Chapter Text
Sucrette s’allongea toute habillée sur son lit, les bras croisés, tout en poussant un grand soupir.
J’ai réussi ! Et j’ai réussi à organiser ça tout en bossant comme une dingue cette semaine ! Je peux vraiment être contente de moi. Mon dieu, mon corps est tellement lourd sur le lit, je vais avoir du mal à soulever ma carcasse pour me mettre en pyjama.
Cette semaine avait été intensive. Mine de rien, les cours ne s’étaient pas arrêtés pendant qu’elle devait préparer le gala. Elle avait continué sa semaine universitaire tout en supervisant les commandes, les serveurs et les invitations pour la soirée. Elle n’avait pas passé une seule de ses soirées à se prélasser comme à son habitude et soit rattrapait quelques devoirs en retard soit continuait la préparation de son événement. Mais ce soir, c’était sa soirée ! C’est ce qu’elle pensait alors qu’elle était en train de s’endormir. Elle sentait son corps s’enfoncer dans le matelas mais elle ne cherchait même pas à lutter, sans doute trop fatiguée.
Mais alors qu’elle continuait à sombrer, trois coups vifs tapèrent contre la porte de sa chambre étudiante. Elle ouvrit les yeux en sursautant et s’assit sur le lit, les épaules secouées par la surprise. Encore la tête embuée de sommeil, elle poussa un « Yeleen ? » avant de se rappeler l’avoir vu partir avec sa mère et une grosse valise.
- Non… Je peux rentrer ?
Elle reconnut immédiatement sa voix, qui semblait si hésitante. Elle sentit son cœur se contracter autant de joie que de stress, appréhendant la raison pour laquelle un enseignant pouvait se retrouver dans les dortoirs des étudiantes à une heure si tardive. « Rayan ? » demanda-t-elle, essayant de chuchoter malgré le fait que son interlocuteur se trouvait de l’autre côté du mur. Elle se précipita hors de son lit en défroissant sa tenue. Sa coiffe était restée à côté de son oreiller. Elle passa également rapidement ses mains sur son visage afin de se donner un air un peu plus éveillé.
Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle vit sans surprise son professeur principal. Il était en train de scruter les alentours et semblait agité, sans doute dû à la crainte d’être trouvé ici. Ce n’est que lorsqu’elle murmura « T-tout va bien ? » que Rayan semble enfin remarquer que la porte lui était ouverte.
- Je peux entrer ? J’aimerais éviter de trainer trop longtemps dans les couloirs du dortoir des étudiants… Si tu vois ce que je veux dire.
- Oui, oui, je comprends.
Son malaise transparaissait clairement. Il se faufila dans la pièce et referma silencieusement la porte. Il avança à pas feutrés dans la pièce jusqu’à son centre avant de s’arrêter. Il frottait ses doigts entre eux comme pour décharger une tension trop forte et il évitait le regard de sucrette. Cette dernière commençait à sentir le stress monter en voyant ainsi son professeur. Mais pendant qu’elle cherchait ses mots, il prit enfin la parole.
- Je ne savais pas quoi faire. J’étais en chemin pour rentrer chez moi mais je ne sais pas, j’ai fait demi-tour et- et je me suis retrouvé ici.
Sucrette continua de le scruter. Il parlait d’un rythme rapide. Lui qui avait une élocution d’ordinaire si bonne butait sur les mots et les mâchait. Elle sentait cependant sa détresse et décida de franchir la distance qui les séparait pour poser une main réconfortante sur son bras. Ce geste sembla lui faire peur puisqu’il recula légèrement mais la paume de la jeune femme resta en contact avec le tissu de son veston. En faisant ceci, elle cherchait également à croiser son regard pour essayer de le calmer et l’inciter à parler. Ce n’est qu’un court instant après qu’elle eut enfin ce qu’elle voulait. Les paupières de Rayan s’écarquillèrent et il ne clignait plus des yeux. Tout en resserrant sa poigne, sucrette étira ses lèvres afin de lui servir un sourire réconfortant. Elle ne savait pas quelle raison avait pu pousser cet homme à arriver en trombe dans sa chambre comme un chat apeuré mais cela lui importait peu pour le moment.
