Chapter Text
Tout le monde savait que dans les bois qui bordaient Water 7 se cachait une bête sanguinaire. Autrefois un loup résidait ici, un qui terrifiait les enfants et que tous les chasseurs du village cherchaient à abattre, mais depuis que le monstre avait fait son apparition, plus personne n’avait entendu parler du loup. Au lieu de cela, tous ceux qui osaient s’aventurer dans la forêt ne revenaient jamais en un seul morceau. Les rares témoins parlaient d’une bête de plusieurs mètres de haut qui s’amusait à pourchasser ses proies sans jamais leur laisser une chance. Tous connaissaient au moins une personne qui avait péri des griffes du monstre, mais même les chasseurs les plus braves n’osaient plus s’aventurer dans les bois de peur de rencontrer la bête à leur tour.
Paulie se fichait complètement de cette histoire de monstre. Il vivait et travaillait en plein centre du village, loin de la forêt, et ne comptait pas la traverser un jour. Pour lui, ceux qui s’y rendaient pour abattre la bête et n’en revenaient pas ne méritaient que ce qu’il leur arrivait. Après tout, s'ils étaient suffisamment stupides pour risquer leur vie, ils devaient s'attendre à la perdre un jour ou l'autre. Paulie, lui, était satisfait de sa vie paisible et n'avait pas prévu d'un jour s'aventurer dans une quelconque forêt.
Du moins c'était ce qu'il avait prévu, jusqu'à ce que son supérieur le lui demande.
- Tu es le seul sur qui je peux compter, Paulie, lui avait dit Iceberg.
Si cette demande était venue de n'importe quelle autre personne, il l'aurait rembarrée aussitôt, mais savoir que l'incroyable et le respectable Iceberg comptait sur lui pour délivrer des plants top secrets à leur partenaire qui vivait de l’autre côté de la forêt le remplissait d'une telle fierté qu'il n'hésita pas une seule seconde avant d'accepter.
A l'instant où il se retrouva au beau milieu de la forêt, un simple sac à dos avec lui, Paulie regretta de s'être lassé convaincre aussi facilement. Il se souvint d'une histoire qu'il avait lue enfant, à propos d'une petite fille qui traversait elle aussi une forêt alors qu'un danger la guettait.
Heureusement pour lui, il n'était pas une petite fille naïve.
Malheureusement pour lui, le danger qui rôdait derrière les arbres était bien plus mortel que le loup de l'histoire.
Mais il n'avait pas peur ! Il avait passé l'âge de croire à ces histoires de monstres qu'on utilisait pour effrayer les enfants. Il avait simplement à traverser cette forêt dans laquelle des animaux dociles vivaient, donner les plans et faire le chemin inverse avant la tombée de la nuit. Un jeu d'enfant.
Pourtant, lorsqu'il entendit les feuilles d'un buisson proche de lui bouger sous le mouvement de ce qu'il imaginait être le fameux monstre, il sursauta et laissa échapper un cri si fort (et aigu) qu'il en aurait pleuré de honte s'il avait été accompagné. Les mouvements du buisson s'arrêtèrent après quelques secondes et un petit lapin sortit la tête des feuilles, le regardant curieusement. Paulie ne s'était jamais aussi sentit stupide de sa vie et sous la surprise il fit un pas un arrière, trébuchant sur rien et s'étala de tout son long dans l'herbe.
Il laissa échapper un long soupir.
- La journée va être longue, dit-il à voix haute.
Un ricanement lui répondit et il se redressa brusquement, sur ses gardes, le regard tourné vers l'endroit d'où le son provenait.
Adossé contre un arbre, un rictus moqueur aux lèvres, se tenait un homme qui l'observait.
- D'où tu sors ?! cracha Paulie, agacé qu'il se moque ouvertement de lui.
Le sourire de l'homme s'agrandit et il continua de le regarder pendant de longues secondes avant de lui répondre.
- Je te retourne la question, qui es-tu pour oser t'aventurer dans ma forêt ?
Ma forêt, disait-il. Paulie se demanda s'il était un des rares suicidaires qui habitaient la forêt malgré la menace d'une bête qui déchiquetait tous ceux qu'elle croisait. Si c'était le cas, il pouvait l'applaudir d'avoir survécu jusqu'à aujourd'hui, mais il se doutait qu'il ne vivrait pas longtemps lui non plus.
- Je ne compte pas rester plus que nécessaire, je veux simplement traverser avant la tombée de la nuit.
