service de Yeomra, roi du monde souterrain. »

« Long hanbok noir, gat sur la tête, mine patibulaire et cadavérique... On peut dire que sur toutes les représentations d'eux que j'ai pu voir, les types sont vraiment flippants ! Ça ne donne franchement pas envie de les suivre... »

« Oh que non ! Il n'y a bien que dans les dramas qu'on arrive à en faire des personnages attendrissants et sympathiques ! »

« C'est vrai Namjoon-ssi ! D'ailleurs, étant moi-même friand de ce genre de programme, je vous recommande vivement de regarder ce- »

Une énorme pile de dossiers s'abattit soudain sur le coin du bureau de Min Yoongi.

La surprise lui en fit perdre ses écouteurs, lâcher son téléphone ainsi que le gobelet vide qu'il tenait à la main.

-Tiens ! Et bon courage ! annonça Joosun en faisant aussitôt demi-tour pour rejoindre son box de travail.

Il était 18H30. La majorité des employés de la société étaient déjà rentrés chez eux et Yoongi était en train de ranger tranquillement ses affaires pour partir lui aussi.

-Quoi ? Mais, attends ! Qu'est-ce que c'est ? bafouilla-t-il.

-A vue de nez, trois ou quatre bonnes heures supplémentaires, rétorqua Joosun. Siwoo-nim a oublié de faire les modifications papier pour la présentation du Big Boss demain devant les actionnaires. Il fallait y inclure les résultats des études de marché réalisées sur les 18-25 ans pour notre clientèle japonaise, thaïlandaise et chinoise. Du coup, il faut refaire toute la mise en page et je crois bien que ça va être à toi de t'y coller.

Evidemment que c'était lui qui allait s'y coller et Joosun ne semblait pas ressentir la moindre once d'empathie à son égard. Yoongi regarda d'ailleurs son collègue filer sans aucun remord vers l'ascenseur et disparaître derrière les portes métalliques.

Et merde...maugréa intérieurement le jeune homme en rangeant ses écouteurs et en essuyant avec un kleenex les quelques gouttes de café qui avaient éclaboussé son bureau. Puis il leva machinalement les yeux vers l'horloge accrochée au mur et soupira.

Hier soir, la pendaison de crémaillère façon « Carnaval de Rio » de son voisin de palier - et à laquelle il n'était évidemment pas convié- s'était achevée à 3H du matin. Son réveil avait ensuite sonné à 6H et il venait d'enchaîner dix longues heures de boulot avec seulement 15 minutes de pause déjeuner.

Bref, il était cramé et voilà qu'il s'apprêtait à passer encore va savoir combien de temps dans ce fichu immeuble, à se taper le travail qu'aurait dû faire son abruti de supérieur.

Shhhh...

Il allait lui falloir un huitième café.

Et la suite de « Mystères et surnaturel » devrait attendre demain.

.

.

Travailler dans une des plus grandes multinationales sud-coréennes n'avait, à aucun moment, fait partie des plans de carrière de Min Yoongi.

Oh, ça non.

Parce que sa passion à lui c'était la musique et que, dès qu'il l'avait compris, il ne s'était pas vu faire autre chose dans la vie.

Après le lycée, ses parents s'étaient donc saignés aux quatre veines pour qu'il puisse entamer des études de piano à la prestigieuse faculté des Arts de Séoul. Dès lors, l'ambition de devenir un auteur-compositeur riche et célèbre- et de leur rendre au centuple tout ce qu'ils avaient sacrifié pour lui- l'avait transporté.

A l'époque, il était d'ailleurs plutôt fier de certaines des mélodies qui noircissaient les portées de son petit carnet et il savait, au plus profond de lui, qu'elles avaient du potentiel.

Il passait donc des heures à répéter dans les locaux de l'université ou sur son vieux synthé Yamaha dans sa chambre d'étudiant.

Il pouvait y arriver. Il en était sûr. Ses rêves deviendraient réalité s'il se donnait à fond et s'il continuait de croire suffisamment en lui.

Et puis le drame était arrivé.

Une semaine avant Noël, alors qu'il venait de réussir haut-la-main ses partiels de deuxième année et qu'il s'apprêtait à retourner chez lui passer les fêtes, son père s'était écroulé au beau milieu du chantier de construction sur lequel il travaillait, foudroyé par une crise cardiaque.

Il y avait d'abord eu le choc de la perte.

Puis la douleur. Indescriptible. Écrasante. Continue.

S'était ensuivie la nécessité de devoir rapidement surmonter son désespoir afin de rester fort pour sa grand-mère et sa mère.

Cette dernière avait proposé de vendre la maison de famille afin qu'il puisse continuer la fac. Il en avait été hors de question. Les deux femmes ne finiraient pas dans un appartement miteux de la banlieue de Daegu.

Non. Le seul moyen avait été d'arrêter ses études et de trouver du travail.

Il aurait pu retourner dans sa ville natale, auprès de sa famille, mais Séoul lui avait semblé offrir plus d'opportunités.

