Chapter Text
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Quelque part à Snezhnaya, 7h 08
Peut-être que s'il avait réfléchi différemment, que s'il avait changé de regard sur le monde, que s'il n'avait pas désiré plus que ce qu'il avait réussi à construire, que s'il n'avait simplement pas attiré le regard des dieux sur sa douce stature de poupée de porcelaine parfaite, il n'en serait peut-être pas là. Mais pourquoi pensait-il à ça ? Il était le sixième. La sixième personne à qui il ne fallait pas se frotter dans ce pays en dehors d'elle, la toute-puissante. Il était le sixième être le plus puissant de ce monde remplit de froid. Alors pourquoi ? Est-ce que le temps l'avait rendu plus faible ? L'érosion, c'était sûrement de ça dont lui avait parlé Dottore, il ne voyait pas d'autres rapports à sa faiblesse mélancolique du jour. Son regard bien plus abrasif qu'à son habitude, alors qu'il jetait des regards meurtriers à ceux qui osaient le regarder avec un regard... D'inquiétude ? Ça lui donnait envie de vomir. Il avait envie de leur arracher les yeux pour que plus jamais leur regard se pose sur lui. Pourquoi ses regards semblaient le prendre en pitié ? Pour qui se prenaient-ils ? Forçant le pas, ses zōris claquant sur le sol, de sa petite hauteur chacun s'écartait de peur, sur son passage. C'était si satisfaisant de savoir que les humains comprenaient le fossé qui les séparait, eux et lui, qu'ils comprennent la supériorité de celui qui avait été créer pour être le substitue d'un Archon, d'un dieu.
{ Éblouissant. Même le soleil a décidé de m'énerver aujourd'hui ? Disparais. }
D'un geste machinal, celui-ci replaça son jingasa correctement sur le haut de sa tête, se couvrant du froid, une chaleur remontant au creux de son cœur. D'un claquement de la langue, il détestait ressentir cette nostalgie. C'était malsain. Il se détestait de se laisser si soudainement influencer et dicter une conduite par des sentiments mortels, humains. Il leurs était supérieur, il le savait, alors pourquoi ceux-ci soulevaient son cœur d'une telle mélancolie qu'il en sentait presque son cœur exploser. Et chaque année, le même jour, du même mois, il sentait son corps faire ce qu'il souhaitait, souffrir sans même qu'il en sache les maux ou la raison. Et chaque année, il sortait d'ici, partant vagabonder dans les montagnes glaciales, car tel était son nom. Et chaque année à l'aube du jour suivant Dottore, était là, à l'attendre, une batterie d'examen à la clef. Et chaque année, il s'avait que l'année suivante serait la même chose, une boucle sans fin avait commencé sans même qu'il n'ait le souvenir de ne l'avoir jamais vu apparaître. Il n'y faisait qu'y penser, et pourtant rien qu'avec cela, son visage se tendit d'une haine pure. Une grimace faisant pâlir le peu de Fatuis sur le bord de son chemin, alors qu'avec colère, il poussa la porte en bois massif s'enfonçant rapidement dans le froid hivernal.
─ « Je me demandais Pierro ? »
Sa voix s'était faite interrogative, tandis que de son regard aux couleurs de l'océan passait sur la silhouette menaçante de son collègue. Chaque année, la même histoire se répétait, mais pour la première fois depuis qu'il était dans l'organisation, le roux pouvait apercevoir le tristement célèbre "Scaramouche day". Toujours à l'étranger pour bon nombre d'affaires "politiques", c'était la toute première fois qu'il avait pu apercevoir ce regard meurtrier qu'il posait sur toute personne en travers de son chemin. Ô, qu'il était intéressé. Tartaglia, grand adepte de combat en tout genre, connaissait parfaitement le savoir que gardait au plus profond de lui le premier des exécuteurs, Pierro. Il avait parfaitement conscience que l'homme, presque à leur tête, pouvait lui répondre et satisfaire ses désirs de chantage auprès de l'Inazumien pour un combat contre lui. Il aurait ce moyen de pouvoir le contraindre à le combattre quand il le souhaiterait.
