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Charles n’avait pas souvent envie de fumer, ce n’était pas quelque chose à laquelle il pensait régulièrement mais il devait assumer le fait que quand les émotions étaient trop lourdes pour lui, la nicotine lui faisait du bien.
Il n’avait jamais fumé autre chose que des cigarettes mais il pensait, quand il en entendait parler autour de lui, que l’effet qu’elles avaient sur lui devait être proche de l’effet de l’herbe sur les cerveaux perturbés comme le sien. Lui permettre de penser un peu moins fort, - peut-être qu’il le faisait toujours autant mais qu’il s’en souciait moins ? – et lui permettre de se libérer des soucis qui l’accompagnaient.
Peut-être que s’il n’était pas pilote, il aurait fumé autre chose que des cigarettes. Il ne savait pas et la question de le faire ne se posait pas mais parfois ça lui revenait en tête.
Toujours était-il qu’il appréciait la sensation de brûlure dans sa gorge et la toux qu’il retenait dans ses poumons. Il n’était pas très doué pour fumer. Mais il semblait que les choses qu’il faisait en ce moment ne lui réussissaient pas alors une de moins ou une de plus, quelle importance ?
C’était sa faute, sa merde, son erreur.
La cigarette n’était pas le pire de ce qu’il pouvait faire.
Il laissa la fumée qu’il retenait dans sa bouche s’échapper à l’air libre.
Il avait froid et dehors il faisait chaud. Bordel, ils étaient en juillet, la nuit était très douce et Charles avait froid sur son balcon alors même qu’il y faisait meilleur que dans sa chambre d’hôtel climatisée.
C’était intérieur, conséquence du vide qu’il y ressentait. Si seulement son cerveau pouvait suivre le mouvement et se vider. La nicotine semblait moins efficace que d’habitude. Il ne pouvait pas arrêter d’y penser.
La cigarette arrivait à son terme, il devait l’éteindre s’il ne voulait pas fumer le filtre. Charles ne voulait pas vraiment arrêter, il hésitait vraiment à en prendre une nouvelle. Il était tellement plus simple de penser à quel point c’était mal pour lui de fumer, que ça détruisait sa santé même en en fumant si peu, plutôt que de penser, à quoi bon ? Pourquoi faire tant d'efforts pour finalement n’arriver à rien ? Il était « il predestinato », l’espoir italien pour Ferrari, celui qui devait faire revenir les trophées des championnats sur les étagères de Maranello.
Il ne parvenait à rien de tout cela. Il n’incarnait pas l’espoir. Juste la déception et la frustration de tous. Lui-même y compris.
Il était né pour conduire une Formule 1, il savait que c’était ce qu’il voulait faire depuis qu’il était enfant et il aimait penser qu’il était né pour gagner dans une voiture rouge aussi.
C’était putain de frustrant de ne pas y parvenir.
En était-il même capable ?
Il avait gagné des courses avec Ferrari, il avait gagné la dernière course en date et il avait même remporté Monza et voilà qu’il foirait tout en étant si proche du but. Comment pouvait-il être champion s’il faisait encore de telles erreurs ?
Il soupira et s’empêcha d’allumer une nouvelle cigarette. Maintenant qu’il ne fumait plus, il voulait se débarrasser de l’odeur désagréable qui s’était collée à ses vêtements et restait dans sa bouche.
Il ne quitta pas le balcon pour autant, préférant continuer à ruminer ses pensées noires dans l’air chaud où il avait une vue complète sur les extérieurs de l’hôtel plutôt qu’à l’intérieur où il n’y avait que du vide.
Il voulait aussi éviter de revoir les bouteilles vides qui jonchaient son sol.
Il avait vraiment honte de boire seul, de l’image que ça donnait de lui mais il avait encore plus honte de lui-même pour laisser quelqu’un voir combien il était incapable de se gérer lui-même. Se rendre compte à quel point il est tombé plus bas que terre.
Il était ravagé par des émotions qu’il était incapable de contrôler. Il avait pleuré, de tristesse, de frustration et de colère puis il avait eu l’impression de ne plus rien ressentir, du vide et une immensité d’espace libre dans lequel son esprit traître pouvait se glisser.
Il ne pouvait pas en dire grand-chose de plus.