Il ne s'était pas trompé. Il avait rapidement trouvé un boulot de serveur la journée et de livreur le soir, avait loué la chambre disponible au-dessus du restaurant et envoyait tous les mois à Daegu la moitié de sa paye.

Sa mère, qui s'était, elle aussi, remise à travailler, gagnait une misère en s'éreintant toute la journée à la chaîne d'une usine de recyclage. Pourtant, quand Yoongi l'avait au téléphone, elle ne se plaignait jamais et s'entêtait à poster en retour des colis contenant du kimchi et des confiseries maison. Au fond du paquet un petit mot l'attendait toujours, lui demandant de bien manger, de bien dormir. La note se terminait systématiquement par un « ton eomma et ton halmeoni qui t'aiment fort », ponctué d'un petit cœur violet.

Ces mots le faisaient sourire et lui tordaient le cœur à chaque fois. 

Parce qu'il aurait tant voulu faire tellement plus, être un meilleur fils et petit-fils pour elles.

Cette situation plus que précaire avait duré trois ans. Et puis, un soir de novembre, alors qu'il se demandait comment il allait pouvoir faire pour payer à la fois sa facture d'électricité, son abonnement de téléphone, son loyer et remplacer ses sneakers usés jusqu'à la corde, la chance lui avait finalement souri.

Un des habitués du restaurant dans lequel il bossait était cadre dans le département marketing chez LG industries. Son nom était Lee Siwoo et, en l'écoutant discuter avec un de ses collègues de bureau pendant le repas, Yoongi avait découvert que ce dernier recherchait un assistant.

Traduction : le gars voulait se dégoter un sous-fifre corvéable à merci.

Peu importe. Yoongi avait cru comprendre que le job était payé le double de ce qu'il touchait en cumulant ses deux emplois alors il y était allé au culot.

Jackpot.

Il avait été embauché la semaine suivante en tant que stagiaire sans le moindre entretien, tout ça parce que Mr Lee avait apprécié de recevoir ce soir-là un rab de gimbap, une avalanche de compliments sur ses cheveux récemment permanentés et qu'il avait accepté de repartir avec une lettre de motivation rédigée à la volée sur le coin du comptoir. Peut-être aussi un peu parce que quand Lee Siwoo avait questionné en partant Mme Choi, la gentille propriétaire du restaurant, celle-ci lui avait confirmé que Yoongi ne rechignait jamais à la tâche et que même si le gamin était taciturne et peu bavard, c'était quelqu'un d'intelligent et qui s'adaptait très vite.

Et cela avait été le cas ; quatre ans après, Yoongi travaillait toujours pour Lee Siwoo, il était passé du statut d'assistant stagiaire à celui d'employé effectif de la compagnie et il avait su se rendre indispensable.

Cependant, la médaille avait hélas un revers.

Il détestait porter des costumes cravates et il haïssait l'ambiance de travail exécrable qui régnait au sein de l'entreprise. Ses collègues masculins étaient pour la plupart hypocrites, misogynes et homophobes, et s'évertuaient à mettre le maximum de bâtons dans les roues des autres pour asseoir leurs places au sein de la boite. Mais Yoongi s'efforçait encore aujourd'hui de passer outre, parce que le job lui permettait à présent d'être plus à l'aise financièrement et de continuer à aider sa mère. Il avait d'ailleurs réussi à déménager dans un petit appartement près du métro et s'était même payé une guitare folk et une nouvelle table de mixage.

Sur le papier, les chiffres commençaient à devenir flous. Le jeune homme se frotta alors longuement les yeux pour tenter de repousser la migraine qu'il sentait poindre insidieusement au niveau de ses tempes quand son téléphone se mit à sonner. Les coins de sa bouche se relevèrent alors légèrement en voyant le nom s'afficher à l'écran.

-Yoongi-ah ! Qu'est-ce que tu fabriques ! s'exclama une voix claironnante à l'autre bout du fil.

-Désolé, Seokjinie, je suis encore au boulot.

-Quoi ? A cette heure-ci ? Mais quelle bande de chacals ! Ils te font vraiment trimer comme un esclave ! Franchement, ils abusent !

-Je sais. J'ai juste eu le temps de voir le début, mais je suis sûr que vous avez fait un carton ! ajouta Yoongi.

-140 likes tu te rends compte ! 20 de plus que la dernière fois ! Mais ça je crois que c'est parce que j'avais mis de l'eyeliner et du fard à paupières noir pour coller avec le sujet, t'as vu ?

Kim Seokjin avait toujours eu cette capacité extraordinaire à le faire sourire, même quand il était au fond du trou. Ces deux-là s'étaient rencontrés sur les bancs de l'école primaire à Daegu, avaient partagé un gâteau de riz, puis ne s'étaient plus quittés jusqu'à ce que Yoongi parte faire ses études à Séoul.

Seokjin, quant à lui, avait intégré une école d'informatique à Busan après le lycée et c'est là qu'il avait rencontré Kim Namjoon, un type plutôt sympa mais un peu « planète » qui avait non seulement partagé son intérêt pour l'entreprenariat mais aussi pour les phénomènes surnaturels.

