Chapter Text
4 octobre 1999, Manoir des Parkinson.
Le petit jour venait à peine de se lever, inondant le Manoir Parkinson de sa lumière froide, lorsque Pansy fut brusquement tirée de son sommeil par une voix. La jeune fille se blottit dans ses couvertures, essayant désespérément de retourner dans l'atmosphère bienheureuse de son rêve, où elle se promenait dans un grand jardin aquatique et…
« Miss Pansy ! Miss Pansy ! Il faut se réveiller ! »
Une main arracha d'un geste ferme les épaisses couvertures des mains crispées de la jeune Parkinson et celle-ci sentit un regard désapprobateur.
« Miss Pansy, levez-vous voyons ! Votre mère vous attend pour manger ! »
Pansy resta allongée sur son lit dans un dernier effort pour se rappeler ce rêve si détendant, ignorant les remarques légèrement agacées de Tiny, l'elfe de maison à sa charge. Celle-ci fronça les sourcils puis ouvrit grand les hautes fenêtres, laissant le froid mordant s'engouffrer dans la pièce.
Pansy gémit, et se leva lentement en attrapant au passage son peignoir, laissé sur le sol le soir d'avant. D'un air mi-fatigué, mi-énervé, elle regarda son elfe.
« C'est bon ! J'allais me lever !»
Tiny prit un air peu convaincu, ramassa les couvertures et les étendit à une des fenêtres, en se penchant pour admirer le grand jardin à l'anglaise de la propriété.
De là où elle se trouvait, l'elfe de maison avait une magnifique vue sur les allées sinueuses bordées d'une multitude de bosquets, de haies et de petits bancs. Quelques massifs de nérines et d'asters venaient apporter des touches de couleurs à la végétation rendues morne par l'automne. De grandes arches couvertes de clématites surgissaient de ci et de là, invitant à la promenade. Derrière une de ces arches s'activait une sorcière d'âge mur, la baguette pointée vers le sol.
« Maman a encore dû lui demander d'égaliser les parterres d'anémones. A l'entendre, on dirait que notre jardin en est envahi. »
Tiny qui n'avait pas entendu sa jeune maîtresse se glisser à côté d'elle eut un mouvement de surprise que Pansy, concentrée sur les mouvements nets de la jardinière, ne sembla pas remarquer.
« Mais vraiment, à quoi pense-t-elle ? soupira la sorcière, toujours dans ses pensées. Personne ne va jamais dans cette partie du jardin de toute façon. Ou plutôt, personne de sobre... Mais je ne me rappelle pas qu'elle se soit particulièrement énervée la fois où Théo avait vomi dans les clématites à ma fête d'anniversaire. » Elle leva les yeux aux ciels. « Ces satanées anémones, c'est une obsession chez elle. »
Un long silence s'écoula. La fête d'anniversaire s'était déroulée en l'honneur de ses 16 ans. Ils n'étaient pas censés boire mais la mère de Pansy n'était jamais très regardante quand des garçons de bonne famille se permettaient un peu trop de choses. « Il faut bien qu'ils s'amusent », avait-elle commenté d'un ton un peu absent face au regard désemparé de sa fille. C'était avant la guerre, et à l'époque, Pansy n'avait pu imaginer rien de pire que cette situation injuste où ses amis pouvaient s'enivrer alors qu'il lui était interdit de boire plus d'un verre de champagne. Avant la guerre... Soudain saisie par le froid, elle s'éloigna de la fenêtre. Inutile de se perdre dans des réflexions sans but. Se sentant tout d'un coup plus réveillée, elle lança un regard irrité vers son elfe de maison qui avait discrètement repris ses activités.
« C'est ma mère qui t'a demandé de me réveiller si tôt ? »
Elle n'eut pour réponse qu'un regard légèrement coupable qui confirma ses doutes -même s'il y avait de toute façon peu de chance que ce soit l'œuvre de quelqu'un d'autre. La jeune fille leva les yeux aux ciels et sortit de sa chambre en trombe. Tiny l'entendit dévaler les escaliers en criant :
« Maman ! Tu penses vraiment que nous avons des sous à dépenser pour le jardin ?! Il faut vraiment qu'on parle du budget ! »
Seules des années d'entraînement empêchèrent Pansy de lever une nouvelle fois ses yeux au ciel quand elle entra dans le petit salon où elle prenait généralement son petit-déjeuner : Madame Parkinson, vêtue d'un déshabillé blanc était assise dans l'un des épais fauteuils de la pièce dans une pose parfaitement étudiée et le visage parfaitement lisse malgré sa cinquantaine d'année.