Échouer en France était dur à vivre. C’était presque aussi douloureux que de foirer Monaco et pourtant, il aimait répéter à quiconque voulait l’entendre qu’il était monégasque et non français. Il avait vraiment l’impression qu’il ne pourrait jamais s’en relever.
Comment pouvait-il le faire alors qu’il avait été si stupide ?
La faute lui incombait, il n’y avait personne à blâmer, aucun moyen de raisonner pour se délester de cette faute. C’était une erreur si stupide, une erreur de débutant.
Une erreur qui n’était absolument pas digne d’un champion du monde.
Il l’avait vu passer sur les réseaux, avant d’éteindre définitivement son téléphone.
Qu’il commettait trop d’erreurs pour pouvoir être champion. Qu’il n’y arriverait pas avec Ferrari, qu’il n’était pas encore assez bon pour y parvenir. Que c’était une erreur que jamais Max ne ferait.
C’était ce qui brûlait le plus. Toutes les comparaisons qu’il voyait passer qui le comparaient à Max, mettant en avant qu’ils avaient tous les deux grandi ensemble, surtout dans leur carrière, et que pourtant l’écart qui les séparait était si grand.
Comment était-il censé le combler ?
Max s’était battu avec un septuple champion du monde pour un titre quand Charles devait se battre avec ses propres erreurs et celles de son équipe.
Il avait l’impression d’être de nouveau l’enfant qui regardait Michael Schumacher de loin en espérant devenir un jour comme lui. Comment avait-il pu en arriver là alors que le chemin de Max et le sien ont si longtemps été entrelacés ? A quel moment Max avait-il pris tant d’avance sur lui ?
Pourquoi ne s’en rendait-il compte que maintenant ?
Que des questions auxquelles il ne pouvait apporter aucune réponse et qui continuait à lui bouffer la vie. Il ne pouvait tout simplement pas cesser d’y penser. Pas quand Max était tout le temps si prompt à être autour de lui. A vouloir débriefer avec lui, même quand il avait obtenu une victoire alors qu’il avait eu des difficultés à atteindre le podium, voire même le top 5.
Il ne pensait pas que c’était volontairement une façon de l’humilier mais c’était le sentiment qui s’enracinait au fond de son estomac. Il n’en avait jamais parlé à personne, surtout pas à Max mais il ne comprenait pas, pourquoi lui ? Ne devait-il pas choisir de parler à quelqu’un avec qui il n’était pas en rivalité pour un titre (bien qu’il ne puisse plus vraiment prétendre être une véritable menace) ? Pourquoi Max le choisissait lui, course après course, sans sembler prêter attention à ses résultats ?
Tout se contredisait chez lui, le brûlant si injustement car encore une fois, il devait abandonner le peu de contrôle qu’il avait encore sur sa vie. C’était humiliant pour lui d’entendre les comparaisons avec Max, de l’écouter parler de combien sa voiture avait été bonne durant telle ou telle session alors qu’il s’acharnait pour révéler le potentiel de la sienne et pourtant il avait du mal à ne pas y penser constamment.
Max était toujours dans ses pensées, accompagné de tant d’émotions contradictoires et Charles ne pouvait rien y faire. C’était putain de frustrant, encore une fois.
Charles pressa durement ses mains contre ses paupières closes, appuyant si fort que des étoiles dansaient dans sa vision. Ses yeux brûlaient de larmes qu’il ne voulait laisser couler pour rien au monde. Bordel, pourquoi tout était si compliqué ? Pourquoi est-ce si dur ? Qu’a-t-il fait pour mériter ça ? Il faisait de son mieux pour être parfait, être digne des espoirs qui reposaient sur lui. Il voudrait juste ne plus rien ressentir. Que tout soit silencieux pour une fois, que quelque chose qui aurait plus d’effet que des cigarettes ou une quantité affreuse d’alcool puisse faire taire son esprit.
Les larmes dévalèrent ses joues, brûlant la peau sèche de sillons chauds. Merde, il ne voulait pas pleurer, il l’avait déjà trop fait, il était déjà assez misérable. Il voulait véritablement hurler et tout laisser sortir. Il ne pouvait pas, pas quand tant de personnes pouvaient l’entendre alors que tout le monde pensait déjà si peu de lui.
“Putain Charles, fait un effort…”
Il prit une grande respiration, ignorant son souffle tremblant jusqu’à forcer ses pleurs à se calmer. S’il se laissait aller encore une fois, il pleurerait de nouveau et il en était hors de question.