A ce moment-là, elle retrouvait les moments où les deux se regardaient longuement dans les couloirs ou entre deux cours. Des instants qui ne semblaient jamais assez longs pour eux, même si elle savait qu’ils pouvaient être scrutés et qu’ils ne devaient pas s’y éterniser. Son pouce commença à faire de tendres mouvements de va-et-vient et Rayan sembla enfin commencer à s’apaiser. Elle profita encore un peu de leur bulle qui leur était d’ordinaire interdite mais se reconcentra sur le point principal : la panique de son interlocuteur. A contre cœur, elle lui murmura « Allons nous assoir sur mon lit » et sans attendre sa réponse, l’entraina du côté de la pièce qui lui était attribué. Sa main toujours serrée sur son bras, elle guida son enseignant et le fit pivoter avant de l’assoir sur ses draps. Voyant qu’il n’émettait aucune résistance, elle prit simplement place à côté de lui, en prenant garde à ce que leurs cuisses ne se touchent pas.
- Dis-moi ce qui se passe. A la soirée, tout semblait bien aller et là tu arrives tout paniqué. Parle-moi je m’inquiète.
Lorsque sucrette avait commencé à parler, il l’avait regardé droit dans les yeux, toujours une expression inquiète. A la fin de sa phrase, il ferma ses yeux et prit une longue inspiration qu’il relâcha calmement. Il se défit également de la poigne de la jeune femme et sembla enfin prêt à parler.
- La soirée du gala était absolument somptueuse, il ouvrit les yeux et son regard se perdit sur un point invisible du tapis de la chambre. Bravo à Hyun et toi, l’organisation a parfaitement été ficelée. J’ai également conversé avec différents artistes présents et mon avis a été partagé par l’ensemble des invités. Et puis ta tenue… Le fait que tu te sois habillée dans le thème était ingénieux, tu te démarquais de la foule et tu étais sublime.
Sucrette, qui n’avait cessé de le regarder, vit sur le visage de son enseignant un sourire si tendre. Son cœur s’emballa alors qu’elle le laissa continuer.
- Je t’ai vu discuter avec plusieurs personnes ce soir, des personnes que j’assume être tes amis et des personnes que je sais être des professionnels. Et une pensée m’est restée en travers de l’esprit toute la soirée sans que j’accepte de m’y confronter. Sauf que…, il posa ses coudes sur ses genoux et laissa sa tête tomber entre ses mains, sur le chemin du retour, elle tournait en boucle dans ma tête. L’alcool y était sans doute pour quelque chose aussi…
Il marqua une pause et quitta sa position pour se tourner vers sucrette. Il la regardait droit dans les yeux avec un regard déterminé. Ses sourcils arqués traduisaient un visage peiné. Le corps de la jeune femme se tendit en attendant la suite de la phrase. Elle sentit les paumes de ses mains s’humidifier et son cœur encore s’accélérer.
- Je n’aurais pas pu discuter librement avec toi entouré de tout ce monde. Je n’aurais pas pu te tutoyer ou te dire sincèrement à quel point tu étais magnifique dans ta tenue. Je… n’aurais simplement pas pu me comporter comme je le voudrais avec toi, et ça me brise le cœur.
La respiration de sucrette se coupa. Était-ce une déclaration ? Elle savait que l’alcool multipliait les sentiments mais elle savait aussi que ce qu’elle avait ressenti pour Rayan depuis la rentrée n’était pas à sens unique. Cette envie de discuter longuement, sans compter les heures, de connaitre les points de vue de l’autre, de débattre de sujets et d’autres. Elle savait que ce sentiment était partagé. Mais était-il en train de lui avouer avoir aussi des sentiments romantiques… ? De son côté, elle avait immédiatement eu ce petit pincement quand elle l’avait vu. Il attirait les regards et sucrette n’en avait pas été épargnée. Elle choyait chacune des interactions qu’ils avaient. Au fond, elle espérait qu’il aurait pu y avoir plus mais ne fondait pas trop d’espoir sur cela, de par la nature professeur-élève de leur relation mais aussi du côté ouvert de M. Zaïdi. Il conversait naturellement avec chaque personne et leur portait toujours un intérêt particulier, semblant friand de connaître un tant soit peu chaque personne. Ainsi elle avait toujours pensé que l’intérêt qu’il lui portait n’était que platonique et qu’elle était la seule à porter des sentiments plus romantiques. Mais si c’était le cas, pourquoi venait-il ce soir pour lui dire cela ?
