Work Text:
Putain, Deku est con. Katsuki n'en peut plus.
Il se pince l'arrête du nez et ferme les yeux, essaie de se concentrer sur la colère presque primale et d’oublier tout le bordel d'autres émotions auxquelles il refuse de faire face.
Sa poitrine se serre un peu et il se retient de se courber sur lui-même.
Il ne peut pas rester immobile à attendre que ça passe. Il se redresse, plante ses pieds nus fermement contre le sol. Il reste assis sur le bord de son lit un moment, le temps de se recentrer, de se réveiller.
Il est hanté. Je veux te le donner, Katchan. Je ne saurais pas à qui d'autre. Tu as toujours été ma seule option.
Et il n'a pas envie d'avoir affaire à un vrai fantôme.
Il s'étire l'épaule droite, puis le bras, puis le tient contre son ventre. Il se réveille souvent comme ça : la douleur qui irradie de son bras jusqu’aux bouts des doigts et des orteils, et il n'y a pas grand-chose de plus à faire pour la soulager que d'avaler un anti-douleur.
Quand elle était encore fraîche, il lui arrivait quelquefois de vomir son estomac vide à cause de la douleur. Une fois ou l’autre, de rester à se tordre dans ses couvertures, essayant sans espoir de trouver une position qui enlèverait la tension dans tout son corps. Mais il a depuis longtemps abandonné le confort. Il ne peut pas se le permettre, s’il veut continuer à utiliser son Alter, et il refuse toute alternative.
Alors il se lève et se rend dans sa petite cuisine. Elle est bien équipée, il en est fier. Il se chauffe une tasse d'eau, n'y ajoute ni thé ni café, fouille dans un tiroir et en déniche une tablette d'anti-douleurs. Il en avale une pilule à sec.
Il s'assied lourdement sur la seule chaise qu'il possède et dépose sa tasse sur la table devant lui. Regarde le liquide qu'elle contient et la vapeur qui s'en échappe sans vraiment rien ressentir sauf la tension dans son bras.
Il se laisse encore quelques minutes pour respirer avant de vérifier l'heure sur son téléphone, qu'il avait laissé à côté de son assiette à moitié entamée de la veille.
Il s'attend à y trouver une cinquantaine de nouveaux messages à l'écran, est déçu quand il voit qu'il a raison. Il est 6:47.
Il laisse son regard glisser par-dessus toutes les notifications de messages qui viennent de ses amis, ne s'arrête que brièvement sur ceux de l'agence, pour être certain de ne manquer aucune urgence.
Il y a aussi quelques messages de son père. Il hésite un instant.
Il repose son téléphone sur la table et boit son eau presque trop chaude d'une traite. Puis il se lève pour s'atteler à sa routine matinale.
Quand l'anti-douleur commence à engourdir ses muscles, il fait quelques exercices.
Puis il reprend son téléphone et ouvre le message d'Uraraka avec un poids dans le ventre.
Recette Katsudon?
Il relâche un long souffle. Et lui envoie la liste des ingrédients et des étapes sans rien y ajouter.
Il ouvre ensuite les messages de Kirishima.
Il ne dit rien de conséquent, il écrit probablement seulement pour avoir une réponse, pour être sûr que son meilleur ami va bien.
Katsuki s'apprête à lui répondre, mais il est lasse, il ne veut pas commencer de conversation.
Il enfile sa veste et son écharpe, et empoche ses clefs. Il regarde l'heure une fois encore avant de fourrer son GSM dans le fond de sa poche pour l'oublier. Il est 7:32.
Katsuki franchit le pas de l’agence à 7:39. Il est toujours le premier arrivé. Il allume toutes les lumières et s'assied dans sa chaise, croise ses jambes sur son bureau et ses bras contre sa poitrine et attend que le premier stagiaire ne franchisse la porte en retard pour lui lancer un regard noir et une remarque cinglante à propos de la ponctualité. Il est profondément déçu quand le premier stagiaire arrive une minute avant huit heure et lui lance quand même un regard noir pour sa peine.
Le stagiaire le salue bas et Katsuki claque sa langue contre son palais comme seul salut. Les autres arrivent tous un par un et aucun d'eux n'échappe à la désapprobation de Katsuki.
Ils l'ignorent tous avec plus ou moins de professionnalisme.
Katsuki tourne la clef dans la porte puis l'ouvre à la volée.
"Uraraka t'as pas empoisonnée?" s'écrie-t-il au large dans l'appartement.
Un rire surpris lui répond et il se tourne vers la source du bruit.
“Putain, ouais, t’es mort.”
Katsuki ne sait pas quoi dire d’autre. Izuku a l’air bien en chemin sur les traces de son mentor.
“Pas encore, Katchan!” Et Izuku a l’air heureux en le disant. Comme si ces derniers jours sur Terre lui offraient tout ce qu’il pourrait souhaiter.
Katsuki serre les dents. Il se prépare à la conversation qui va suivre, espère comme à chaque fois que Izuku ne va pas aborder le sujet. Mais c’est mal parti.
“Ouais, y' a pas intérêt… Je sais que ce que Uraraka t’a servi était au mieux médiocre. Tiens !” dit Katsuki en lui balançant une boîte en bambou.
Les yeux d’Izuku s'illuminent.
“Pas vrai, Katchan ! Elle a suivi ta recette, c’était délicieux !”
Mais il ouvre déjà la boîte et en sent le contenu avec un regard béat dans le vide. Puis un sourire pour Katsuki.
“Mais j’ai encore faim…”
“Faut bien, pour regagner tes forces.”
Katsuki ne lui laisse pas le temps de répondre, il quitte la pièce. Mais le dernier regard qu’il voit Izuku lui lancer lui serre les tripes.
De la pitié, il déteste ça. Comme si c’est Katsuki qui éveille la pitié. C’est pas lui qui est en train de crever.
Katsuki se lave les mains à l’eau glaciale avant de commencer à rassembler seau, balais et autres objets de ménage.
Il commence à nettoyer en ignorant le silence qu’il a laissé derrière lui dans le salon.
Quand il a fini de nettoyer la cuisine, il passe au salon. Izuku est toujours au même endroit. La boîte bento est posée sur la table basse devant lui. Il n’y a pas touché.
Katsuki l’ignore et continue son nettoyage.
Izuku le regarde faire, mais ne dit rien.
