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Language:
Français
Stats:
Published:
2024-05-26
Words:
4,553
Chapters:
1/1
Kudos:
7
Hits:
99

Late Night Resting

Summary:

Dans un monde où Akaashi se retrouve envahi par ses responsabilités professionnelles, Bokuto sait se frayer un chemin jusqu'à lui et le guider vers le repos, vers un état de calme.

Plus simplement dit, Akaashi travaille jour et nuit, et Bokuto le contraint à passer la soirée loin de son ordinateur, le temps d'un dîner.

Notes:

Je publie ici ce petit one shot qui me trottait dans la tête et qui m'a pris un moment à être écrit et corrigé ! J'espère que la mignonnerie de cette scène saura vous atteindre et vous mettre des tous petits papillons dans le ventre comme ça m'arrive lorsque que je lis une fic BokuAka :D
Bonne lecture !!

(PS : Le titre n'est pas une référence à Late Night Talking d'Harry Styles, c'est juste le meilleur titre que j'ai réussi à trouver)

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Rares étaient les moments où Akaashi prenait délibérément du temps pour lui.

C’était là l’un des majeurs défauts du jeune homme, qui négligeait sans cesse ses besoins depuis des années. Au lycée déjà, il avait développé cette tendance mauvaise à se plier aux autres et s’adapter à toutes les circonstances, quand bien même ces dernières pouvaient lui être inconfortables, voire néfastes. Le monde professionnel avait été l’opportunité pour cette habitude d’atteindre son paroxysme, et entre les travaux infernaux qu’il devait rendre dans des temps records, les entretiens sur leur avancée à n’en plus finir et les modifications conséquentes à effectuer lorsqu’on lui en renvoyait annotés au point de ne plus lire le texte initial, il n’avait plus la tête à autre chose que ses obligations professionnelles. La caféine était devenue son seul soutien dans ces courses contre la montre, et il ne se laissait jamais de pause, au prix d’une alimentation et d’un sommeil troublés.

Le repos était un luxe dont il avait tendance à oublier de faire usage.

Contraindre Akaashi au repos n’était pas une chose aisée. C’était une sorte de lutte dans laquelle il prenait part en tant qu’ennemi autant qu’allié ; car il savait qu’il devait profiter de son temps libre et se reposer, mais il devait avant tout rendre à temps les travaux qu’on lui assignait — souvent à excès.

Triompher face à ce perfectionnisme requérait plus que de simples discours moralisateurs. Non, il s’agissait d’un art à part entière, du fruit d’une expérience cumulée au fil des années, et de l’acquisition de toutes sortes de techniques et astuces pour l’amadouer. En somme, à moins de le connaître dans les moindres détails, c’était simplement peine perdue.

L’occasion pour Bokuto de mettre à profit ces dix dernières années passées à le côtoyer.

 

✽

 

Bokuto entra en trombe dans le supermarché, armé de deux sacs en toile dans les mains. Un sourire déterminé éclairait son expression.

Ce soir, pas de travail.

Bokuto marcha d’un pas assuré dans les allées, se référant à la liste qu’il avait écrite pour ne rien oublier. Il avait préparé cette soirée depuis des jours, pensant chaque détail de façon à pouvoir délester son compagnon de la pression qui pesait sur lui. Observer chaque jour son état s’aggravant, les cernes de plus en plus creusées sous ses yeux, sa santé en général tombant de Charybde en Scylla avaient servi de déclic pour Bokuto qui, depuis, s’efforçait dès que possible de le soutenir et de veiller sur sa santé à la place d’Akaashi.

Alors, étant sportif de profession, il savait mieux que quiconque que ceci passait avant tout par une alimentation saine. Bokuto sillonna le rayon destinés aux fruits et légumes, sélectionnant avec soin les ingrédients nécessaires au repas qu’il avait prévu de confectionner. Il se réjouit d’avance de voir son compagnon manger un vrai plat et couper avec les habituels repas à réchauffer qu’il grignotait entre deux éprouvantes sessions de travail. Bokuto ressentait toujours un pincement au cœur lorsqu’il passait la porte de chez lui, pour découvrir les emballages de nouilles et de boissons énergisantes abandonnées par Akaashi qui, encore à l’heure où il rentrait, demeurait le nez rivé vers son ordinateur, une tasse de café posée à portée de main. Il aurait sans doute bien besoin de la vraie nourriture qu’il ramènerait ce soir.

