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Français
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Published:
2024-05-30
Words:
4,559
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1/1
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3
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102

A form of beauty, showered by sun rays

Summary:

La plage n'est-elle pas un endroit tout indiqué pour admirer la beauté sous toutes ses formes ?

Notes:

Bon... j'ai pas eu d'idée de titre, ni de sommaire. Mais c'est pas ça qui m'arrête de poster des fics !
Bref, bonne lecture :)

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

En dépit de l’heure matinale, le soleil était déjà haut dans un ciel bleu parsemé de nuages, et réchauffait avec ferveur le sable bordant le village d’une plage claire.

La mer glissait paresseusement sur l’étendue lisse, trempant la terre jusqu’aux os, et l’écume décorait le tout d’une jolie mousse qui s’effaçait aussi vite qu’elle était apparue. Quelques bateaux, au loin, demeuraient à leur poste de pêche ; ceux-là rentreraient bientôt dans les ports. Seuls quelques animaux profitaient de la tranquillité environnante, quand ils n’étaient pas chassés par les mouettes qui avaient élu domicile dans le même coin.

"Hé, allez-vous-en !"

Deux volatiles, planant à quelques mètres du sol, s’élevèrent dans le ciel en criaillant, loin de leur proie vers laquelle accourait une silhouette en faisant de grands gestes.

La silhouette s’arrêta et s’accroupit. Lorsqu’elle se redressa, elle tenait une petite créature entre ses mains.

"Regarde, Akaashi, elles ont failli le tuer."

La silhouette s’était approchée d’une seconde forme similaire, qui l’accompagnait. Celle-ci observa le petit crabe doré, qui faisait claquer ses pinces pour paraître intimidant.

"Tu sais, c’est normal, elles font ça pour vivre," remarqua Akaashi. "Remets-le dans l’eau, il y sera mieux."

Tandis que son camarade trottinait en direction de l’eau, Akaashi posa un sac par terre. Il prit dans ses mains le parasol qu’il tenait sous son bras.

Il le planta dans le sable, et tira de son sac deux serviettes de plage qu’il étendit de part et d’autre du pic. Il jeta sur celles-ci crème solaire, lunettes et un jeu de cartes qu’il avait pensé à emmener.

Pendant ce temps, Bokuto tentait de remettre le crabe à l’eau, sans succès : chaque fois, les vagues repoussaient le petit crustacé sur la terre, qui atterrissait parfois sur le dos et peinait alors à avancer.

Le jeune homme réfléchit à une tactique pour qu’il reste dans l’eau. Il récupéra la créature dans ses mains et observa les vagues allant et venant, la mine concentrée. Là ! Il savait comment s’y prendre.

Il fixa la marée des yeux, et recula de quelques pas, pour prendre son élan. Il attendit, debout face aux vagues qui s’éloignaient et s’approchaient inlassablement.

Lorsque l’eau fut à son niveau le plus haut, il courut vers celle-ci. Tandis qu’il avançait, l’eau s’écartait pour lui laisser un passage. Alors qu’une nouvelle vague se préparait à ramener l’eau plus haut sur le rivage, il déposa en vitesse le crabe par terre, et s’enfuit dans la direction opposée. Il sentit l’écume lui chatouiller les pieds, et redoubla de vitesse pour échapper à l’eau. La vague se retira à nouveau : victoire.

Bokuto revint au niveau de son ami qui l’attendait.

"C’est bon !" s’exclama-t-il.

"Super. Tiens, mets ça," dit Akaashi.

Bokuto fit la grimace en apercevant le tube de crème solaire dans sa main.

"Nann, tu sais que j’aime pas ça ! Ça fait coller le sable à la peau !" se plaignit-il en récupérant néanmoins le contenant.

"C’est toi qui vois," rétorqua Akaashi, qui attrapa le bas de son T-shirt entre ses mains. "Entre ça et des coups de soleil, je sais ce que je choisis."

