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Language:
Français
Stats:
Published:
2024-02-24
Updated:
2024-02-24
Words:
2,299
Chapters:
1/?
Comments:
8
Kudos:
16
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2
Hits:
171

Our Last Trip

Summary:

Après la mort de Karadec, Morgane hérite de 10 lettres. 10 lettres écrites par le commandant et qu’elle devra remettre en main propre à chacune des personnes pour qui il les a écrites. La jolie rousse va alors se lancer dans un voyage à travers la vie du commandant pour accomplir sa dernière volonté et, peut être, trouver la paix à son tour.

Chapter 1: Un au revoir

Notes:

Merci à La_vague_de_Kanagawa pour la bêta lecture, comme toujours de qualité <3

Chapter Text

Playlist : Jurrivh - Crying Alone
(https://www.youtube.com/watch?v=zMvCfm_AjYo)

La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tous sens. Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin, le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant.
Christian Bobin

 

Un pas, deux pas, trois pas, les talons de Morgane claquaient sur le bitume détrempé des rues lilloises. Si on avait demandé à la rousse quelle était sa destination en cet instant précis, elle n’aurait probablement rien répondu, ignorant la question, ne sachant pas elle-même où ses pas la portaient. Loin. Juste loin. Loin de toute cette douleur qu’elle semblait pourtant porter en elle, loin des yeux emplis de larmes de ses collègues, loin du regard brisé de Céline, loin du sourire tremblant de Gilles, loin des sanglots déchirants de Daphné. Loin de lui. Mais n’était elle pas déjà trop loin ? Dans la tête de Morgane, des flashs se bousculaient, imprégnant son cerveau déjà malmené d’images et de couleurs trop vives, trop fortes, trop douloureuses. Le blanc du drap, le gris du ciel, le rouge du sang, le bleu beaucoup trop vif des gyrophares de l’ambulance et le noir. Le noir total qui l’avait envahie alors qu’elle s’effondrait dans les bras d’un ambulancier que, à peine quelques minutes avant, elle essayait de convaincre de la laisser avec le commandant, de ne pas les séparer, de ne pas l’éloigner d’elle. Encore.

Elle avait ouvert les yeux dans une pièce immaculée, trop pure, trop blanche, et tout lui était revenu avec la violence d’un coup de poing. L’espace d’un instant, elle avait prié avec toute la force de son âme pour que Karadec ouvre la porte et entre dans sa chambre, pour qu’il vienne lui dire que tout allait bien, qu’il était là, qu’il ne la laisserait pas. Encore. Et pourtant, la porte s’était ouverte, oui, sur Céline. Une Céline dévastée par le chagrin, le teint pâle, les yeux encore rougis. La commissaire n’allait pas bien, pire que cela même, pourtant elle était restée, elle avait attendu, elle s’était inquiétée. Encore. Et Morgane lui était tombée dans les bras, elles avaient pleuré l’une contre l’autre, en silence, tout en se serrant avec force comme si, à cet instant précis, l’autre représentait un radeau de sauvetage, un pilier, une référence solide, inébranlable, dans leur monde qui venait de s’effondrer. Le médecin était passé et avait débité des paroles que personne n’avait pris la peine d’écouter, les mots glissaient sur Morgane, ne l’atteignant pas. Elle aussi, d’une certaine manière, était déjà partie. Incapable de savoir comment gérer cette douleur, cette avalanche d’émotions qu’elle n’aurait jamais pensé vivre un jour, la rousse avait fait ce qu’elle savait faire de mieux : fuir.

Elle avait lâché Céline, soufflant des paroles de réconfort qui sonnaient creuses, elle avait ignoré le médecin, ignoré Gilles et Daphné qui attendaient, eux aussi, devant la chambre. Elle avait ignoré tous ceux qui voulaient l’arrêter, ignoré la pluie qui s’était déversée sur elle dès l’instant où elle était sortie de l’hôpital, ignoré le tonnerre qui grondait au loin, et elle avait fui. Encore. Sa crinière rousse complètement détrempée à présent collait à sa nuque, ses talons colorés s’enfonçaient toujours un peu plus dans les flaques d’eau de plus en plus profondes qu’elle traversait sans s’en soucier et le bas de son jean brodé était déjà trempé à force de se faire éclabousser. Mais Morgane s’en foutait. Elle se foutait de tout. Elle se foutait de la météo, de ses chevilles qui lui hurlaient de s’arrêter, de son souffle court dans sa poitrine, de son corps qui tremblait, de ses mains gelées, et des larmes qui se mélangeaient à la pluie sur son visage déformé par la douleur qu’elle ressentait. Alors qu’elle tournait dans une ruelle au hasard, accélérant encore le pas, elle sentit son talon glisser dans une flaque d’eau, l’entrainant dans une chute qu’elle fut incapable d’éviter et atterrit sur le sol, dans l’eau, retenant un cri de douleur.