« Un toast, ma chérie ? demanda-t-elle avec un grand sourire, ignorant complètement les cris de sa fille. Elle fit un geste nonchalant et après un bruit retentissant, Tiny apparut et s'empressa de beurrer une petite pile de toasts. Pansy poussa un soupir pesant mais s'assit quand même lourdement dans un fauteuil. Son assurance s'effondrait toujours rapidement devant l'attitude soigneusement étudiée de sa mère. Tant pis, elle trouverait bien un moyen de parler enfin des restrictions monétaires qu'elle jugeait bon de mettre en place et il était dur d'ignorer les effluves délicieux lui parvenant de la table. Elle entreprit donc d'enfourner dans sa bouche le plus de saucisses qu'il lui était possible de mâcher, son comportement aux antipodes de celui gracieux de sa mère. Celle-ci eut d'ailleurs un tressaillement devant le spectacle peu appétissant que lui offrait sa fille. Elle garda néanmoins son large sourire et continua :
« Alors, bien dormi ?»
Pansy haussa un sourcil et posa sa fourchette pleine de saucisses dans son assiette.
« Mère..., commença-t-elle, la voix déjà remplie de lassitude. Pourquoi envoyer Tiny me réveiller à l'aube ? Que se passe-t-il ?»
Permelia Parkinson eut un sourire indulgent.
« N'exagérons rien, ma chérie. Il est presque huit heures passées. Et puis, ai-je besoin d'une raison pour déjeuner avec ma fille ? Je ne te vois plus autant qu'avant ; tu es toujours enfermée dans ta chambre et nous ne pouvons jamais avoir un moment à nous.
- A qui la faute ? répliqua Pansy, agacée. Tu es toujours en train de préparer une multitude de galas, de réceptions et d'autres rendez-vous mondains qui me passent par-dessus la tête. Avons-nous vraiment les moyens de payer pour tout cela, d'ailleurs ?
-Mais tu adorais tous ces « rendez-vous mondains » avant..., dit sa mère d'un air contrit, ignorant sa question. Tu aidais toujours à préparer les plans de tables, tu te rappelles ?»
Pansy poussa un soupir frustré.
« J'avais 16 ans, Maman, la dernière fois que je t'ai aidé à préparer un plan de table ! J'ai changé maintenant, et mes goûts aussi.
-Mais même si tu ne veux pas m'aider à préparer mes réceptions, rien ne t'empêche de venir au moins y participer !
-Je vais à chacune des fêtes que tu prépares ! C'est-à-dire à toutes les fêtes, comme tu adores participer à ce genre de choses ! Et tu n'as pas répondu à ma question ! Es-tu sûre qu'on puisse se permettre de payer tout ceci ?
-Mais je t'y vois à peine ! Tu y fais un tour pendant une heure tout au plus et après tu disparais. Et puis la dernière fois, tu as été à la limite de l'impolitesse avec Madame Malefoy. Elle voulait simplement savoir si...
-Maman ! la coupa Pansy en haussant la voix. Arrête !
Permelia Parkinson regarda sa fille d'un air choqué puis se leva avec raideur.
« Si tu persistes à me parler sur ce ton, je m'en vais. »
Elle fit quelques pas vers la porte puis se retourna d'un geste théâtral.
« Une lettre des Lavernette-Saint-Maurice est arrivé ce matin. Je voulais que nous en parlions toutes les deux mais je vois que tu es de trop mauvaise humeur pour cela. Dommage, je crois que cela pourrait t'intéresser. »
Pansy serra la mâchoire en la regardant fermer la porte. Pendant un court moment, elle se sentie envahie d'une vague de découragement. Depuis que sa mère était rentrée de France, elle persistait à faire comme si la guerre était un lointain souvenir sans conséquences pour elles deux.
Sale petite garce. Tu auras ce que tu mérites.
Pansy poussa un soupir las en reposant le bout de papier sur la petite pile de lettres posée sur la table basse devant elle. Elle était habituée à ce genre de menaces, mais ce n'était jamais une partie de plaisir de devoir trier le courrier qu'elle recevait. C'étaient souvent les mêmes insultes, les mêmes mots découpés dans du journal et collés sur le papier blanc. Parfois elle en recevait même dans la journée. C'étaient alors souvent des bouts de feuilles, clairement déchirés dans des manuels scolaires et couverts de mots griffonnés qui tentait maladroitement de l'offenser.
Dans ces moments-là, Pansy se souvenait du moment où elle s'était levée dans la Grande Salle et où elle avait crié le nom de Potter, souhaitant désespérément une porte de secours face à Vous-Savez-Qui. Si seulement elle était restée assise, si seulement elle n'avait pas ouvert la bouche, alors personne ne se rappellerait elle. Elle ne serait qu'une ultime lâche comme de nombreux étudiants ayant fui avant la Bataille et personne ne se rappelait de ces gens-là. L'Histoire ne retenait que les plus bruyants et avec cette action, inutile d'espérer retourner au silence.