Le jeune homme ôta son haut qu’il rangea dans son sac. Il fit de même avec son pantalon, laissant son short de bain pour unique couche de vêtements. Bokuto détourna le regard.

"T’es pas marrant…" marmonna-t-il en retirant son débardeur à son tour.

"Je veux juste t’éviter un cancer de la peau."

"Ok, d’accord, t’as gagné. Mais pas deux fois !"

Bokuto ouvrit à contrecœur le tube de crème solaire, et en fit couler dans sa paume. Il l’étala sur ses bras et son torse, sans oublier les épaules, et frotta jusqu’à ce que le produit ne laisse plus de traces blanches sur sa peau.

"Le visage aussi, surtout le nez," dit Akaashi.

Bokuto pesta tout bas, mais appliqua la crème comme indiqué. Le produit était collant et la sensation sur ses joues le fit grimacer.

Il tendit le produit à son ami, qui s’appliqua à recouvrir chaque parcelle de sa peau d’écran total, sous le regard attentif du plus grand. Bokuto pensa qu’il devait être insensible pour ne pas détester une sensation pareille.

Le jeune homme baissa vite les yeux lorsqu’il croisa le regard d’Akaashi. Il ressentit une vive chaleur aux niveau de ses joues lorsqu’il entendit le rire de son ami. Il releva la tête, mal à l’aise, mais Akaashi lui sourit.

"Tu m’as jamais vu en short ou quoi ? On dirait que t’as vu un fantôme," ricana le plus jeune.

"J’ai rien vu du tout, tu te moques de moi," répliqua Bokuto, un chouïa vexé. Ce n’était pas de sa faute s’il était si beau en toutes circonstances.

Akaashi haussa les épaules. Il acheva de mettre de la crème sur son visage et dans son cou. Il ne restait que son dos à protéger des uv.

"Tu as besoin d’ai-" commença Bokuto.

Akaashi contorsionna son bras de telle sorte qu’il atteignit sans mal la zone entre ses omoplates. Bokuto écarquilla les yeux, et regarda son ami se débrouiller seul, sans l’ombre d’une difficulté.

Akaashi se tourna vers Bokuto qui le dévisagea. Le plus jeune fronça les sourcils, perplexe.

"Ça va ? Tu t’en sors tout seul pour ton dos ou-"

"C’est bon !" le coupa Bokuto en s’emparant de la crème solaire.

Ce n’était pas bon. Il n’était absolument pas capable d’effectuer de tels gestes, si bien qu’il ne réussit qu’à étaler la crème au niveau de ses reins, et laissa des traces de produit en plein milieu de son dos qu’il ne pût retirer. Akaashi leva les yeux aux ciel, et esquissa un minuscule sourire.

"À l’eau !" s’écria Bokuto en se dirigeant vers la mer d’un pas déterminé. Akaashi le suivit, quelques pas derrière lui, admirant le massacre que son ami avait accomplit avec la crème solaire. Le jeune homme ajusta son chapeau en paille sur sa tête.

Ils mirent les pieds dans l’eau, testant sa température relativement chaude pour le début de la journée. Ils n’eurent pas trop de difficultés à s’immerger jusqu’aux épaules, avançant dans l’eau jusqu’à se tenir sur la pointe des pieds.

Bokuto plongea la tête dans l’eau, et la ressortit en projetant des gouttes sur son ami. Akaashi protégea sa tête de ses mains.

"Vas-y, ça rafraîchit !" s’exclama Bokuto.

"Non merci, j’ai lavé mes cheveux hier soir," marmonna Akaashi.

"Hannn, sérieux ? Tu peux le refaire ce soir, c’est pas long !"

Bokuto s’approcha de son ami, le sourire malicieux. Akaashi secoua la tête et répéta, "Non, je ne veux pas," puis recula tandis que le plus grand continuait d’avancer. Il fit encore un pas en arrière, contraint par son ami qui se faisait très insistant, et-

"AH !" s’écria Akaashi.

