Work Text:
Lorsque le maître avait annoncé la dissolution de la guilde, le ciel était tombé sur la vie de Gray. Il avait eût le sentiment que sa famille l'abandonnait, encore. Lorsqu'il était rentré chez lui, il avait eut envie de tout détruire. Et il le fit. Aveuglé par la colère et le désespoir, il avait balancé les chaises, retourné la table, jeté toutes ses affaires sur les murs, déchiré les rideaux, crié, hurlé même, jusqu'à ne plus rien entendre. Puis il s'était effondré au milieu de tout ce bazar, le cœur aussi anéanti que son appartement.
Il avait pleuré, pleuré longtemps, jusqu'à ce que les larmes sèchent et forment une croûte imperméable autour de son cœur. Alors, il avait décidé de partir. Partir loin de tout ça, de tout ce qui le faisait souffrir encore. Ne plus jamais les revoir, pour ne plus jamais les aimer.
Il avait prit quelques affaires et était sorti, laissant l'appartement en vrac. Dehors, la pluie tombait doucement, le recouvrant d'une fine pellicule de fraîcheur qui lui fit du bien. Son sac sur le dos, il s'était mit à marcher vers la sorti de la ville. Il ne savait pas vraiment où il voulait aller, mais une chose était sûre, il ne voulait pas rester à Magnolia.
Il avait marché une journée entière, toujours sous la pluie, la tête vide, avec l'impression de ne jamais être seul. C'était une impression qu'il ne connaissait que trop bien. Ainsi, lorsqu'il eut installé son campement pour la nuit à l'orée d'une grotte et fait cuire le morceau de jambon qu'il avait amené, il avait invité la jeune femme à se mette à l'abri et manger avec lui.
Juvia, honteuse de s'être fait prendre à le suivre, s'était excusée mille fois avant de le rejoindre. Ils n'avaient pas beaucoup parlé ce soir là. Gray savait pertinemment pourquoi elle était ici, et n'avait vraiment pas besoin d'en entendre plus. Il lui avait proposé de la rejoindre simplement pour qu'elle ne passe pas la nuit sous la pluie, mais sa compagnie n'était pas vraiment la bienvenue pour le moment. Elle avait du le sentir, car elle s'était retenu de faire une quelconque remarque et avait mangé en silence avant de se coucher près du feu.
Cette nuit là, Gray avait eu du mal à s'endormir. Trop de choses tournaient dans son esprit. La première d'entre elles concernait la forme allongée à quelques pas de lui. Qu'allait il faire d'elle ? Elle allait sûrement vouloir le suivre partout. Avait-il vraiment envie qu'elle vienne ? Comment lui dire qu'il voulait être seul sans la brusquer ? Mais avait il vraiment envie d'être seul ? Non, bien sûr que non. Ce dont il avait envie, c'était d'être à la guilde, avec ses amis, sa famille, mais ça, c'était impossible. Sa famille était partie pour toujours. Le seul membre qui lui restait, c'était elle, cette femme un peu folle, toujours optimiste et si désespérément collante.
Alors il prit une décision folle. Une décision qui allait tout changer.
- Tu veux... Tu veux venir avec moi ?
Il lui avait posé la question le matin, pendant qu'ils levaient le camp. Évidement, elle avait sur-réagit, les imaginant déjà mariés avec une myriade d'enfants autour d'eux. Il n'avait pas vraiment fait attention à ses élucubrations, il était habitué à y faire abstractions. Il n'empêche que, toute étrange que puisse être Juvia, se semblant de normalité lui avait fait du bien. Un peu. Et puis surtout, il avait cessé de pleuvoir.
Ils avaient trouvé une maison peu de temps après et avaient utilisé une grande partie de leurs économies pour l'acheter. Juvia avait tout de suite mit toute son énergie à dépoussiérer, nettoyer et redonner un peu de fraîcheur à leur nouvelle habitation. Gray, avait regardé passer la tornade, un peu dépassé par toute cette agitation, ne sachant pas très bien pourquoi elle mettait tant de cœur à l'ouvrage.
Aujourd'hui, il comprenait. Lorsqu'il avait acheté cette maison six mois plus tôt, elle n'était qu'une habitation. Quatres murs, un toit. Aujourd'hui, assis sur le canapé moelleux, écoutant la douce mélodie que fredonnait Juvia tandis qu'elle confectionnait un gratin aux champignons, dont l'odeur alléchante embaumait la cuisine et le salon, il était dans un foyer. Un foyer doux, chaleureux, aimant, apaisant. Un foyer qu'il aimait rejoindre le soir après une journée difficile. Un foyer qui lui faisait oublier que ses amis n'étaient pas juste là, dans la maison d'à coté. Il était bien ici, vraiment bien, mais il allait devoir quitter tout ça. Erza l'avait contacté pour une mission d'infiltration et il n'avait aucune idée de combien de temps ça allait prendre. Il savait juste que c'était dangereux et qu'il était hors de question de mêler Juvia à tout ça. Alors il devrait partir dans la nuit, secrètement, comme un voleur.
