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Le martèlement lointain de la pluie contre le toit et les fenêtres, le ronronnement du tonnerre résonnant dans l’air, le délicat faisceau de lumière filtrant à travers les stores, se frayant un chemin dans la pénombre ambiante. La chaleur des draps contre sa peau, la douceur d’un oreiller soutenant sa tête. Le son d’une respiration régulière près de soi.
Quel bonheur d’être en automne, se disait souvent Akaashi.
Le jeune homme entrouvrit les yeux. L’orage grondant dehors l’avait tiré de son sommeil.
Il prit une profonde inspiration. L’air frais de la mi-saison allant et venant dans ses poumons lui fit un bien terrible.
Il rabattit la couette sur son torse découvert en frissonnant. La chaleur du tissu eut aussitôt un effet soporifique sur lui, et son corps, pour s’empêcher de retomber dans un état de torpeur, réclama aussitôt plus d’oxygène, lui arrachant un bâillement.
Un coup de tonnerre retentit dans la chambre. Akaashi écouta l’orage hurler alors qu’il passait au-dessus de la ville. Il comptait distraitement les secondes entre un éclair et le bruit qui s’ensuivait, et ses pensées, elles, vaquaient à d’autres occupations, comme le choix de ce qu’il mangerait au déjeuner aujourd’hui.
Ses yeux fixant le plafond ne distinguaient pas grand chose, la faute au peu de lumière dont la pièce était baignée. D’accord, peut-être que l’automne avait un défaut. Le soleil tendait à manquer, ces dernières jours. Même si, pour Akaashi, cela ne représentait pas un problème conséquent, il était vrai que ses rayons restaient appréciables à cette époque de l’année.
La couette recouvrant Akaashi fut soudainement tirée sur le côté, et le jeune homme fit la grimace tandis qu’un courant d’air glissait contre sa peau déjà fraîche. Il se tourna sur le côté, décidé à récupérer le tissu volé.
Le regard d’Akaashi se posa sur une silhouette à ses côtés.
Oh. Le voilà. Le soleil n’avait pas disparu, en fin de compte.
Au contraire, il semblait même qu’il s’étirait dans le lit du jeune homme.
Akaashi attrapa un angle de la couette et la tira tant bien que mal vers lui. Malgré tous ses efforts, la main qui la serrait refusait de la lâcher.
Akaashi soupira. Des fois, il regrettait d’avoir aussi peu de force, comparé à Bokuto.
Le jeune homme se résolut à se rapprocher de lui. L’aîné dormait à poings fermés, et ne broncha pas lorsque le corps du cadet se colla au sien.
Akaashi posa sa tête contre l’épaule de son compagnon et ferma les yeux. Une de ses mains vint se poser sur le torse de Bokuto pour profiter de la chaleur qu’il dégageait. Il se demandait toujours comment il conservait jour et nuit une peau presque brûlante.
Sous ses doigts fins, la poitrine de Bokuto se levait et s’abaissait au rythme de sa respiration. Ses cheveux à la couleur si singulière se battaient sur sa tête et tombaient sur son front, et de ses lèvres entrouvertes s’écoulait de la salive, comme à chaque fois qu’il faisait un rêve. Akaashi avait toujours été intrigué par ce dont il pouvait rêver la nuit, et plus d’une fois il lui avait demandé de les lui conter, pour la plus grande joie de Bokuto qui se faisait un plaisir de les lui partager. Il lui poserait la question, quand il se réveillerait.
Une main de Bokuto reposait à côté de sa tête, sur un oreiller, et l’autre avait choisi son ventre comme lieu de repos. Les doigts d’Akaashi effleurèrent cette dernière main. Il les chérissaient, ses mains. C’était elles qui lui avaient permis de devenir un si bon joueur à l’époque du lycée. Des mains qui lui avaient permis d’effectuer les plus puissantes attaques, d’obtenir une défense presque parfaite. Qui lui avaient permis de se hisser au rang des meilleurs joueurs de volley japonais. Et hors du terrain, ces mêmes mains devenant plus délicates que les nuages, il les aimait encore davantage. Des mains douces contre sa peau, capable des plus tendres caresses et des plus beaux gestes du monde.
Akaashi songea au temps passé en tant que lycéen à ses côtés. Il se souvint des repas qu’ils avaient dévorés lors de la pause dédiée au déjeuner, de leurs séances de travail chez l’un ou chez l’autre, de leurs entraînements du soir et parfois du matin dans l’enceinte du gymnase, des jours où ils s’étaient retrouvés juste pour passer du bon temps. Il repensa à tous leurs matchs, l’euphorie des victoires, le poids des défaites également. Il se rappela le sourire de Bokuto à chaque épreuve, sur le terrain, et ses yeux étincelants lorsque retentissait le dernier coup de sifflet sonnant leur triomphe.
