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Language:
Français
Collections:
Seven Deadly Sins Fest
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Published:
2023-11-01
Words:
1,539
Chapters:
1/1
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11
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8
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106

Le Ver dans la Pomme

Summary:

Depuis que tu es petit, tu aimes trier les pommes dans les cagettes que rapporte ta mère des landes de son enfance. Tu aimes toucher et regarder chaque pomme sous chaque angle. Tu te plais à tourner et retourner les pommes devant ton œil aiguisé. Tu vois toujours si le moindre trou entaille de façon fatale la peau tantôt lisse, tantôt rugueuse du fruit. La moindre cicatrice accroche ton regard, le moindre trou naissant heurte ta sensibilité exacerbée. Tu ne te trompes jamais de jugement.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Depuis que tu es petit, tu aimes trier les pommes dans les cagettes que rapporte ta mère des landes de son enfance. Tu aimes toucher et regarder chaque pomme sous chaque angle. Tu te plais à tourner et retourner les pommes devant ton œil aiguisé. Tu vois toujours si le moindre trou entaille de façon fatale la peau tantôt lisse, tantôt rugueuse du fruit. La moindre cicatrice accroche ton regard, le moindre trou naissant heurte ta sensibilité exacerbée. Tu ne te trompes jamais de jugement : tu déposes les pommes parfaites dans la corbeille, tu tends les pommes à cuire à ta mère, tu jettes les pommes pourries sur l’elfe de maison qui te dégoûte le plus.

Tu choisis les présents que le monde t’offre.

Tu sélectionnes les fruits et les pousses les plus prometteurs. 

Tu tries les serviteurs en herbe que la terre te propose.

Tu ne te trompes jamais.

Tu ne dois jamais te tromper.

.

Les cagettes de sorciers qui te sont fournies à ton entrée à Poudlard sont une nouvelle source de fruits à calibrer. Le premier tri est efficace et précis. Un simple coup d’œil te permet de juger d’emblée l’arbre dont vient le fruit. Si la racine est faible, le fruit sera sans goût ni utilité. Si la racine est tortueuse, le fruit sera gâté… mais te gâtera : les mauvaises graines cherchent toujours une branche robuste sur laquelle pousser. Si la racine est belle et droite, elle pourra s’épanouir autour de toi.

Malheureusement, peu de fruits viennent d’arbres bien entretenus.

Quant aux fleurs… soit elles sont tachées par la maladie, soit elles fanent comme elles respirent.

.

Alors tu fais lustrer les quelques fruits qui te paraissent les moins choqués, et tu tournes ton regard sur les fleurs de ta branche.

La fleur d’où tu viens est d’un noir somptueux, une de ces tulipes qui ont ébloui le regard des hommes la première fois qu’ils les ont vues. C’est elle qui t’a appris à trier les fruits, à te méfier des mouches, des vers, des parasites, de la grêle et du vent. Elle aurait voulu garder ses pétales autour de toi pour t’avoir pour elle toute seule, mais tu avais besoin d’air ; tu avais besoin de respirer.

La fleur qui t’a élevé est plus loin sur la branche, moins terre à terre. Elle ne supporte pas que tu tries les pommes avec tes mains. Sa voix de grand-mère a gardé une vivacité qui coule dans les nervures de tes veines. Elle ne voit pas autant les fruits les uns après les autres que les cagettes les unes après les autres. Elle t’apprend les prix de gros. Elle t’apporte des vues globales sur les grappes. Elle nettoie tes mains et te fait parler la tête assez haute pour dépasser les fruits dont les arbres sont chargés.

La fleur si semblable à ta mère t’éblouit. Elle est fleur de lumière sur cette branche terreuse et froide. C’est elle qui referme sa corolle sur tes épaules avec son rire éblouissant de soleil. Vos jeux fraternels frémissent à travers les plaines riantes des vergers de vos ancêtres.

Mais ta sœur court plus vite que toi. Et un jour, elle ne se retourne pas.

