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Malgré la pénombre qui l’entourait, Kuina savait qu’elle n’était pas dans sa chambre. Les meubles qu’elle pouvait apercevoir n’avaient rien à avoir avec les siens et elle voyait bien que même la taille de la pièce était différente. Pourtant, ce n’était pas ça qui l’inquiétait le plus, elle considérait même que la nouvelle disposition de sa chambre n’était qu’un détail par rapport à la personne qu’elle pouvait apercevoir par la fenêtre et qui rôdait dans le jardin.
Elle sortit du lit et s’approcha de la vitre discrètement, de peur que l’intrus la remarque. Il faisait nuit noire et elle avait du mal à voir l’extérieur, mais elle était certaine qu’il ne devrait pas y avoir quelqu’un se baladant dans son jardin au beau milieu de la nuit. Elle s’assit contre la fenêtre, attrapa son téléphone (qui, bien heureusement, était à sa place habituelle, à savoir dans la poche de son pantalon) et s’empressa d’appeler Zoro.
Il mit de longues secondes à répondre, mais lorsqu’il décrocha elle sentit une vague de soulagement s’abattre sur elle.
- Quoi ? demanda la voix de Zoro à moitié endormie.
- Il y a quelqu’un dans mon jardin.
- Quoi ?! répéta-t-il, soudainement plus réveillé.
Kuina aurait voulu jeter un coup d’oeil par la fenêtre, mais elle n’osait pas vraiment, de peur que la personne se soit approchée. Cela ne lui ressemblait pourtant pas d’être aussi effrayée, elle savait se battre, elle était même très douée pour ça (un peu trop, d'après ses proches qui en avaient marre de devoir l'arrêter quand elle voulait casser des gueules), mais aujourd’hui elle se sentait étrangement faible. Tous ses muscles étaient engourdis et elle avait du mal à réfléchir. Elle savait que si elle décidait de sortir pour l’affronter elle prendrait des risques et contrairement au frisson d’excitation qu’elle ressentirait toutes les autres fois, cette fois-ci elle se sentait étrangement apeurée.
- Il y a quelqu’un dans mon jardin. Je ne sais pas qui, mais il tourne autour de la maison, chuchota-t-elle, comme si l’intrus pourrait l’entendre au travers des murs.
Zoro ne lui répondit pas de suite, comme s’il réfléchissait, et Kuina avait l’impression que dans cette pièce sombre, même sa respiration faisait trop de bruit.
- Kuina, finit par dire Zoro. Tu n’as pas de jardin.
Ses mots furent un déclic et elle se souvint soudainement qu’en effet, elle n’avait pas de jardin. En fait, elle vivait au troisième étage d’un immeuble en plein milieu d’une ville, personne n’avait de jardin proche d’elle.
- Kuina tu es encore rentrée chez quelqu’un ?
Encore ? Comment ça encore ? Ce n’était arrivé qu’une seule fois… Et c’était il y a longtemps, quand elle était jeune et stupide… et complètement soûl.
Comme ce soir, en fait.
- Non ?
Elle entendit Zoro pousser un long soupir et elle aurait presque été gênée si elle n'avait pas été occupée à essayer de se souvenir de ce qu’elle avait fait la veille. Elle se rendait compte que c’était le trou noir complet, elle n’avait aucune idée de comment elle s’était retrouvée dans cette maison qui lui était entièrement inconnue. Elle aurait pu passer la nuit à faire la fête avec ses amis ou bien s’être faite enlevée par un vieux pervers, elle n’avait aucun moyen de savoir quelle situation était la plus probable.
(Le fait qu’elle ne soit pas enchaînée dans une cave l’aidait quand même à se douter qu’elle n’avait pas été enlevée et séquestrée, mais elle se gardait tout de même l’idée dans un coin de la tête, au cas où elle aurait besoin de se défendre contre un potentiel agresseur.)
- Envoie-moi ta position, lui dit Zoro, la tirant hors de ses pensées. J’arrive te chercher.
N’était-il pas l’ami dont tout le monde rêvait ? Celui qu’on pouvait au beau milieu de la nuit et qui venait nous sauver même quand on était dans un plan foireux.
- Tu es vraiment le meilleur, Zoro.
- Je sais.
- Je t’envoie ça de suite. Je raccroche pour que mon téléphone ne se décharge pas, je te rappelle si besoin.
Elle raccrocha et envoya sa position aussitôt. Elle espérait qu’elle n’ait pas atterri trop loin pour qu’il la trouve rapidement.
… Puis elle se rappela que c’était Zoro et que même avec un GPS il allait se perdre.
- Je suis foutue, marmonna-t-elle en se plongeant la tête dans les mains.