Il détestait cette idée. Il détestait l'idée de salir le nom de Fairy Tail en entrant dans une guilde clandestine. Il détestait l'idée de laisser Juvia derrière lui. Il détestait l'idée qu'il ne pourrait pas revenir ici avant longtemps. Alors ce soir, il prit le temps de tout mettre dans sa mémoire.
Il observa le petit salon. Il y avait une petite table basse, dans le style traditionnel, autour de laquelle ils mangeaient. La table était mise, en prévision du dîner qui serait bientôt prêt. Juvia y avait déposé un bouquet de fleurs qu'elle avait cueillit à la fin de l'été et qu'elle avait fait séché avec soin. Gray se demanda s'il reviendrait à temps pour la voir cueillir les premières fleurs du printemps. Elle en parlait de temps en temps, attendant avec impatience l'arrivée des premières perce-neige et jonquilles. Mais il savait déjà que la fleur qu'elle préférait était le coquelicot, doux et voluptueux comme un tissu de soie, fleur éphémère qui ne supportait pas de manquer d'eau. Il mourrait d'envie de voir son visage s'éclairer lorsqu'elle verrait la première de ces fleurs délicates.
Sur les murs, posés sur des petites étagères en bois, il y avait les magasins du Sorcerer où ils lisaient ensemble les articles écrit par Lucy et quelques livres qu'ils avaient acheté au fil de leurs missions. Elle aimait surtout les romances, et lui les romans de capes et d'épée. De temps en temps, ils inversaient, entraient dans l'univers de l'autre, et plus il lisait, plus il comprenait d'où lui venait cette imagination débordante qu'elle déployait à chacun de ses rêves éveillés. Alors, il avait commencé à lire plus attentivement, glanant quelques idées, cherchant un mode d'emploi pour enfin comprendre sa partenaire. Evidemment, il n'y avait rien la concernant dans ce genre de livre. Elle était trop unique et les héroïnes transis d'amour beaucoup trop plates. Il espérait sincèrement qu'elle n'attendait pas qu'il se comporte comme les idiots de ses romans, il en serait bien incapable.
Le cœur serré, il porta son attention sur le mur face à lui, où se trouvait la cheminée en pierre. Juvia y avait déposé quelques bûches, mais elle était encore propre. Ils ne l'allumaient jamais. Lui n'avait jamais froid, et elle préférait s'enrouler dans un tas de plaid avec un thé chaud. À la réflexion, peut être que dans ces moments là, elle avait froid, mais préférait ne rien dire pour ne pas qu'il ai trop chaud. Quelle idiote ! Il l'aurait allumé la cheminée si elle le lui avait demandé ! Il jeta un coup d'œil par la fenêtre et vit quelques flocons tomber. Il allait certainement faire froid ce soir. Est ce que ...? Prendre des initiatives. Ouais, il avait lu ça dans les bouquins de Juvia. Il se leva, et se dirigea vers la cheminée. Il attrapa de vieux bouts de papier, une allumette et crac, le feu prit. Quel chaleur ! Il espérait que ça lui ferait plaisir.
A ce moment, Juvia débarqua dans le salon, le plat de gratin en main, son kimono du soir bien enroulé autour de ses épaules.
-C'est prêt ! Oh, Gray-Sama a allumé la cheminée ! S'exclama-t-elle avec un grand sourire pendant qu'elle posait le repas sur la table. Quelle bonne idée ! ajouta-t-elle en s'asseyant à la place la plus proche de la source de chaleur.
