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Trigonométrie

Summary:

"La réalité de ce qu’il venait de faire ne le frappa que quand leurs lèvres se touchèrent. Par la même, il réalisa que son ami lui rendait son baiser sans la moindre hésitation, glissant aussitôt sa langue brûlante entre ses lèvres. Par réflexe, il les entrouvrit, laissant Sidjil s’y engouffrer pour caresser sa langue de la sienne, explorer son palais, tracer le contour de ses incisives, jusqu’à le laisser hors d’haleine. Une main ferme vint alors se poser sur sa nuque, doigts agrippés à la base de ses cheveux, et Sidjil attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents pour la mordiller avec douceur.

Quand il la relâcha enfin, ils se séparèrent le souffle court. Le sang pulsait dans les oreilles de Maxime comme un tambour."

Ou : quatre fois où Sidjil et Maxime s'embrassent et où Maxime doit se rappeler que ça ne veut rien dire du tout, une où il peut arrêter.

Notes:

Postée en anon parce que j'assume pas d'être cringe au point d'écrire du RPF, mon Dieu moi qui me croyais au-dessus de ça :')
Je précise bien évidemment que tout ceci est de la pure fiction, basée sur l'image qu'ils renvoient d'eux dans leurs vidéos et non la réalité. Respect et amour à leurs copines, surtout Marine vu qu'apparemment certains savent pas se tenir (allez toucher de l'herbe sérieusement).

Et juste au cas où, vu que je sais que Maxime veut lire une fanfiction en live avec Djilsi un jour : si par le plus grand des hasards vous tombez sur celle-ci les gars PAR PITIÉ NE LA LISEZ PAS OU JE ME FAIS HARA KIRI, JE SUIS SÉRIEUSE.

Et pour tout le monde d'autre : lisez les notes de fin avant de me juger pour le Champomy svp.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

1.

 

Il lui avait bien fallu se faire une raison : à 14 ans, Maxime ne dépassait pas le mètre 60 et devait peser dans les 45 kilos tout mouillé. S’il voulait impressionner ses potes et se trouver une copine un peu plus tangible qu’Emma Watson dans ses rêves, il n’allait jamais pouvoir jouer sur sa musculature ou sa virilité.

L'avantage quand tu as compris que tu ne passeras jamais pour Booba, c'est que tu peux renoncer à essayer. Avec les années, quand il repenserait à tous ces potes de collège qui roulaient des mécaniques en public, s’inventaient des parties de jambes en l’air pompées sur des films pornos et jouaient les habitués avec les doigts tremblant autour de leurs premiers joints, il se dirait que quelque part, il avait échappé à certains souvenirs honteux, du genre qui tiennent éveillé la nuit.

Toujours était-il qu’il lui avait fallu autre chose. Coup de bol : il avait l’humour. L’arme ultime des gringalets, des cibles faciles, de ceux qui se cachaient au moment de se déshabiller dans les vestiaires de sport, avec deux cartouches dans le barillet : une pour renvoyer la balle, l’autre pour se flinguer en premier. Façon 8 Mile. Façon Cyrano de Bergerac, le zen qui va avec.

Le problème de cette technique, c'était qu’une fois découverte, elle était devenue son joker, sa carte “sortir de prison”. Dingue comme c'était facile de se faire des potes quand on n’avait aucun problème à faire le bouffon, à se ridiculiser. Et comme chaque fois, ça marchait un peu mieux, alors chaque fois, il allait un peu plus loin.

Il avait fallu une ou deux années pour qu’il pousse le délire jusqu'à embrasser ses potes.

À vrai dire il ne savait même plus pourquoi c'était drôle, juste que c’était grotesque quelque part, un peu humiliant peut être, le genre de trucs que les gros durs de l’époque du collège n’auraient pas fait pour tout l’or du monde. Une sorte de test de bravoure, mine de rien, que Maxime, lui, passait haut la main.

Ça restait ponctuel bien sûr, parce que même si ça le faisait marrer, c’était toujours un peu dégoûtant. Un smack une fois, ok, mais pas plus d’une fraction de seconde. Et puis, en face, il fallait un gars qui soit prêt à relever un défi aussi stupide sans honte, juste pour amuser la galerie, ce qui ne courait pas les rues.

Quand il avait rencontré Sidjil, il ne l’avait pas pris pour ce genre de mecs. Pas du tout. Pas qu’il n'était pas drôle, mais bon. Il était grand, musclé, populaire, il savait faire des saltos arrières. En gros, si Maxime était Cyrano, Sidjil était Christian ; pas sûr qu’ils aient beaucoup en commun, ou qu'ils surpassent un jour le stade de connaissances desquelles on n’attend pas plus qu’un message à la nouvelle année.

Pourtant voilà, c'était inexplicable et absurde, mais il avait suffit de quelques mois d’entraînement à la F4 pour que Maxime découvre que Sid n’était pas qu'un beau gosse un peu sympa, mais aussi une de ses personnes préférées sur Terre. Surprise !

Tout s'était enchaîné avec une facilité déconcertante : les vannes, les étreintes, les regards complices, les encouragements, les grandes déclarations, les idées débiles à 3 heures du matin une veille d’entraînement, les vieux délires qui semblaient renaître sous un jour nouveau.

Parce que oui, difficile de dire quand ou comment, mais ils avaient commencé à s’embrasser. Une fois. Deux. Six. Après la dixième, Maxime avait arrêté de compter. En gros, c'était chaque fois qu'une caméra se trouvait sur eux. C’était leur truc.

Ce jour-là, la caméra était celle de Squeezie. Maxime, Djilsi, Théodort et Billy étaient tous entassés sur un canapé, tandis que leur hôte expliquait le nouveau concept aux viewers à l’aide d’un tableau blanc et d’un feutre noir. Ils avaient depuis longtemps décroché des schémas comiquement élaborés de leur ami, s’occupant plutôt à se pousser hors du canapé trop petit.

“Oh les gars, suivez un peu !” les rappela à l’ordre Lucas, avant de reprendre ses explications de plus en plus embrouillées.

“Même en écoutant on comprend rien,” plaisanta Sidjil, profitant du rire de Théodore pour le mettre à terre.

Sous le faux air exaspéré de Lucas, les quatre reprirent de plus belle leur bataille.

“Les gars ! J’explique les règles, oh !”

“Pardon, pardon Squeez’, continue on est super attentifs, promis,” dit Maxime, détournant aussitôt son attention du tableau blanc pour jeter une œillade entendue à Sidjil, qui la lui rendit. Ils se penchèrent en avant pour un smack rapide sous les protestations de Lucas.

