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Le soleil allait bientôt se lever sur Peyredragon, c’est ce moment que choisi Alyssa Targaryen pour se faufiler silencieusement, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. La jeune fille de 16 ans savait que c’était sa dernière chance de revendiquer un dragon. Son père, dans un regain d’énergie avait emmené sa femme et leurs enfants à Peyredragon, pour renouer le contact avec sa fille aînée, Rhaenyra et sa famille. Ils ne s’étaient pas revus depuis « l’incident », aussi nommé la perte de l’œil d’Aemond pour la revendication de Vhagar, il y a sept ans. Comme tout le monde s’y attendait, sauf Viserys, les tensions étaient réapparues immédiatement.
Ils n’étaient là que depuis trois jours, mais Aemond passait sa journée à battre tout homme assez bête pour rentrer dans la cours d’entraînement, Aegon était dans ses coupes et Helaena ne parlait que d’insectes et de dragons sans ailes. Rhaenyra ne lui adressait que peu la parole, Daemon pas davantage, Jacaerys, Lucerys, Baela et Rhaena s’occupaient de leurs affaires et l’ignoraient et les trois autres enfants étaient trop petits. Tant qu’à ses parents, Alicent n’avait jamais eu le temps et Viserys passait son temps à dormir, sauf pour les repas. Le roi imposait que le déjeuner et le dîner soient pris en famille, ce qui était inévitablement gênant. Il était évident que leur départ n’était qu’une question d’heures et non plus de jours. Il ne fallait plus qu’elle tergiverse, elle devait prendre son destin en main. Alyssa savait qu’elle ne pourrait jamais être une vraie Targaryen sans posséder un dragon.
Mais les dragons n’étaient pas donnés à tous, et Alyssa n’avait jamais eu la chance de voir son œuf éclore. Alors que ses frères et sœurs avaient tous trouvé leur compagnon ailé depuis un âge précoce, Alyssa se sentait incomplète, comme si une partie d’elle-même était manquante.
Pendant des années, elle avait réfléchi avec qui se lier, mais inévitablement un nom revenait dans son esprit : Vermithor. Le dragon le plus ancien et le plus gros après Vhagar. Elle avait toujours été attirée par sa force et sa prestance, et elle savait au plus profond d’elle-même que c'était son destin de le revendiquer. Peu importe à quel point toute sa famille la mettait en garde contre la créature.
Depuis sa plus tendre enfance, Alyssa avait entendu les histoires des gardiens de dragons, de ceux qui avaient voulu revendiquer un dragon, mais qui n’étaient pas dignes d’eux. Elle savait que sa famille ne serait pas d’accord avec sa décision, qu’ils ne comprendraient peut-être pas sa quête désespérée de devenir une vraie dragonnière. Ses frères, Aegon et Daeron et sa demi-sœur, Rhaenyra avaient eu leurs dragons dans leurs berceaux, comme ses neveux, Jacaerys, Lucerys et Joffrey. Aemond avait revendiqué Vhagar à 10 ans et Helaena s’était liée à Songefeu à 12 ans.
Pourtant, Alyssa était prête à tout pour atteindre son objectif. Alors qu’elle se rapprochait du Montdragon où Vermithor dormait, son cœur battait de plus en plus fort. Elle savait que c’était maintenant ou jamais, que sa destinée était entre ses mains.
Dans un élan de courage inattendu, Alyssa pénétra dans les couloirs en verredragon, lentement et prudemment elle se déplaça sur les pierres humides. Le Montdragon était un labyrinthe, mais la princesse n’avait pas peur, elle « savait » où elle devait se rendre. Son instinct lui donnait un cap. Au détour d’un couloir, une grande caverne obscure sentant le souffre s’ouvrit devant la jeune femme. Alyssa pressa le pas et s’arrêta au milieu de la pièce. Un bruit sur sa droite, la fit se tourner. Là, se tenait Vermithor qui se releva, déploya ses ailes et rugit.
Alyssa l’observa, laissant tomber sa torche. Sans réfléchir, elle s’avança vers lui.
« Lykirī ! Vermithor ! »
Son cœur battait la chamade dans sa poitrine alors qu’elle pouvait sentir le regard perçant du dragon peser sur elle. Ses pas résonnaient dans le silence de la montagne, ses mains moites serrant fermement le poignard sur sa ceinture.
Enfin, elle arriva face à Vermithor. Le dragon était imposant, ses écailles de bronze reflétaient la lueur du soleil montant. Ses yeux dorés semblaient lire l’âme d’Alyssa, la scrutant avec une intensité qui la fit frissonner. Elle inspira profondément, tentant de se rappeler les conseils de ses frères et sœur sur la façon de se comporter en présence d’un dragon.