Il ne pouvait plus se laisser être si bas.
Il était incapable de se supporter et était insupportable avec les autres, ce pourquoi il avait refusé l’invitation de tous ceux qui lui avait proposé de rester avec lui pour qu’il ne soit pas seul.
Il pensa à son père, à ce qu’il penserait de lui s’il le voyait comme ça après tous les sacrifices qu’il avait faits pour lui permettre d’accomplir son rêve.
C’était si dur sans lui et il avait l’impression d’être une déception pour la personne qu’il estimait le plus, celui qu’il voulait rendre fier plus que n’importe qui d’autre.
Serait-il fier en le voyant ?
Charles ne pouvait pas dire oui et c’était dur.
Il trembla quand une sensation brûlante transperça sa main gauche. Il regarda avec stupéfaction mais pas vraiment d’étonnement (ce n’était pas la première fois) les traces sanglantes qu’avaient laissé ses ongles en transperçant sa peau. Il ne s’était pas aperçu que ses poings étaient aussi serrés en premier lieu.
Il soupira en chancelant vers la porte de son balcon. Il entra dans sa chambre et s’efforça de ne pas laisser traîner son regard sur le sol mais plutôt de se concentrer sur atteindre sa salle de bain.
Il s’appuya lourdement sur la faïence du lavabo pour se maintenir debout alors que sa tête tournait quand il fouillait dans le placard où devrait se situer sa trousse de secours. Il savait qu’il avait de quoi soigner de telles blessures. Il prenait toujours de quoi prévoir depuis la période où la haine qu’il éprouvait pour lui-même prenait l’une de ses formes les plus destructrices.
Il voulait dire qu’il s’en était sorti, il avait consulté les gens pour, mais parfois sa manie de transpercer la paume de ses mains jusqu’au sang lui rappelait trop vivement cette époque.
Il finit par trouver sa trousse et en sorti les bandages et le désinfectant, les posant sur le bord du lavabo d’où ils glissèrent au fond.
Alors qu’il était en train de tamponner les coupures avec une compresse trempée de bétadine, il fut interrompu par des coups portés à la porte.
Il fronça les sourcils, interrompant tous ses gestes en ayant l’impression honteuse d’être pris sur le fait.
“Merde”
Il sortit précipitamment de la salle de bain en abandonnant tout derrière lui. Pour s’arrêter presque immédiatement dans son élan au milieu de son salon, à quelques pas de la porte, en espérant secrètement que s’il ne bougeait pas et qu’il ne faisait aucun bruit, la personne derrière la porte abandonnerait. Il fut contredit l’instant suivant par de nouveaux coups à la porte.
Il ne voyait pas qui voudrait le déranger à presque 2 heures du matin en sachant qu’il ne voulait voir personne et que tous ceux susceptibles de venir toquer à sa porte le savaient parfaitement.
Il s’avança jusqu’à la porte en enfonçant sa main blessée dans la poche de son jogging et l’ouvrit. Il surprit alors Max putain de Verstappen se tenant la main en l’air, prêt à frapper de nouveau, devant la porte de sa chambre d’hôtel.
Il ouvrit presque la bouche de stupéfaction mais se retint au dernier moment, préférant feindre la colère plutôt que de laisser transparaître qu’il était déjà honteux d’être surpris en si piteux état. Il laisserait ses joues rouges sur le compte de cette colère.
“Max, pourquoi es-tu là ?” soupira-t-il en gardant la porte suffisamment close pour que Max ne puisse pas voir l’état désastreux de sa chambre.
De quoi pouvait-il bien vouloir discuter avec Charles maintenant ? Après tout ce qui s’était passé ce week-end et à quel point il était à l’opposé émotionnellement l’un de l’autre.
Max avait gagné et Charles avait lamentablement perdu.
Il détailla l’apparence de Max, le col de sa chemise blanche déboutonnée de deux boutons et donnant l’apparence d’être légèrement transparente, de sueur et de champagne peut-être ? Il força son regard à se détourner rapidement et se concentra sur son visage. Ses joues étaient rouges et il était essoufflé, sa respiration lourde s’échappant de ses lèvres entrouvertes.
Max baissa le bras précipitamment, accrochant ses mains ensemble et jouant avec ses doigts.
“Je voulais te parler Charles.”