Une fois leur diplôme en poche, tous les deux s'étaient donc associés pour lancer leur start-up et leur chaîne Youtube.

Malgré la distance et un emploi du temps bien chargé, Seokjin continuait pourtant d'appeler Yoongi au moins une fois par semaine pour voir comment il allait, le bougre prenant surtout un malin plaisir à se mêler de sa vie.

-Et puis... Tu n'as pas trouvé que Namjoonie était hyper sexy ce soir avec son petit polo bleu ciel ? ajouta ce dernier.

-Seokjin...souffla Yoongi.

-Quoi ! On en parle du désert de Gobi qu'est ta vie amoureuse ? Tu comptes finir moine ?

-Écoute, je ne peux pas continuer à te parler, là. Je dois absolument terminer ce que je suis en train de faire pour demain matin. Je te promets de finir de regarder dès que je peux et de laisser un long, très long commentaire disant que l'émission était géniale, que tu portes l'eyeliner comme un véritable Idol et que Namjoon devrait postuler pour être mannequin chez Ralph Lauren. Bises.

-Non mais tu-

Yoongi avait déjà raccroché.

Faire de l'humour n'était généralement pas son truc. Il imagina alors le petit sourire qui avait dû apparaître sur les lèvres de Seokjin à l'autre bout du fil. 

Il travailla encore un bon quart d'heure et finalement il ne lui resta plus qu'à se rendre à la photocopieuse pour tirer la trentaine d'exemplaires du livret de présentation qu'il venait de refaire.

Son document à la main, il quitta son box éclairé par la seule lueur de sa lampe de bureau et se dirigea dans la pénombre vers la reprographie.

Seulement, à quelques mètres de l'entrée, il se rendit compte que la pièce était allumée et qu'à l'intérieur, quelqu'un de passablement énervé était déjà en train d'utiliser les machines.

-Putain, c'est pas vrai ! Pourquoi ça bloque maintenant !

Planté sur le seuil, Yoongi pouvait désormais admirer la fine silhouette de dos en train de marteler furieusement le pauvre bouton ON d'une des photocopieuses. Puis l'homme se retourna soudain, affichant une mine aussi surprise que confuse.

-Oh ! Min, c'est toi... Désolé, je croyais qu'il n'y avait plus personne dans le bâtiment à part moi.

La bouche à moitié ouverte et son tas de feuilles froissées à la main, Yoongi se mit alors à le fixer sans pouvoir bouger le moindre muscle.

Oh bon sang...Oh bon sang...Le tortionnaire de photocopieuse, c'était...C'était ...

Park Jimin.

Le très séduisant, éblouissant et super sexy Park Jimin.

Qui travaillait au service relation clientèle, 4ème étage, couloir de gauche, troisième bureau.

Park Jimin, qui était en train de le dévisager à son tour et qui devait se demander pourquoi lui, Min Yoongi, venait de se figer comme une statue.

Réagis. Dis quelque chose. Fais quelque chose...

-Je... Euh...Pas de soucis...Un problème avec la photocopieuse ?

Jimin laissa alors échapper un long soupir désespéré.

-Oui et je ne comprends pas. J'ai tout vérifié, toner, bourrage papier, recharge papier, et ça ne fonctionne toujours pas.

Yoongi n'arrivait pas à détacher les yeux de son visage parfait, de sa petite moue boudeuse, de ses sourcils froncés qui lui donnaient un air vraiment adorable.

-Oui, mmm, ça arrive parfois, Il faut juste...

Il s'approcha alors de la photocopieuse et donna un petit coup sur le coin gauche, juste à côté du boîtier de commande. L'appareil s'ébroua et la série de photocopies lancée par Jimin reprit immédiatement. La bouille du jeune homme s'illumina instantanément.

-Oh merci, merci, merci ! Tu me sauves la vie !

Le cœur de Yoongi fit un triple salto dans sa poitrine.

-De rien.

-Si je me suis permis de descendre ici c'est parce vous avez trois fois plus de machines que nous et que celle de notre étage vient tout juste de rendre l'âme.

-Mais... Tu as bien fait, se contenta de répondre Yoongi.

Sa première rencontre avec Park Jimin avait eu lieu six mois plus tôt. Ce matin-là, les bras chargés de dossiers, Yoongi avait dû sprinter comme un dératé à travers le hall pour se faufiler in extremis entre les portes de l'ascenseur. Son réveil n'avait pas sonné, sa cravate était de travers et, vu qu'il n'avait pas eu le temps de se peigner, certaines de ses mèches devaient probablement se tenir droites sur sa tête. Dans la cabine, après qu'il eût vainement tenté de s'incliner pour saluer tous les occupants, huit paires d'yeux hostiles l'avaient alors détaillé de la tête aux pieds avec dédain. Mais pas Jimin. Ce dernier lui avait offert au contraire un sourire compatissant et s'était plaqué contre le miroir de la paroi pour lui laisser un peu plus de place.

