Chapter Text
Courfeyrac ouvrit sans bruit la porte de la chambre. Appuyée sur l'encadrement de la porte, elle observa la pièce avec un leger sourire. Elle était petite, typique de ces apparts parisien beaucoup trop cher pour ce qu'ils étaient. Une faible lumière l'éclairait, les rideaux tirés ne laissant qu'une infime lumière s'échapper des fenêtres, et il y baignait une odeur de peinture, d'alcool, et de sueur provenant probablement de l'occupante actuellement assise au milieu de son lit. Sur le sol trainait pinceaux, carnet, culotte, hoodie, bouteilles, tâches de peinture, et ce qui semblait être une vieille paire de Dr Martens défoncées par la vie. Son sourire se fit un peu plus grand. La chambre de Grantaire avait une familiarité particulière; le genre d'endroit où, malgré le désordre et étroitesse, on se sentait chez soi.
« Bouh. »
La-dite Grantaire sursauta, lachant son crayon de papier. Il roula sur le sol jusqu'à la blonde, qui se pencha afin de le rattraper et de lui tendre.
« Putain, Courf, tu m'as fais peur !
- Désolé ! Tiens, ton crayon ! »
La brune l'attrapa, fermant au passage son carnet sur ses genoux. Cela n'empêcha pas Courfeyrac de venir s'asseoir sur le lit, tentant d'observer le contenu du carnet; sans succès.
« Tu fais quoiiii ? Ah, laisse moi deviner, tu dessines Enjy ? »
Le silence qui s'en suivit ne fit que confirmer ses dires, et son sourire ne se fit que plus éclatant. Voyez-vous, Enjolras et Grantaire étaient terriblement amoureuses l'une de l'autre. On aurait pu trouver ça adorable si elles n'étaient pas toutes les deux têtues comme des mules, résolue à leur déni, avec une tendance à se disputer constamment afin d'ignorer leurs sentiments. Du moins c'était ainsi que Courfeyrac l'interpretait; et en tant que meilleure amie d'Enjolras et colocataire de Grantaire, elle était certaine de ce qu'elle croyait.
« Elle... m'inspire. »
C'était les joues rougies par la gêne que Grantaire avait répondu, son regard se posant ailleurs, loin de Courf. Un long soupir s'échappa des lèvres de celle-ci. Ça en était trop. Il fallait qu'elle intervienne. Encore.
« Tu devrais lui dire R ! J'veux dire, tu l'aimes depuis le 19e, voir avant si la théorie de Jehan sur les réincarnations successives est vraie, vous êtes mortes en vous tenant la main, et dans cette vie vous êtes amis d'enfance qui se retrouvent après des années !
- On dirait le scénario d'un mauvais film de Noël.
- Oui ! Et j'ai l'impression d'être le cliché de la meilleure amie désespérée ! Je suis désespérée ! »
Elle se laissa retomber sur le lit, fixant le plafond. Elle avait tout essayé. Les conseils de base, les enfermer dans des placards ensemble, les jeux de la bouteille, ramener Enjolras chez elle puis la laisser seule avec R pour "aller faire des courses", faire s'impliquer les autres, tout. Rien n'avait fonctionné, ou ils avaient rendu les choses bien pire.
« Je t'en supplie R, juste... Dis lui.
- Non. »
La ton de son amie avait été froid, un peu cassant. Courf soupira a nouveau, se mettant a nouveau en position assise sur le lit. Un silence s'installa dans la pièce. En soit, elle comprenait les raisons qui poussaient ses deux amies à agir ainsi - un melange de culpabilité, de non-dit, et leurs caractères respectifs n'aidant certainement pas. Deux ans. Deux ans que Courfeyrac essayait, sans succès. D'autre aurait abandonner; ce n'était pas son genre. Elle avait analysé la situation sous tout les angles, ne trouvait aucune solution, mais elle ne pouvait pas abandonner.
Quelle meilleure amie elle serait, sinon ?
« J'ai un plan. »
Ce fut un peu comme dans les dessins animés, quand une ampoule s'allumait au dessus de la tête du personnage. Elle se releva précipitamment, manquant de trébucher au passage.
« Encore ?