Charles ne voulait pas. Ne voulait pas le voir, pas lui parler, il ne voulait même pas penser à lui. Il n’était pas capable de le faire et il en était tellement frustré qu’il ne voulait pas avoir à supporter plus que ce qu’il était obligé de le faire, tant dans ses relations au paddock que dans sa propre tête.
Max ne précisait pas ce qu’il voulait dire et Charles soupira vivement de colère, la sentant vraiment brûler dans sa gorge si bien qu’il ne devait plus vraiment la feindre dans son attitude.
“De quoi Max ? De quoi veux-tu me parler à 2 heures du matin ?”
Max eut l’air embarrassé, ses doigts jouant avec la peau entourant ses ongles dans une manie que Charles savait être récurrente quand il ne se sentait pas à l’aise. Il ne s’attarda pas sur pourquoi il savait toutes ces choses inutiles sur Max.
Il ne voulait pas y penser.
“Euh, je ne sais pas vraiment, j’ai juste pensé que je devrais venir et dire, je ne sais pas, j’avais juste l’impression que je devais le faire.”
Bordel de merde, que lui prenait-il ? Pourquoi Max venait le voir maintenant alors qu’il était au plus bas et qu’il ne fallait pas être un génie pour deviner qu’il ne serait pas disponible, surtout pour son rival à qui il venait de laisser la porte ouverte pour l’évincer du championnat. Sans qu’il ait vraiment eu besoin de s’en soucier. Sur sa propre erreur qu’il ne pouvait imputer à personne d’autre.
A quoi jouait-il ? Etait-il là pour se moquer de lui et lui rabâcher sa victoire ?
Charles vibrait désormais de colère, ce qui n’était qu’une simple vague dans son estomac se transforma en un brusque orage qu’il était incapable de réprimer.
“Tu te fous de moi Max ? Pourquoi es-tu là ?”
Sa voix était plus rauque que ce qu’il n’aurait voulu et, bien qu’il ait tenté de le dissimuler en laissant son éclat de colère rompre le silence, elle était trop tremblante.
Max le remarqua sûrement, il se redressa et il cessa de jouer avec ses doigts, son froncement de sourcils s’accentuant sur son visage.
“Charles, tu vas bien ?” murmura-t-il en se rapprochant de lui et initiant un mouvement pour toucher son bras qui retenait la porte. Charles fit un brusque mouvement de recul, plus instinctif que par réelle peur mais cela arrêta totalement Max.
Il vit de façon claire l’inquiétude s’étaler sur le visage de Max et vibrant en dehors de lui par vague. Charles avait envie de pleurer.
Pourquoi n’arrivait-il pas à dissimuler son mal ?
Il devait être capable de le faire, il avait été formé par sa carrière pour le faire. Pourquoi ne pouvait-il pas ?
Était-il vraiment si mauvais ?
Avant qu’il ne puisse les retenir, les larmes dévalèrent librement ses joues et un sanglot traversa sa gorge. Il regarda Max stupéfait de son propre comportement. Max qui mit une longue seconde à réagir mais qui n’attendit pas un autre sanglot pour l’engloutir dans ses bras, l’enfermant dans une étreinte serrée. Charles s’étouffa avec ses pleurs, ses sanglots agitant brusquement son corps alors qu’il était incapable de s’éloigner de Max.
Que faisait-il ? Pour-
Avant qu’il ne puisse penser à autre chose, Max, en le gardant dans ses bras, repoussa la porte qu’il ne retenait plus et les entraîna tous les deux à l’intérieur de la chambre. Charles fut incapable de l’en empêcher, ses forces l’ayant abandonnées et il dut supporter de sentir le corps de Max se tendre contre le sien alors qu’il pouvait enfin voir l’intérieur de sa chambre. Un bordel monstre qui reflétait assez fidèlement son état mental et physique.
Les bras de Max se resserrèrent autour de son corps, le pressant plus près contre sa poitrine et enfouissant son visage dans le cou de Charles.
“Max ? Qu’est-ce que tu fais ?” Bégaya-t-il à la fois par ses pleurs et par la stupeur qu’il ressentait.
“Je suis tellement désolé Charles”, murmura Max, des tremblements dans sa voix que Charles ne comprenait pas. Que lui arrivait-il ?
Pourquoi se sentait-il si bien dans ses bras ? Quel était son problème ?
Il voulut le repousser mais s’en trouva incapable, son corps refusant de lui obéir et, sans vraiment décider de le faire, il laissa sa tête tomber dans le cou de Max, trempant sa chemise de ses pleurs de plus en plus bruyants.
