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Ça partait d’une bonne idée.
Offrir une peluche d’abeille à Cas, pour son « anniversaire » (une idée de Jack, qui s’était donné pour mission de fêter l’anniversaire de chaque résidant du bunker).
Le cadeau avait été reçu par un ange ému aux larmes, qui s’était jeté dans les bras de Dean pour le remercier (au plus grand embarras de l’intéressé, et au plus grand amusement de l’autre élan mal coiffé qui lui tenait lieu de petit frère).
Jusque-là, une réussite sur toute la ligne.
Seulement voilà, Dean aurait dû savoir que c’était trop beau pour être vrai. Car les bonnes choses n’arrivaient jamais sans conséquences, pour les Winchester…
C’est ce que le chasseur découvrit lorsque Cas commença à se balader dans le bunker, sa peluche constamment dans les bras. De temps en temps, l’ange poussait même le vice à frotter son visage (couvert de son éternelle barbe de trois jours) contre la joue moelleuse de l’abeille puis laissait échapper des petits bruits de contentement qui dérangeaient Dean beaucoup plus qu’ils ne l’auraient dû.
D’abord flatté par l’attention que l’ange portait à son cadeau, Dean commença à s’agacer en découvrant que l’ange ne quittait même pas la peluche pour manger. S’il fut un peu brusque lorsqu’il déposa le burger devant Cas et qu’une rondelle de tomate couverte de sauce chuta sur la peluche (posée sur les genoux de Cas), ce n’était qu’accidentel. L’agacement de Dean ne fut qu’amplifier lorsque, contre toute attente, l’ange usa de son mojo pour faire disparaître la tache du tissu de la peluche, et gratifia l’abeille d’une caresse affectueuse, par-dessus le marché ! Dean grinça des dents et se retourna vers ses casseroles sans un mot. Il pouvait sentir le regard perplexe de Sam posé sur lui, et l’ignora superbement.
*
Dean remontait le couloir du bunker d’un pas joyeux, un air de Led Zeppelin sur les lèvres, et s’arrêta devant la porte de la chambre de Cas. Il y frappa trois petits coups, auxquels répondit un « Dean, entre ! » surpris et joyeux. Le chasseur ne se fit pas prier.
Et se figea devant le spectacle de l’ange, allongé dans son lit, sous ses draps, vêtu d’un des vieux T-shirts de Dean, qu’il semblait avoir adopté comme pyjama… et surtout la peluche d’abeille, que Cas serrait tendrement contre lui. Dean vit rouge, et ce fut de justesse qu’il se retint de tourner les talons et repartir en claquant la porte. Au lieu de ça, il réussit à faire abstraction de l’irritante présence de l’insecte en peluche, et proposa à Cas de venir se joindre à sa soirée film, dédié à la prélogie de Star Wars.
Même tout l’amour que Dean portait à cette trilogie emblématique ne suffit pas à le distraire des petits bruits agaçants que produisait Cas, qui semblait aux anges (ha !), serré contre sa peluche, à côté de lui. Dean aurait même juré entendre l’ange essayer d’expliquer le scénario à la petite abeille. Ridicule…
Après trois longues heures passées à fusiller du regard la peluche et ne porter aucune attention au film, Dean décida d’arrêter les frais, et se leva au plein milieu du film pour aller se coucher, sous le regard ébahi de Cas. Il retint de justesse une remarque acide à propos de l’abeille en peluche, qui était visiblement une bien meilleure compagnie que lui. Parce que Cas ne méritait pas qu’il soit méchant avec lui. Et parce que Dean n’était pas assez pathétique pour être jaloux d’une peluche.
*
– Franchement, Dean, je ne te pensais pas aussi jaloux !
La remarque amusée de Sam rencontra une volée d’insultes colorées, ainsi qu’un jet de spatule. Puis, les joues rouges, Dean s’en retourna à ses pancakes, et prit un malin plaisir à couvrir celui de Sam de sel. Ça lui apprendra… Et s’il sentit dirigée vers lui l’expression préoccupée de Cas (qui avait sa stupide abeille sur ses genoux), il l’ignora complètement.
*
Le lendemain soir trouva Dean installé sur son lit, les couvertures rabattues sur ses jambes et son casque sur les oreilles. Sa compilation de Led Zeppelin le berçait doucement vers le sommeil lorsque trois coups brefs furent frappés contre sa porte. Dean se redressa, ses instincts de chasseur à vif, puis se détendit alors que le visage de Cas apparut dans l’entrebâillement de la porte. D’un geste, Dean l’invita à entrer, et l’ange se glissa dans la chambre, l’air emprunté.
– Ça va ?
La question de Dean était légitime, d’autant plus que l’ange semblait – pour une fois ! – ne pas avoir traîné sa foutue peluche avec lui. Dean s’interdit de s’en réjouir. L’ange lui lança un sourire timide.
– Je pensais qu’on pourrait avoir une soirée film, ce soir ? Comme Jack est chez Jody et que Sam et Eileen sont partis chasser tous les deux ?