Yoongi était alors instantanément tombé sous le charme de ces lèvres pleines et délicatement ourlées, de ce teint de porcelaine, de cette silhouette svelte et gracieuse et de cette gentillesse inattendue.

Sans perdre une minute, en arrivant à son bureau, il avait farfouillé dans les fichiers du personnel et avait découvert qui était « l'ange de l'ascenseur »

Park Jimin, 27 ans (le même âge que lui), diplômé de la Korea University Business School, et embauché deux jours plus tôt en tant qu'assistant de Kang Chungae-nim (un poste équivalent au sien).

Son C.V était impressionnant pour un gars aussi jeune et Yoongi avait tout de suite été persuadé d'une chose : un type comme lui n'allait pas rester assistant bien longtemps.

Les présentations avaient été faites trois mois plus tard quand leurs responsables avaient été sommés de collaborer plus étroitement sur une campagne importante et Yoongi avait eu la chance de bosser avec Jimin durant une semaine entière.

Semaine bien éprouvante pour son pauvre petit cœur énamouré, qui avait battu la chamade pas moins de huit heures par jour.

Et puis la collaboration avait pris fin et chacun s'était ensuite cantonné à son étage de l'entreprise.

Ils se saluaient évidemment à chaque fois qu'ils se croisaient dans les couloirs ou dans le hall, mais, à part là, ils ne se voyaient pas beaucoup. Yoongi, qui préférait se mêler le moins possible à ses collègues de service, ne fréquentait la cafétéria que quand la météo l'empêchait d'aller manger son casse-croûte sur un des bancs du parc en bas de l'immeuble. Les rares fois où il avait déjeuné là-bas, il y avait vu Jimin, toujours aussi radieux et solaire, discutant et riant avec les autres membres de son équipe. Il n'avait pas voulu déranger.

Voilà c'était ça : Park Jimin était un concentré de soleil. Et lui faisait tout pour se terrer dans l'ombre.

Il avait donc décidé de chasser le beau brun de ses pensées et il y était presque arrivé.

Du moins jusqu'à il y a quinze jours.

Yoongi ne savait pas ce qui lui avait pris ce soir-là alors qu'il était assis tout seul au milieu de son minuscule studio en plein cœur de Nonhyeon-dong. Il avait soudain éteint sa télé, s'était levé de son canapé et avait foncé tout droit vers son placard pour en sortir une tenue. Oh rien d'extraordinaire : un jean skinny, des boots, un Henley gris et le blouson de cuir noir qu'il s'était payé à force de petits boulots quand il était au lycée. Un anneau d'argent s'était retrouvé accroché à son oreille et il avait tenté tant bien que mal de cacher à l'anti-cernes la taille démesurée des valises sous ses yeux.

Dans la cage d'escalier, il était tombé sur Mme Jung et l'avait aidée à descendre ses poubelles avant de filer sans plus tarder jusqu'à Itaewon.

Oui, il avait fallu qu'il sorte. Parce que la solitude l'étouffait. Parce que quelque chose au plus profond de lui s'était soudain réveillé et qu'il avait réalisé que peut-être, lui aussi, avait le droit de passer du bon temps et de profiter de la vie.

Juste quelques heures. Juste une soirée.

Il avait eu envie d'oublier à quel point sa mère et sa grand-mère lui manquaient, à quel point son père lui manquait, oublier à quel point il se sentait vide et inutile, englouti par ce quotidien gris et monotone.

Depuis quelque temps, même la musique peinait de plus en plus à le tirer de son spleen habituel. Et cela faisait au moins un an et demi qu'il n'avait ramené personne chez lui.

Alors tout d'un coup, tout son être s'était révolté. Il avait eu envie de chaleur humaine. Il avait eu envie de sexe. Il avait eu besoin de reprendre une grande bouffée d'oxygène parce que cette sensation horrible d'avoir en permanence la tête sous l'eau était devenue insupportable.

Il était déjà plus de minuit quand il avait franchi les portes du Why Not.

Le bar était bien rempli et il avait été accueilli par le bruit des conversations, des rires et par la mélodie funky d'un des tubes du moment.

A l'autre bout du comptoir, un type bodybuildé vêtu d'un t-shirt dix fois trop serré lui avait jeté un regard carnassier. Il avait détourné immédiatement les yeux pour se concentrer sur son verre. Pas du tout son genre. Et puis après avoir avalé son troisième Johnny Walker, alors que le doux pouvoir anesthésiant de l'alcool commençait à se faire sentir, Yoongi avait tourné la tête vers la piste de danse et là le temps s'était arrêté.

Park Jimin était là, dans le plus célèbre bar gay d'Itaewon.

Park Jimin était là, sublime et plus torride que jamais, en train de scintiller de mille feux et de susurrer Dieu sait quoi à l'oreille d'un superbe blond visiblement très intéressé par ce qu'il avait à raconter.