Cochant une par une les cases de sa petite liste, Bokuto continuait d’amasser tout ce qu’il lui fallait pour ce soir. Bientôt, il arriva à son terme, et chiffonna le post-it jaune dans sa main avant de le glisser dans une poche de sa veste. Il vérifia le contenu de ses sacs, s’assurant de ne rien oublier. Il se décida malgré tout à faire un dernier tour des rayons ; il ne se le pardonnerait pas s’il lui manquait un ingrédient une fois rentré.

Cette ronde lui confirma qu’il avait bien tout ce qu’il lui fallait. Il se dirigea alors vers l’entrée du magasin pour payer ses articles.

Traversant pour la énième fois un rayon de desserts et autres aliments sucrés, il s’arrêta subitement devant une étagère. Là, une idée lui traversa l’esprit, et il tendit la main pour prendre un dernier article, un immense sourire sur le visage. Puis il fila en direction de la caisse, paya le tout et sortit du supermarché, ses précieux achats rangés.

 

✽

 

Bokuto déverrouilla la porte d’entrée de l’appartement.

Il pénétra dans le foyer à pas de velours, tenant ses sacs dans une seule main. Il referma la porte en allumant l’interrupteur qui baigna la pièce de lumière. Il retira sa veste et ses chaussures, qu’il prit soin de ranger à leur place dans le meuble placé là exprès — chose qu’il avait tendance à oublier de faire, et qui lui avait valu plus d’un sermon d’Akaashi — et se rendit dans la cuisine.

Il étala les articles sur le plan de travail, commençant par ranger ceux qui ne lui seraient pas immédiatement utiles où qui se conservaient à basse température.

Puis, il s’éclipsa dans la pièce de vie de l’appartement. Il se dirigea vers la grande bibliothèque qui habillait l’un des murs du salon, et qui impressionnait toujours les invités lorsqu’ils faisaient venir leurs proches chez eux, lors des fêtes de fin d’année. Bokuto plaça un petit marchepied devant l’imposant meuble. Il n’avait pas l’habitude de l’utiliser ; d’ordinaire, Akaashi était celui qui en faisait usage pour atteindre les plus hautes étagères, trop éloignées pour qu’il puisse même les atteindre du bout des doigts. Bokuto lui-même ne pouvait pas attraper les ouvrages dans la dernière étagère — c’était d’ailleurs celle-ci qui l’intéressait ici — à moins de sauter, ce qui n’était pas optimal, d’autant plus lorsqu’il s’efforçait de ne pas déranger son compagnon. Il réfléchirait à déplacer les livres de cuisine à un niveau plus accessible, pour la prochaine fois.

Debout sur le marchepied, il récupéra un recueil de recettes qu’ils tenaient de la mère d’Akaashi qui leur avait offert, sachant qu’ils savaient tous deux bien cuisiner et qu’ils pouvaient sans mal reproduire les plats qu’il contenait — chose qui prenait en revanche du temps, si bien qu’ils ne le faisaient que rarement.

De retour dans la cuisine, il ouvrit le livre à une page qui avait été marquée d’un post-it ; Bokuto avait pris ses précautions en choisissant la recette, notant sur un autre papier les ingrédients nécessaires, puis replaçant le livre de façon à ce que l’on ne se doute pas de son passage.

Muni de l’ouvrage comme guide, et des aliments fraîchement achetés, il entama la préparation de leur repas en chantonnant une mélodie.

Il laissa les plats sur le feu le temps que leurs contenus cuisent, pendant quoi il s’occupa d’installer des couverts sur leur table à manger en bois. Il posa au coin de chaque assiette une serviette de papier qu’ils possédaient depuis bien longtemps — Bokuto avait un jour vu leur motif, des petites chouettes sur une branche d’arbre, et en avait acheté dans de telles quantités qu’à ce jour il n’avaient toujours pas écoulé leur stock. Il remplit une carafe d’eau qu’il plaça au centre de la table, et ajouta encore la salière, qu’ils utilisaient toujours, malgré avoir déjà mis du sel dans leur plat pendant sa préparation. Bokuto observa la table, satisfait, et, pour parfaire le tout, éteignit la lumière principale de la pièce, remplaçant la source de lumière par les diverses lampes qui décoraient le salon, rendant l’atmosphère plus chaleureuse et reposante pour les yeux.