- Oui, encore. Mais celui-là va marcher, j'en suis certain. »
Depuis l'encadrement de la porte, une voix se fit entendre.
« Courf, mon coeur, tes plans finissent toujours mal. »
Courf se retourna, un immense sourire éclairant son visage. Sa deuxième colocataire et meilleure amie, Combeferre, se tenant dans l'encadrement de la porte, une tasse de thé brûlante à la main. Ferre sortant de sa chambre en pleine période d'examens était déjà une chance, alors la voir s'investir dans leur conversation ne fit que battre un peu plus fort le coeur de la blonde.
« Je vous en supplie, allez flirter ailleurs.
- On ne flirte pas, et mes plans ne finissent pas mal. Juste pas de la manière dont j'aurais souhaité, c'est tout ! »
Il y eu un silence à nouveau, Courf faisant la moue face aux accusations de ses amies. Pourquoi personne ne pouvait voir que tout ce qu'elle voulait était le bonheur de ceux qu'elle aimait ! Oui, parfois ses plans ne se déroulaient pas comme elle l'avait prévu, mais c'était l'univers qui était contre elle, et pas ses plans qui étaient foireux en soit ! Elle avait bien réussi a pousser Marius dans les bras de Cosette - bien que Marius était bien moins idiot sur le plan émotionnel que ses deux amis, elle devait l'admettre.
Le silence fut brisé par un long soupir.
« Bon, ok. De toute façon, que je dise oui ou non, tu aurais fait ton plan, donc... »
Le regard de Courf s'illumina, comme un enfant devant un sapin de Noël.
« Merci, merci R ! Tu ne le regretteras pas !!
- Je regrette déjà. »
Elle sortit de la chambre en courant, déposant au passage un baiser sur la joue de sa meilleure amie. Cette fois était la bonne, elle le savait.
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[Opération enjoltaire]
🌸🌺🌼: j'ai toujours pas compris...
Swag pd ✨: Mais !!!!!! Jehan !!!!!!!!!!!
Pounine: En mm tps t'explique mal
Swag pd ✨: JE VOUS DETESTE
Courfeyrac se laissa tomber sur son lit avec un long soupir. Les derniers rayons du soleil illuminaient sa chambre, plongeant la pièce dans une douce ambiance orangée. Sa seule fenêtre accessible - son lit étant adossé contre l'autre - était ouverte, et les bruits de Paris envahissaient la pièce d'une manière que certain aurait trouvé impossible à supporter. Elle, ça l'apaisait. Un des avantages à toujours avoir vécu à la capitale, elle supposait; là où les enfants de la campagne trouvait le bruit du hibou du soir rassurant, elle était capable de s'endormir au son des voitures et des rires des passants.
Courgette: Courf on veut juste des explications plus claires :(
Swag pd ✨: C'est la troisieme fois que j'explique !!!
🌸🌺🌼: mais tu rajoutes des détails à chaque fois, comment veux-tu que l'on s'y retrouve mon chou ?
Elle avait envie de hurler dans son oreiller. Était-ce de sa faute si ses pensées allaient plus vites que celles des autres et que, par conséquent, elle perdait ses amis dans ses explications ? Elle ferma les yeux un instant. Lorsqu'elle les ouvrit, un papillon blanc comme neige s'était posé sur son nez. Son souffle se coupa, son corps se figea, terrifiée à l'idée de faire s'envoler le petit insecte.
« Hey, toi... »
Malheureusement, le papillon s'envola à nouveau, venant se poser sur ses fleurs - des diascas, offert par Jehan. Les papillons avaient toujours été ses insectes favoris. Leur jeu préféré lorsqu'elles étaient enfants, Combeferre Enjolras et elle, était d'attraper des papillons, un peu à la manière des Pokemons. Des "papallions", comme elles disaient. Elle aurait rêvé en garder un pour toujours auprès d'elle... Puis elle avait apprit que ça ne vivait que quelques semaines à peine, et son coeur avait été brisé.
Swag pd ✨: Ok.
Swag pd ✨: Mon plan c'est d'organiser une fête au Musain jeudi
Pounine: Le jour du meeting ??
Swag pd ✨: Oui sht
Swag pd ✨: Et à cette fête on ne fait RIEN QUE DALLE PAS DE JEU DE LA BOUTEILLE PAS DE ENFERMER DANS LA MEME PIECE NON RIEN.