La fleur que tu aimais tant t’oublie.

Et les fleurs des autres arbres sont pourries.

.

Chaque soir, une goutte de rosée perle sur la surface lisse et rugueuse de ta joue. Chaque soir, tu pries pour que personne ne la voit gâter ta peau et ton caractère acide. Ta sœur est une fleur fanée, fanée par un bourdon grossier. Elle ne mérite pas que tu pleures la lumière qui s’en est allée. Elle ne mérite pas que tu l’attendes et que tu l’espères.

Mais sa lumière solaire te manque. Ton avenir héliotrope ne sait plus vraiment où se tourner. Tes espoirs changent d’horizon. Tu cherches un autre astre, une autre cible à viser, à visiter, à regarder.

Fruits, fleurs, insectes : tu te perds dans la forêt de l’orbe terrestre.

Peut-être faut-il regarder dans toute la galaxie.

Mais les planètes ne sont guère nettes.

Au moins sont-elles proches d’une étoile solaire.

.

Un sépale tombe un matin sur la porte de ta chambre. Il appartient à une fleur de ta branche qui ne perd jamais ses pétales, elle a trop de tenue pour cela. Mais elle oublie un discret sépale en essuyant la rosée de ta joue. Et cette fleur-là, cette hémérocalle noire, brille aussi dans la nuit. Elle y devient même lumineuse, une Diane qui accepte la place de l’ombre : digne, sereine, tenace.

.

Quand l’hémérocalle noire parle, tu ne vois désormais plus qu’elle. Chaque grain du parfum qu’elle dégage emplit tes poumons. Tu respires enfin pour la première fois. Tu ne cherches plus un soleil comme un mendiant des pôles. Tu n’as plus besoin de rayons d’un astre qui sera toujours loin de toi. Tu veux l’odeur de cette fleur comme fil d’Ariane.

Mais tu attends, tu guettes, tu regardes sous chaque angle le fruit que la terre nourricière te propose. Tu repenses aux cagettes, aux trois possibilités. La corbeille, la main de ta mère, la saleté de l’elfe.

L’hémérocalle noire n’a rien à faire avec la saleté. C’est assuré.

Mais doit-elle être seulement regardée ou plutôt prise en main ? Doit-elle rester dans le cercle de ta vie ou être façonnée pour un meilleur avenir auprès de toi ? Est-elle déjà parfaite ou y a-t-il quelque chose à enlever ?

Alors tu patientes, tu observes, tu attends la preuve que la belle de jour saura aussi s’élever avec toi dans la noirceur de la nuit.

.

Son rire ne résonne jamais vulgairement. Son sourire lui-même n’est jamais outrancier. Ses robes sont d’une sobriété élégante, qu’un gallon de métal précieux réhausse de noblesse. Elle ne parle jamais en vain, elle ne respire même jamais inutilement.

Depuis le soir du sépale réconfortant, elle accepte que tu l’accompagnes où elle souhaite se rendre. Elle te sourit toujours avec approbation quand tu lui présentes ton bras. Elle est plus grande que toi, plus âgée aussi, mais elle ne s’en formalise pas, et toi non plus. Les arbres vivent plus vieux que les feuilles, les fruits et les fleurs qu’ils portent.

Elle accepte que tu l’accompagnes chez l’apothicaire. Elle ne pose pas de questions, et tu peux lui parler de ce qu’il te plaît ; elle t’écoute toujours. Elle te donne quelques conseils pour l’année à venir. Tu lui en prodigues également. Vous vous souriez. Vous riez peut-être à un de tes bons mots ou à une de ses remarques cinglantes. Quand vous êtes en tête-à-tête, elle a un humour pince-sans-rire et caustique qui te plaît énormément.

Puis vient la preuve que tu attendais, la preuve qu’elle n’est ni bonne pour la corbeille, ni pour la main de ta mère, mais qu’elle est bonne pour ta main à toi.

— Bon sang, qui a osé me marcher sur les… Walburga, quelle surprise de vous voir !