Elle entendit un bruit à la fenêtre derrière elle et, prenant son courage à deux mains, elle se retourna pour tomber nez à nez avec son agresseur. La panique qui l’envahit fut si intense qu’elle ne trouva même pas la force de hurler de terreur. Elle restait plantée là, assise, à le regarder, tandis qu’aucun son ne sortait de sa bouche et que mille pensées se bousculaient dans sa tête.
(La plus insistante était que son ravisseur, grand, blond et une cicatrice sur l'oeil qui lui donnait un air un peu sauvage et mystérieux à la fois (elle n'était vraiment pas dans son état normal), était plutôt beau gosse, mais elle la refoulait au plus profond d’elle à chaque fois qu'elle osait prendre le dessus. Ce n’était ni l’endroit, ni le moment.)
Quand le ravisseur croisa son regard, il lui fit un signe de main hésitant.
- Tu peux ouvrir ? entendit-elle malgré la fenêtre qui les séparait. J’ai laissé mes clés à l’intérieur.
Il semblait étrangement inoffensif. Comme s’il était simplement parti faire quelques courses (au beau milieu de la nuit) et revenait tranquillement chez lui. Et elle, bête comme elle était, s’exécuta. Elle se releva, remarquant alors que la fenêtre était en réalité une porte-fenêtre (elle n’était donc pas du tout cachée, bien au contraire) et lui ouvrit en se décalant poliment pour le laisser entrer.
- Tu vas mieux ? demanda alors l’inconnu. Si tu peux au moins sortir du lit c’est que oui, j’imagine.
Elle le regardait sans répondre, ne comprenant pas vraiment toute la situation. Ce silence sembla le gêner et elle se rendit compte qu'il ne l'avait peut-être pas agressée étant donné qu'il semblait juste s'inquiéter pour elle... En fait, il était très probable qu'elle soit ici de son plein gré et qu'il n'ait fait que l'aider jusqu'à maintenant.
- Tu n'as pas l'air très en forme, au final.
Elle se releva brusquement, le faisant sursauter, et un instant elle eut un vertige, se rattrapant en posant une main contre le mur.
- Il va falloir que tu m'aides à comprendre la situation, dit-elle, lui parlant pour la première fois.
- Oh.
Il hésita quelques secondes.
- Oh ! répéta-t-il. Attends, de quoi tu te souviens ?
Elle haussa les épaules, essayant de se remémorer les événements qui l'avaient menée jusqu'ici. Elle était (presque) sûre d'être sortie boire quelques verres avec des amis pour un anniversaire... ou juste pour une soirée... ou juste pour discuter... en tout cas, elle avait été avec d'autres personnes, elle en était certaine.
- Je suis sortie boire avec des amis et... je ne me souviens plus vraiment de la suite.
- Kuina, soupira-t-il et elle retint sa surprise en apprenant qu'il connaissait son prénom. Combien de litres d'alcool tu as bu pour oublier toute ta soirée ?
Il se passa une main sur le visage, comme dépité, et un sentiment de honte commença à monter en elle alors qu'elle le regardait faire en silence.
- Tu m'as appelé et je t'ai ramené ici vers quatre heures du matin. Tu ne voulais pas rentrer d'ailleurs, tu avais l'air de bien t'amuser.
- Alors... si je comprends bien, tu n'as fait que m'aider ?
- C'est normal, non ? Quel genre de copain je serais si je ne venais même pas quand tu m'appelles ?
Cette fois-ci, elle était sûre et certaine d'avoir mal entendu parce qu'il venait de dire qu'il était son petit-ami et elle n'aurait pas oublié une information aussi importante, pas vrai ? Certes, il était carrément son type et si elle était chez lui au beau milieu de la nuit sans que cela ne le dérange c'était bien parce qu'ils devaient se connaître, mais elle n'aurait pas bu au point d'oublier qu'elle sortait avec un garçon.
… Pas vrai ?
- Tu t'es sentie mal un peu après qu'on soit rentré, continua-t-il. Je suis sorti pour aller jusqu'à une pharmacie de garde pour te chercher des médicaments, expliqua-t-il en montrant les boîtes qu'il avait ramenées avec lui.
Plus il parlait, moins elle comprenait. Elle avait tout un tas de questions à lui poser, mais une seule revenait sans cesse et même si elle sentait qu'elle ne devait pas la poser, qu'elle ferait mieux de retourner se coucher pour faire comme si toute cette situation n'était qu'un rêve étrange sans queue ni tête, elle ne put se retenir un instant de plus.
- Et donc... comment tu t'appelles ?
Le regard à la fois étonné et dépité qu'il lui envoya suffit à lui faire comprendre qu'elle devait avoir vraiment trop bu à cette soirée.