Il sentit les mains de Max frotter son dos de haut en bas et ce qui était censé le réconforter – peut-être ? Il ne savait pas – augmenta la force de ses pleurs.
Il enroula fermement et sans qu’il ne s’en rende vraiment compte ses bras autour du corps de Max, grimaçant quand sa main blessée s’aplatit sur le tissu de sa chemise. Il n’y pensa qu’une seconde avant de laisser tomber et de s’enfouir plus profondément contre Max et y trouvant un confort qu’il ne pensait et ne voulait pas y trouver.
Pourquoi tout devait être si compliqué ? Rien n’était simple et il était toujours si dur de savoir quoi faire.
Il eut l’impression de pleurer trop longtemps, de vider tout ce qu’il n’avait pas déjà pleurer seul et s’était si étrange de le faire sur l’épaule de Max, son rival, sa Némésis depuis qu’ils ont 11 ans. Il avait l’impression de ne jamais avoir vécu sans que Max ne soit là quelque part et il s’y était habitué, mais pas comme ça. Pourquoi cela changeait-il maintenant ? Au pire moment, pourquoi ?
Il ne voulait pas que quelqu’un le voit comme ça, encore moins Max, alors pourquoi le laissait-il entrer ? Pourquoi ne pouvait-il pas s’éloigner ? Pourquoi était-ce si confortable d’être tenu dans les bras de Max ?
Il ne pouvait nier qu’il s’y sentait bien. Ironiquement.
“Je suis désolé Charlie, je suis désolé”, répéta Max sans que Charles sache pourquoi. Il ne pensait pas savoir grand-chose pour le moment.
Charles ne répondit pas pendant un long moment, parce qu’il ne pouvait pas car ses pleurs l’en rendait incapable et qu’il ne savait pas quoi dire.
Mais à mesure que les minutes défilèrent il parvint à se calmer, sans savoir si s’était parce qu’il n’était plus capable de pleurer ou parce que l’étreinte de Max l’avait finalement aidé à aller un peu mieux.
Il attendit d’être capable de respirer correctement avant de se forcer à s’éloigner de Max, en grimaçant quand le contact lui manqua presque immédiatement.
“Pourquoi es-tu désolé Max ? Pourquoi es-tu là ?”
Il s’éloigna autant qu’il le put jusqu’à buter contre son lit et s’effondra dessus. Il regarda Max au travers de ses paupières mi-closes, il se tenait toujours debout les bras ballant en le regardant sans rien dire. Charles se demanda, un peu tard, s’il n’était pas ivre. Il avait après tout une victoire à fêter. Cela expliquerait beaucoup de choses.
Max se détourna de lui et observa la pièce, s’attardant sur les bouteilles au sol avant de baisser les yeux sur lui-même. C’est alors qu’il remarqua ce que Charles lui-même avait manqué, les traces rouges qui teintaient le côté de la chemise blanche de Max. Ses mains attrapèrent le tissu, le tirant pour pouvoir correctement le voir et ses yeux s’écarquillèrent.
Charles se sentit blanchir. Il avait vite éliminé l’idée que ce sang était celui de Max alors cela ne pouvait être que le sien, celui provenant des coupures de ses ongles dans sa paume. Celles qu’il avait dissimulées jusqu’ici.
Les yeux de Max, qui étaient concentrés sur sa chemise, se tournèrent vers lui et Charles se trouva incapable de se détourner. Il ne savait pas ce qu’ils exprimaient mais il se sentait petit sous leur lumière.
“Ce n’est rien”, murmura-t-il faiblement car il ne voulait pas que Max pense que c’était plus qu’une réaction bénigne à la pression de tout ce dont il ne voulait pas parler. Ou ne pouvait pas. Quelle importance ?
Mais Max ne l’écouta pas, il se précipita vers lui et attrapa ses deux bras en le forçant à se redresser précipitamment. Il observa ses poignets d’abord et Charles rougit de honte, bien qu’il n’ait jamais été assez stupide pour se blesser à des endroits aussi visibles puis Max remarqua l’intérieur de sa main. Il ferma les yeux, incapable de faire autre chose, ce n’était même pas si grave ou accablant alors pourquoi se sentait-il si honteux ?