“Mais c'est pas possible ! Toujours vous vous galochez sur ma chaîne, les deux. Écoutez-moi plutôt !”

“C'est pas une galoche ça, frère,” dit Sidjil.

“Ouais, je plains ta meuf là,” renchérit Théodore.

“Ah bon ?” Lucas feint la crédulité. “Mais c'est pas comme ça qu’on fait les bébés et tout ?”

“Ben non, pas du tout. C’est chaud, tu savais pas genre ?”

“Merde, j’ai toujours fait comme ça moi.”

“Bah attends on te montre comment faut faire, t’inquiète,” dit Maxime et, sans réfléchir, il fondit une fois de plus sur la bouche de Sidjil.

La réalité de ce qu’il venait de faire ne le frappa que quand leurs lèvres se touchèrent. Par la même, il réalisa que son ami lui rendait son baiser sans la moindre hésitation, glissant aussitôt sa langue brûlante entre ses lèvres. Par réflexe, il les entrouvrit, laissant Sidjil s’y engouffrer pour caresser sa langue de la sienne, explorer son palais, tracer le contour de ses incisives, jusqu’à le laisser hors d’haleine. Une main ferme vint alors se poser sur sa nuque, doigts agrippés à la base de ses cheveux, et Sidjil attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents pour la mordiller avec douceur.

Quand il la relâcha enfin, ils se séparèrent le souffle court. Le sang pulsait dans les oreilles de Maxime comme un tambour.

Il lui fallut une seconde avant d’assimiler à nouveau son environnement, en l’occurrence Billy, plié de rire sur l’accoudoir du canapé, Théodore, le visage enfoui dans sa main, et Lucas, bouche-bée, qui les fixait yeux écarquillés. 

“Les gars. Je suis même pas sûr que ça soit autorisé sur Youtube ce genre de kiss,” finit-il par lâcher.

L’hilarité de Billy les gagna tous, Maxime compris. Toujours un peu dégoûtant , se rappela t-il. Un smack une fois, ok, mais pas plus d’une fraction de seconde.

Il évita avec précaution de croiser le regard de Sidjil.

 

2.

 

Jamais Maxime ne s’était demandé s’il savait embrasser. Sa première copine lui avait dit un jour qu’il utilisait trop de salive, mais le consensus général depuis semblait être qu’il faisait le taf, alors il ne se posait pas plus de questions. En quittant le tournage de Lucas, il se disait pourtant que, peut-être, la question méritait d'être posée.

Pour lui, un baiser réussi comprenait toujours trois étapes. Pour commencer, un simple contact, lèvres contre lèvres, chaste et doux puis de plus en plus pressant. Ensuite, un entremêlement des souffles, bouches entrouvertes bougeant l’une contre l’autre comme deux jumelles. Enfin, une caresse des langues, subtile, s’aventurant parfois un peu plus loin en quête d’un gémissement.

Simple, efficace, garanti à toute épreuve. Mais merde, Sidjil avait peut être ruiné sa vie au moment où il s'était mis à dessiner des arabesques contre son palais. Est-ce que Maxime avait passé toutes ces années à côté de la plaque ? Est-ce que le reste du monde embrassait avec la ferveur d’un assoiffé découvrant une oasis ?

Il envisagea un instant de questionner Elian pour se rassurer, avant de réaliser l’absurdité du scénario. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui dire ? “Salut frère, Sid m’a roulé un giga patin là, et depuis j’ai l’impression d'être resté puceau toute ma vie. Toi quand t’embrasses une meuf tu fais quoi avec ta langue ?”

Il avait fait rire la galerie, maintenant il fallait passer à autre chose. Ranger cet épisode étrange quelque part dans un coin de sa tête avant qu'il ne gâche leur truc.

Au moins une bonne nouvelle : aucune trace de malaise chez Sid, dont le comportement restait identique à l’habitude. Le lendemain même du tournage, Maxime reçut un message de lui, qu’il ouvrit aussitôt.

Sid

| yo mon Max j'espère que ça va depuis hier. On voulait faire une rando aux gorges d’Apremont avec Manas samedi, est ce que ça vous chauffe avec Elian?
| pas pour une vidéo juste entre potes :)

Max

| Bah chui chaud de fou mon frère :)
| Jdemande à Alain de suite mais je pense que c’est oui pour lui aussi
| ***Elian

Sid

| mdrrr
| tu me diras pour Alain

La dernière fois que Maxime avait fait une vraie randonnée, il avait maximum 17 piges et passait son bac montagne. Pas sûr qu’il ait maintenu une grande endurance depuis toutes ces années donc, mais pour une après-midi avec Manas, Sid et Elian, il aurait accepté un tour de France en tricycle.

Cet état d’esprit s’étiola au fur et à mesure de l’après-midi du samedi.

La première heure, tout se déroulait à merveille. Premier point positif : la forêt de Fontainebleau était magnifique. Plutôt du genre casanier, Maxime prenait rarement la peine de sortir, mais même lui devait reconnaître le charme du paysage, avec ses blocs de grès fichés entre les arbres et son parterre de fougères. Second point positif : Sidjil. Enfin, Sidjil, Manas et Elian. La conversation allait bon train, rebondissait de rires en rires – la “Route du Cul de Chaudron” à elle seule les fit ricaner pendant dix bonnes minutes.

La deuxième heure s’avéra plus ardue, alors que le chemin accidenté par les roches commençait à grimper. Même si sa carrure ne le laissait pas deviner, Maxime était d’ordinaire un gars plutôt sportif, pas une petite chose fragile ; hors de question donc de reconnaître que la côte entamait peu à peu les rares heures de sommeil qu’il s’était accordées, tandis que ses trois amis trottaient en tête.

Après la troisième heure de marche, il traînait franchement derrière, assailli de points de côté.

Cela n’échappa pas à Manas, qui ralentit un peu l’allure pour laisser Maxime le rattraper. Quand ils se trouvèrent à la même hauteur, il passa son bras autour des épaules de son ami. “Ça va mon gars ? Ça fait dix minutes que tu parles plus.”

“Je suis mort. Avec vos grandes jambes là, vous allez super vite.”

“On arrive bientôt, t’inquiète. On ralentit au pire.”

“Ça va les gars ?” s’enquit Sidjil quelques mètres plus haut.

“Maxime fatigue un peu je crois.”

Maxime grimaça. Passer pour un faiblard aux yeux de Sidjil, c’était ajouter l’insulte à la douleur. “Non mais en vrai ça ira hein.”

Trop tard : en quelques foulées, Sidjil les avait rejoints, sourcils froncés. “Hé frère, force pas, on peut refaire une pause en vrai.”

“Nan vraiment c’est pas la peine, je vais bien.”