— Titus Craggy, dit-elle du bout des lèvres et il peut entendre la pointe acidulée.

— Vous sortez votre petit cousin au magasin de Quidditch ? Oh, comme c’est adorable !

— Mon cousin, l’héritier de la Noble et très Ancienne Maison des Black, m’accompagne chez l’apothicaire.

Tu n’as pas besoin de détourner ton regard satisfait de ta cousine pour voir le visage aigre de ce traître de Titus Craggy. L’hémérocalle noire fleurit chaque jour de remarques précises et adroites, mais depuis que tu veilles sur elle, c’est la première fois que tu entends tout son honneur et son orgueil s’ouvrirent sans ambages et sans ombre pudique.

C’est la fleur fière et altière qu’il te faut. C’est celle que tu cueilleras cette nuit et les nuits prochaines. C’est celle sur qui tu règneras et qui règnera sur le monde avec toi.

.

La fleur se fait désirer. Elle hésite. Elle recule. Elle prétend vouloir faire les choses dans l’ordre. Tu t’y plies difficilement, puis tu perds patience.

.

Tu la croques un soir avant le repas de fête. Tu la croques plusieurs fois en vain. Rien ne vient pendant de longues années malgré ton application et ses certitudes fleuries. 

Chaque mois, ta fleur affirme avec une hauteur assurée qu’il manque une union splendide, publique et éclatante. Que ça se passe dans sa tête. Que ce n’est pas digne de vous. Que ce manque empêchera toujours les bourgeons d’éclore. 

.

Mais votre mariage lui-même ne suffit pas à produire les graines tant désirées. La vie promise reste stérile encore plusieurs années.

.

Les fruits de ton choix arrivent enfin. La fierté vous inonde. 

Mais ces fruits tardifs s’avèrent décevants. 

.

Vos fruits ont pourri. L’un est tombé dans la mauvaise cagette, l’autre dans une rivière par-delà tes vergers.

Il n’y a plus de graines à planter.

.

Tu es seul avec ta fleur. Vos champs autrefois riches se trouvent désolés. 

Elle ne comprend pas. Elle ne comprend plus.

Elle ne te comprend plus.

.

La peau de la pomme a beau être superbe , tu ne peux te fier à personne finalement.

.

Même l’hémérocalle noire te pousse à bout. Elle ne comprend pas que les autres branches sont dangereuses. Elle devient écrasante. Envahissante. Elle s’accroche à une splendeur qui n’existe plus. Tu t’agaces un peu. Tu t’énerves beaucoup. Elle aussi. Tu es fatigué de trier.

.

Peut-être n’as-tu pas compris quel ver se trouvait dans ta pomme, Orion.

Notes:

Contraintes :
Vice : Orgueil (d’Orion… ou de Walburga… et d’Orion… héhé : qui est la pomme : Orion ou Walburga ? Je vous laisse choisir, ou non d’ailleurs !)
Citation : Avoir trop d’amour propre pour présenter ses excuses peut avoir des conséquences ravageuses. (Walburga ne présente pas ses excuses à Titus Craggy lorsqu’elle le bouscule ou lui marche sur le pied, et Orion y voit le signe qu’elle sera bien pour être son épouse… et toutes les conséquences qui s’ensuivent)

Chanson : Crazy in love.
Des petites notes :
Orion Black. Sa mère est Melania Macmillan-Black (la tulipe noire). Sa grand-mère Hesper Gamp-Black (la deuxième fleur). Sa sœur Lucretia Black-Prewett (la troisième fleur). Sa cousine puis épouse Walburga Black-Black (l’hémérocalle noire).
ἡμεροκαλλές, έος-οῦς (τὸ) : hémérocalle, lys jaune qui fleurit seulement pendant le jour. Signifie littéralement beauté du jour, belle de jour.
superbus, a, um : orgueilleux, superbe, fier, altier, hautain, insolent.

 

Le Ver dans la Pomme_Juliette54