“Charlie…”
La voix de Max était basse et pleine d’une douceur qu’il comprit comme de la pitié et qui lui fit mal. Il n’eut pas la force de répondre ou même de râler contre ce surnom qu’il ne supportait pas. Il voulait juste disparaître.
Il attendait un commentaire, n’importe quoi vraiment et il ne savait pas à quoi s’attendre.
Max serra plus fermement ses poignets, sans que ça lui fasse de mal, mais désormais Charles ne pouvait plus nier sa présence.
“S’il te plaît Charles, laisse-moi prendre soin de ça, de toi. S’il te plaît.”
Charles le regarda un instant, jugeant une sincérité qu’il était difficile de nier tant elle était peinte sur un visage qui avait tant de mal à mentir. Charles savait que Max mentait très difficilement, au moins pour les personnes qui le connaissaient un minimum.
Incapable de parler, il hocha simplement la tête décidant de laisser Max gérer les choses sans qu’il ait quoi que ce soit à décider. Il se sentait mieux comme ça, quand rien ne reposait sur ses épaules. Et si ce besoin s’exprimait en laissant Max gérer sa merde pour lui en quoi était-ce si important ? Pour le moment, il ne voulait plus s’en soucier, c'était trop fatiguant. Il était trop fatigué, dans le mal et bourré pour encore s’en soucier après tout ce qu’il c’était déjà passé.
Max disparut par logique dans la salle de bain et Charles le vit bloquer un instant devant le contenu du lavabo avant de s’en saisir et de revenir dans la chambre, jusqu’à Charles.
Quand il commença à désinfecter et bander sa main, Charles ne le regardait pas, fixant le plafond en se concentrant sur les sensations dans sa main pour ne pas trop penser.
“Pourquoi as-tu dit que tu étais désolé Max ?” finit-il par dire quand Max eut presque fini, parce qu’après tout, il n’avait pas vraiment de raison. Il n’avait rien dit, c’étaient ses propres conneries qu’il ne parvenait pas à gérer.
“Je suis désolé pour la merde d’aujourd’hui, je ne te donne pas de pitié car je sais que c’est exécrable mais je connais le sentiment. Ça arrive à tout le monde Charlie.”
Charles avait du mal à définir s’il s’attendait à ce que soit la première chose que dirait Max mais il n’ignora pas le fait qu’il n’était pas totalement surpris. Il connaissait ce Max, le côté doux, drôle et attentionné de Max qui semblait difficilement pris en compte par les médias et les fans. Il en avait été témoin et parfois celui vers qui cela était dirigé mais en était-ce au point qu’il viendrait s’excuser pour quelque chose dont il n’était responsable en rien ? Il était incapable de le dire.
“C’était une erreur stupide, je ne peux blâmer personne d’autre que moi. C’est juste dur à endurer”, soupira-t-il en passant avec lassitude sa main dans ses cheveux, tirant sur quelques mèches comme si cela allait rendre les choses plus faciles à dire.
Max termina avec sa main avant de répondre, la reposant le plus doucement possible sur la cuisse de Charles et laissant traîner les bandages et la bétadine sur la table de nuit.
Il s’assit sur le lit, assez loin de Charles pour qu’il ne soit pas inconfortable.
“Ça ne définit pas ta carrière Charles, ni même tes chances d’obtenir un titre. Cette erreur ne représente pas ta valeur, ni ton talent. N’écoute pas les merdes des réseaux, ils ne te connaissent pas, aucun d’entre eux.”
Max dit cela d’une traite avec une conviction qui l’étonna et lui réchauffa quelque chose à l’intérieur, ravivant une flamme d’estime de soi qu’il ne pensait pas retrouver ce soir et bien qu’il ne lui dirait peut-être pas (il le ferait peut-être car toute cette soirée se déroulait en totale opposition avec ce qu’il avait imaginé), il lui en était sincèrement reconnaissant.
“Merci Maxy, c’est difficile de te croire mais ça fait du bien de l’entendre”, murmura-t-il en osant être honnête avec lui.
Max tourna son visage vers lui, un vague sourire flottant sur ses lèvres alors qu’il posait un regard particulier, que Charles ne saurait définir, sur son visage, rencontrant ses yeux.
Charles, sous ce regard vif, se retrouva confronté à une vague d’envie qui le traversa, l’envie de retourner dans les bras de Max et de profiter de sa chaleur.