Bokuto n’eut pas le temps de réagir que son ami s’était déjà jeté en avant, s’aggripant à lui, et regardait une forme sombre sous l’eau.

"C’est quoi, c’est quoi, ça me dégoûte," dit Akaashi.

"On dirait que t’as vu un fantôme, tout va b-"

"Non."

Bokuto ricana, à peine déçu qu’il n’ait pas remarqué sa plaisanterie. Il se tut tandis que son ami s’accrochait à lui de plus belle, les mains sur ses épaules, ses jambes repliées pour ne pas toucher le sol. Bonté divine, quelle force de la nature mettait si rudement à l’épreuve son cœur de lycéen…

"Voyons voir ce qui effraie tant Akaashi," rigola Bokuto en glissant un bras autour de la taille de son ami. Il s’avança vers la tache au fond de l’eau, qui paraissait immobile.

"Non, surtout pas, c’est dégoûtant, aah !" s’exclama le plus jeune.

Il passa une main dans le dos de l’aîné et lutta pour rester loin de la cause de sa frayeur, se collant toujours plus contre son camarade. Bokuto se redressa, la main pleine d’une matière inconnue et tout bonnement affreuse.

"Éloigne ça de moi," ordonna Akaashi. Bokuto approcha sa main de sa figure. Le plus jeune attrapa son poignet et retira son bras de son champ de vision. "C’est affreux."

"C’est des algues," dit Bokuto.

"Oui."

"…"

"…"

"Je pensais pas que des plantes pouvaient te faire peur."

"Excuse-moi d’avoir un instinct de survie !"

"Des algues, ‘Kaashi !"

"C’est dégoûtant, ok ?"

Bokuto fut pris d’un rire franc. Akaashi eut une expression agacée, mais ses joues pivoines trahirent son embarras et rendirent la scène encore plus comique qu’elle ne l’était déjà. Voyant que son ami ne cessait pas de rire, il finit par s’éloigner de lui en pestant, rattrapé par Bokuto qui nagea alors qu’il marchait.

"L’autodérision, ‘Kaashi, c’est important !" gloussa-t-il.

"Ça, c’est des moqueries, c’est pas pareil," rétorqua le plus jeune.

"Désolé, c’était drôle sur le coup. Hé, tu sors pas de l’eau hein !" s’alarma Bokuto.

Akaashi ne se retourna pas pour lui faire face. Il répondit simplement, et avec moins d’amertume dans la voix :

"Je vais chercher le ballon."

Des étoiles scintillèrent dans les yeux de Bokuto.

"Oh ouais ! Tu me feras des passes, hein !"

 

✻

 

Midi arriva bien vite, à force de baignades et de passes dans le sable fin. La chaleur se faisait de plus en plus accablante, et drainait l’énergie de chaque être qui osait s’aventurer au dehors. Rien d’étonnant si, hormis les deux lycéens, la plage était vide de monde. Les habitants du village s’étaient tous reclus dans leurs maisons, au frais et à l’ombre.

Les deux amis qui, à force de se dépenser, commençaient à ressentir la faim, revinrent à leur emplacement au milieu de la plage et s’installèrent à l’abri du soleil sous le parasol.

Akaashi fouilla son sac et en sortit deux sandwichs emballés dans du film plastique. Il en tendit un à son ami, et récupéra une gourde isotherme ainsi que deux verres réutilisables. Il enfouit les contenants jusqu’à la moitié dans le sable, afin qu’ils ne se renversent pas au moindre mouvement, et les remplit d’eau qui avait été conservée au frais.

"Y a pas un chat, dis donc," commenta Bokuto.

"Non," répondit Akaashi. Il retira le plastique protégeant son déjeuner. "Il n’y a que des personnes âgées, ici, ça ne les intéresse pas d’aller à la plage à une période pareille. Il fait trop chaud."

"C’est dommage ! Mais bon, on a la plage rien que pour nous !" s’exclama-t-il. "Tes grands-parents non plus ne sortent pas ?"