Bokuto retourna à la préparation du dîner. Une fois cuit, il déplaça poêle et casserole sur des plaques de cuisson froides, et l’odeur se dégageant des récipients le fit saliver. Tout était prêt.

Le jeune homme, impatient de dîner en compagnie d’Akaashi, alla prendre une rapide douche, et revêtit des vêtements confortables, plus adaptés pour rester chez soi que sa tenue de ville.

Puis, il alla se poster dans le couloir, devant la porte voisine à celle de leur chambre. Il frappa doucement à la porte.

Comme il s’y était attendu, Akaashi était encore plongé dans son travail. Depuis le pas de la porte, Bokuto observa son compagnon de dos, assis sur un fauteuil — celui-ci avait été choisi minutieusement par le couple, en ignorant presque son prix et privilégiant plutôt le confort de son utilisateur ; un critère justifié, dans la mesure où le plus jeune l’utilisait toute la journée, et assez souvent une partie de la nuit aussi.

Akaashi, qui n’avait pas entendu la porte être entrebâillée, fixait l’écran de son ordinateur, une pile de feuilles posées à côté. Jouant avec un stylo d’une main, et écrivant quelque chose sur un document virtuel de l’autre, il lisait en même temps ce qui s’apparentait à un mail, du moins apparut comme tel à Bokuto de là où il se trouvait. Akaashi baissa la tête et raya une ligne d’un papier au sommet de la pile, et sa langue claqua contre son palais d’agacement. Il écrivit quelque chose sur ledit papier avant de poser son stylo sur la le tas de feuilles pour employer ses deux mains à rédiger une réponse au mail qu’il avait reçu.

Bokuto le regardait s’affairer, une mine sympathique sur le visage. Le dévotion de son compagnon pour son travail avait quelque chose d’attendrissant, qui lui rappelait une autre époque, où il avait employé avec la même ferveur toute sa personne sur un terrain de gymnase. Pourtant, en le contemplant, le sentiment qui prédominait chez lui était amer. Sans y faire attention, son travail avait pris une importance telle dans sa vie qu’il avait fini par nuire à Akaashi ; cela avait commencé par ses yeux, dont la vue avait baissé. Mais le jeune homme, aveugle à ces répercussions, se laissait docilement exploiter, de plus en plus, et chaque soir, il allait dormir à une heure plus tardive que la veille.

Le problème n’était pas véritablement son travail, quoique les supérieurs d’Akaashi ne se privaient pas de lui confier un nombre important de projets quand ils le pouvaient. Quant au jeune homme, sa volonté de vouloir toujours bien faire était admirable. Le fait était que ces deux éléments n’arrivaient pas à s’équilibrer, et le premier avait fini par peser plus lourd dans la balance que le deuxième.

Mais Bokuto était là dans ces moments, et à deux, ils arrivaient à retrouver cet équilibre.

Akaashi cliqua sur le bouton d’envoi, son mail rédigé. Il bailla, et d’une main il chercha la tasse posée au coin du bureau.

Il se crispa une seconde tandis qu’il sentit qu’on lui retirait ses lunettes, avant de se détendre lorsqu’une figure familière entra dans son champ de vision. Bokuto se pencha par-dessus le fauteuil et déposa un baiser sur le front de son compagnon.

"Il est tard…" murmura Bokuto, une pointe de tristesse dans la voix. Il croisa ses bras sur la poitrine d’Akaashi, dans une étreinte quelque peu inconfortable. Akaashi prit une de ses mains dans les siennes.

"Le projet prend du retard," expliqua-t-il en embrassant les articulations de ses doigts.

Bokuto eut une mine déçue. Il se redressa, libérant sa main de la prise du plus jeune.

Sans prévenir, il tourna le fauteuil de cent quatre-vingt degrés. Akaashi, lui faisant à présent face, écarquilla les yeux de surprise.

Bokuto entremêla leurs doigts ensemble et commença à tirer son compagnon vers lui.

"Kou, j’ai du travail, tu le sais…" dit Akaashi, tentant vainement de lâcher ses mains.

"Pas ce soir," s’exclama Bokuto, le contraignant à se lever.

Il le tira hors du bureau, prenant soin de refermer la porte derrière lui. Akaashi le fixa du regard, l’air incrédule.

"Koutarou, je t’ai dit quelque chose," commença-t-il, tandis que ses sourcils se fronçaient légèrement.

