Chapter Text
"À ce soir !"
Bokuto claqua la porte de chez lui, vérifia que son sac contenait bien toutes ses affaires, y rangea ses clés et sortit du jardin de sa maison en courant.
Pour rejoindre son lycée, il devait marcher environ 15 minutes. En courant, il devrait l'atteindre en moins de 10, donc en maintenant ce rythme, il arriverait juste à l'heure.
Dans sa course, le grisé se maudit de ne pas avoir entendu son réveil, le jour de la rentrée scolaire qui plus est ! Il avait été contraint de se préparer en vitesse, et n'avait même pas eu le temps de manger — chose qu'il allait évidemment regretter.
Tout en se maudissant intérieurement, il observa la rue dans laquelle il venait de s'engouffrer. Les maisons défilaient les unes après les autres, toutes de taille et de couleur différentes, et le grisé se surprit à trouver dans chacune d'elles un charme qu'il n'avait jamais remarqué par le passé. Peut-être était-ce grâce au printemps, qui avait amené avec lui le soleil et fait éclore les fleurs. D'une certaine manière, tout était plus beau quand c'était le printemps. L'air était toujours frais, mais plus glacial comme l'hiver l'y avait habitué. Au bord des cours d'eau, les cerisiers commençaient à se vêtir de leur couleur rose, et les pétales des petites fleurs venaient s'échouer sur l'eau ou les ponts que Bokuto traversait en une seconde. Les arbres se couvraient de feuilles, les buissons aussi.
Le grisé perdu dans ses pensées se concentra sur la route après avoir manqué de percuter un passant qui cria de surprise.
Bokuto sentait son sang battre dans ses veines. L'air qu'il respirait entrait dans ses poumons avant d'en être expulsé. Une sensation agréable parcourait tout son corps, de sa tête à ses pieds, traversant chacun de ses muscles. Le grisé retrouvait là ce sentiment qui l'avait rendu accro au sport.
Petit, Bokuto pratiquait toutes sortes d'activités, de la course à pied à la natation, en passant par les sports nécessitant un ballon ou d'autres comme le vélo. C'était en primaire qu'il avait découvert le volley-ball, et depuis, il ne voyait plus que par ça. Très sociable, le jeune homme avait aisément su se trouver une place dans ce sport d'équipe, et avait obtenu la confiance de ses camarades, malgré son tempérament parfois difficile à gérer.
Comme il l'avait espéré, quelques minutes minutes plus tard Bokuto aperçut au loin son lycée, Fukurodani. Quelques élèves entraient encore dans l'établissement. Soulagé, le grisé ne ralentit pas l'allure pour autant, et entra en trombe dans l'enceinte du lycée. Il pénétra dans une cour et chercha du regard quelques camarades de classe qu'il connaissait déjà. Il repéra l'un de ses amis, Konoha, plus loin dans la cour, vers une des entrées permettant d'accéder aux salles de classe. Il tenta de le rejoindre, se faufilant entre les autres élèves amassés sur son chemin.
Un groupe d'étudiants qui discutaient s'écarta sur le côté et libéra la voie au grisé qui ne perdit pas une seconde et accourut vers Konoha. Cependant, alors qu'il se pressait vers son ami à seulement quelques mètres de lui, un inconnu lui coupa la route. Bokuto n'eut pas le temps de l'éviter et le percuta.
Le lycéen, qui semblait plus jeune que le grisé, laissa tomber plusieurs feuilles qu'il tenait dans ses mains. Les bouts de papiers vinrent rencontrer le sol en douceur.
"Pardon !"
Bokuto se baissa automatiquement pour ramasser les feuilles. Il les rassembla et les tendit quelques secondes plus tard au lycéen. Il releva alors la tête et découvrit, interdit, le visage de celui qu'il avait heurté.
Un océan.
Le grisé avait comme plongé son regard dans le bleu des yeux de l'inconnu, un bleu profond qui semblait pur mais tout aussi sombre et dangereux, comme une tempête qu'un marin tenterait de dompter, avant de finir avalé, lui et son navire, par les vagues déchaînées que l'orage viendrait affoler.
Il devait le fixer depuis plusieurs secondes, puisque l'inconnu détournait maintenant le regard, manifestement gêné par celui que Bokuto avait posé sur lui.
"Merci..."
Le grisé sursauta.
"Ah, euh... de rien. Au revoir !" bafouilla Bokuto.
Il s'éloigna de lui en vitesse, encore troublé par ce court échange.
Il rejoignit enfin Konoha. Ce dernier discutait avec d'autres camarades, dont Bokuto ne connaissait pas toujours le nom. Il salua son ami en souriant.
"Salut !"