🌸🌺🌼: c'est ça que je ne comprends pas... ce n'est pas un peu... contre productif ?
« Hey. »
La blonde ne sursauta pas. Un des avantages à connaître quelqu'un depuis toujours était qu'on n'était plus surpris d'entendre leur voix à n'importe quel moment et endroit de la journée. C'était une constante; une confortable constante. Plongée dans son telephone, elle resta allongée sur son lit en étoile de mer.
« Hey. Y'a un papillon sur mes fleurs, tu veux le voir ?
- Oh, c'est vrai ? »
Combeferre s'agenouilla près du rebord de la fenêtre, observant avec attention l'insecte. Courf ne put s'empêcher de sourire. Sa meilleure amie adorait la nature et tout ce qui l'habitait; elle clamait que c'était plus une approche scientifique qu'autre chose, Courf voyait dans son regard l'éclat de leur enfance. C'était cet éclat qui l'avait guidé toute son enfance, gardé sous contrôle toute son adolescence, et fait tomber amoureuse à la naissance. Elle aurait donner le monde, pour cet éclat.
« C'est un phalène blanche, un papillon très commun, même si peu en ville habituellement...
- Il va manger mes fleurs ?
- Hmm non, il va juste les polliniser, je pense.
- Je préfère, oui. »
Combeferre vint ensuite s'allonger sur le lit, au côté de la blonde. Il n'en fallut pas plus à la dite blonde pour se laisser rouler sur le côté et passer sa jambe au dessus de celle de sa meilleure amie, se collant ainsi à elle. Ce qui était bien, avec Ferre, c'est que jamais elle ne la jugeait, peu importe les bêtises qu'elle pouvait dire. Elle pouvait se moquer un peu d'elle, oui, mais jamais méchamment. Là où avec Enjy elles se disputaient souvent, sa relation avec Ferre etait douce, et calme. Ça apaisait son esprit. Parfois, elle se disait que, sans elle, elle aurait déjà viré folle depuis bien longtemps.
« Tu faisais quoi ?
- J'expliquais mon plan à l'opération enjoltaire !
- Et ?
- Ils comprennent pas.
- En même temps, c'est un peu à contre courant de tout ce que tu as proposé jusque là.. »
Combeferre déposa un baiser dans ses cheveux, se collant un peu plus contre elle. Son âme-soeur. Dès qu'elles se retrouvaient toutes les deux, le monde autour semblait disparaitre. Elle ferma les yeux un instant. Elle n'avait pas envie de penser à son plan là, tout de suite.
« R est encore là ?
- Hmmm non, elle est chez Baz et Feuilly.
- On peut faire l'amour ?
- Hmhm... »
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Quelques heures plus tard, le soleil s'était couché. Sous la vague lumière jaunâtre des lampadaires, elle attrapa son deshabillé, le parquet grinçant sous ses pas. Un mouvement entre les draps; un léger sourire illuminant son visage. Elle ferma la fenêtre, passa une main dans ses cheveux, passa ses chaussons dans ses pieds, puis le bruit de la porte s'ouvrant provoqua un petit râle provenant du lit. Elle rit, un rire clair et un peu féerique.
« Chhht, rendors toi. Je reviens. »
Ses pas la guidèrent jusqu'à la cuisine, où elle se fit silencieusement couler un café. Parfois, Courfeyrac adorait le silence. Ironique, peut-être, pour quelqu'un qui ne supportait pas la solitude, mais il y avait dans le silence de sa propre maison quelque chose de réconfortant par moment.
« Quand est ce que vous allez vous mettre ensemble ? »
Elle leva les yeux au ciel. Le calme ne pouvait durer; la joie de vivre avec deux colocataires. Elle attrapa sa tasse, s'appuya contre le plan de travail. Grantaire venait de rentrer de cours; elle était couverte de peinture, de ses Dr Martens à son hoodie vert bouteille, ses boucles brunes attachées en chignon bordélique au dessus de sa tête. Elle avait l'air épuisée. Elle avait l'air d'avoir bu.
« Quand tu avoueras ton crush à Enjy.