"Je sais," répondit Bokuto. "Je sais, tu as énormément de travail, et je ne veux pas t’empêcher de le réaliser. En revanche," continua-t-il en serrant ses mains dans les siennes, "je voudrais que tu fasses une pause, pour une soirée."

Ses mots auraient convaincu n’importe qui, normalement. Mais il s’adressait à Akaashi, et le terme « pause » n’était plus dans son vocabulaire depuis longtemps.

"Comment je pourrai rendre le dossier à temps, si je perds le peu de temps que j’ai pour le f-"

Akaashi fut coupé par des lèvres se posant sur les siennes. Bokuto posa une main sur la joue de son compagnon, l’empêchant pour de bon de finir sa phrase. Akaashi se laissa embrasser, les yeux fermés, heureux de retrouver pendant une seconde cette sensation qu’il aimait tant.

Bokuto pressa son front contre celui d’Akaashi et plongea son regard dans le sien. Akaashi avait oublié ce qu’il avait voulu lui dire.

"J’ai quelque chose à te montrer," chuchota Bokuto en caressant du pouce la joue du plus jeune.

Akaashi acquiesça lentement, et se laissa entraîner dans le salon bien plus docilement qu’un instant auparavant.

Ils entrèrent dans la pièce, et le parfum alléchant se dégageant des plats parvint aux narines du couple. L’estomac d’Akaashi eut tôt fait d’émettre des gargouillements. Le jeune homme observa son compagnon, qui le regardait déjà. Bokuto lui adressa un sourire.

"Installe-toi à table, le dîner est prêt," l’invita-t-il en faisant un geste de la main en direction du salon.

Akaashi baissa les yeux, et son expression oscilla entre un sourire et une grimace, lorsqu’on en a soudainement trop sur le cœur.

"D’accord…" murmura-t-il.

Il sortit de la pièce. Bokuto saisit les récipients par leurs poignées respectives, et suivit son compagnon dans le salon. Akaashi s’était déjà assis à sa place habituelle, et Bokuto ne tarda pas à prendre place en face de lui. Il servit leurs assiettes copieusement avant de déplacer la poêle et la casserole sur un bout de la table. Akaashi observa le plat fumant devant lui. Du curry, complété de légumes mijotés.

"Quand est-ce que tu as-"

"C’est moins long que ça en a l’air, à peine une demi-heure," s’exclama Bokuto. "J’ai utilisé le livre de Sachiko, il explique vraiment bien les différentes étapes."

Il posa sa tête dans ses mains et fixa Akaashi. Le jeune homme détourna le regard, embarrassé par celui si insistant de son compagnon.

"Qu’est-ce qu’il y a ?" demanda-t-il.

"Qu’est-ce que tu en penses ?" le questionna Bokuto à son tour.

Akaashi observa son assiette, encore entière. Il prit sa fourchette dans une main, et goûta le curry, sous le regard vif de Bokuto. Akaashi releva la tête, les yeux brillants.

"C’est excellent, Kou."

"C’est vrai ?" s’enthousiasma Bokuto. Akaashi hocha vivement la tête.

"C’est un des meilleurs repas que tu aies cuisiné. Je n’en reviens pas," dit-il, et il reprit une bouchée de curry, goûtant en même temps les légumes.

Bokuto sourit, et il commença à manger. La première étape de son plan avait fonctionné à merveille. Un bon repas savait sans mal éloigner l’esprit d’Akaashi de son travail.

Leurs assiettes ne restèrent pleines que peu de temps, mais elles étaient si grandes qu’ils ne pensèrent même pas à se resservir ensuite. Bokuto avait dosé les quantités comme il le désirait ; aussi, il restait tout juste de quoi faire une dernière assiette, qu’Akaashi pourrait faire réchauffer le lendemain.

Bokuto rassembla les couverts et alla les ranger dans le lave-vaisselle ; Akaashi voulut l’aider, mais il l’en dissuada, l’incitant plutôt à rester à table. Il lui réservait encore d’autres surprises.

Bokuto revint dans le salon, les mains cachées dans son dos. Il arborait un sourire espiègle.

"Keiji, ferme les yeux !"

Akaashi obéit sans se poser la moindre question. Bokuto se glissa derrière son compagnon et déposa quelque chose devant lui. Il se pencha vers Akaashi, et embrassa sa joue pendant qu’il fermait encore les yeux. Puis il s’éloigna, observant quelques rougeurs naître sur ses joues pâles.