Il avait déjà eu envie que Max soit plus proche, sans forcément y prêter une attention particulière car c’était trop étrange d’y penser, mais c’était déjà arrivé. Ce n’était pas la plus grande source de surprise de cette soirée.
Il était encore ivre, encore sous le coup de l’émotion, qu’est-ce qui le retenait ? Il ne pouvait pas être encore plus honteux après tout ce qui s’était passé, tout ce qu’il avait déjà révélé. Il se redressa sur le lit, s’approchant maladroitement de Max qui le regardait toujours en attendant de savoir ce qu’il se passerait ensuite. Il ne révélait pas ce qu’il pensait, ni même s’il savait à quoi s’attendre.
Charles n’y repensa pas et suivit son envie profonde, il l’embrassa en tenant son visage avec sa main posée sur sa joue. Max n’était pas rasé et il sentait son chaume sous ses doigts. Il frissonna de plaisir, vibrant de son envie d’en obtenir plus, d’être plus près de lui et de goûter tout ce que Max voudrait bien lui offrir.
Mais il fut incapable d’aller plus loin car les mains de Max entourèrent ses poignets et l’éloignèrent de lui, les séparant en souriant doucement au mouvement involontaire que fit Charles pour l’embrasser à nouveau. Max ne le laissa pas trop s’éloigner et ses mains caressèrent doucement la peau de ses poignets.
Charles ne comprenait pas. Ne le voulait-il pas ?
L’incompréhension devait se lire dans son expression car Max le serra immédiatement dans ses bras, caressant les cheveux à la base de sa nuque et il embrassa sa tempe.
“N’y pense pas Charlie, je t’apprécie, plus que je ne le devrais mais je ne veux pas que ça se passe comme ça. Pas quand tu ne vas pas bien ou que tu es bourré”, murmura-t-il contre ses cheveux, en plaçant des baisers dans ses cheveux. “Je veux faire les choses bien car je tiens à toi.”
Charles soupira brusquement et se détendit de façon perceptible et sans honte contre le corps accueillant de Max. Il n’avait aucune idée de ce qu’il ressentait pour Max, il ne pouvait pas mettre de mots sur ses sentiments, mais ce qu’il pouvait en dire, ce qu’il arrivait à comprendre sur lui-même pour le moment, c’est que Max avait pour lui une importance particulière dont il ne connaissait pas l’ampleur.
Max comptait pour lui, surement plus que ce qu’il pouvait s’avouer mais il ne pouvait ignorer combien il avait eu peur que Max le rejette et à quel point une partie importante de ses pensées tournaient autour de lui.
“Je tiens à toi Max mais je ne-”, commença-t-il avant d’être coupé par les lèvres de Max pressées contre les siennes. Un baiser très doux.
“Ça n’a pas d’importance shatje. Je ne te demande rien de plus que de me laisser prendre soin de toi, ce que tu ressens pour moi n’a aucune espèce d’influence là-dessus.”
Max pressa son front contre celui de Charles et embrassa le bout de son nez à plusieurs reprises. Les joues de Charles brûlaient, pas de honte mais d’une chaleur plus précieuse qui se construisait doucement dans son ventre à mesure que ses mots et leur portée imprégnaient son esprit.
C’était presque irréaliste combien cette soirée était trop hors du temps pour qu’elle puisse lui paraître réelle. Il se sentait toujours misérable, au plus profond de lui et pourtant quelque chose d’autre s’y mêlait, quelque chose de doux qui lui laissait un espoir pour croire que tout n’était pas si noir.
Ironiquement, la première comparaison qui lui vint à l’esprit fut la cigarette. Celle qui pendant longtemps l’avait aidée à oublier temporairement les problèmes dans lesquelles il se noyait, celle qui lui était nocive mais qui lui semblait plus juste pour son corps que ce qu’il avait pu faire de pire.
Celle qui, il y a moins d’une heure encore, lui paraissait être l’unique solution tolérable.
Charles avait l’impression que Max pourrait peut-être être une meilleure option, qu’il pouvait être celui qui lui ferait faire le premier pas de l’une de ses plus grandes épopées.
Il murmura des mercis sans fin en s’accrochant comme il put à Max en s’apercevant avec un bonheur doux que Max l’accueillit dans ses bras sans rechigner une seule seconde.
Charles espérait, espérait avec un désespoir presque trop grand, qu’il n’aurait plus jamais à fumer une seule cigarette.