"Ils sont du genre à venir tard le soir, ou à l’aube. Ils y vont souvent vers six heures, mais comme on dort à cette heure-ci, on ne les voit pas."

"Six heures ?! Ça veut dire qu’ils sont debout depuis au moins trois heures quand je me réveille, et toi, je compte même pas !"

"C’est ça d’être retraité, ils n’ont rien à faire d’autre," dit Akaashi. Il mordit dans son sandwich. "C’est pour ça qu’ils sont toujours ravis d’avoir de la visite."

En vérité, les deux lycéens étaient arrivés dans le village seulement trois jours auparavant. Les grands-parents d’Akaashi, qui vivaient loin de la capitale, avaient généreusement accueilli le jeune homme et son ami pour une dizaine de jours. Le vieux couple, très éloigné géographiquement du reste de la famille, proposaient sans cesse à celle-ci de venir les voir pendant les périodes de vacances scolaires. Akaashi appréciait énormément ses grands-parents, et il était celui qui venait le plus souvent les voir. La maison de ses grands-parents lui rappelait son enfance, elle avait quelque chose de reposant et d’à part, une petite bulle au bord de l’eau. Et s’il appréciait le calme de l’endroit et le temps passé avec ses grands-parents, aussi tranquilles et attentifs que lui, il avait finalement emmené son camarade avec lui, car s’il y avait quelque chose de mieux que de passer des vacances dans un lieu qu’il chérissait pour les souvenirs qu’il en gardait, c’était d’y créer de nouveaux souvenirs avec son meilleur ami à ses côtés.

Une main passa dans le champ de vision d’Akaashi qui sortit de sa transe. Bokuto rit.

"C’est quoi cet air mélancolique ? Tu es en train de penser à tes grands-parents et tes anciennes vacances ici, c’est ça ?"

Akaashi mâchouilla son sandwich sans essayer de confronter le regard de son ami. Il n’était pas question de lui dire qu’il avait tout juste. Il avait tout de même le droit d’être nostalgique, non ?

"Ahhhhh, si seulement c’était l’été toute l’année !" s’exclama Bokuto en se laissant tomber à la renverse sur sa serviette de plage. "On pourrait venir se baigner tous les jours, et on aurait jamais froid."

"Le mieux, c’est le printemps et l’automne. Il fait ni chaud, ni froid."

"Ah non, l’automne il pleut ! Par contre le printemps oui ! Avec toutes les fleurs et les arbres qui redeviennent vert, c’est trop joli !"

Bokuto se redressa en s’appuyant sur ses coudes. Akaashi ignora du mieux qu’il pouvait la petite voix sans sa tête qui l’implorait de contempler le torse de son ami afin d’en garder une image à jamais dans son esprit. Il déglutit.

"Bon, en attendant, il s’agirait de profiter de la saison actuelle."

"Oui ! Tu veux retourner dans l’eau ?" demanda Bokuto.

"Pas tout de suite, on vient de manger," déclina Akaashi.

"Alors… On peut faire des châteaux de sable !"

"C’est pas un peu compliqué ? On a rien pour faire ça."

"J’ai une idée, regarde !" s’exclama Bokuto.

Il se saisit de l’un des verres posés dans le sable et le vida d’un trait. Il se leva et marcha vers la mer. Akaashi se redressa et le suivit.

Bokuto s’agenouilla et creusa dans le sable avec le verre, là où les vagues inondaient sans répit le sol sur leur passage. Il remplit le contenant à ras bord.

"Admire le génie," se vanta Bokuto.

Il revint sur ses pas, là où le sable était encore sec, et retourna le verre qu’il plaqua au sol. Il retira le contenant.

Ce qui aurait dû ressembler à une tour s’écroula une seconde à peine après avoir été créé, pour former à la place une sorte de pâté dégoulinant. Bokuto fronça les sourcils et eut une mine déçue.

"Superbe, en effet," ironisa Akaashi.