"Vas-y," dit-il, et Akaashi ouvrit les yeux.

L’expression qui décora le visage du jeune homme fit presque fondre le cœur de Bokuto dans sa poitrine. Elle n’avait rien d’inconnu pour lui ; Akaashi se retenait à grand peine de sourire jusqu’aux oreilles, ne s’autorisant qu’à former un sourire poli. Il avait visé dans le mille.

"Tu me connais trop bien…" sourit Akaashi.

"C’est normal, je te connais depuis dix ans," répliqua Bokuto, aussi heureux de le voir sourire qu’Akaashi était heureux de cette surprise. "Je suis passé devant en faisant des courses, alors forcément, je l’ai pris."

"Merci beaucoup," dit Akaashi, contenant à peine sa joie.

Il attrapa une petite cuillère et ouvrit l’emballage renfermant son dessert préféré : le tiramisu.

Si une chose portait bien son nom, c’était bien ce dessert ; il n’échouait jamais à remonter le moral d’Akaashi. Il rassemblait tout ce qu’il aimait, le goût du café adouci par la crème, une amertume et une délicatesse sans pareilles.

Akaashi plongea la cuillère dans le contenant avant de l’enfourner aussi vite dans sa bouche. La délectation se lisait sur son visage, dans la courbe de ses lèvres retroussées et celle de ces yeux qu’il avait fermés. Il retrouvait les saveurs qu’il aimait tant, une alliance délicate de textures et d’arômes différents, un équilibre parfait et ô combien réconfortant. Il semblait si comblé par ce simple geste, l’unique initiative de lui prodiguer son dessert favori, que Bokuto aurait couvert de baisers sa figure adorable s’il n’était pas occupé à manger.

Bokuto le contempla durant l’entièreté de cette dégustation, détaillant son expression de bonheur pendant qu’il ne le voyait pas faire. Il s’appliquait à graver dans sa mémoire ces instants si purs et remplis de joie, ces rares moments où Akaashi se laissait être vraiment heureux, et lorsque les hauts cédaient la place aux bas, il se les rappelait, faisant naître à chaque fois un sourire sur ses lèvres. S’il avait l’âme d’un artiste, il dessinerait ces moments, ou bien il les narrerait dans un livre qu’il garderait précieusement pour lui. Un ouvrage dans lequel ils seraient au cœur des événements. Dont ils seraient les protagonistes.

"Kou ?" appela soudain une voix.

Bokuto s’arracha à ses pensées et vit qu’Akaashi le dévisageait.

"Tout va bien ?" demanda Akaashi. Il avait des miettes de biscuit sur la lèvre inférieure et de la crème sur la commissure.

"J’ai très envie de t’embrasser," lâcha-t-il sans réfléchir. Ses joues virèrent au rouge tandis qu’Akaashi lui adressa un sourire, le regard malicieux, et il réalisa pendant ce temps ce qu’il avait dit. "M-mais je veux pas t’embêter, finis de manger avant ! Et heu, si t’as pas envie, on peut juste se faire des câlins…" Bon sang, il se comportait comme un lycéen.

"Non, je vais t’embrasser," répondit posément Akaashi, qui acheva d’embarrasser son compagnon. "Mais après avoir mangé."

Bokuto attendit donc que son compagnon finisse son repas. Il remarqua que celui-ci prenait son temps pour manger, ne laissant pas une miette dans le fond du pot. Peut-être le faisait-il attendre sciemment ; Akaashi se plaisait à tester la patience de Bokuto, surtout lorsqu’il réclamait de l’affection, mais il n’en rendait leurs étreintes que plus sincères et intenses.

Aussitôt qu’Akaashi eut reposé sa cuillère sur la table, Bokuto s’en empara, ainsi que de l’emballage ayant contenu le tiramisu, et alla vite les ranger et jeter, en prenant soin de ne pas inverser — car il avait fait l’erreur à plusieurs reprises et ne souhaitait pas mettre le bras dans la poubelle à la recherche d’un couvert égaré.

Il fit irruption dans le salon et chercha son compagnon du regard. Celui-ci s’était levé et ouvrait grand les bras, anticipant l’accolade qui allait suivre.