Oh, ses yeux, qu’est-ce qu’il les aimait. De l’or enfermé dans un regard, un éclat inimitable.
Quand il ne parlait pas, c’était eux qui s’exprimaient pour lui. Il suffisait de se plonger dans son regard pour comprendre mille choses. Un rien était déjà assez ; des pupilles se dilatant une seconde, un froncement des sourcils, une larme aux coins des cils, et on ressentait, on partageait ses émotions. Le moindre sentiment qu’il éprouvait était dépeint dans son regard. Peut-être était-ce pour cela qu’il était si mauvais menteur. Impossible pour lui de cacher des choses aux gens.
Bokuto s’agita dans son sommeil. Sa main sur l’oreiller se réfugia sous la couette et il tourna sa tête sur le côté, faisant à présent face à celle d’Akaashi. Le jeune homme observa ses traits détendus.
Il n’y avait que lorsqu’il dormait que son expression était si paisible. Réveillé, son visage était toujours fendu d’un sourire magnifique, rayonnant. Il ne se contentait pas d’esquisser une grimace, jamais. Chaque fois, c’était chacun de ses traits qui étaient sollicités et il souriait jusqu’avec ses yeux. C’était tout lui, cela ; ne jamais faire les choses à moitié.
Vivre intensément, c’était sa devise. Et il s’y tenait, chaque jour de sa vie. Il ne marchait pas, il courait. Il ne gloussait pas, il riait à en avoir mal au ventre. Il ne parlait pas tout bas, il criait la plupart du temps. Il ne câlinait pas les gens, il les étouffait dans son étreinte. Il ne pleurait pas discrètement, il sanglotait pendant des heures. Avec une telle philosophie de vie, il était sûr qu’il vivait pleinement.
Akaashi se demanda à quoi ressemblait la vie à travers ses yeux. Elle devait être pleine de rebondissements et d’événements heureux.
Akaashi approcha une main du visage de Bokuto et écarta quelques mèches de cheveux sur son front. Il essuya la salive perlant sur la commissure de ses lèvres.
Des événements heureux… des moments de pur bonheur, Akaashi en avait connus aussi.
Lorsqu’ils s’étaient déclaré leur amour, un jour d’été, le jeune homme avait cru que son cœur allait exploser.
Il se souvenait encore de cette fin d’après-midi. La fraîcheur du vent qui soufflait dans les arbres, le soleil descendant dans ce qui avait semblé être une mer de lave plutôt qu’un ciel de fin de journée. Le gymnase derrière lequel ils s’étaient réfugiés le temps d’un aveu. La main qui avait enlacé la sienne, et leurs visages s’étant rapprochés jusqu’à briser la distance entre eux.
Les joues d’Akaashi se colorèrent de rouge au souvenir de cet instant. Ce jour-là, il n’aurait pu s’imaginer l’avenir qui les attendait. Le jeune homme sourit et il pressa son front contre l’épaule de son amour.
Non, il n’aurait en aucun cas pu se douter que tant de bonheur les attendrait.
Akaashi se blottit contre Bokuto, si c’était seulement encore possible de se rapprocher plus de lui. Il croisa ses jambes avec celles de l’aîné et ses mains se glissèrent respectivement contre son torse et dans ses cheveux. La tendresse de sa peau contre la sienne était la plus exquise de toutes les sensations. Il se sentait frissonner face à leur différence de température corporelle, mais Akaashi profitait avec plaisir de la chaleur irradiant du corps de son compagnon.
Sous sa peau, il sentait battre sans répit le cœur de celui qu’il chérissait tant. Un rythme régulier, semblant presque imperturbable sur le moment. Akaashi songea à ces moments à part où il avait senti cette cadence s’emballer sous ses doigts, où il avait été la cause d’un tel affolement, et la pensée arracha d’autres rougeurs aux joues du jeune homme, lui volant par la même occasion un sourire.
Souvent, Akaashi se demandait comment il avait pu tomber si éperdument amoureux de ce coeur, de cet homme reposant à ses côtés. Mais Bokuto lui donnait chaque jour de nouvelles raisons de l’aimer davantage, et il ne s’étonnait plus des sentiments qu’il éprouvait chaque matin plus intensément que la veille.
Akaashi ferma un instant les yeux, et pendant un moment plus rien ne compta, si ce n’était le battement réconfortant du cœur de Bokuto. Le tonnerre avait cessé, et la pluie s’était faite plus fine.
Akaashi rouvrit les yeux. D’une main, il caressa doucement la joue de Bokuto. Son index traça la courbe de sa mâchoire, celle de ses yeux, de son nez et même de ses lèvres. Le visage de l’aîné se crispait légèrement au contact des ses doigts. Akaashi laissa un rire lui échapper tandis qu’il dessinait l’arc de ses sourcils. Ils se fronçaient doucement.
Akaashi baissa les yeux, et son regard tomba sur les yeux d’un jeune homme mal réveillé.