- Mes sentiments pour toi ne s’arrêtent pas à une quelconque envie de débat sur le campus de l’université comme cela pourrait être le cas pour les autres personnes que je côtoie. J’ai envie de te connaitre, mais pas par curiosité ou envie de confronter mes idées, il planta ses yeux droits dans ceux de sucrette et celle-ci eut tout à coup du mal à déglutir, elle serra ses poings, mais parce que j’éprouve une tendresse particulière pour toi. Si je veux te connaitre, c’est pour apprendre à aimer les choses que tu aimes, pour m’adapter à ce que tu n’aimes pas, comprendre les choses qui te chagrinent, et celles qui te rendent heureuse. C’est encore naissant mais je sens ces sensations en moi. Et quand je suis rentré ce soir, j’ai eu le sentiment que si je ne te faisais pas part de tout cela, je ne le ferai jamais et que je le regretterai amèrement. J’avais le pressentiment que si je quittais cette soirée en laissant pour fatalité le fait que nous ne puissions nous rapprocher, jamais il ne nous aurait été donné l’occasion de le refaire. C’est très sans doute infondé mais… c’est sur cette impulsion que je suis venu ici.
Sucrette était bouchée bée. Ses yeux étaient grands ouverts et elle sentait ses vaisseaux sanguins pulser sous sa peau, tout comme son cœur, et son visage devait être d’ailleurs déjà bien rosé. Elle peinait à y croire et pourtant après une telle déclaration, elle ne pouvait pas avoir de doute : Rayan avait des sentiments pour elle. Elle savait que ce n’était que le début, qu’ils devaient encore apprendre à se connaître, mais lui aussi avait donc eu ce picotement ? En parlant de lui, il la regardait intensément dans les yeux. Ces derniers trahissaient une expression d’appréhension, lui-même pesant encore sans doute le poids de ses mots. Il mordillait légèrement sa lèvre inférieure, attendant peut-être une réponse.
- Euh j-je…, elle baissa la tête, évitant son regard perçant, la pointe de ses cheveux s’étalant sur ses genoux, c’est réciproque bien sûr.
Un bref moment de silence s’installa avant qu’il ne soit coupé par un petit rire de la part du professeur. Cela semblait être un rire de soulagement, notamment pour décharger toute la tension due au long aveu qu’il venait de faire. Encore rouge, Sucrette pivota la tête afin de pouvoir voir l’homme avec sa main devant la bouche, étouffant les sons en sortant. Il semblait heureux et détendu et la jeune femme réalisa qu’elle ressentait la même chose. Elle n’avait plus à garder ce sentiment en elle. Du fait de l’écart d’âge mais aussi de leur différence de statut, elle n’avait pu confier ses sentiments à personne. D’autant plus avec la rumeur qui était née au sein de la promotion, bien qu’elle ne la concernait pas explicitement. De plus, elle sentait que ses amis Rosalya et Alexy ne l’auraient pas soutenue au vu de la façon évidente avec laquelle ils souhaitent la mettre en couple avec Hyun.
Mais à ce moment-là, rien de tout cela comptait. Elle ne se préoccupait que de Rayan avec son sourire béat, son cœur qui battait la chamade et le soulagement régnant dans la pièce après leur confession mutuelle. Brisant le silence une nouvelle fois, l’homme prit la parole.
- Je me sens… bien mieux sans étonnement. Je dois t’avouer que je me doutais que mes sentiments étaient partagés même si on ne se sent en général plus trop confiant quand on doit être les premiers à les partager.
Un nouveau rire déforma ses lèvres qu’il tenta vainement de cacher avec son poing.
- Quoi ?! Sucrette prit un air faussement vexé tout en rigolant aussi, Je suis si transparente que ça ? Je pensais tout de même avoir été discrète mais bon… si cela t’a réconforté dans ta démarche de me dire tout ça, je suis bien contente !
L’ambiance de la pièce était réconfortante. Aucun des deux ne parlait, on pouvait seulement entre leurs ricanements discrets, mais ce n’était pas gênant. Ils profitaient du fait de se retrouver tous les deux sans regards indiscrets, dans la confidence de leurs sentiments réciproques. Ils savaient que quand ils se retrouveront la prochaine fois, ils devront être discrets, mais c’était une préoccupation pour plus tard.
Ils continuèrent de profiter de leur moment intime lorsque trois coups vifs tapèrent contre la porte de sa chambre étudiante.