- Ah. »
Elle se laissa tomber dans le canapé, sous le regard attentif de Courfeyrac. Elle trempa ses lèvres dans son café - café au lait, elle préférait.
« T'abuses, tu aurais pu me ramener une bouteille.
- Le génie créatif, ça ne se partage pas ma chère !
- Appelle ton alcoolisme comme tu veux, j'ai envie de vin blanc. »
Elle comprenait Enjolras. Elle était amoureuse de Combeferre, bien sûr, mais elle ne pouvait nier la beauté de Grantaire. Certains aurait dit qu'elle ne ressemblait pas a grand chose, qu'elle etait trop grande, trop musclée, trop masculine, que ses cheveux étaient un véritable cauchemar de boucles indomptables et que son visage n'était certainement pas le plus joli qu'ils aient pu voir. Courf, elle, trouvait une certaine beauté à tout ces défauts. C'est ce qui faisait le charme de Grantaire. C'est ce qui avait fait tomber désespérement amoureuse sa meilleure amie, toute ces années en arrière.
« T'es belle.
- Ta gueule. »
Toujours la même réponse. Courf soupira, et mit sa tasse au lave-vaisselle. Elle n'avait pas commencé ses devoirs. Elle avait envie de retourner dans le lit avec Combeferre. Au lieu de ça, elle s'appuya contre leur comptoir, les bras croisés.
« Soirée au musain jeudi, après le meeting. T'es chaud ?
- C'est ça, ton fameux plan ? Une soirée ? »
Et c'était parti. Lorsqu'elle avait bu, Grantaire était bien plus têtue que d'habitude - c'était dire.
- Peut être.
- Courf...
- Ah non, tu m'as dis que tu me laissais le champ libre !
- Je n'ai jamais dis ça. »
Elle croisa les bras, et Courf sut immédiatement qu'elle faisait la gueule. Il était vrai que des soirées, il y en avait eu des dizaines, et jamais rien ne s'était passé. Des effleurements de mains, des regards en coin, beaucoup de gêne de non-dit, rien de très consistant. Mais Courfeyrac avait bon espoir cette fois-ci. Elle le sentait.
« R !
- Non. En plus elle deteste les soirées. Et je vais boire, on va encore s'engueuler, elle va encore me dire que je ne sais rien faire d'autre que me bourrer la gueule ou un truc du genre, et on reviendra au putain de point de départ !
- S'il te plait, fais moi confiance ! Je te jure que mon plan est parfait, il faut juste- »
Trop tard. R etait repartie dans sa chambre, claquant la porte, faisant trembler le mur du salon et coupant court à la discussion.
Courfeyrac se laissa tomber sur le canapé.
Elle avait raison. Bien sûr qu'elle avait raison. C'était un scénario qui s'était déroulé mainte et mainte fois devant ses yeux, comme une pièce de théâtre que les acteurs interprèteraient jusqu'à l'épuisement. Pourtant, elle avait espoir. Elle sentait que cette fois, c'était la bonne; que cette fois, elles s'embrasseraient sous le clair de Lune et Courf aura enfin réussi à rendre tout le monde heureux. Pourquoi personne ne voulait jamais lui faire confiance ?
Sans s'en rendre compte. Une larme coula sur sa joue. Puis une autre. Elle les essuya rapidemment, du revers de la manche de son déshabillé. Elle devait pas pleurer; elle n'en avait pas le droit. Elle n'avait aucune raison de pleurer. Pourquoi pleurer alors qu'elle avait tout pour elle ? Le bel appartement, les amis incroyables, le corps de rêve, les grandes études, la fierté de ses parents. Elle n'allait tout de même pas pleurer juste pour sa coloc lui faisant la tête, c'était absurde ! Elle renifla, fermant les yeux un instant.
Elle était Isaure De Courfeyrac, soleil dans le coeur de ses amis et fierté de sa famille. Elle n'avait aucune raison de pleurer, et donc ne pleurerait pas. Aussi simple que cela.
Elle ouvrit les yeux à nouveau, un sourire illuminant son visage.
« Mon amour, Grantaire ! Je commande sushi ce soir, venez me dire ce que vous voulez ! »
Et tant pis si sa voix tremblait derrière ses accents de joie.