Le cœur de Dean eut un loupé, alors qu’il réalisait qu’ils n’étaient plus que tous les deux dans le bunker. Ce qui n’était pas arrivé depuis au moins plusieurs mois. Il déglutit en chassant toutes les pensées parasites qui lui venaient, et se força à se concentrer sur la question de Cas.
– Hum, euh… Ouais, ouais bien-sûr ! Je ne dis jamais non à une soirée film ! Tu veux quoi ?
*
Le choix de Cas s’était porté sur Indiana Jones, et Dean n’allait certainement pas s’en plaindre. (Et non, il n’avait pas un crush sur Harrison Ford, Sam ! L’acteur était juste très charismatique !) Le film avait déjà commencé depuis une bonne demi-heure lorsque Cas brisa leur bulle de silence.
– J’ai laissé Clara dans ma chambre, je me suis dit que ce serait plus agréable de passer la soirée juste avec toi. Comme tu ne semblais pas très à l’aise avec elle…
Dean se retourna d’un bloc vers lui, dans l’incompréhension la plus totale. Cas laissa échapper un petit rire et se passa une main dans la nuque.
– Clara, l’abeille que tu m’as offerte.
Dean détesta la vague de soulagement qui l’envahit. Si Cas décidait d’avoir une petite amie secrète qu’il cachait dans sa chambre pendant leurs soirées film, c’était son droit, et Dean n’avait aucun e raison d’être jaloux… Cependant, ça n’empêcha pas un petit sourire heureux d’éclore sur son visage.
Ils en étaient à la moitié du film lorsque Dean – parce qu’il était fatigué, et rien d’autre ! – vint poser sa tête sur l’épaule de Cas. L’ange ne cilla pas, et se contenta de se repositionner, de manière à ce que Dean puisse être confortable. L’estomac du chasseur fit un petit salto.
Indiana Jones venait de récupérer la statuette. Ou était-ce un médaillon ? Dean n’était plus sûr, perdu dans les limbes du sommeil et bercé par la chaleur de l’ange contre lui. Ce dont il était sûr, par contre, c’était qu’une main venait de lui caresser les cheveux. Il se tendit par réflexe (sa nuque était une zone très sensible), et la main disparut sur le champ.
– Je suis désolé, Dean, je… Je crois que j’ai pris l’habitude de câliner Clara, mon abeille, et que je… Enfin, tes cheveux sont doux, mais…
Dean décréta qu’il était trop fatigué pour gérer ça. Aussi il se blottit plus confortablement dans le creux du cou de Cas.
– ‘M’en fous… C’était agréable… Recommence steuplait…
Si Cas fut surpris de la réaction, il n’en montra rien, et, très vite, ses doigts se retrouvèrent à nouveau à fourrager dans les courtes mèches de Dean. Au grand plaisir de ce dernier.
*
Ce fut la musique qui informa Dean que le film venait de se terminer. Il laissa échapper un petit grognement de mécontentement, réticent à l’idée de quitter la chaleur de Cas. Mais il savait que continuer à se blottir contre son meilleur ami une fois le film fini reviendrait à franchir une ligne qu’il n’était pas prêt à approcher.
Contre toute attente, deux secondes plus tard, alors que Cas se tournait vers lui, sa main toujours enroulée autour de la nuque de Dean, ce fut le chasseur qui se pencha pour l’embrasser doucement, porté par un mélange de fatigue et d’yeux beaucoup trop bleus, et de lèvres beaucoup trop proches et…
Et bordel, ce que c’était agréable d’embrasser Cas…
D ean laissa échapper un petit couinement lorsque l’ange l’attrapa doucement par la taille, pour l’allonger sur le canapé, sans cesser le baiser, et le chasseur enroula ses bras autour des larges épaules de Cas, en retour. De loin, très loin dans son esprit enivré , Dean sourit en se disant que Jack, Sam et Eileen avaient bien fait de ne pas être au bunker, ce soir-là.
*
Le DVD du Seigneur des Anneaux venait de disparaître dans le lecteur DVD et la musique emblématique s’éleva dans le Dean room. Jack, installé dans le fauteuil, piochait dans le saladier de pop-corn sur ses genoux. À sa droite, sur un des canapés, Eileen était allongée, la tête sur les cuisses de Sam. Et de l’autre côté, Cas se tenait, installé dans l’autre canapé. Sans l’ombre d’une peluche à l’horizon, ce que Sam ne manqua pas de mentionner.
– Je l’ai laissé dans ma chambre… » commença Cas, avant d’être interrompu par Dean, télécommande à la main, qui vint tout naturellement se blottir contre lui, et lui déposer un baiser dans le cou.
– C’est juste qu’il a trouvé une meilleure manière de s’occuper les mains, Sammy !
Dean ponctua sa remarque spirituelle d’un haussement de sourcil suggestif.
– Dean, t’es dégueulasse !
Dean éclata de rire, et partagea un regard amusé avec Cas. Oui, finalement, cette abeille en peluche était une bonne idée.