“Max, je te jure on s’arrête, c’est mieux. Moi aussi je fatigue.”

C’était, assez manifestement, un mensonge : Sidjil crapahutait en tête sans cesser de parler, soutenant le même rythme depuis le début de la randonnée. Toutefois, Maxime apprécia sa tentative de ménager son égo et accepta la main tendue.

“Ouais ok, dans ce cas on peut se poser cinq minutes je pense. Mais je le fais pour toi.”

Il se laissa glisser le long d’un arbre pour s’asseoir dans la mousse. Manas et Sidjil s’accroupirent à ses côtés.

“Oh Elian ! Reviens ! On fait une pause, je suis mort,” lança Sidjil, avant d’ouvrir son sac à dos Quechua en quête de quelque chose.

Maxime appuyait sur ses points de côté douloureux dans l’espoir de les chasser, quand quelque chose de froid heurta sa tempe.

“Tiens,” lui dit Sidjil en lui tendant une gourde, “T’as rien bu depuis le début, tu m’étonnes que tu sois crevé.”

“Merci.” Maxime saisit la gourde et en dévissa le goulot avec empressement, ressentant tout à coup combien sa gorge était sèche. Il but le contenu d’une traite, sous les commentaires amusés de Manas.

“Le mec marche en full déshydratation en fait, c’est un chameau.”

“Si t’as faim aussi, on a des barres de chocolat,” dit Sidjil en récupérant sa gourde des mains de Maxime.

“Désolé, j’ai tout bu.”

“T’inquiète, il en reste une à moitié remplie. Mange si t’as faim.”

“On dirait sa p’tite maman,” dit Elian, en jetant son sac à terre pour les rejoindre. Il s’accroupit dans l’herbe à côté de Manas.

“Sa p’tite femme,” le corrigea celui-ci.

“Rah ouais, on se marie. Du coup je mets une robe blanche et tout,” fit Maxime. “Trop bien.”

Sidjil tira la fermeture éclair de son sac. “Bah non ils ont dit que c’était moi la femme, c’est moi en robe frère.”

“Anh, t’es homophooobe ! Qui t’a dit qu’on pouvait pas être deux femmes déjà ?”

“Ah ouais du coup c’est gay,” Sidjil s’esclaffa, “Mais genre dans l’autre sens quoi.”

Manas et Elian riaient aussi, nota Maxime alors qu’une idée se formait dans son esprit. Il interrogea Sidjil d’un regard. “On ferait un super couple de lesbiennes nan ?”

“Ouais clairement.” La lueur complice qui s’alluma dans ses yeux fit office de feu vert.

Maxime se redressa sur ses genoux et encadra le visage de Sidjil de ses mains. “Viens là belle gosse,” dit-il avant de plonger sur sa bouche.

Aucun d’eux ne s’étant retiré du baiser passé l’instant de collision, ils maintinrent le contact, leurs lèvres se mouvant ensemble l’espace de quelques secondes. Brièvement, Maxime songea à écarter un peu les lèvres dans l’espoir que Sidjil s’y glisse, mais y renonça. Ils se séparèrent sous les regards amusés d’Elian et Manas.

“Y a pas de caméras les gars si jamais.”

Merde.

 

3.

 

Quand Maxime avait 15 ans, il avait laissé une de ses blagues échapper à son contrôle comme du sable entre ses doigts.

Le plan originel était malicieux mais somme toute très innocent : à l’occasion de l’anniversaire d’une amie nommée Elsa, lui et ses potes avaient rempli quatre bouteilles de champagne de Champomy, pour faire croire à cette dernière qu'il s’agissait d’alcool. Un brin mytho sur les bords, Elsa passerait sa soirée à prétendre être déchirée, spectacle qui s’annonçait hilarant. Une farce un brin moqueuse donc, mais sans danger.

Arrivé sur place, le visage souriant d’Elsa qui les accueillit sur le pas de la porte avait dégonflé Maxime comme un pneu crevé. Incapable de la livrer en pâture aux moqueries de ses amis, il lui avait tendu les bouteilles en balbutiant un simple “C'est du Champomy dedans.”, et passé le reste de sa soirée à l'éviter soigneusement, son cœur battant la chamade dès qu’il l’apercevait tourbillonnant dans sa petite robe noire, son regard chocolat rehaussé d’un trait bleu.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, et Maxime ne serait plus hanté par la honte de ce qui s'était produit ensuite, mais ç’aurait été trop beau. Au lieu de ça, après quelques heures, son petit boys club se trouvait réuni dans une des pièces de l’appartement avec une bouteille de Champomy à moitié vide. Là, persuadés de tenir la blague du siècle – les joues de Maxime brûlaient de honte lorsqu’il y repensait – ils s'étaient soulagés dedans.

À partir de ce moment-là, les rouages étaient enclenchés. Plus de retour en arrière possible, l’implacable destin les menait droit à la catastrophe.

Ladite catastrophe prit la forme de la mère d’Elsa passée pour une inspection surprise, découvrant les vraies bouteilles de faux champagne, bien décidée à vérifier qu’il s’agissait de Champomy par elle-même malgré les supplications vaines de Maxime. Il préférait ne pas trop penser à l'instant de mortification et de solitude qu’il avait vécu lorsque la mère d’Elsa, la fille dont il était amoureux, avait goûté à cette foutue bouteille.

Tout ce qui s'était passé après ça avait été effacé de sa mémoire. Cette histoire-là avait échappé à son contrôle dans des dimensions terribles, irrattrapables, inénarrables, incomparables.

Incomparables avec le léger dérapage de son truc avec Sidjil, donc.

Maxime se sentit un peu rasséréné. Quelles que soient les conséquences de ce baiser hors cam, jamais elles n’atteindraient pareil fiasco. Après tout, ça n'était trois fois rien : pas de galoche professionnelle cette fois-ci, pas de langue experte enroulée autour de la sienne, pas de souffle chaud contre ses dents, pas de quoi se remettre en question. Juste un délire pour faire rire des potes, comme Maxime le faisait depuis toujours, et la présence ou non d’une caméra ne signifiait rien.

Rien du tout, vraiment. Sid restait Sid, son frère, son ami, quelque chose d’aussi stupide ne pouvait pas contrer ça. Inutile de s’en faire, inutile même d’y penser.

Par mesure de précaution, Maxime évita de le contacter les quelques jours qui suivirent. Histoire de se laisser le temps de relativiser et d’enchaîner les games de LoL en 2v2 avec Mathis sur le vocal Discord.

“Mec vraiment t’es trop guez ces derniers jours c'est pas possible, tu fais que throw c'est un massacre,” explosa ce dernier, incapable de masquer sa frustration après une nouvelle défaite.