"Te moques pas, l’idée était bonne !"

"Je crois que ce serait mieux d’abandonner l’idée du château de sable. Tu ne voudrais pas dessiner, à la place ?"

Bokuto ouvrit grand les yeux.

"Dans le sable ?"

"Non, dans l’eau…"

"Très drôle," marmonna Bokuto. "Pourquoi pas ! Le temps de digérer, et ensuite on retourne se baigner ! Qu’est-ce qu’il fait chaud…"

Les deux lycéens se mirent en quête d’une étendue suffisamment lisse pour pouvoir servir de toile à leur œuvre. La chose faite, ils s’accroupirent pour avoir accès au sable.

"Tu sais quoi dessiner ?" demanda Akaashi.

"Une tortue !" s’exclama Bokuto.

Il traça dans le sable la carapace de l’animal. Akaashi sourit.

La tortue eut tôt fait de prendre forme. Avec ses nageoires de tailles différentes et les motifs asymétriques sur sa carapace, elle n’avait pas fière allure, pourtant les deux lycéens, eux, en étaient ravis. S’il fallait y trouver une raison particulière, il n’y avait qu’à se demander qui se trouvait à côté de chacun d’eux dans la réalisation de leur oeuvre.

"Oh non, les vagues !" s’écria Bokuto sans prévenir.

Akaashi se tourna vers la mer, et regarda à ses pieds, car l’eau était bien montée jusqu’à leur niveau.

"C’est vrai que la marée monte… On aurait peut-être dû dessiner ailleurs," dit-il.

"Nannn, notre œuvre d’art !" se lamenta Bokuto.

Il tenta de construire un barrage autour du dessin, déterminé à protéger leur travail commun. Une tentative vaine, puisque les vagues franchirent et détruisirent le muret sans effort.

"À moins que la marée ne s’arrête miraculeusement de monter, je pense qu’il va falloir dire au revoir à la tortue," déclara Akaashi.

Bokuto regarda leur dessin, le regard triste.

"On en refera une demain, et on la prendra en photo, si tu veux."

Bokuto releva la tête.

"On prendra ton appareil photo ?"

"Il faudra juste y faire attention, avec le sable. Sinon, ma grand-mère a un Polaroïd."

Bokuto hocha la tête. Il nettoya ses mains pleines de sable trempé dans l’eau et se redressa.

Alors, debout de chaque côté du dessin, ils observèrent la marée ramener la tortue dans ses eaux.

"Pauvre tortue, quand même…"

Akaashi leva les yeux au ciel. Son ami s’attachait à un rien, tout de même.

"Dis-toi que la mer a accepté notre tortue comme un cadeau."

"Hé, mais c’est super poétique, ce que tu dis," commenta Bokuto. "Tu arrives à déceler la beauté dans n’importe quoi."

"Ah."

"Tu pourrais réagir autrement, quand on te complimente !"

C’était un compliment ? Akaashi tint ses mains et joua avec.

"Euh, merci," bafouilla-t-il.

"Voilà !" s’exclama Bokuto, satisfait. "Akaashi, tu viens ? On retourne au parasol !"

Le plus grand s’éloigna en courant, insensible à la chaleur écrasante qui aurait volé toute énergie à une personne ordinaire. Akaashi le regarda se démener dans le sable qui ralentissait sa course.

Il passa une main sur son visage brûlant d’embarras, les yeux fermés.

Tu arrives à déceler la beauté dans n’importe quoi. Un compliment, hein…

 

✻

 

Bokuto soupira. Il s’ennuyait ferme.

L’après-midi était déjà bien avancé. Le jeune homme était retourné se baigner plusieurs fois, sans son camarade, ceci dit. Akaashi avait préféré rester près du parasol et demeurait allongé, la tête couverte de son chapeau, le reste de son corps exposé aux rayons du soleil — une décision qui avait nécessité des précautions, bien sûr ; il avait remis de la crème solaire, contrairement à son ami.

