Chapter Text
« Où est votre Roi ? »
La voix autoritaire du jeune homme fît tourner la tête aux deux adolescents qui gardaient la porte de la classe de Terminale 4. L'un d'entre eux, donc le visage mauvais s'affichait clairement, glissa ses mains dans les poches de son pantalon afin de se donner un air plus délinquant qu'il ne l'était. A priori, celui-ci n'avait aucunement l'intention de laisser passer l'inconnu. Inconnu qui leur rendait très bien, le sourire aux lèvres. Le deuxième était bien plus que petit que le premier mais sa hargne était telle que les deux adolescents, marchant tranquillement au fond du couloir, sentirent un violent frisson leur parcourir le corps. Frisson qui les fit aussitôt sursauter.
« Et qu'est-ce que tu lui veux à not'Roi ? » s'adressa le plus grand, la tête légèrement relevée. Il montra agressivement les crocs comme si il était prêt à lui sauter dessus pour lui arracher la gorge.
L'inconnu eût un son moqueur à cette question puis il regarda son interlocuteur, l'air dédaigneux. « Comme si vous pouviez me parler sur ce ton, pauvre chien du Roi que vous êtes ! »
« Répète ?! » grognèrent les deux adolescents dans une colère noire avant que le bruit du coulissement de porte se fit entendre.
« ça suffit. » ordonna une voix masculine derrière eux.
Les deux jeunes gens tournèrent leur tête au ralenti, juste après s'être regardé dans le genre « on est foutu », puis une fois devant leur Roi, ils tentèrent de se justifier de leur comportement. Mais avant que le premier mot ne soit prononcer, ils se firent très vite remettre à leur place. Non sans une once de méchanceté dans ses dires mais avec le plus grand tact. Il n'y avait rien à y redire, le Roi savait comment s'y prendre avec ses sujets.
« Et bien. » dit-il, une pointe de surprise dans les yeux en voyant la personne qui le demandait. « Que vient faire le Roi de Nekoma dans notre pauvre lycée de campagne ? »
Le rire du Roi de Nekoma résonna dans les couloirs puis il fût inviter à rentrer dans la salle. Avant de s'y introduire, il glissa son regard vers les gardiens de la porte. Par pure provocation, évidemment, mais cela marchait toujours avec ces deux-là. Ils étaient vraiment bon public pour ce genre de choses. Une fois dans la pièce, il s'installa sur un des sofas qui s'offrait à lui. Un lycée de campagne, certes, mais un lycée qui chouchoutait son Roi.
A peine ses fesses sur le coussin, que l'invité entama la discussion.
« J'ai entendu dire que vous aviez de la chair fraîche, cette année. »
« Je vois que tu es toujours au courant de tout. » souffla le Roi local à son invité de marque.
« Tu me connais. » répondit-il non sans une certaine ironie dans la voix.
En effet, il le connaissait. Et très bien même. Et si il s'était déplacé depuis Tokyo pour venir jusqu'ici, ce n'était visiblement pas pour rien. Que voulait-il aux petits derniers ? Il fronça les sourcils afin de lire son adversaire mais rien ne lui apparaissait dans sa vision. Maudit monarque de la grande ville, il savait cacher ses émotions quand il le fallait.
« Bon. Si tu me disais ce que tu leur veux. » demanda-t-il sans prendre de gant.
« Toujours pas très adepte des préliminaires à ce que je vois. » ironisa l'invité tout en riant de bon coeur avant de déplacer ses iris noires vers une troisième personne. « Je te plains, Ma Reine. »
La Reine semblait rougir mais il ne pût en avoir confirmation. Son échange de regard fût brusquement interrompu par un geste du Roi local. Il ramena son attention vers lui et cela fît sourire le garçon aux iris ébène. Il était en présence d'un bon monarque et lui intimait toute forme de respect. Mais il n'était pas venu là pour embarrasser la souveraine de ce lycée mais bel et bien pour affaire. Il se racla la gorge.
« Pardon. Je m'écarte du sujet principal. » annonça-t-il tout en hochant la tête comme signe d'excuse. Il prit son air le plus sérieux et il se décida à répondre à la précédente demande. « J'aimerai bien que vous me passiez un de vos jeunots pour le prochain trimestre. »
« Hors de question. » s'éleva soudainement la voix de la Reine.