Maxime grimaça, coupable. “Frère je suis désolé, je joue trop mal c'est une dinguerie. Je suis pas concentré, j’ai… Je sais pas. Je vais aller dormir je crois.”

“Tu fais bien vu qu’il est quatre heures du sbah,” approuva Mathis d’une voix plus amicale. “D’ailleurs ça fait trois jours on fait quasi que jouer, faut qu’on sorte toucher de l’herbe demain ou on va se zombifier. T’facon t’es à chier en ce moment, donc t’acharne pas.”

“Yes bah merci du conseil en tout cas, c'est cool. Bonne nuit mon gars.”

“Bonne nuit Max.”

Ce fut la lumière du soleil qui tira Maxime des bras de Morphée le lendemain, un rapide coup d'œil à son réveil l’informant qu’il était midi passé. Avec un grognement de frustration, il réalisa qu’il ne parviendrait pas à se rendormir, mais qu’il ne se sentait aucune détermination à quitter sa couette. Pris au piège de son lit, il se décida à consulter les notifications de son téléphone pour la première fois en quatre jours.

Sans surprise, quelques SMS de ses amis, pas si inquiets car habitués à son rythme de réponses peu soutenu. Une poignée de mails pros, rien d’urgent ou on l’aurait appelé. Un message WhatsApp de sa mère datant de la veille où elle demandait de ses nouvelles. Et puis – le cœur de Maxime rata un battement – des messages de Sid. Il se maudit intérieurement pour son appréhension, et se força à ouvrir la notification sans attendre.

Sid

| salut Max, j’espere que t’as kiffé la rando :) c’était super cool, j’envoie les photos sur le groupe plus tard

| re mec, jsp si t’es occupé de fou en ce moment mais sinon est-ce que tu serais chaud pour qu’on se revoit dans la semaine ? J’ai 0 excuse cette fois, juste envie de te voir :)

Maxime fixa l’écran de son téléphone, relut une dizaine de fois ce dernier message. Celui-ci demeurait toujours le même.

Réalisant qu’il était en train de ronger la peau autour de ses ongles, habitude nerveuse dont il ne parvenait pas à se débarrasser, il se rappela à l’ordre. Qu’est-ce qui lui prenait ? Rien de ce qui s’était produit ne justifiait le malaise que sa réaction laissait paraître, alors il avait intérêt à se ressaisir et à répondre comme d'habitude.

Max

| Salut Sid, non j’étais pas occupé mdr je jouais à Lol
| Le mec geekos attention ^^
| Mais sinon grave mon frère, quand tu veux :) Avec plaisir

La réponse de Sidjil ne mit pas plus d’une demie heure à arriver.

Sid

| ba nickel
| alors par contre j’ai 0 plan mdrr
| donc on va juste boire un verre je pense? sinon un ciné jsp

Max

| Ouais on peut se faire un ptit café
| Y’a celui où on était allé avec Lucas et tout où personne nous avait abordés

Sid

| top ça me va
| on dit genre 16h30 ?

Max

| Ah ajd ??
| Ok ça me va
| A toute alors :)

Maxime passa les heures qui suivirent à se préparer en s’efforçant de rester naturel, mais sa routine habituelle était comme déréglée, chaque étape devenue un casse-tête plus complexe que le précédent. Quelle peine se serait-il donné pour retrouver un ami, d’ordinaire ? Est-ce qu’il aurait changé de T-shirt ? Est-ce qu’il se serait rasé ? Est-ce qu’il aurait veillé à arriver pile à l’heure ou bien est-ce qu’il se serait autorisé quelques minutes de retard ? Est-ce qu’il aurait tant hésité en choisissant telle ou telle paire de chaussures ?

Quand il débarqua dans le café, avec un peu de retard et sa paire préférée aux pieds, Sidjil l’y attendait déjà, un sourire chaleureux aux lèvres.

“Max !”

Maxime fut tenté par une plaisanterie ambiguë sur l’incongruité de ce tête-à-tête, sur l'apparence soignée de Sid, sur le couple à leur gauche qui leur ressemblait un peu, mais la gêne qui refusait de se déloger du creux de son estomac le retint, et il se contenta d’un check. Ne rends pas le truc bizarre.

“Salut Sid, tu vas bien ?”

“Bah ouais écoute ça va, mais je suis dans une galère de tournage frère, c’est un truc de fou.”

La conversation s’engagea alors sur le sujet des tournages pour la chaîne de Djilsi, puis sur les galères de Maxime avec Zen, sur le dernier épisode de la saison qui s’annonçait, sur les séries dont le dernier épisode était le plus raté, sur Netflix et leur interdiction de partager son mot de passe, sur le dernier album de B.B. Jacques que Maxime avait saigné…

Peu à peu, il se détendit, la gêne qui s’était logée en lui se dissolvant comme du sucre dans de l’eau. Il en vint même à oublier la litanie anxieuse de ses pensées.

“Désolé du coup on peut pas manger ensemble j’ai mon rendez-vous avec ma prod dans moins d’une demie-heure là, ils vont me buter,” dit Sidjil en enfilant sa veste, après près de deux heures de discussion.

“T’inquiète je comprends. C’était super cool en tout cas.”

“Ouais, carrément. Super date, t’étais même mieux que sur les photos.”

Maxime haussa les sourcils avec malice. “Même pas j’ai droit à un bisou ?”

Sidjil souffla du nez. “Allez, si t’insistes.”

Un sourire amusé aux lèvres, il s’inclina sur la table pour les planter sur celles de Maxime, qui les accueillirent aussitôt avec souplesse. Tous deux perpétrèrent la caresse une poignée de secondes, sans l’approfondir davantage.

Maxime se décolla de la bouche de Sidjil avec une pointe de regret, et afficha un air délibérément mièvre et alangui. “Super date, je valide.”

“Excusez-moi, vous réglez ensemble ou séparément ?”

La voix du serveur dans son dos fit l'effet d’un coup de tonnerre à Maxime, mais la foudre ne le frappa que quelques secondes plus tard, quand il réalisa les implications de sa surprise. Pourquoi était-il étonné d’avoir eu un public ? Depuis quand Sidjil et lui s’embrassaient-ils pour plaisanter entre eux, sans aucun témoin extérieur à faire rire ?

Sa stupeur le laissa tétanisé, si bien qu’il réalisa à peine que Sidjil avait payé pour deux avant de partir.

 

4.

 

“Maxiiiime !”

À peine Maxime eut-il passé le seuil de la porte qu’une Lena encore sobre mais enthousiasmée lui claqua une bise parfumée. La salle était déjà bondée, plongée dans une semi-obscurité de début de nuit. Personne ne dansait, mais les discussions fusaient déjà, couvrant la musique encore gardée à un volume assez bas.