Bokuto, abandonné par son ami, avait trouvé de quoi s’occuper pendant un moment. Il avait eu le temps de fouiller la plage entière à la recherche de coquillages pour ses frères et sœurs, et aussi ses cousins, qui lui en avaient réclamés.

À présent, il jouait distraitement avec un bâton planté dans le sable, assis sur un coin de sa serviette, recouverte majoritairement de coquillages en tout genre.

Bokuto jeta un coup d’œil dans la direction d’Akaashi, qui ne semblait pas bouger d’un pouce. À ce stade, il devait être endormi.

Le jeune homme se pencha vers son ami sans faire de bruit. Il souleva doucement le bord du chapeau d’Akaashi, et aperçut des paupières fermées et une expression sereine en dessous. Affirmatif, il dormait.

Bokuto lâcha le chapeau et posa sa tête dans sa main, réfléchissant à ce qu’il pouvait bien faire en même temps qu’il observait son ami qui somnolait paisiblement. Depuis trois jours qu’il était là, sa peau avait légèrement bruni. Il avait de la chance d’avoir un si joli bronzage… Bokuto observa les traces rouges au niveau de ses jambes. Beaucoup moins esthétique.

Ce n’était peut-être pas si mal, la crème solaire.

Bokuto s’étira, sans quitter Akaashi du regard. C’était impressionnant, il n’esquissait pas un seul geste. Il aurait presque cru qu’il avait arrêté de respirer, s’il n’avait pas fixé son ventre pour s’assurer du contraire.

Bon. Est-ce qu’il comptait dormir encore longtemps ? Bokuto commençait à être à court d’idées pour s’occuper en attendant son réveil.

Justement, une idée lui vint à l’esprit, qui pourrait mettre un terme à cette attente. Le jeune homme sourit.

Bokuto se leva et marcha jusqu’à la mer. L’eau clapota à ses pieds, sans échouer à le rafraîchir instantanément.

Il se pencha en avant et recueillit un peu de cette eau dans ses mains. Il fit demi-tour.

Il s’approcha lentement du seul parasol décorant la plage — à ce propos, un chien et son maître étaient passés et avaient traversé la plage, un peu plus tôt ; comme quoi, des gens sortaient malgré la chaleur assommante.

Akaashi demeurait immobile sur sa serviette de plage. A nouveau, un sourire malicieux orna le visage de son ami.

Bokuto s’arrêta devant Akaashi, et s’agenouilla à côté de lui. Il avança ses mains au-dessus du ventre d’Akaashi.

Il renversa toute l’eau qu’elles contenaient sur le plus jeune, qui sursauta en criant de surprise.

Akaashi retira en hâte son chapeau pour voir Bokuto qui le fixait, l’air espiègle.

"Ça y est, t’es réveillé ?" demanda Bokuto.

Akaashi prit une profonde inspiration, et passa une main sur son ventre qu’on avait lâchement attaqué.

"Tu m’as fait peur…" marmonna-t-il.

Il se redressa en frottant ses yeux pleins de sommeil. Il fut pris d’un bâillement alors qu’il disait :

"J’ai dormi longtemps ?"

"J’ai ramassé cent cinquante-sept coquillages," répondit Bokuto.

"Je vois…" dit Akaashi.

"Akaashi, tu m’as abandonné ! Je m’ennuyais à mourir, sans toi !" geignit Bokuto.

Akaashi cligna plusieurs fois des yeux.

"Désolé, je ne pensais pas m’endormir," s’excusa-t-il.

Bokuto fit la grimace.

"C’était long, je savais pas si je devais te réveiller ou pas. Rahh, j’en ai eu marre, voilà. Désolé, c’était un peu violent comme méthode."

"C’est bien si tu t’en rends compte…"

Bokuto se releva et posa ses mains sur ses hanches. Ils se dévisagèrent en silence. Akaashi détailla son visage que la chaleur de l’été avait coloré. Bokuto se perdait dans le regard bleu et endormi de son ami.