Bokuto se jeta dans ses bras et l’enlaça fermement, le menton posé sur le haut de son crâne. Akaashi se réfugia dans son étreinte, le visage contre sa poitrine, respirant longuement le mélange de lessive et de savon qui composaient l’odeur de Bokuto.

"Tu me manques…" murmura-t-il contre son cœur. Bokuto comprenait ce manque. Il tentait justement d’y remédier.

Il planta un baiser sur le haut de son crâne, puis s’écarta doucement d’Akaashi, comme s’il avait peur de le brusquer. Glissant sa main dans la sienne, il le guida vers le canapé au centre de la pièce où ils s’installèrent côte à côte. Bokuto porta une main près du visage d’Akaashi et attira sa tête contre son épaule. Le plus jeune ferma les yeux.

Bokuto, jouant avec les doigts de son compagnon, observa ce dernier, que le repas qu’ils avaient partagé semblait avoir apaisé. Il traça des lignes dans la paume de sa main, tirant un ou deux soupirs de son possesseur. Bokuto eut une mine attendrie.

"Keiji, mon amour ?" fit-il, toujours aussi tendre dans son langage.

"Oui ?" répondit Akaashi, relevant la tête pour croiser son regard.

"Est-ce que tu as mal quelque part ?" demanda le plus grand, tandis que sa main descendait dans le dos de son compagnon. "Oh, je pense avoir la réponse," continua-t-il, sentant combien il était crispé. Rien d’étonnant, quand ses journées se résumaient à rester cloîtré dans un bureau, sans aucune source d’exercice.

Il esquissa un mouvement circulaire entre ses omoplates, tandis qu’une grimace se frayait un chemin sur le visage d’Akaashi. Parcourant son dos de gauche à droite, il décela des points de tension sous ses doigts, qu’il tenta d’ôter maladroitement, la faute à la position dans laquelle se trouvait son bras. Akaashi avait baissé la tête, les yeux à nouveau fermés.

La main de Bokuto quitta son dos, et le plus jeune se pencha vers lui, cherchant la source de l’apaisement d’une sensation de brûlure qui le tiraillait depuis des heures déjà. Faute de résultat, il contracta puis relâcha ses muscles endoloris, soulageant par lui-même la douleur.

"Je vais m’en occuper, ne t’inquiète pas," dit alors Bokuto, qui avait une nouvelle idée en tête.

Il se munit des coussins du canapé et les éparpilla au sol, faisant de même avec une couverture, pliée sur un des accoudoirs. Il tendit la main vers Akaashi, l’invitant à lui donner la sienne. Le jeune homme lui jeta un regard perplexe.

"Assieds-toi," insista Bokuto.

Alors Akaashi obtempéra. Bokuto s’installa juste derrière lui. Akaashi tourna la tête pour l’observer, et son compagnon déposa un minuscule baiser sur ses lèvres.

"Tu as une idée derrière la tête, mais je n’arrive pas à deviner quoi," dit Akaashi. Bokuto sourit.

"Un massage ! Tu te sentiras bien mieux après !"

L’idée parut plaire à Akaashi, qui se cala confortablement entre les coussins. Il se délesta de son haut lorsque Bokuto lui en fit la demande, et plaça un oreiller contre son torse, tout en repliant ses jambes sur lesquelles il croisa les bras et posa la tête. Bokuto plaça ses mains sur les épaules de son compagnon.

"Confortable ?" demanda-t-il, laissant glisser sa main gauche le long du bras d’Akaashi. Le plus jeune hocha la tête.

Bokuto ramena sa main sur l’épaule de son compagnon et il exécuta d’abord de petits gestes à leur niveau, se concentrant dans un premier temps sur les points de tension qu’il y trouvait. Petit à petit, il étendit la zone massée, toujours la recherche de noeuds sous la peau délicate du jeune homme, ayant recours à diverse techniques — qu’il tenait de maints entraînements intensifs et tout aussi douloureux — pour les détendre. Akaashi le laissait prodiguer ses soins, ne cillant pas lorsqu’il le sentait appuyer sur un point lancinant, si bien que seule sa respiration plus ou moins irrégulière témoignait de son état et de l’efficacité de ces soins. Bokuto écoutait son corps lui parlant, comme un substitut à sa voix ; son souffle, le sang affluant dans ses veines et palpitant sous ses paumes, la crispation de ses muscles, étaient autant de signaux provenant d’un être vivant et chéri, une personne droite et juste, qui offrait toujours ce qu’il avait de mieux à donner et conservait le reste pour elle. Oui, il faisait tant pour les autres qu’il s’en oubliait. Mais Bokuto était là pour remédier à cela, pour lui rendre ce qu’il méritait tant qu’il ne parvenait pas à l’obtenir par lui-même, et dans chacun de ses gestes, de ses mots, de ses attentions, il s’efforçait de lui prouver que lui aussi comptait, qu’il méritait autant que les autres, tant en repos qu’en bonheur. Il comblait par sa simple existence une autre vie humaine, il méritait bien plus qu’une vie de bureau monotone et épuisante.