Alors, depuis deux semaines, Yoongi n'avait pu s'enlever cette image de l'esprit : Park Jimin dans un ensemble denim près du corps serti de brillants, un débardeur en mailles blanches couvrant à peine sa peau d'albâtre, du gloss couleur cerise faisant luire ses lèvres...Et cette assurance presque animale dans sa façon de se tenir, d'incliner légèrement la tête quand il riait, séducteur et envoûtant.

Bien sûr, ce soir-là, Yoongi n'avait pas osé quitter son tabouret pour aller le retrouver. Il s'était fait tout petit, avait commandé un dernier verre, l'avait vidé d'un trait et s'était faufilé, tout penaud, vers la sortie.

Le polichinelle révolté était retourné dans sa boite et avait repris sa vie terne et sans saveur.

-Et donc toi aussi tu fais des heures supp' ?

La question ramena violemment Yoongi à l'instant présent tandis que Jimin affichait toujours son petit sourire dévastateur.

-Oui. Un travail qu'on m'a donné à refaire à la dernière minute, répondit-il en plissant les lèvres.

-Ton responsable Lee Siwoo, je présume ?

-Euh...oui, balbutia Yoongi en hochant la tête.

-Ce n'est qu'un crétin incompétent doublé d'un homophobe, grommela Jimin en se retournant vers la machine pour relancer une nouvelle série de copies.

Surpris par cette franchise soudaine, Yoongi fut incapable de répondre quoi que ce soit et quelques secondes de silence s'écoulèrent alors avant que Jimin ne lâche à nouveau de but en blanc.

-Et sinon, dis-moi, tu es un habitué du Why Not ? Il me semble que je t'y ai vu un soir, il y a quelque temps de cela.

OH. MY. GOD

-Je...

Les mots se coincèrent dans sa gorge et il se figea à nouveau. Jimin allait finir par croire qu'il avait un problème cérébral. Mais contre toute attente, c'est ce dernier qui s'excusa encore une fois.

-Oh pardonne-moi, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.

Bon sang...Ce mec était un rêve.

-Tu ne me mets pas mal à l'aise. C'est juste que je ne m'attendais pas à pouvoir parler de cela ici au bureau sans, enfin, tu vois quoi...

-Je vois, sourit Jimin.

Yoongi sentit alors une douce chaleur se répandre dans son ventre.

-Alors ? insista Jimin.

-Non, je ne suis pas un habitué. Disons que je préfère les endroits un peu plus calmes et intimistes.

Jimin approuva d'un petit signe de tête puis il récupéra ses copies et s'appliqua à les ranger soigneusement dans une grande pochette rouge. Il paraissait tout à coup un peu nerveux. 

-Et donc par exemple... ça te dirait que tous les deux on aille... euh... boire un verre ou qu'on aille manger un truc ensemble après le travail un de ces jours ? Histoire de... discuter d'autre chose que de boulot ?

Cette fois, c'est Park Jimin qui avait bafouillé et Yoongi en fut soudain tout chamboulé. Puis il réalisa que le mec sur qui il avait flashé depuis des mois venait à l'instant de l'inviter à sortir et il ne put s'empêcher de répondre sur un ton un peu trop euphorique :

-Ce serait super, oui, vraiment génial !

Les traits magnifiques de Jimin se détendirent immédiatement devant tant d'enthousiasme et une petite lueur s'alluma dans ses yeux.

-Samedi soir ? A moins que tu aies déjà un truc de prévu ?

-Samedi soir c'est parfait.

-Génial ! Ok, bon ben...Je peux avoir ton numéro ? Je connais un excellent resto pas trop loin d'ici. Tu habites dans le coin ?

-Je vis à Nonhyeon-dong.

-Très bien. Tiens.

Jimin lui tendit alors son smartphone et Yoongi pianota fébrilement sur le clavier de l'appareil.

-Parfait ! A samedi soir alors ! rayonna Jimin en récupérant son téléphone et ses photocopies.

Puis il salua Yoongi d'un hochement de tête satisfait avant de sortir tout guilleret de la reprographie.

Ce dernier resta encore un petit moment debout au milieu de la pièce, ses papiers à la main. Il se demanda si finalement la fatigue n'avait pas eu raison de lui et s'il n'était tout bonnement pas en train de rêver.

Bonté divine. Park Jimin venait de l'inviter à dîner samedi soir, en tête à tête et il avait accepté.

Quinze minutes plus tard, Min Yoongi sortait enfin de l'immeuble et, une fois sur le parvis, il leva aussitôt les yeux vers le ciel étoilé.

Son cœur était sur le point d'exploser dans sa poitrine et il souriait comme un idiot.

Il ne vit donc pas la silhouette noire encapuchonnée qui l'épiait depuis le toit du building dans son dos. Ni cette dernière tourner les talons tandis que lui s'engouffrait dans la station de métro au coin de la rue.

 

Δ Δ Δ

.

On lui avait toujours répété que la curiosité était un vilain défaut. Qu'il valait mieux en savoir le moins possible sur les « désignés » avant de les rencontrer. Cela permettait de rester plus lucide. Moins émotif.