─ « Scaramouche est assez différent de son habitude, sais-tu pourquoi ? »
Une question en somme rhétorique, bien sûr que Pierro avait la réponse, ça allait de soit. Il savait tout sur tout le monde. Même s'il jouait franc jeu avec lui, chose rare dans son organisation, Tartaglia n'était moins sûr qu'il allait lui répondre. Pourtant, le roux savait que le meilleur moyen d'avoir des informations auprès de Pierro était d'être complètement directe. La réponse fut longue à venir, a tel point que l'exécuteur se demanda si celui-ci l'avait réellement écouté. Il avait parfaitement entendu. Pierro ne fut même pas surpris quand le roux posa sa question. Si prévisible. Ses yeux avaient navigué sur le profil de Tartaglia, rangeant discrètement ses papiers dans sa pochette. Soucieux du détail, l'exécuteur ne savait pas réellement comment lui répondre. Lui dire la vérité ? Ô que non, à quoi bon ? Il pouvait voir glissé sur le visage du roux ce sourire typique, celui qui lui rappelait ni plus ni moins qu'un petit garçon de huit ans, presser d'essayer son prochain jouet reçu à Noël. Lui qui n'avait qu'un seul rêve : pouvoir défier le monde entier. Son regard se fit inébranlable, alors qu'il prenait tout son temps pour lui accorder une quelconque réaction. D'une stature irréprochable et parfaitement droite remplis d'élégance, il laissa un rare sourire mutin rejoindre ses lèvres.
─ « Tu sembles bien observateur auprès de tes semblables, Childe. Serait-ce là une point d'inquiétude que décèle dans ton regard à l'égare de ton collègue ? »
Ouvertement, il se moquait. À quoi bon donner une récompense à celui qui pourrait causer la perte de Snezhnaya avec ces délires de combat ? Il ne pouvait pas faire autrement, alors que ses propres yeux glissaient sur la silhouette orageuse du sixième. Si en surface tous voyaient qu'une colère foudroyante, Pierro, bien plus observateur que tout ceux réuni dans cette pièce, y voyait de l'incompréhension, de la nostalgie, de l'impuissance face à la force des pensées qui l'asseyaient. Il était comme un sage qui n'y voyait là qu'un enfant se débattant contre une tempête qu'il ne comprenait pas. Quelque part, n'était-ce pas ce qu'était l'Inazumien ? En tant que parent, il avait le pouvoir de faire lumière de ses maux. Ne les avait-il pas créés presque lui-même ? Un sourire arrogant, mutin, s'agrandit sur son visage lisse d'émotion au quotidien. Ce jour-ci n'était qu'une entorse annuelle, tout droit venant de sa vanité à connaître la vérité.
─ « Humf, sarcastique. Surprenant venant de toi Pierro. »
Le visage du roux exprima un air de surprise, faignant l'innocence de ne pas voir cet air sombre coller aux traits du premier. Il s'était attendu à ce qu'on lui répond à côté, mais de là à ce qu'il ne daigne même pas ne serait-ce que lui donner une négation, ça sonnait intéressant. Quel pouvait bien être le passé de son petit collègue ? Ses tripes s'en nouaient d'avance, il avait si hâte d'avoir entre ses mains une chose qui pourrait utiliser à sa juste valeur. Le frisson du combat lui collait déjà à la peau, électrisé jusqu'à la moindre fibre de ses cheveux, il ne put que se contenir en ramassant sur le meuble de bois son masque digne d'un exécuteur des fatuïs.
{ J'ai hâte qu'on se confronte mon cher Scaramouche. }
Le premier exécuteur haussa simplement des épaules. Son opinion ne l'intéressait pas, l'opinion des autres ne l'a jamais intéressé. Pourquoi même ferait-il attention à celle des humains, alors que les dieux ne lui en avaient prêté aucune ? Son regard se fit plus tranchant, son attitude plus froide et renfermée, le quotidien de cet homme revenant au galop, alors qu'il plaça son importante pochette sous son bras.
─ « J'ai à faire, nous reprendrons tous ceux-ci plus tard, Childe. »
D'une simple rhétorique, sans attendre une quelconque réponse, le majestueux homme reprit le fil de sa journée, laissant de côté les humeurs du sixième et les questions du onzième pour rejoindre les couloirs. Son emploi du temps chargé ne l'attendrait pas et la Tsarine encore moins que cela, et il ne se permettrait jamais de la faire attendre. De son côté, le roux était bien décidé à mettre son nez dans les petits papiers du sixième. Si celui-ci n'avait pas su quoi faire au début de sa journée, la réponse lui semblait à l'heure actuelle toute trouvés. Enjoué, son masque coincé dans ses cheveux roux, Tartaglia quitta à son tour le hall, à la recherche d'informations qui compléteraient les cases vides de son puzzle.
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A Suivre... ♪