Les deux Rois assis en face d'elle la regardèrent, un sourcil relevé pour chacun. Ce n'était évidemment pas la première fois que celle-ci s'oppose à un ordre ou à une demande, mais c'était plutôt sa vitesse de réaction qui surpris les deux adolescents. L'hôte chopa le regard effrayé de sa Reine puis en quelques millièmes de secondes, celui-ci se transforma en apaisement. Il hocha légèrement la tête et la souveraine lui répondit par le même geste.
« Quelle Reine de tempérament ! » rit-il à gorge déployée pendant quelques secondes seulement. Il lui lança un coup de coude dans les côtes tout en lui demandant quelques conseils pour que sa Reine lui obéisse aussi rapidement que la sienne.
Il était maintenant sûr que les négociations n'allaient pas être facile mais dans un coin de sa tête, il le savait déjà. Après tout, il n'était plus au royaume des chats mais bel et bien au milieu d'une flopée de corbeaux.
« Admettons. » La voix masculine de son interlocuteur le sortit de ses pensées. « Et que gagnons-nous, en échange ? »
« Tu n'y vas pas par quatre chemins, Daichi. » ronchonna l'invité tout en croisant ses bras contre sa poitrine. Puis il se mit à réfléchir. Bien que sa contrepartie fût décidé depuis quelques jours maintenant, il faisait ça pour le spectacle. N'était pas Roi qui voulait et cela se vérifiait. « Bon. Voilà ma proposition : Vous nous accordez un de vos petits protégés et au prochain trimestre, ce sera à votre tour de nous ordonner quelque chose. Peu importe la demande, elle vous sera allouée. Alors ? C'est correct ? » termina-t-il, non sans un beau sourire en coin qui s'étirait sur ses fines lèvres.
Daichi fronça à nouveau les sourcils, quelques plis qui se formèrent sur le front, et pesa le pour et le contre dans un coin de son esprit. Il était vrai mais surtout très agréable de savoir que le lycée aux chats soit redevable mais d'un autre côté, il ne se sentait pas près à « abandonner » un de ses sujets au profit d'un autre lycée. Et surtout pour une aussi grande période qu'un trimestre. Quelles étaient donc ses motivations ultérieures à une telle demande ?
« Je ne comprends pas. » marmonna Daichi, autant pour lui-même que pour son invité. « Pourquoi vouloir une cible en plus ? Pourtant, vous en avez à Nekoma. »
« Ah pour ça, il faut en parler à mon valet. » soupira-t-il longuement. Daichi inclina la tête légèrement sur le côté. « Oh ! Je t'explique. On a eu un nouveau venu mais à peine, avait-on eu vent de son prénom que Yaku en avait fait une affaire personnel. Je crois vraiment que le petit a eu un gros crush pour le métisse ! » Il ne pût s'empêcher de rire une nouvelle fois. Il pensa surtout à la différence de taille entre ces deux-là. « Et comme tu le connais tout aussi bien que moi. »
« Le pauvre. » soupira Daichi en pure compassion avec la nouvelle cible du petit valet. « Mais trois mois, c'est trop ! »
« Oh ! » Les yeux du chat s'illuminèrent aux dires de Daichi. Il était donc d'accord pour qu'il puisse en emprunter un mais pas sur la longueur de l'emprunt. Il hocha vivement la tête puis afficha son plus beau sourire. « Jusqu'aux prochaines vacances, dans ce cas. Ça fera un bon deux mois. »
Daichi lorgna sur sa Reine et celle-ci approuva la nouvelle demande. Il hocha alors la tête pour un accord de principe puis il l'appela ses valets afin qu'ils aillent chercher les cinq cibles potentielles.
Ils rechignèrent à faire leur boulot mais lorsqu'il haussa un peu la voix, ils se dépêchèrent de le faire. Et au bout d'une petite dizaine de minutes, ils rentrèrent avec quatre personnes. Trois mecs et une fille.
« Où est le dernier ? » demanda Daichi au plus grand des valets qui haussa les épaules tout en lui répondant qu'il en avait aucune idée. « Cherchez-le dans tout le lycée, c'est un malin, il a dû se planquer. »
Les deux valets quittèrent la pièce et ils se mirent en chasse du dernier mec.
« Enfoiré ! » marmonna un des garçons dans sa barbe avant de se faire reprendre par la Reine. Il semblait oublier que ce n'était qu'un seconde et au plus bas de la hiérarchie. Le petit rouquin d'à-côté se moqua ouvertement de lui mais le troisième et la petite blonde tentèrent de le stopper.