Mais lui, n'avait jamais écouté les conseils. Et de toute façon, il avait cessé d'être émotif depuis bien longtemps déjà.

Les gens naissaient, vivaient, mourraient. Peu importe le temps qu'ils avaient à passer sur Terre, peu importe la façon dont ils s'étaient comportés, s'ils étaient bons ou mauvais, jeunes ou vieux, aimés ou non, sa mission était de conduire leur âme jusqu'à l'ultime destination.

Ce n'était pas lui qui décidait.

Ce soir-là donc, dès qu'on lui avait donné son nom, il avait voulu voir à quoi ressemblait Min Yoongi.

Il s'était posté en haut de cet immeuble et il l'avait vu sortir dans la rue. Le jeune homme était souriant bien que visiblement exténué. Puis il l'avait suivi jusque chez lui et avait continué à l'observer du dehors, en utilisant une nouvelle fois les toits. 

Le petit deux pièces en plein cœur de Nonhyeon-dong était aménagé modestement, la décoration était plus que sommaire et Min Yoongi semblait vivre seul. Sur une étagère près de la télévision, étaient alignés plusieurs cadres photos. Un couple dans la cinquantaine assis sur un muret au bord de la mer. Ce même couple, beaucoup plus jeune, entourant un petit garçon coiffé d'une coupe au bol. Min Yoongi adolescent, encerclant de ses bras une mamie aux joues roses et aux yeux malicieux. Lui encore, en uniforme scolaire jaune, faisant des grimaces aux côtés d'un grand brun qui le tenait par le cou. Tout le monde avait l'air heureux sur les images. Une famille très certainement et des amis.

Dans la kitchenette, une unique assiette, des couverts et une tasse traînaient sur l'égouttoir, un peu de linge était suspendu sur un étendoir accroché dans l'entrée et un synthétiseur occupait l'espace entre le lit et le bureau.

Le jeune homme était alors sorti de la salle de bain, les cheveux encore humides de la douche et juste avant de se coucher, il s'était assis devant le clavier pour jouer les premières mesures du « Merry Christmas, Mr Lawrence » de Ryuichi Sakamoto.

Min Yoongi, simple employé de bureau un peu artiste et solitaire, avait tout l'air d'un type bien et sans histoires.

Dommage. 

Il avait alors rabattu sa capuche sur sa tête et s'était évaporé dans l'obscurité de la nuit.

֎֎֎

.

Yoongi trépignait d'impatience depuis trois jours. Jimin lui avait texté l'adresse du restaurant dès le lendemain de l'invitation et ils avaient ensuite continué à tchatter tout au long de la semaine, se découvrant une multitude de centres d'intérêts en commun.

Puis le week-end était enfin arrivé et Yoongi se retrouvait maintenant devant un dilemme insoluble.

Sa chemise en soie beige ou celle en simple coton blanc ?

Il avait regardé sur internet et l'endroit dans lequel lui avait donné rendez-vous Jimin était un charmant petit italien sans chichis.

Il opta finalement pour la blanche.

Dehors, une pluie drue s'était mise à tomber.

La poisse.

La ballade sur les berges du fleuve qu'il avait pensé proposer a Jimin après le repas s'annonçait compromise.  

Il termina de se préparer en remettant en place quelques mèches rebelles qui s'obstinaient à glisser devant ses yeux, vérifia que sa veste anthracite n'affichait plus aucun pli puis, les mains tremblantes et le cœur plus léger qu'une plume, il quitta son appartement sans oublier de prendre son parapluie.

Après tout, qui sait ? L'averse allait peut-être se calmer et le ciel se dégager pendant qu'ils dîneraient tous les deux ?

₪₪₪

.

Quand Lim Doyun sortit du bar dans lequel il venait de passer les deux dernières heures à boire comme un trou, il manqua tout d'abord de s'étaler de tout son long sur le trottoir.

Il lâcha alors un juron et tenta de retrouver tant bien que mal son équilibre.

C'était inadmissible ! Comment avaient-ils osé le mettre dehors alors qu'il était à peine 20H30 et qu'il avait juste envie de décompresser après sa dure semaine de labeur en sirotant quelques verres ? Hein ? Ils savaient à qui ils avaient à faire au moins ? Ils savaient qu'il gagnait pas moins de 15 millions de wons par mois ? Qu'il conduisait une Lamborghini dernier modèle et que le client était toujours roi ?

Et puis quel mal y avait-il au fait d'avoir les mains un peu baladeuses ? Les serveuses en mini-short étaient bien payées pour ça non ?

Il se promit alors de trouver dès demain la page Instagram de ce bistrot à la noix afin de les pourrir en commentaire. En plus, il était certain que sa femme à la maison allait encore râler parce qu'il avait eu envie de prendre du bon temps après le boulot. Cette espèce d'idiote n'avait pas intérêt à lui casser les pieds sinon elle aurait droit à une bonne raclée.