Akaashi tendit une main que Bokuto prit dans la sienne et il le tira hors de l’ombre du parasol.

"On rejoue ?" proposa le plus jeune en indiquant le ballon de volley d’un mouvement de la tête.

Bokuto sourit.

"Une offre pareille ne se refuse pas."

 

✻

 

La journée touchait à sa fin, lentement mais sûrement. Un vent frais s’était levé et abaissait les températures brûlantes de l’après-midi. La marée était redescendue bien bas, laissant apparaître la zone où une tortue avait pris vie, gravée dans le sable.

"Wouah…" murmura Bokuto.

Le soleil déclinait et peignait le paysage de mille couleurs, prenant l’océan pour toile. Devant lui se dressait un véritable tableau d’eau et de sable, d’air et de terre. La mer scintillait et semblait embrasser le soleil qui commençait à s’en rapprocher.

Bokuto se tourna vers son camarade, debout à côté de lui. Akaashi avait posé le même regard fasciné sur la mer, et la lumière pâlissante se reflétait dans ses yeux, mêlant à leur bleu profond une myriade d’autres teintes flamboyantes.

"Akaashi," dit Bokuto.

Le jeune homme s’arracha à sa contemplation.

"Oui ?" fit-il, posant ses yeux sur son ami.

"On retourne nager ?"

Bokuto sourit lorsqu’il acquiesça. Il saisit le poignet d’Akaashi et l’attira dans l’eau.

Ils s’insérèrent dans le tableau jusqu’à la taille, entourés d’une eau aux multiples couleurs. Akaashi observa Bokuto plonger à nouveau.

Le plus grand revint au niveau de son camarade et s’exclama :

"Je sais que c’est idiot à dire, mais c’est un moment que je n’oublierai pas."

Un sourire se dessina sur les lèvres d’Akaashi.

"Moi non plus, je ne l’oublierai pas," dit-il en contemplant la scène. Il n’oublierait pas de sitôt l’image de Bokuto au milieu d’un décor si éblouissant. La beauté dans la beauté même.

Akaashi s’immergea jusqu’aux épaules, pensif. Bokuto se planta devant lui.

"À quoi tu penses ?" demanda-t-il.

Akaashi le regarda.

"À la beauté," répondit-il honnêtement en admirant le soleil se confondre avec la mer.

Bokuto se laissa flotter sur le dos. Les premières étoiles naissaient dans le ciel qui s’assombrissait.

"Cette journée est presque parfaite," déclara-t-il.

"Presque ?"

"Je sais que rien n’est parfait. Mais je pense qu’elle pourrait se rapprocher de la perfection, à une condition."

"Laquelle ?" demanda Akaashi, intrigué.

Bokuto se plaça au même niveau que son ami et plongea son regard dans le sien. Akaashi sentit son souffle se faire court, fixé par des iris qu’il aurait confondus avec l’astre qui dansait pour eux, dans le ciel juste derrière. Au milieu de ce tableau qui, à ses yeux, frisa la perfection, le sourire de Bokuto était une vision qui n’était que pour lui, qu’il n’offrait qu’à lui. Bokuto maintint cette expression si tendre sur son visage.

Et il lui envoya de l’eau en pleine figure.

"Que tu te mouilles les cheveux."

Akaashi essuya les gouttes sur ses cils. Il était trop tard pour essayer d’empêcher l’inévitable : ses cheveux étaient trempés.

Alors Akaashi décida qu’il était l’heure de se venger.

Il projeta à son tour de l’eau dans la direction de Bokuto, qui l’évita aisément. Ils échangèrent des attaques en riant, courant dans l’eau pour esquiver les tentatives ennemies. Au bout d’un moment, Akaashi réussit à créer une petite vague qui éclaboussa son ami et le priva de sa vue un instant. Le plus jeune s’arrêta pour souligner sa victoire.