Le lent mouvement du dos d’Akaashi, se levant et s’abaissant à la manière d’une marée tranquille, avertit Bokuto du sommeil dans lequel il s’était finalement laissé emporter. Cessant à son tour de bouger, il écouta un temps cette respiration calme, qui faisait naître un sourire sur les lèvres du plus grand. Le voilà enfin, le repos qu’il méritait tant.

Bokuto se redressa de sa position derrière Akaashi et s’avança à côté de ce dernier. Doucement, il retira le coussin contre sa poitrine, et passa son T-shirt par-dessus la tête de son compagnon, levant en même temps ses bras pour y ajuster les manches. Il dégagea le front d’Akaashi des quelques mèches que l’entreprise ébouriffa. Enfin, il soutint le jeune homme dans ses bras et le transporta jusque dans la chambre qu’ils partageaient depuis leur emménagement en ces lieux.

Là, il allongea Akaashi sur le lit et le recouvrit de la couette jusqu’aux épaules. Bokuto récupéra des verres posés sur la table de chevet, et sortit de la pièce. Il ramena les contenants pleins et les remis à leur place pour la nuit, et posa à côté les lunettes de son compagnon. Bokuto prit le téléphone d’Akaashi, qu’il avait été chercher dans son bureau, et programma un réveil, un peu plus tard que d’ordinaire. Ainsi, le plus jeune aurait le temps d’achever son projet tout en conservant un sommeil convenable. Alors seulement Bokuto rejoignit Akaashi sous le duvet.

Il s’assura que le plus jeune dorme dans une position confortable, ajustant l’oreiller sous sa tête et le couvrant des pieds jusqu’au cou. Akaashi se tourna dans son sommeil. Bokuto se pencha vers le bord du lit, le temps d’éteindre la petite lampe qui illuminait encore la pièce, et il se terra à son tour sous les couvertures, les bras entourant la taille du jeune homme avec qui il les partageait. Bokuto embrassa le visage d’Akaashi, au niveau de la jointure entre sa mâchoire et son oreille. Le nez dans sa chevelure ébène, il lui murmura :

"Dors bien, mon amour. Tu l’as amplement mérité."

Demain, la routine reprendrait. Akaashi passerait une nouvelle journée enfermé dans son bureau, accablé de projets et de limites d’envoi. Il replongerait bientôt dans un état de pression, au milieu d’une volonté de perfection et des limites de ses propres capacités. Demain, il travaillerait encore jusqu’à en tomber de fatigue, avec comme seule récompense la satisfaction d’avoir rendu un dossier dans les temps. Demain, il ne penserait pas à s’arrêter en chemin, le temps de reprendre son souffle pour mieux continuer.

Mais demain, il entamerait la journée l’esprit reposé. Demain, un plat préparé l’attendrait dans le réfrigérateur, pour lui fournir l’énergie que des plats industriels ne sauraient offrir. Demain, il commencerait sa journée avec son compagnon, et demain, avant qu’il ne parte s’entraîner, Bokuto le noierait sous les mots doux, les compliments, les encouragements et les baisers. Alors peut-être que demain lui paraîtrait un jour léger, et peut-être que demain, il penserait que faire une pause n’était pas proscrit, et portait plus d’avantages qu’il ne l’avait considéré.

Ce demain-là n’était sans doute encore qu’une simple rêverie. Mais Bokuto avait bon espoir qu’un jour ses efforts paieraient, et que son compagnon saurait prendre du repos sans y être incité. Alors, en attendant que ce demain ne devienne un aujourd’hui, il continuerait de prendre soin de lui.

Car c’était là tout ce qu’il méritait, pour aujourd’hui, demain, et tout ce qui suivrait.

Notes:

Merci d'avoir lu ce one shot !! :)