-Putain de pluie, maugréa-t-il en sentant les fines gouttelettes s'écraser sur sa tête.

Il ne se rappelait plus trop dans quel parking il avait garé sa voiture et il s'énerva de plus belle.

En haut de la rue ? Au sud vers le fleuve ?

Ses clés à la main, il se mit à avancer en titubant quand soudain, il se fit bousculer par un type sorti de nulle part et qui s'excusa platement avant de disparaître parmi les autres passants se pressant sous le crachin.

-Espèce de connard ! Tu peux pas faire attention ? l'insulta Doyun en se massant l'épaule et en cherchant au sol le trousseau qu'il avait lâché dans la collision.

Une fois au sec dans son véhicule, il démarra en trombe et manqua de renverser une poubelle en reculant sans regarder.

-Oups, au moins j'ai réussi à l'éviter celle-là ! C'est pas comme le clebs de la semaine dernière, ricana-t-il.

Puis il déboula comme un fou furieux sur le boulevard et roula plein gaz en direction de l'Ouest.

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Le visage dissimulé sous sa capuche et les mains dans les poches, il attendait tranquillement près du passage piéton.

Si seulement les passants avaient été capables de le voir, ils auraient surement trouvé très étrange et même un peu inquiétant, qu'un type sans parapluie et tout de noir vêtu reste ainsi immobile au beau milieu du trottoir, le visage dans l'ombre et le corps totalement épargné par l'averse. Mais pas de crainte à avoir qu'on lui rentre dedans par inadvertance ; les gens s'écartaient instinctivement dès qu'ils arrivaient à sa hauteur, son aura funeste agissant comme un repoussoir.

De toute façon, le monde tout autour importait peu et il en profita pour fermer les yeux, juste quelques instants.

Il ressentit alors la présence des autres. Du moins ceux qui étaient en ville. 

Il y avait visiblement beaucoup d'âmes à récolter ce soir.

Dans les livres, on racontait que les Jeoseung Saja n'étaient que quatre.

Foutaises.

Ils étaient des centaines.

Quand la pluie se calma un peu et qu'il ouvrit à nouveau les paupières, ce fut pour voir un taxi s'arrêter sur le bord de la route à une dizaine de mètres devant lui.

Min Yoongi en descendit puis batailla un instant pour ouvrir son parapluie.

Les choses se déroulaient comme prévu. 

Le compte à rebours était lancé.

 

90 secondes

De l'autre côté de la rue, derrière la vitrine du Commedia dell'arte, Park Jimin attendait tranquillement son invité en souriant comme un benêt.

Parce que Min Yoongi allait arriver d'un moment à l'autre et qu'ils allaient assurément passer une merveilleuse soirée tous les deux.

Jimin l'avait trouvé tellement craquant lors de leur première rencontre, tout dépenaillé et les cheveux en vrac dans cette cage d'ascenseur. Et le charme avait continué d'opérer, sinon plus, quand ils avaient travaillé ensemble par la suite. Si d'autres trouvaient à Min Yoongi un caractère trop froid et renfrogné, lui, avait adoré son humour décapant, sa vivacité d'esprit, son côté doux et attentionné sans parler de sa magnifique paire de fesses. Bref, Min Yoongi lui avait alors sérieusement tapé dans l'œil et Jimin avait plusieurs fois voulu lui proposer d'aller boire un verre ; surtout après l'avoir repéré en train d'essayer de se fondre dans le décor au Why Not.

Oui, Min Yoongi était craquant et ce soir, Jimin avait l'impression d'être un ado enfiévré qui attendait son crush, le cœur battant.




60 secondes

Dans un crissement de pneu, la Lamborghini déboula en trombe sur le boulevard et récolta au passage une volée de coups de klaxons.

-Quoi ! Quoi ! Bande de nazes ! s'égosilla Lim Doyun en contrebraquant pour tenter de rétablir sa trajectoire.

Après y être enfin arrivé, il se rendit compte que, deux cent mètres plus loin, le feu était rouge.

Alors il lâcha un nouveau juron.

Il détestait les feux rouges.

 

40 secondes

Debout devant le passage piéton, Yoongi attendait patiemment que le symbole du petit bonhomme lumineux de l'autre côté de la rue se mette à clignoter.

Ses doigts tremblaient d'excitation et ses jambes flageolaient un peu. 

Ce moment, il l'avait imaginé de nombreuses fois en rêve et il peinait à croire que, ce soir, le rêve soit sur le point de devenir réalité.

Une bouffée d'audace mêlée d'excitation le submergea et il se fit une promesse : si tout se passait bien et que Jimin et lui finissaient par aller se promener au bord du fleuve, il ne se défilerait pas et il prendrait sa main dans la sienne.

Alors quand le bonhomme passa au vert, il s'élança presque en courant pour traverser.

 

20 secondes

La voiture de sport zigzagua un peu. En face de lui, les voies de gauche étaient occupées, un énorme bus masquait la visibilité sur celle du milieu mais celle de droite était dégagée. De part et d'autre du croisement, les autres véhicules s'arrêtaient déjà, ce qui voulait dire que ce fichu feu allait imminemment passer au vert, non ?