"T'as frôlé le retard, toi !" répondit Konoha. "Évite de nous refaire la même ce soir, ce serait indigne du capitaine d'arriver à la bourre le jour où il y a des nouveaux joueurs," se moqua-t-il.
"Oh ça va, je ferai attention," marmonna-t-il, vexé.
Ils discutèrent ensuite de leurs emplois du temps, classes, et d'autres sujets typiques d'un jour de rentrée scolaire, avant que la sonnerie ne les interrompe et les incite à rentrer dans leur salle de cours.
❁
Bokuto sortit de classe et se dirigea en trottinant vers le gymnase qu'il connaissait si bien. Le grisé était impatient de jouer à nouveau dans cette grande salle dédiée aux entraînements du club de volley-ball.
Il entra dans les vestiaires, précédé de quelques camarades, et se changea rapidement. Il rangea son uniforme plus ou moins plié dans son sac qu'il posa sur un banc, et sortit de la pièce pour entrer quelques secondes plus tard dans le grand gymnase, un sourire aux lèvres.
Il rejoignit d'autres anciens joueurs qui étaient quant à eux positionnés autour d'une table où une jeune fille leur montrait différentes feuilles.
"Les inscriptions de cette année," expliqua l'un d'eux au capitaine qui lui avait demandé ce qu'étaient les papiers.
"On en a pas énormément, mais c'est déjà ça !" commenta la jeune fille, qui se trouvait être la manageuse du club. "Avec des joueurs comme vous pour les conseiller, ils deviendront bien assez forts, même s'ils ne sont qu'un petit nombre," ajouta-elle en sous-entendant donc qu'elle comptait sur l'ancienne équipe pour faire progresser les nouveaux.
"Ouais..." répondirent les lycéens, certains plus motivés que d'autres.
"Pour l'instant," s'exclama Bokuto, "on ne sait pas encore ce qu'ils valent, mais si ça se trouve ils n'auront même pas besoin de notre aide !"
"N'exagère pas," dit Konoha, "mais c'est vrai qu'on peut avoir des surprises."
Les joueurs se dispersèrent. Certains commencèrent à s'échauffer, d'autres discutèrent encore un instant. Bokuto se rapprocha de la manageuse pour voir les inscriptions de plus près.
"C'est l'heure, il falloir faire les présentations." déclara Yukie — c'était son nom. "On doit rassembler tout le monde."
Le grisé acquiesça, le regard toujours dirigé vers les feuilles.
"Excusez-moi..." commença alors une voix.
Bokuto releva la tête et écarquilla les yeux en découvrant à qui appartenait la nouvelle voix.
Ils reconnaissait ces yeux bleus comme l'océan.
"Tu viens pour les inscriptions ?" demanda Yukie sur un ton enthousiaste. "C'est moi qui les prends, donne-moi ta feuille je m'en occupe."
"Merci."
L'inconnu ne lui accordait pas un regard, mais Bokuto, lui, ne le lâchait pas des yeux. Le grisé observa son visage en détail, sa peau claire, ses cheveux d'ébène qui bouclaient légèrement au bout et retombaient sur sa nuque et devant ses oreilles, ses yeux bleus, ses longs cils aussi sombres que sa chevelure. Il avait une expression neutre, un air impassible.
"Bokuto ? Eh oh, on se réveille !" s'écria Yukie.
"Hein ? Mais je suis là !"
"Super, alors rassemble les autres qu'on en finisse avec ces présentations !"
Le capitaine obéit, en marmonnant quelque chose que seul lui put entendre.
Tous regroupés, les anciens joueurs écoutèrent les nouveaux se présenter un par un, en essayant de se souvenir de chaque nom. Vint le tour de celui que Bokuto avait déjà remarqué depuis un moment.
"Akaashi Keiji, enchanté. Au collège, je jouais au poste de passeur."
Ils enchaînèrent ensuite avec l'entraînement pour rattraper le temps perdu lors de ce rassemblement. Il s'agissait simplement de quelques échanges avec chaque joueur pour s'adapter au jeu de chacun — ou au moins découvrir ces manières de jouer.
Bokuto, qui attendait avec d'autres lycéens, fut appelé par la manageuse. Akaashi, juste devant le filet, était prêt à faire la passe. La jeune femme lança un ballon au grisé. Ce dernier le réceptionna et s'élança vers l'avant du terrain. Il sauta et frappa la balle qui vint s'écraser de l'autre coté du terrain en faisant un grand bruit.
"Ouah !"
Le capitaine sautilla sur place, les poings serrés. Il l'avait senti, ce sentiment tellement grisant, lorsque la balle était arrivée pile dans sa paume.
"Akaashi, ta passe était géniale !" s'écria-t-il en se tournant vers l'intéressé.
Le noiraud le regardait, toujours calme.
"Merci, Bokuto-san."