Le pire était d'endurer les regards de pitié lorsqu'elle avait le malheur de recevoir une de ces lettres devant du monde. Elle gardait un souvenir cuisant du jour où elle avait reçu une beuglante devant les amies de sa mère qui s'étaient empressées de partir comme si, à leur tour, elles seraient frappées de la marque des traîtres.
La jeune femme savait très bien que la seule raison pour laquelle elle était toujours invitée aux nombreux galas et rencontres était seulement que sa mère ne semblait pas vraiment se rendre compte du nouveau statut de paria de sa fille et tenait à l'inviter, en tant qu'organisatrice, à toutes les réceptions. Pansy faisait en sorte de ne pas s'y éterniser depuis le jour où elle y avait croisé Hermione Granger, en grande conversation avec des sorcières qui minaudaient, apparemment soucieuses de se faire bien voir des « gens bien ». Pansy avait cru comprendre que Granger tentait de trouver des sympathisants pour une énième cause mais avait préféré s'éclipser avant de se faire repérer.
Tout était devenu tellement bizarre depuis la fin de la guerre. Les gens qu'elle avait cru connaître s'était évaporés, ceux au pouvoir alors étaient ceux méprisés maintenant et même les rues lui semblaient différentes. Il régnait dans le monde sorcier une sorte d'exaltation permanente. Elle entendait fréquemment des gens tout juste sortis de Poudlard qui annonçaient leur fiançailles, puis leurs mariages. De nouvelles boites de nuits sorcières avaient été inauguré récemment aux environs de la rue de Traverse et le magasin de farces et attrapes des jumeaux (ou plutôt du jumeau) Weasley restait ouvert jusqu'à tard le soir. Mais Pansy ne partageait pas ce sentiment pressant de devoir vivre à tout prix. Tout semblait bouger trop vite autour d'elle et elle seule restait immobile, comme soumise à un enchantement. Parfois, elle avait l'impression qu'il n'y avait qu'elle qui remarquait les regards paniqués lors d'un bruit trop fort ou la vente record de potions de Sommeil. Elle avait l'impression d'être la seule à lire ces petits entrefilets dans le journal annonçant des suicides d'adolescents, les mêmes qu'elle avait vu à Poudlard torturer et être torturés par leurs camarades. Elle avait l'impression d'être la seule à comprendre que les morts d'anciens ou de prétendus mangemorts étaient pour la plupart des lynchages ou des « bavures » d'aurors, sans aucune considération d'une vraie justice.
Un bruit d'explosion la tira de ses pensées et elle s'aperçut que son coude ayant heurté la pile de courriers, celle-ci venait de s'effondrer provoquant l'explosion d'une des lettres encore non-ouvertes.
« Charmant, murmura Pansy en examinant la tache de roussi sur le sol.
Tiny s'efforçait d'habitude de ne lui donner que le courrier qu'elle avait jugé non-dangereux mais il arrivait que sa vigilance soit trompée. Il est vrai que sa charge de travail était devenue lourde après le changement des lois sur le travail des elfes de maison et surtout sur le salaire minimum obligé. La guerre, et surtout les nombreux procès ayant ruinés ou amenuisés les fortunes de la plupart des familles sang-pur, nombreuses étaient les familles qui s'étaient vues forcées de vivre avec seulement un ou deux elfes de maison.
Même Madame Parkinson qui avait fui en France pendant la majeure partie de la guerre n'avait pu conserver que deux elfes de maison sur la petite trentaine qui travaillait à ses ordres et cela se ressentait. Les elfes de maison avaient toujours su se faire discret, mais il était dur d'ignorer ce sentiment de solitude. Plus aucun bruit de casseroles s'entrechoquant ne parvenait aux oreilles de Pansy. Plus personne ne venait lui demander si elle voulait une tranche de cheesecake ou un sandwich. Il lui arrivait de passer des après-midis à arpenter les couloirs vides et plus le temps passait, plus il était évident qu'elle ne parviendrait pas à retourner le Manoir dans sa gloire d'antan. Oh bien sûr, leurs invités, qui ne restaient que dans l'aile principale, toujours propre et accueillante ignoraient totalement cela mais Pansy, elle, voyait les efforts collectifs de sa mère et des elfes de maison pour cacher la réalité.
Et cette réalité était tout simplement celle-ci : Lentement mais sûrement, la fortune des Parkinson était en train de sombrer.