“Salut Léna, je pose ça où ?” demanda Maxime en tendant un paquet à son amie.

“Ah, merci beaucoup ! Tiens donne, il y a une table dans la cuisine.”

Elle tourna les talons le cadeau en mains, laissant Maxime libre de vaquer où bon lui semblait.

Il n’essaya pas de retrouver Seb pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, sachant que ce dernier devait se trouver entouré d’une marée de monde et qu’il aurait l’occasion de lui parler plus tard dans la soirée. Si d’ordinaire, Maxime appréciait peu les fêtes de cette ampleur, celles organisées par Léna étaient toujours de franches réussites, et il avait accepté sans trop se faire violence.

Quelque chose comme de l’appréhension s’agitait toutefois au creux de sa poitrine alors qu’il naviguait entre les corps vers un coin de la pièce pour y rejoindre ses connaissances.

“Hé frérot,” le salua Billy en l’attirant dans une étreinte franche, “Comment ça va ?”

“Ça va nickel et toi ?”

“Ben ouais tout va bien, mais ça fait un bail qu’on s’est pas vus waaaah.”

“Ouais désolé, j’étais pas mal occupé ces derniers temps.” Il salua le reste du petit groupe, avec une pointe de soulagement. “Sid est pas là ?”

“Il est en retard, comme d’hab, mais il arrive.”

Cela annonçait au moins un peu de temps de répit à Maxime pour discuter avec sa bande de potes.

Il n’évitait pas Sidjil. Pas vraiment. Bien sûr, il l’avait moins vu ces dernières semaines, et il répondait à ses messages plus que sporadiquement, mais il ne faisait pas le mort. Qui plus est, il était venu ce soir en sachant pertinemment que l’autre homme serait présent et qu’ils seraient amenés à se parler, et il avait à peine hésité en enfilant son T-shirt, en se rasant, en décidant de son heure d’arrivée, en choisissant ses chaussures.

Son seul objectif demeurait de ne pas rendre le truc bizarre, et peut-être que sa stratégie d’évitement s’avérait assez contre-productive, puisque son comportement ne pouvait pas être qualifié d’ordinaire, mais qu’importe. Il suffisait de laisser un peu de distance entre eux quelque temps, et ils reviendraient plus forts et plus proches que jamais.

Maxime en était à se servir un premier verre d’un cocktail inconnu quand Sidjil apparut, mains dans les poches de son pantalon noir.

Il porte une chemise, fut la première réflexion que se fit Maxime en le voyant arriver. Ce détail, sans qu’il ne puisse s’expliquer pourquoi, lui parut d’importance. Il ne pensait pas avoir déjà vu son ami porter autre chose que des T-shirts.

Ces étranges considérations vestimentaires le quittèrent quand Sidjil le repéra dans la foule et fondit droit sur lui. Maxime déglutit sa première gorgée d’alcool.

“Maxime, comment ça va mon gars ? Ça fait longtemps que je t’ai pas vu,” dit Sidjil en l’attirant dans une accolade.

“Salut Sid, ouais désolé, je- Pff, je faisais plein de trucs, giga busy.”

“Ouais, ça carbure ? Faut que tu me racontes ça.”

Et juste comme ça, Maxime se trouva entraîné dans une conversation, leur complicité retrouvée dissipant ses promesses de se tenir à distance.

Une heure plus tard, Maxime avait déjà fait disparaître quelques verres. Lui qui d’ordinaire se targuait de ne pas être très porté sur la boisson se trouvait pourtant au bar à se servir à nouveau, en compagnie de Sidjil et Lucas.

“D’ailleurs les gars,” dit ce dernier, “La vidéo qu’on a tourné pour ma chaîne devrait sortir dans deux semaines normalement.”

Dans un premier temps, le cerveau embué de Maxime se remémora le tournage en scènes distordues, passées au flou façon MTV des années 2000 ; puis la sensation de la langue de Sid sur la sienne, chaude comme la brûlure de l’alcool, lui revint avec clarté.

Le souvenir manqua de le faire s’étouffer avec son punch, quand les lumières de l’appartement s'éteignirent d’un coup. Un murmure de “Aaaaaah !” s’éleva dans la salle tandis que la pièce montée se faisait transporter vers la table centrale. Le brouhaha se transforma en un “Joyeux Anniversaire” faux et sans rythme, comme seules les meilleures soirées en connaissaient. Seb souffla ses bougies sous les applaudissements, et commença un discours.

“J’attends juste qu’on mange le gâteau,” glissa Sid à Maxime. Il rit, reléguant le souvenir de leur galoche dans un coin de son esprit déjà encombré.

La nuit se poursuivit au rythme de la musique, les participants de plus en plus alcoolisés. Maxime, qui avait atteint sa limite depuis quelque temps, discutait dans un coin avec une amie de Léna dont il ne connaissait pas le nom et Jordan, qui s'égosillait pour couvrir la musique

“Mon verre est vide. On va se resservir ?”

“Moi je m’arrête là,” répondit Maxime, la bouche pâteuse.

Jordan lui adressa un petit haussement d’épaules et disparut dans la foule avec l’inconnue. Maxime resta planté là, trop alcoolisé pour aborder quelqu’un histoire de se donner une contenance, quand Sidjil reparut, l’air franchement éméché mais toujours aussi assuré.

“Max, mon frère, t’étais passé où ?”

“Je sais pas, t’as disparu d’un coup tout à l’heure. T’étais où toi ?”

“Je buvais.” Sidjil leva son verre vide devant Maxime comme pour le lui prouver. “Mais je te cherchais aussi.”

“Ouais ? J’étais là.”

La musique changea pour un titre pop qui fit chanter toute la salle en chœur, couvrant la réponse de Sidjil. Celui-ci tenta de répéter plus fort, en vain

“Ça te dit qu’on bouge dans la cuisine ? On s’entend pas !” cria-t-il contre l’oreille de Maxime, qui acquiesça d’un signe de tête silencieux.

Les deux hommes se faufilèrent entre les invités jusqu’à parvenir à la cuisine, déserte à présent que les parts restantes du gâteau avaient toutes été dévorées.

“Ah ouais, c’est mieux,” dit Maxime après avoir fermé la porte pour étouffer les bruits de la fête.

Sidjil s’adossa nonchalamment contre le frigo et Maxime le rejoint, se plantant si près de lui qu’il fut contraint de lever la tête pour lui faire face. L’esprit embrumé de Maxime lui fournit un : “T’es grand.”

“Pas spécialement,” répondit sobrement Sidjil.