Bokuto cligna des yeux, ses paupières ne s’ouvrant pas plus de moitié. L’aîné ne comprit pas tout de suite qu’on l’observait. Il fixa Akaashi comme s’il regardait dans le vide, et finalement un sourire se dessina sur ses lèvres.
Akaashi lui rendit son sourire. Il glissa sa main sous le menton de l’aîné et l’attira à lui, unissant leurs lèvres avec toute la délicatesse du monde. Bokuto avait déjà refermé ses yeux lorsque son amour s’éloigna.
"Bonjour," murmura Akaashi contre son oreille.
Son souffle vint taquiner la gorge de Bokuto qui s’écarta par réflexe en riant. Akaashi enfouit son visage dans le cou de son compagnon. Son odeur parvenant aux narines du jeune homme lui redonna l’envie de replonger dans le sommeil un peu plus longtemps.
Akaashi sentit deux bras se glisser autour de sa taille, et il fut attiré dans une étreinte. Bokuto laissa le jeune homme s’allonger sur lui et poser sa tête sur le haut de son torse, juste en-dessous de ses clavicules.
Akaashi enlaça l’aîné en le tenant par les épaules. Il sentit l’une des mains de Bokuto se mettre en mouvement et il soupira tandis que son compagnon dessinait des arabesques dans son dos.
"Tu es matinal," remarqua Bokuto après un moment de silence. Sa voix sonna rauque. Akaashi adorait cette voix qu’il possédait au réveil.
Le jeune homme sourit. Il attrapa la main disponible de Bokuto et joua avec.
"L’orage m’a réveillé," avoua-t-il en observant les lignes gravées dans la paume de l’aîné.
"Quel orage ? Je n’ai rien entendu !" s’étonna Bokuto.
"Tant mieux si ça ne t’a pas empêché de dormir. Il est parti, maintenant."
Bokuto fit une sorte de grimace. Il se pencha en avant et déposa un baiser sur le sommet de la tête de son amour.
"Et toi, tu as pu te reposer malgré tout ?" s’enquit l’aîné tout en continuant ses caresses sur la colonne vertébrale d’Akaashi.
Le jeune homme fit mine de réfléchir.
"Oui, ça a été. Tu continues de voler la couette. Ça ne m’arrange pas, étant donné que je ne porte déjà pas de haut."
"C’est vrai ?! Pardon, je m’en rends pas compte !" s’exclama Bokuto. "Pourquoi tu ne m’a pas réveillé ? Je te l’aurais rendue !"
Akaashi se contenta de rire face à tant d’affolement. Il était adorable.
"Ce n’est pas grave," lui répondit-il affectueusement. "Ça ne m’empêche pas de dormir."
Bokuto ne fut pas convaincu d’une telle réponse. Il se redressa très légèrement et attrapa Akaashi par la taille, le tirant encore plus contre lui. Il pressa ses mains sur ses omoplates dans une tentative de le maintenir au chaud.
"Tu n’as plus froid, au moins, hein ?" s’inquiéta l’aîné.
Akaashi, dont le visage s’était retrouvé pressé contre la gorge de son compagnon, rit de plus belle.
"Mais non. Tu me tiens déjà assez chaud comme ça," le rassura le jeune homme.
Bokuto sembla se détendre. Ses mains descendirent dans son dos, maintenant gentiment le corps d’Akaashi contre le sien.
"Qu’est-ce que tu voudrais faire, aujourd’hui ?" demanda Bokuto.
C’est vrai, on était dimanche. Le dimanche était leur jour préféré ; c’était le seul où ils avaient l’opportunité de rester ensemble tout le temps. La perspective d’une journée entière de repos à ses côtés plut beaucoup à Akaashi.
Le jeune homme glissa ses bras autour du cou de son amour et ses mains se perdirent dans sa chevelure gris-argenté.
"Et pourquoi pas rester à la maison tous les deux ? On pourrait regarder un film ou cuisiner quelque chose… qu’est-ce que tu en penses ?"
Bokuto sourit.
"J’en dis que c’est une super idée," répondit-il doucement.
Akaashi redressa la tête et son regard rencontra celui de l’aîné. Un regard éclatant, comme toujours.
Le jeune homme se pencha en avant, et ils échangèrent un baiser débordant d’amour.
Contrairement à Bokuto, Akaashi ne pensait pas qu’il était nécessaire de vivre intensément. À ses yeux, la vie méritait d’être vécue pour de simples moments. Des instants comme celui-ci, finalement. Un réveil auprès de la personne qu’on chérissait le plus, une journée pluvieuse chez soi, une activité pour s’occuper et se reposer.
Finalement, ne vivait-on pas pour ces instants-là ?
Akaashi contempla le visage lumineux de Bokuto. Le visage du jeune homme se fendit d’un sourire sincère.
Lui, vivait pour cela.