Bokuto, qui enlevait tant bien que mal l’eau salée de ses yeux, se jeta soudainement sur Akaashi et l’attrapa par la taille avant de le plonger sous l’eau. Akaashi ne perdit pas de temps et se dégagea de cette prise. Il ressortit la tête de l’eau pour être attaqué encore par une vague. Bokuto ricanait. Akaashi fut pris d’une quinte de toux et recracha l’eau qu’il avait finit par boire.

"Bah alors, tu abandonnes déjà ?" le provoqua Bokuto.

Akaashi lui jeta un regard noir et s’élança dans sa direction. Mais Bokuto était plus rapide, et le plus jeune termina à nouveau la tête sous l’eau.

Alors il changea de tactique. En fermant les yeux pour les protéger du sel marin, il tâtonna sous l’eau et glissa ses bras autour des jambes de Bokuto, avant de tirer de toutes ses forces. Le plus grand perdit l’équilibre et coula au fond de l’eau avec son ami.

Ils regagnèrent la surface en inspirant profondément, récupérant de leur apnée respective. Bokuto éclata de rire.

"Alors toi, tu vas voir," le menaça-t-il.

Il s’avança dangereusement vers Akaashi, décidé à se venger. Le plus jeune se rua dans la direction opposée pour lui échapper. Malheureusement pour lui, ou en tout cas pour sa fierté, il sentit qu’on l’arrêtait dans sa course tandis que des bras familiers encerclaient une nouvelle fois sa taille.

Bokuto tira vers lui un Akaashi qui se débattit de toutes ses forces.

"Lâche-moi !" riait-il en luttant pour se libérer.

"Jamais !" répondait le plus grand en resserrant sa prise.

Tous les efforts d’Akaashi n’eurent pour seul effet que de tourner le plus jeune jusau’à ce qu’il fasse face à son ami. Akaashi continua de résister, prenant appui sur le torse de Bokuto pour tenter de s’en éloigner, sans résultat. Il finit par s’épuiser et s’immobilisa à sa place, définitivement piégé.

"T’as fini ?" rigola une voix.

"Si seulement tu n’avais pas autant de force," haleta Akaashi.

Bokuto sourit, fier.

Akaashi, puisqu’il ne semblait pas décidé à le lâcher, se résolut à rester contre Bokuto, qui maintenait son corps contre le sien, ses mains posées au niveau de ses reins, et il en profita pour s’adonner à la contemplation de son camarade. Les cheveux plaqués sur son front, les épaules rouges de soleil, trempé jusqu’aux os et le sourire étincelant, il formait à lui seul une image dans laquelle Akaashi décelait une beauté infinie. Le jeune homme plaça une main sur l’épaule de son ami.

"Je t’avais prévenu de mettre de la crème," sourit-il en appuyant sur son épaule, laissant pendant un instant la marque de sa paume sur sa peau mordue par les uv. Bokuto secoua la tête.

"C’est rien du tout !" s’obstina-t-il.

"Juste des cellules détruites par le soleil pendant tout l’après-midi," dit Akaashi.

"Je t’avais prévenu que je n’en mettrais qu’une fois ! Je supporte pas la sensation," marmonna le plus grand.

Akaashi sentit qu’on le reposait délicatement au sol ; aussi, il s’écarta de Bokuto.

"On rentre ?" l’invita ce dernier. "Le soleil a presque disparu, regarde. Tes grands-parents vont s’inquiéter !"

Akaashi regarda par-dessus l’épaule de Bokuto. Il disait vrai, la luminosité avait dangereusement baissé.

Le jeune homme échangea un regard et un sourire avec son ami.

"Allons-y," dit-il.

Lorsqu’ils quittèrent la plage, après une journée entière de repos et d’amusement, le soleil se retira à son tour pour aller éclairer, à l’autre bout de la Terre, le jour d’autres gens. Des individus qui admireraient à leur tout, autour d’eux, la beauté que ses rayons savaient révéler.

Notes:

Merci d'avoir lu ce one shot <3