Le timbre sombre de sa voix forma un nœud marin avec l’estomac de Maxime. L’odeur d’alcool fort et de transpiration, les basses qui s’échappaient de la pièce voisine, la lumière blafarde du plafonnier au-dessus d’eux : tout se chargea d’électricité autour de lui. Peut-être Sidjil remarqua-t-il sa nervosité, car il esquissa un sourire.

Et, sans plus d’explication, du dos d’une phalange, il caressa la barbe de Maxime. “T'es incroyable Max.”

Le choc se répandit à travers le système nerveux de Maxime avec la violence d’un crochet du droit.

Lentement, délibérément, Sidjil décolla son dos du frigo pour se pencher sur lui. Comme pour s’assurer que son corps imbibé d’alcool n'était pas paralysé, Maxime contracta les muscles de ses doigts, de ses bras, de ses jambes.

“J’aime vraiment beaucoup t'embrasser,” glissa Sidjil au creux de son oreille.

Un frisson parcourut l'échine de Maxime, les poils de sa nuque hérissés sous le souffle chaud de Sidjil, avant que celui-ci ne recule de quelques centimètres pour croiser à nouveau leurs regards.

“J'ai envie de te bouffer putain.”

La lueur carnassière dans ses pupilles pétrifia Maxime. Son cœur battait à tout rompre, un goût de sang se déposa au fond de sa bouche.

Il contempla le visage de Sidjil, rougi par l’alcool, déformé par le désir, et se demanda si c’était à ça qu’il ressemblait lui aussi. Avec lenteur, son regard tomba sur les lèvres de son ami.

“Ok,” murmura-t-il, la voix brisée par l’émotion.

La bouche de Sidjil, qu’il avait tant cherché à chasser de son esprit depuis des semaines, depuis ce foutu tournage pour Squeezie, vint s’écraser contre la sienne. Le souffle coupé, Maxime se laissa emporter, lui rendant son baiser avec chaleur. Cette fois-ci, ce fut lui qui glissa subrepticement sa langue entre les lèvres de Sidjil, qui la hapèrent aussitôt dans la chaleur de sa bouche. Toute résistance que Maxime pouvait encore avoir y fondit comme neige au soleil. Distraitement, il enregistra la sensation de sa barbe contre celle de Sidjil, frottement rêche mais électrique, alors qu’une main se déposait à la jointure de son épaule et de son cou. La pression sur ce point sensible le fit frémir.

Tous deux approfondirent encore le baiser, en intensité, en précipitation. Tandis qu’une langue experte titillait la sienne, Maxime entremêla ses doigts dans les cheveux de Sidjil. Celui-ci s’insinua alors sous sa langue, en parcourut la longueur sur l’envers, puis, brusquement, en saisit la pointe entre ses dents. Un gémissement rauque s’échappa de Maxime.

Au même instant, des éclats de voix retentirent derrière lui. D’un bond, il s’échappa du baiser et fit volte-face pour tomber nez-à-nez avec Seb et Léna qui passaient la porte.

“Ah vous êtes là !” les salua Seb, “On vient chercher tout ça.”

Il désigna la table de la cuisine où trônait une pile de cadeaux. Haletant, pantelant, Maxime demeurait immobile, comme un cerf pris dans les phares d’une voiture.

“Joyeux anniversaire,” balbutia-t-il.

“Oh dites vous voulez bien nous filer un coup de main ? Trop de générosité pour deux là !” dit Lena.

“Pas de soucis.”

La voix de Sidjil dans son dos fit presque sursauter Maxime. Il ramassa quelques paquets sans faire d’histoire, puis suivit les autres dans la grande salle où la soirée se poursuivait.

Le reste de la nuit se déroula dans un brouillard total.

 

+1.

 

Une nausée réveilla Maxime d’un sommeil agité. Écœuré et désorienté, il lui fallut un moment pour comprendre où il était (allongé sur son canapé), pourquoi il s’y trouvait (parce qu’il était rentré tard et bourré), et ce qu’il avait fait la veille (il était allé à la soirée d’anniversaire de Seb).

Ce fut seulement après ce temps d’adaptation que les évènements de la nuit lui revinrent, en rafale. Un étau se forma autour de sa poitrine.

Lui qui s’était promis de tout faire pour ne pas rendre le truc bizarre, on pouvait dire que ça avait été un bel échec. Ils auraient difficilement pu faire plus bizarre que de s’éclipser dans la cuisine pour se bécoter contre le frigo.

Malgré lui, Maxime frissonna à ce souvenir.

La bouche de Sidjil avait été douce, chaude, saveur de punch maison et d’interdit. Et Maxime se rappelait très bien qu’il avait fondu dessus parce que c’était ce goût là qu’il espérait y trouver.

La honte lui monta aux joues, brûlante comme la fièvre, comme la morsure de l’hiver, comme la bouche de Sidjil. Il se sentait idiot, et sale putain. Malsain. Coupable d’avoir repoussé chaque fois les limites, sans réaliser que lui-même n’était pas capable d’aller aussi loin sans se prendre un peu trop au jeu. Il avait l’impression désagréable d’avoir trompé un de ses meilleurs amis, de l’avoir trahi en même temps qu’il se trahissait lui-même.

Il avait laissé ce truc bizarre, trop gros pour passer pour une blague, s’installer entre eux, et putain, la réalisation le frappa, terrible, dévastatrice, assassine.

Maxime passa le reste de sa journée dans un état comateux, criblé de stress. Son estomac se retournait à la seule idée de consulter son téléphone, lequel contenait à coup sûr mille messages de Sidjil. Quoi que ce dernier ait à dire au sujet de ce qui s'était produit entre eux, Maxime n'était pas prêt à l'affronter. Quelle que soit la vérité, elle briserait quelque chose, quelque chose de spécial. Quelque chose que Maxime n’accepterait pas de sacrifier par luxure ou pour plaisanter.

J’ai envie de te bouffer putain.

Le soir venu, Maxime alluma son téléphone, désactiva toutes ses notifications, bloqua le numéro de Sid. Puis il se réfugia dans les jeux vidéos. Pour quelque temps.

Au bout de son troisième jour d’isolement imposé, il grimaçait en croisant son propre regard dans la glace.

Il n'avait pas le droit de tomber amoureux de Sid. Il avait acquis sa confiance et son amitié, l’avait entraîné dans ce jeu stupide dont la seule règle était que les participants plaisantaient, et maintenant il revenait sur les bases même de ce qui avait rendu leur relation si spéciale. Des sentiments de cet ordre n'avaient pas leur place dans une bromance.

Il s’en voulait à mort de désirer autant, quand Sidjil, lui, avait simplement été poussé par des pulsions libidineuses provoquées par l’alcool.