Il se releva, attrapa son sac tombé par terre et se remit en route sans un mot de plus pour l'inconnu. Il se doutait qu'il ne croiserait personne d'autre pendant sa traversée, mais il n'avait pas l'intention de se lier d'amitié avec le premier venu, il était pressé. Pourtant, lorsqu'il se remit à marcher d'un pas rapide, il entendit clairement des pas derrière lui. Il s'arrêta, se retourna, et fusilla l'inconnu du regard.
- Quoi.
Toujours son sourire moqueur aux lèvres, l'inconnu se contenta de hausser les sourcils.
- Je dois traverser avant la tombée de la nuit, dit-il, répétant les mots de Paulie.
Il n'y croyait pas une seule seconde, mais qui était-il pour remettre sa parole en question. Haussant les épaules, il se remit en marche, ignorant tant bien que mal l'inconnu qui le suivait d'un peu trop près. En fait, il avait parfois l'impression qu'il pouvait même ressentir la chaleur de son corps tellement il était proche de lui, mais à chaque fois qu'il se retourner pour lui ordonner de s'éloigner, l'autre homme se trouvait déjà à plusieurs pas de lui, comme s'il ne s'était jamais approché.
Paulie se demanda s'il hallucinait, si c'était l'anxiété due à la forêt oppressante dans laquelle se terrait un monstre qui terrorisait leur village depuis des mois maintenant, ou si l'homme qui le suivait était tout simplement trop rapide pour qu'il arrive à l'attraper au bon moment. Étrangement, il sentait qu'aucune de ses trois hypothèses n'était la bonne.
Après des heures de marche dans un long silence angoissant, Paulie aperçut enfin l'orée de la forêt. Il poussa un soupir de soulagement à l'idée de ne plus être coincé ici et commença à accélérer le pas, mais se fit arrêter par une main anormalement grande et puissante sur son abdomen. Il se fit tirer en arrière, et se retrouva plaqué contre le torse musclé de ce qu'il imaginait, non, espérait être l'inconnu.
Il baissa la tête et vit avec horreur que la main n'avait rien d'humain. Elle faisait la taille de son abdomen et les griffes qui avaient remplacé les ongles de ce qu'il avait pensé être un homme étaient si longues et pointues qu'il ne doutait pas une seule seconde qu'elles pourraient le lacérer en un instant.
- Tu t'en vas déjà, Paulie ?
Paulie se retourna, s'apprêtant à voir le monstre derrière lui, mais il fut surpris de voir le visage de l'homme tout près du sien. Encore hautain, encore moqueur, mais surtout humain. Pourtant, les doigts qui vinrent attraper son menton n'avaient eux rien d'humain.
- Alors qu'on vient enfin de se rencontrer ?
Paulie n'avait aucune idée de ce qu'il voulait dire par là, mais il sentait que la situation lui échappait complètement (peut-être qu'elle lui avait échappée depuis le début). Il ne contrôlait plus aucun de ses membres et il ne pouvait que trembler, terrifié à l'idée de mourir à cet instant, ne devenant qu'une victime de plus, une qu'on oublierait d'ici quelques semaines lorsqu'une autre l'aurait remplacée.
Le souffle chaud de la bête contre sa nuque ne faisait que le conforter dans l'idée que c'était fini. Il allait mourir, déchiqueté et dévoré par les crocs acérés d'un monstre qui n'avait épargné aucune de ses victimes.
Il sentit qu'il le mordait, suffisamment fort pour le faire saigner, mais pas assez pour le tuer puis plus rien.
Il se retourna et, contre toute attente, il n'était plus là. Paulie se passa une main dans la nuque, sifflant de douleur quand il toucha sa blessure, ne comprenant pas vraiment pourquoi il l'avait laissé en vie. Il ne tenait cependant pas à le recroiser et il s'empressa donc de quitter la forêt sans se retourner, des questions plein la tête, le souffle court et les jambes tremblantes.
Il ne voulait même pas imaginer comment il allait faire le chemin retour sans se retourner à chaque bruit qu'il entendait.
Caché entre deux arbres, Lucci regarda sa proie s'enfuir la queue entre les jambes, terrifié par la rencontre qu'il venait de faire, et il lécha le sang sur ses lèvres en souriant. A l'instant où Paulie ferait de nouveau un pas dans la forêt, il ne le laisserait pas s'échapper.