« Une Reine en devenir. » exposa faiblement le Roi de Nekoma à Daichi tout en observant l'adolescent aux tâches de rousseur. Le brun acquiesça puis il demanda à la petite blonde de partir. L'invité n'avait absolument aucun intérêt pour elle, et il était bien mieux pour elle d'être libérée.
« C'n'est pas juste ! » proclama le petit rouquin avant de se prendre un coup de poing sur la tête du grand brun à côté de lui afin qu'il se taise.
Le chat écarquilla les yeux pendant quelques secondes puis son regard rencontra celui de Daichi. Et oui, ses cibles-sujets étaient particulièrement bruyant cette année. Le brun fît un petit geste de la main et l'invita à faire son choix.
Après un bon quart d'heure d'intense réflexion, il pensa que cette personne-là était encore la meilleure. Et avant que le jugement ne se prononce, la porte de la classe s'ouvra subitement et un grand blond fût pousser à l'intérieur de celle-ci.
« Ah ! Ah ! Bien fait ! » commenta le grand brun avant de se faire reprendre une nouvelle fois par le mec aux tâches de rousseur.
Le blond tourna la tête vers l'invité de marque puis il claqua sa langue contre le palais en guise de réponse à une demande muette. En effet, il se sentit scruter dans les moindres détails et pour cause, deux billes noires se roulèrent sur lui. Un sourire malsain se dessina sur les lèvres du chat tandis que le corbeau haussa un sourcil. « Tu veux de l'aide, peut-être ? » lui lança-t-il tel un fil transperçant du beurre.
« Tsukishima ! » hurla Daichi. Mais il fût couper dans son élan lorsqu'il vit une main devant ses yeux. Il glissa son regard sur le côté et il en vit un Roi concerné, un Roi fasciné, un Roi attiré.
L'invité se leva du sofa où il était confortablement bien installé et se dirigea d'un pas assuré vers le nouvel arrivant. Il faisait quasiment la même taille que lui -on parlait plus de millimètres de différence que de centimètres- et ses yeux étaient d'un doré chocolaté. Le blond releva légèrement la tête et se sentit subitement mal à l'aise. Il essaya néanmoins de ne pas en tenir compte et de ne pas divulguer son mal-être.
« Ton prénom » demanda d'une voix chaude le jeune aux iris noires, le sourire n'ayant pas quitter ses lèvres.
« T'es sourd ou bien ? » lui répondit-il non sans un certain sarcasme.
« Si je l'étais .. » commença-t-il d'une petite voix « Je ne pourrais pas entendre cette belle voix. »
Tsukishima manqua de s'étouffer à cette remarque tandis que le rouquin s'esclaffa tandis que le plus grand se moqua, une main devant la bouche. Le troisième prit un air plus que surpris et le concerné, après sa petite crise de toux, afficha quelques rougeurs sur les joues. Il semblait bien à Daichi et à sa Reine que c'était bien la première fois qu'il le voyait dans cet état.
« Il ne l'épargne pas. » commenta la Reine tandis que Daichi lui marmonna quelque chose à son oreille, à propos des talents de dragueur que ce Roi-Chat avait. « Laisse-le tranquille ! » s'adressa-t-elle maintenant vers le monarque de la ville.
« Mais il est tellement mignon quand il rougit. »
« Je ne rougis pas ! » s'énerva Tsukishima tandis qu'il retrouva peu à peu son teint naturel sur les pommettes.
« Tu me plais, toi. » affirma le dragueur sans aucun détour, ce qui choqua tout le monde -mise à part Daichi qui se claqua la main contre le front et la Reine qui était habituée à ce que celui-là n'en fasse qu'à sa tête mais quand même bien ennuyée de la manière donc se goupiller les choses- y compris ceux qui écoutaient aux portes.
« Je ne suis pas de ce bord-là. » répondit calmement Tsukishima, « blackboulant » son interlocuteur au passage.
« Oh, Oh, Oh »* rit-il en guise de réponse, une main posée sur l'épaule du blondinet. Main rapidement enlevée par ce même blondinet.
Tsukishima tourna les talons sans un mot et se dirigea vers la sortie quand la voix de Daichi se fit entendre.
« Attends. » Tsukishima se stoppa et la Reine regarda d'un air anxieux le Roi Corbeau. Il n'allait pas faire ce qu'elle pensait qu'il allait faire quand même ! « Kuroo. » s'adressa-t-il maintenant au Chat posté à quelques mètres du blondinet. « Je suis d'accord. Tsukishima, à partir de maintenant et pour une durée de trois mois, tu es un lycéen de Nekoma. »