J’aime vraiment beaucoup t’embrasser.

Plus les jours passaient, plus Maxime sombrait dans une spirale introspective infernale.

Au collège, il tombait amoureux souvent. Toutes les actrices le faisaient fantasmer, toutes ses voisines de classe lui plaisaient, toutes les filles qui s’intéressaient à lui de près ou de loin pouvaient être certaines de l’avoir. Avec le temps et les peines de cœur, il avait appris à rester davantage sur ses gardes, pour éviter de souffrir. Sa notoriété naissante n’avait fait que renforcer sa méfiance, et Maxime laissait rarement tomber l’armure. Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même d’avoir laissé un ami, un ami mec, la faire voler en éclats malgré tout.

Qu'auraient-dit les gars du collège en apprenant ça de Maxime, le mec au corps de tapette qui embrassait ses potes pour déconner ? Quelle non-surprise, mais quelle déception.

Pourquoi est-ce qu'il avait dû leur donner raison ?

T'es incroyable Max.

La semaine s’acheva, pas ses angoisses. Le samedi suivant arriva, et Maxime était en train de boire son café matinal, les yeux dans le vague, lorsque l'interphone retentit. Surpris, il le fixa sans bouger. Au bout de trois sonneries, il décrocha.

"Allô ?"

"C'est moi. Ouvre s'il-te-plaît."

Son cœur manqua un battement, et repartit de plus belle.

"Sid ?"

"Max, ouvre-moi s'il-te-plaît. Je veux pas avoir fait le trajet pour rien."

Comme dans un rêve, Maxime se vit raccrocher l'interphone et déverrouiller la porte de son immeuble. Sidjil savait déjà à quel étage se trouvait son appartement, il ne lui restait plus qu'à l'attendre. L'envie de rendre son café serra les tripes de Maxime. Il peinait à réaliser ce qu'il venait de faire, tout juste conscient que c'était la pire idée qu'il aurait pu avoir, qu'il aurait dû raccrocher, disparaître, ne jamais ouvrir la porte.

Maxime entendit Sidjil toquer, interrompant net le tumulte de ses pensées. Sur ses jambes chancelantes, il se dirigea vers la porte, et l'ouvrit.

"Salut."

"Salut."

"Je peux entrer ?"

Maxime se décala un peu sans mot dire, laissant Sidjil s'engouffrer dans l'appartement. Il clôt ses yeux avec force, comme pour se sortir d'un mauvais rêve. Quand il les rouvrit, Sidjil était toujours là, assis sur son canapé, ses yeux sombres tournés vers lui.

"Tu réponds pas aux appels," observa-t-il d'une voix neutre.

"Je t'ai bloqué."

Le regard de Sidjil planté dans le sien lui avait fait jouer la carte de l'honnêteté.

"Depuis quand ?"

"Une semaine."

"Tu réponds plus à Elian non plus ? Il s'inquiète."

La bouche de Maxime se tordit de culpabilité. Il détestait qu'on s'en fasse pour lui, et Elian ne méritait pas son silence.

"Il te l'a dit ?"

"C'est moi qui l'ai appelé. Je voulais de tes nouvelles, il m'a dit qu'il en avait pas, que tu répondais à personne à part la prod de Zen."

Cette fois, Maxime ne répondit pas. Il se sentait acculé, sans échappatoire, et hésitait à hurler à Sidjil de sortir de son appartement. Mais Maxime ne hurlait pas sur les gens, encore moins sur les gens qu'il aimait, alors il se contenta de fixer le sol.

Sidjil reprit ses questions. "Tu vas faire comment lundi ?"

"Lundi ?"

"Pour Zen, tu vas faire comment si t'es dans cet état ?"

"Je suis dans aucun état."

"T'es carrément dans un état."

"Non."

"Si."

"Non."

Sidjil renversa sa tête en arrière avec un soupir de frustration.

"Max, je suis pas venu pour qu'on se chamaille comme des gamins. Vraiment j'ai la flemme là."

"T'es venu pourquoi alors ?" s'emporta finalement Maxime. "Tu te pointes chez moi comme ça de bon matin, tu t'installes dans mon canap', tu me poses soixante mille questions et en plus tu m'engueules ? À aucun moment tu t'es dit que peut-être, si je te réponds pas depuis une semaine c'est que j'ai pas envie de te parler ?"

Maxime voyait rouge, toute sa nervosité changée en colère sourde. De quel droit Sidjil débarquait-il chez lui dans le plus grand des calmes après tout le mal qu'il s'était donné pour l'éviter ? De quel droit est-ce qu'il le faisait culpabiliser sur son comportement alors qu'il avait déjà passé une semaine entière à s'en vouloir pour tout et n'importe quoi ? De quel droit est-ce qu'il se permettait de l'embrasser comme ça, puis de s'étonner qu'il ait besoin d'être seul pour s'en remettre ?

Maxime fonça sur son canapé pour se planter devant Sidjil, sur le point de lui intimer de partir, quand celui-ci se leva de lui-même.

"Je suis venu pour m'excuser."

Hein.

"Hein."

Sidjil fit tourner ses bagues autour de ses doigts, geste révélateur de son inconfort.

"Je suis vraiment désolé. J'aurais jamais dû te... J'aurais jamais dû faire ça. Je sais que l'alcool c'est pas une excuse, mais je veux juste que tu saches que je regrette vraiment."

Le cœur de Maxime se serra, une boule se forma dans sa gorge. Il n'avait pourtant aucune raison d'être surpris bien sûr, donc aucune raison d'être blessé. Il eut une vague réminiscence d'Elsa, derrière le gymnase du lycée, qui le regardait avec peine et murmurait "Je suis désolée Maxime, vraiment. On reste amis ?". Il avait ravalé les larmes qui lui montait aux yeux, affiché un sourire de façade et répondu "Pas de soucis. T'excuse pas, t'as rien fait de mal."

"Pas de soucis. T'excuse pas, t'as rien fait de mal."

Sidjil le regardait avec un air étrange, presque douloureux.

"Tu peux pas dire ça. Tu m'as bloqué pendant une semaine."

"Non mais c'était pas pour ça," dit Maxime, réalisant trop tard qu'il s'était jeté dans la gueule du loup.

"C'était pourquoi alors ? T'as pas aimé la chemise ?"

Avec un petit pincement au cœur, Maxime se remémora la tenue de Sidjil ce soir-là. Si, il avait aimé la chemise. Il n'eut pas le courage de prétendre que non avec humour comme il l'aurait fait d'habitude.

Face à son silence, Sidjil reprit sa question d'une voix douce, presque triste. "Maxime, pourquoi tu m'as bloqué ?"