Alors Lim Doyun se déporta à droite...

... et il accéléra.

 

10 secondes

Plus que quelques dizaines de mètres et Yoongi allait enfin retrouver Jimin. 

D'ailleurs il l'apercevait déjà, assis derrière la fenêtre du restaurant.

Son cœur se mit soudain à battre plus fort contre ses tempes et tous les autres bruits de la rue disparurent.

 

3 secondes

1

 

 

 

La Lamborghini grilla allègrement le feu rouge et au même moment Yoongi posait le pied sur le trottoir.

Les conducteurs toujours à l'arrêt  poussèrent des « oh » indignés derrière leur volant, mais le jeune homme ne s'en rendit même pas compte.

Parce que là-bas, derrière la fenêtre du restaurant, Jimin le gratifiait désormais d'un petit signe de la main tout en affichant le plus merveilleux des sourires.

Δ Δ Δ

 

Ok...

Les évènements venaient de prendre une tournure inattendue.

Soudain, le fond de l'air se mit à vibrer.

Il réalisa alors qu'il n'était plus seul au coin du carrefour. Quelqu'un venait d'apparaître juste derrière lui et il ferma un instant les yeux.

Cette aura, ce souffle chaud contre sa nuque... Il les connaissait par cœur.

Il  les connaissait par cœur et il comprit aussitôt.

-C'est toi...

-Moi quoi ? lui répondit la voix suave et profonde de l'autre.

-Min Yoongi aurait dû mourir ici, percuté par ce chauffard.

La pluie avait cessé. Le ciel commençait même à se dégager et de l'autre côté de la rue, le "miraculé" avait enfin rejoint la table où était installé Park Jimin.

-C'est vrai.

-Bon sang, mais qu'est-ce que tu...

-Changement de plan à la dernière minute.

-Tu es intervenu de ta propre initiative pour modifier le compte à rebours ?

-Oui.

-Pourquoi ?

Le nouvel arrivant avança d'un pas et son profil se devoilà enfin. Un profil parfait, des lèvres divines, des yeux envoûtants.

Avec ce visage-là, l'autre n'avait jamais eu aucun problème pour convaincre les âmes de le suivre.

-Pourquoi ? Parce que regarde-les.

La grande fenêtre du restaurant laissait parfaitement entrevoir ce qui se passait à l'intérieur. Maintenant assis face à face avec leurs menus dans les mains, Jimin et Yoongi riaient de bon cœur. Leurs visages empourprés irradiaient d'un bonheur pur et sincère et plus rien ne semblait exister autour d'eux.

Ils étaient beaux, ensemble. Et visiblement déjà un peu amoureux.

-Tu es bien trop sentimental, râla-t-il.

-Et toi pas assez.

Un sourire mi-ange, mi-démon avait désormais pris place sur les lèvres de l'autre. Ce fichu sourire ensorceleur qui faisait mouche à chaque fois.

-On peut savoir comment tu as fait ?

-Oh rien de compliqué: une simple bousculade avec "Monsieur Lamborghini" un peu plus tôt alors qu'il sortait d'un bar. Des clés lâchées par terre. Deux secondes perdues à les ramasser. Je me suis fait traiter de connard au passage, mais tu me connais, je ne suis pas vraiment rancunier.

Evidemment. Tout était si simple avec lui.

-Unmyeong* ne va pas apprécier.

-Possible.

-Et tu risques d'avoir des ennuis avec le roi Yeomra*.

-Yeomra ne dira rien. Je suis son Saja préféré.

Oui mais cette fois, le jeu était peut-être un peu trop risqué et ça, l'autre ne semblait pas s'en préoccuper plus que ça

Il soupira, agacé.

-Taehyung, tu es-

-Je suis quoi Jungkook ? désamorça tout de suite l'autre avec douceur.

-Tu es...

Ensorceleur, démoniaque , angélique, l'amour de ma vie... 

-...incorrigible, souffla-t-ilen tentant sans grand succès de jouer les indifférents. 

-Et toi si sérieux tout le temps ! C'est pourquoi, je te propose une chose : on laisse les tourtereaux tranquilles et on profite tous les deux du fait que tu sois déchargé de boulot ce soir.

Le ronron lancinant et familier de la capitale résonnait à nouveau au milieu du flot des voitures et des passants.

C'était un samedi soir comme tant d’autres à Séoul, et il n’essaya même plus de protester tandis que l'autre attrapait sa paume pour le tirer en arrière.

-D'accord, on s’en va, souffla-t-il finalement.

Mais avant de tourner les talons, son regard coula à nouveau en direction du restaurant et cette fois, l'esquisse d'un sourire naquit sur ses lèvres.

Tout comme lui, Min Yoongi tenait à présent la main de l’homme qui faisait battre son cœur dans la sienne.

 

 

FIN

* Unmyeong : Le Destin

*Yeomra: roi du monde des morts dans la mythologie coréenne.