Ouais, ça lui avait fait plaisir. Plutôt fier de lui, Gray s'installa en face de Juvia, et commença à servir le repas. Ca sentait drôlement bon. Des deux, c'était Gray qui s'en sortait le mieux en cuisine mais elle s'était mise en tête qu'elle devait apprendre à cuisiner, sans quoi il l'a virerait à coup de pied de la maison. Ce n'était certainement pas vrai, mais pour lui faire plaisir, et avoir un peu la paix avec un repas correct, il lui avait enseigné les quelques trucs qu'il connaissait. Si Juvia n'était pas devenue une grande spécialiste des pâtisseries, sa cuisine salée en revanche s'était révélée très souvent délicieuse. Il se servit une grande portion. Ça aussi ça allait lui manquer. La cuisine de Juvia. Les odeurs enivrantes qui envahissaient toute la maison lorsqu'elle s'affairait à transformer des aliments simples en mets exquis. Ses jurons lorsqu'elle ratait un petits chantonnements lorsqu'elle mangeait quelque chose qu'elle aimait. Aujourd'hui justement, assise prêt du feu, elle chantonnait tout en dégustant sa part de gratin. Il devait reconnaître qu'il était particulièrement réussi. Il était curieux de savoir si elle avait mit de la muscade dans la crème comme il le lui avait conseillé la dernière fois, mais elle avait l'air si heureuse et paisible qu'il n'osa poser la question. À la place, il l'observa, discrètement, du coin de l'œil.
Si le feu de la cheminée lui brûlait la peau, Juvia, elle, lui réchauffait le cœur. Il observa ses longs cheveux bleus attachés en une queue de cheval haute, dont quelques mèches folles s'échappaient et donnaient un aspect plus doux à son visage. Il observa ses yeux qui reflétaient l'éclat des étoiles même en pleine journée, brûlant de joie et de vie, flamboyant d'amour dès qu'elle les posait sur lui. Il observa ses lèvres qui s'étiraient en un sourire discret tandis qu'elle mangeaient. Soudainement, sortit de nul part, une question lui vint. Quel goût pouvait donc avoir ses lèvres ? Seraient-elles douces et sucrées ? Ou au contraire brûlantes, piquantes, passionnées ?
Gray sentit la chaleur se concentrer sur ses joues. Mais qu'est ce que c'était que ces pensées ? C'était sûr, il lisait trop les bouquins de Juvia, ça lui avait détraqué le cerveau !
Il passa ses mains sur son visage qu'il devinait rouge, autant pour masquer son trouble que pour se recontenancer.
- Tout va bien Gray-sama ?
Merde, grillé. Plus ils passaient de temps ensemble et plus elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. La plupart du temps, ça l'arrangeait bien, car ça leur évitait des malentendus ou de se mettre l'un l'autre mal à l'aise à cause d'une bourde, mais dans des situations comme celle ci, il s'en serait bien passé.
Elle le dévisageait, front plissé, sourcils froncés et sans prévenir, lança sa main au dessus du repas pour la plaquer sur son front à lui. Le feu dans le joue de Gray se fit plus ardant que jamais.
- Vous ne semblez pas avoir de fièvre pourtant. Vous avez chaud ? Vous voulez qu'on éteigne la cheminée ?
Gray grogna en secouant la tête, gêné. Si seulement ce n'était que la cheminée.
- Ca va, t'inquiètes, lâcha -t-il.
Il la regarda se rassoir, la mine toujours froncé. Son geste avait fait glissé son kimono sur son épaule, dévoilant sa peau porcelaine. Elle le redressa, d'un coup de main distrait, comme si ce n'était rien. Comme si la vue de sa peau d'albâtre n'avait pas déclenché chez Gray une envie soudaine et irrationnelle de la gouter, de l'embrasser, de la mordre partout où la chair était apparente. Comme si ce simple geste n'avait pas relancer le feu en lui. Comme s'il avait encore besoin d'une bonne raison de planter Erza et de rester.
Non définitivement, il n'avait pas besoin de ça. La maintenant tout de suite, il avait besoin de partir, d'être loin d'elle, sinon il ne pourrait plus jamais s'en sé , quelle plaie !
Il se leva brusquement, soulevant par inadvertance la table, ce qui fit sursauter Juvia.
-J'vais me coucher. Bonne nuit, lança-t-il, bien plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
-Alors bonne nuit Gray-Sama, répondit-elle d'une petite voix attristée.
Il ne la regarda pas lorsqu'il s'enfuit du salon. Il savait que s'il le faisait, il ne pourrait plus partir, pas en la laissant derrière lui tel un voleur comme il comptait le faire cette nuit. Il claqua la porte de sa chambre, s'assit sur son lit en soupirant et passa sa main sur son visage pour remettre ses idées en place.
Gray ne se rappelait pas du moment exact où il était tombé amoureux de Juvia. Il n'y en a pas vraiment. C'était arrivé doucement, petit à petit, comme la fonte des glaces au printemps. Par contre, il se rappelait avec exactitude le jour où il s'en est rendu compte. Ce jour là fut à la fois le jour le plus doux et le plus mélancolique de sa vie.