"Pour rien."

Pris au piège, Maxime sentit une nouvelle vague d'anxiété l'envahir. Machinalement, il porta une main à sa bouche pour se ronger les cuticules, quand les doigts bagués de Sidjil s'enroulèrent autour de son poignet pour l'en empêcher. La peau de Maxime s'embrasa au contact, et d'un geste vif, il se libéra de cette emprise. Il recula d'un pas, sur la défensive.

Le visage de Sidjil, qui affichait un sourire rassurant, se décomposa.

"Je t'ai dégouté ?"

"Quoi ?"

"C'est pour ça que tu m'ignorais ?"

La voix de Sidjil avait pris des accents meurtris qui saisirent Maxime aux tripes.

"Attends, je comprends pas-"

"Quand je t'ai-" Sidjil serra un poing comme pour s'emparer de son courage. "Quand je t'ai embrassé. Je t'ai dégouté, et depuis tu fais le mort."

"Non !" s'écria Maxime. "Non Sid vraiment, je te jure que c'est pas ça, c'est-"

"Mais bordel, c'est quoi alors ? Qu'est-ce qui s'est passé putain, dis-moi !"

"Sid s'il-te-plaît..."

"Max, je te jure que je reviendrais plus jamais si c'est ce que tu veux, je te présenterais toutes les excuses du monde," implora Sidjil. "Je veux juste que tu me dises ce qui se passe."

"Je suis amoureux de toi."

Les mots s'échappèrent de la bouche de Maxime avant qu'il ne puisse les retenir, et tombèrent entre eux comme cinq petites bombes. La panique s'empara de Maxime, ses mains se firent moites, sa vision se brouilla, son cœur manqua de tomber de sa poitrine. Il eut l'impression de rester figé sur place des heures durant, avant qu'enfin, sa bouche ne lui réponde à nouveau.

"Je- Sid, je-"

Les deux doigts qui se posèrent sur sa bouche pour le réduire au silence court-circuitèrent son cerveau.

Il chercha des réponses dans le regard de Sidjil, n'y trouva qu'une fièvre qui le changea en poupée de chiffon. Les lèvres de Sidjil se posèrent, doucement, contre ses propres doigts, unique barrière les séparant de celles de Maxime.

"Maxime," murmura-t-il, là, à quelques centimètres de sa bouche, "Est-ce que je peux encore t'embrasser ?"

Pris de vertige, captivé par le souffle de Sidjil qui s'échappait d'entre ses doigts, par le contact de sa peau sur la pulpe de ses lèvres, Maxime se trouva muet. Pour toute réponse, il donna un coup de langue fébrile, hésitant, sur les doigts de Sidjil, dont les pupilles se noircirent. Avec délicatesse, il introduisit alors le bout de ses doigts entre les lèvres de Maxime, puis s'aventura un peu plus loin encore quand celui-ci se mit à les lécher avec avidité.

"Putain," souffla-t-il.

Tandis que ses doigts caressaient, griffaient, glissaient contre la langue de Maxime, Sidjil déposa un baiser papillon au coin de ses lèvres, d'une tendresse telle qu'elle arrêta le temps. Après quelques secondes de ce jeu-là, il retira ses doigts couverts de salive de la bouche de Maxime pour les enfouir dans ses cheveux, et mordit sa lèvre inférieure.

Le gémissement que Maxime ne parvint pas à retenir n'échappa pas à Sidjil, qui s'attaqua à mordiller chaque recoin de ses lèvres, avant de tomber dans son cou, juste là où se trouvait son point sensible, pour aspirer la peau entre ses dents. Les yeux embués de plaisir, Maxime se laissait malmener en lâchant de petits bruits appréciatifs, que Sidjil remonta cueillir sur ses lèvres, y insinuant enfin sa langue.

Vibrant d'anticipation, Maxime déposa ses mains sur les épaules de Sidjil, dont la langue se frayait un chemin déjà connu entre sa langue et son palais, ses dents et ses lèvres. Le baiser parut durer des heures à Maxime, qui rendait chaque caresse avec dévotion, récompensait chaque morsure d'un gémissement.

Ils finirent par reculer, reposant leurs fronts l'un contre l'autre, laissant leurs respirations erratiques s'entremêler. Chancelant, Maxime peinait à recouvrer ses esprits. La semaine d'angoisse et de détresse qu'il venait de passer lui semblait lointaine, distante comme un point d'horizon derrière lui.

"Max," commença Sidjil, brisant le silence, "Pourquoi est-ce que tu croyais que je t'avais embrassé au juste ?"

Pris de court, mais étrangement apaisé, Maxime observa le visage de Sidjil, superbe, lumineux, souriant. "Je sais pas. C'était notre truc, on l'a fait une dizaine de fois pour la blague, t'étais bourré, et on... On était putain de horny je sais pas, leur punch bizarre là."

"Il était géchar leur punch un truc de fou frère."

"M'appelle pas frère quand y avait tes doigts dans ma bouche y a cinq minutes par contre."

"Ouais, c'est noté. Mais non du coup, c'était pas le punch, enfin pas que."

Sous le regard confus de Maxime, il se laissa tomber sur le canapé.

"Je suis quasi sûr d'avoir mentionné que je te trouvais incroyable et que j'avais envie de te bouffer ou je sais pas quelle connerie," ajouta-t-il, en faisant signe à Maxime de s'asseoir aussi.

Ce dernier s'exécuta, sentant ses joues s'embraser à ce souvenir. "Euh ouais, peut-être."

"Et tu t'es pas dit que c'était genre, un truc que j'avais dans la tête depuis un moment."

"Un moment ?" répéta Maxime, abasourdi.

"Bah ouais, un moment."

"Un moment genre combien de temps."

"Genre les entraînements au GP ? Je sais pas trop en vrai, c'est flou."

Maxime cligna des yeux, hébété, incapable de dire quoi que ce soit.

"Qu'est-ce que j'y peux ?" Sidjil lui sourit. "T'es trop irrésistible avec ton petit corps, ton gros pif et ton humour de merde."

Dans un recoin distant de sa mémoire, Maxime pouvait presque sentir son lui de 14 ans se gonfler d'orgueil. 

Notes:

Pour ceux qui se demandent quel genre d'esprit malade pourrait inventer l'histoire de la bouteille de Champomy, je précise que c'est une vraie anecdote que Maxime a déjà raconté et que j'ai un peu romancé. J'adore ce mec avec toute la puissance de ma relation parasociale envers lui, mais c'est, objectivement parlant, une dinguerie de faire ça

P.S. : j'ai pensé à nommer la fanfic autrement mais je me suis trop attachée au titre provisoire, même s'il fait 0 sens