Elle essaya de se relever, l’humidité du sol ainsi que les tremblements incessants de son corps très peu coopératif rendant toute tentative infructueuse puis elle abandonna. Jetant l’éponge, elle leva son visage baigné de larmes et d’eau de pluie vers le ciel, le rendant témoin de sa douleur et elle hurla. Elle hurla comme pour montrer combien elle avait mal, combien elle avait peur, combien elle était paumée, combien elle avait la haine, combien elle en voulait à n’importe quelle entité qui serait responsable de lui avoir enlevé son principal pilier et combien surtout elle refusait de continuer sans lui. Sentant sa voix se briser dans un nouveau sanglot, Morgane enfouit son visage dans ses mains, se redressant avec difficulté, titubant comme elle le put vers la sortie de cette ruelle qui abriterait désormais un des moments les plus douloureux de sa vie. Alors qu’elle cherchait un point de repère autour d’elle, elle aperçut un chat noir qui, caché sous une voiture, l’observait scrupuleusement. Alors, sans qu’elle ne sache trop pourquoi, elle plongea ses yeux océan dans ceux du félin et murmura comme pour elle même, sentant une chape de plomb s’effondrer sur ses épaules

- Karadec est… il est mort…

 

Comme si cette phrase rendait soudain les faits plus réels, la rousse se sentit s’effondrer à nouveau sur le trottoir et, alors que le félin s’enfuyait en courant en la laissant seule avec ses pensées, elle réalisa d’un coup tout ce que ça impliquait, tout ce qu’elle ne lui avait pas dit, tout ce qu’elle ne lui dirait jamais. Elle regretta subitement tous ces non-dits, ces actes manqués, toute cette douleur qu’ils auraient pu s’éviter. Puis la journée défila dans sa tête. Qui aurait pu lui dire, ce matin au réveil, qu’en allant se coucher ce soir-là, l’homme de sa vie ne serait plus ?

------------------------------

Une semaine plus tard…

 

6 jours 17 heures et 58 secondes qu’elle vivait, ou plutôt, survivait sans lui et la force des choses l’avaient tirée de son lit qu’elle n’avait plus quitté depuis que Ludo avait dû venir la récupérer à la petite cuillère dans cette ruelle inondée par la pluie, presque une semaine plus tôt. Il avait longuement insisté pour qu’elle vienne vivre chez lui le temps que ça aille mieux, mais la rousse avait refusé, le mettant presque à la porte de chez elle. L’instant d’après, elle était dans son lit et se laissait emporter dans un sommeil qui durerait plus de 24h, comme si son cerveau avait besoin de faire une pause, de déconnecter pour réussir à tout assimiler. Elle avait été réveillée par un appel entrant de Céline qu’elle n’avait pas pris, laissant la commissaire parler à son répondeur. Une fois, deux fois, trois fois, la commissaire avait rappelé, la rousse n’avait pas décroché. A la quatrième, elle avait attrapé son téléphone, le collant contre son oreille sans dire un mot après avoir appuyé sur le petit bouton vert. Et c’est là que Céline lui avait dit. Que Karadec avait rédigé un testament, qu’elle était dessus, et qu’il fallait qu’elle passe chez le notaire.

Malgré son propre chagrin, la blonde avait proposé de venir la chercher, de l’accompagner, mais là encore, Morgane avait refusé. Elle avait rassuré sa collègue brièvement, lui jurant qu’elle irait voir le notaire dans la semaine, puis elle avait raccroché. A son plus grand soulagement, son téléphone était resté muet et, avant de se replonger dans un sommeil profond, la rousse l’avait complètement éteint. Elle n’avait émergé de son sommeil que le lendemain, son estomac commençant à crier famine et elle avait réussi à avaler une soupe malgré sa gorge nouée. Elle n’avait pas oublié sa promesse à Céline mais elle ne se sentait pas encore capable de sortir de chez elle, de la bulle qu’elle essayait de se créer pour faire face à la douleur, alors elle reporta au lendemain et passa la nuit à regarder des documentaires d’un œil vide, s’endormant seulement pour quelques heures au petit matin. La semaine avait passé dans un rythme à la fois monotone et rassurant pour la rousse. Elle était incapable de pleurer, comme si toutes les larmes qu’elle avait versées le jour de l’incident avaient tari ses réserves corporelles. Elle se sentait vide, un grand vide commençant à se creuser dans sa poitrine à une vitesse grand V, faisant presque craindre à la rouquine de se retrouver avec un trou au milieu des poumons tant elle ressentait ce manque, ce rien qui avait pris possession d’elle.

Le vendredi après-midi, elle s’était traînée jusqu’à son téléphone fixe, composant d’une main tremblante le numéro du notaire que Céline lui avait répété plusieurs fois et qui s’était imprimé de lui-même dans son esprit. La secrétaire de Maître Blanchard avait décroché presque immédiatement et, à peine Morgane eut-elle fini de se présenter que l’employée lui demandait déjà quand elle souhaitait que le notaire passe chez elle. Après quelques propositions de dates auxquelles Morgane répondait par monosyllabes, sentant une grande lassitude l’envahir, elles convinrent que Maître Blanchard passerait le lendemain, dans l’après midi et c’est ainsi que Morgane se retrouva un samedi aux alentours de quinze heures, enveloppée dans un plaid sur son canapé, le visage pâle, face à un homme tiré aux quatre épingles sa mallette sur les genoux. Aux yeux de la rousse, le fait qu’il se tienne face à elle rendait l’incident encore plus réel, encore plus vrai, comme si Karadec la quittait une seconde fois, et, malgré ce vide qui se creusait toujours, aucune larme ne fit mine de pointer le bout de son nez dans la rétine de la rouquine. Le notaire toussota, comme pour la ramener à la réalité avant de commencer son petit discours qu’il devait servir à tous ses clients. Morgane ne lui en voulait pas : il était payé pour ça.

- Très bien, tout d’abord Mme Alvaro, je souhaite vous présenter toutes mes condoléances pour votre perte et vous souhaiter mes plus sincères voeux. Si vous le voulez bien je ne vais pas y aller par quatre chemins je vois bien que vous avez besoin de solitude et je ne veux pas m’imposer. Bien, alors, en tant que notaire de M. Karadec, il est de mon devoir d’exécuter ses dernières volontés, autrement dit de m’assurer que ce qu’il a souhaité sur son testament se voit réalisé dans la mesure du possible. J’ai donc réussi à contacter et à rencontrer l’ensemble des personnes qu’il a mentionné dessus ainsi qu’à leur transmettre leur héritage et il ne manquait plus que vous. Si vous le voulez bien, je vais vous lire la partie qui vous concerne.

 

La rousse hocha la tête, le regard dans le vague, luttant pour ne pas perdre le fil de la conversation sous le coup de ses émotions.

- “A Morgane Alvaro, je lègue 10 lettres. Je lui lègue également les quelques biens que j’ai pu laisser chez elle ainsi que le contenu du grand coffre en bois fermé par un cadenas qui se trouve dans ma chambre et dont la clé a été confiée à Maître Blanchard.”

Le notaire fit une pause dans sa lecture, tandis que Morgane l'encourageait à continuer du regard. Mais elle comprit vite lorsqu’il replia le papier et le rangea dans sa sacoche que c’était tout. Il n’avait rien dit d’autre à son sujet. Une envie dévorante, presque déchirante de lire les lettres qu’il lui avait léguées, la poussa à se redresser, comme dans un espoir vain que les derniers mots que Karadec avait eu pour elle apaiseraient son cœur. Comprenant sa demande muette, Maître Blanchard sortit de sa mallette une liasse de lettres qu’il tendit à la rousse, puis une clé attachée à une élégante chaîne en argent. Morgane se saisit avidement de son héritage, sentant l’odeur probablement illusoire de Karadec se dégager des lettres et effleura d’un doigt léger son élégante écriture sur la première enveloppe. Un grand numéro 10 était écrit dessus, ainsi que son nom. Rien de plus. La rousse déposa l’enveloppe à côté d’elle et examina les neuf autres. Elles portaient toutes un numéro, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et enfin 1, une adresse et un nom et, si certains comme celui de Sofiane, Gilles, ou encore Céline lui étaient familiers, d’autres ne lui disaient absolument rien. Voyant son incompréhension, Blanchard reprit la parole.

- Ses instructions concernant ces lettres étaient claires : il m’a dit vouloir que vous les distribuiez à chaque personne dans l’ordre et en main propre mais comprenez bien que légalement, ces lettres sont à vous. Donc si vous souhaitez que je me charge moi même de les envoyer aux personnes concernées, ou que vous les gardez tout simplement, et bien, légalement, c’est votre droit. Quant au coffre, je l’ai pour l’instant placé dans un garde meuble à votre nom pour les six prochains mois, comme il me l’avait demandé mais vous avez la clé ainsi que l’accès à ce garde meuble dès que vous le souhaitez, toutes les indications sont dans cette enveloppe.

 

Il lui tendit alors une enveloppe blanche simple estampillée au logo de son cabinet de notaire dont Morgane se saisit avant de reposer son regard sur la lettre à son nom. C’était la numéro 10, donc la dernière à ouvrir si elle voulait respecter la dernière volonté de Karadec. A cette pensée, elle sentit le vide en elle se creuser encore un peu plus et elle retint un gémissement de douleur. En bon maniaque de l’organisation qu’il était, il lui avait manifestement planifié un dernier voyage à elle aussi, et, malgré son épuisement physique et mental, elle savait qu’elle le ferait comme il l’avait imaginé, pour lui, suivant enfin ses instructions au pied de la lettre. Comme un dernier cadeau. Un au revoir.