« Vermithor, » commença-t-elle d’une voix tremblante en valyrien, mais ferme, « Je suis Alyssa Targaryen, fille du roi Viserys Targaryen. Je suis venue te réclamer ! »
Le dragon sembla la scruter encore plus intensément, comme s’il était en train d'évaluer sa force. Alyssa maintint son regard, essayant de lui montrer sa détermination sans rien laisser paraître de sa peur intérieure. Puis, d’un mouvement lent et gracieux, Vermithor s’approcha d’elle lentement.
Alyssa retint son souffle alors que le dragon abaissa sa tête imposante et inclina doucement son museau vers elle. Tremblante, elle tendit la main pour caresser ses écailles, sentant la chaleur et la rugosité sous ses doigts. Une vague d’émotions l’envahit alors qu’elle réalisait qu’elle était en train de se lier avec un dragon.
Les minutes s’écoulèrent, semblant durer une éternité, alors qu’Alyssa et Vermithor établissaient leur lien. Elle pouvait sentir les pensées du dragon et ses émotions. Lorsqu’elle ferma les yeux, elle pouvait presque entendre sa voix dans sa tête, douce et profonde comme le grondement lointain d’un volcan endormi.
Finalement, Alyssa ouvrit les yeux pour regarder Vermithor avec un sourire radieux. Elle savait qu’elle avait trouvé son compagnon, son allié, sa force et sa protection dans ce monde impitoyable. La jeune femme saisit les cordes et se hissa sur son dragon et d’une voix forte ordonna « Sōvētēs ! »
Vermithor rugit et rampa dans la caverne. La lumière commençait à devenir de plus en plus imposante, puis soudain le soleil l’éblouie. Puis ce fut, le vent qui lui coupa le souffle, alors que le dragon s’élançait dans le vide. Saisissant ses rênes, elle se serra contre la selle et profita quelques instants de la liberté que lui offrait son nouveau compagnon, puis elle se poussa en arrière et Vermithor remonta dans les cieux.
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Le vent fouettait les cheveux de la princesse alors qu’ils volaient autour de la citadelle de Peyredragon. La furie d’Airin déployait ses ailes majestueuses, son souffle chaud et régulier remplissant l’air autour d’eux. Les autres dragons rugissaient de la joie de leur frère qui avait une nouvelle cavalière. Après un autre tour, Alyssa ordonna à Vermithor de descendre dans la cour. Le dragon se posa soulevant le sable et effrayant les serviteurs. Inquiets, les gens s’écartaient de leur passage, laissant un chemin libre jusqu’à l’endroit où sa famille l’attendait.
Son frère aîné Aemond s’entraînait quand il avait entendu le cri du dragon. Au premier bruissement, des ailes de Vermithor, le prince observait le ciel, l’épée oubliait. De son œil unique, il avait cherché à savoir qui était le dragonnier. Deux membres de leur famille n’avaient pas de dragons, Rhaena, la fille de Daemon et sa propre sœur, Alyssa. Quand le soleil se refléta sur la tenue verte, Aemond sut. Il n’avait pu que la contempler. Rapidement, toute leur famille se rassembla, leur père Viserys étant transporté dans la cour sur une litière pour observer la scène. La seule qui ne semblait pas ravie d’assister à ce spectacle était leur mère Alicent. La reine était folle d’inquiétude, ses yeux se déplaçant entre le dragon immense et sa toute petite fille.
Alyssa sentit une vague de satisfaction la parcourir alors qu’elle descendait gracieusement de Vermithor, se sentant pleinement dans son élément, entourée de dragons et de sa famille. Son lien avec la furie d’Airin était plus fort que jamais, et elle se sentait invincible à ses côtés.
Son père Viserys lui adressa un sourire faible mais chaleureux, sa maladie l’empêchant de participer activement, mais la fierté luisait dans ses yeux. Sa mère Alicent, cependant, ne put contenir son agitation plus longtemps.
« Ne pouvais-tu pas choisir un dragon plus petit, plus prévisible ? Vermithor est sauvage ! » s’exclama-t-elle, les mains tremblantes. « Tu as mis en péril ta vie ! »
Alyssa soutint son regard, ne fléchissant pas sous le feu de la colère de sa mère. « Vermithor n’est pas sauvage, il est mon allié, mon protecteur. Ensemble, nous pouvons accomplir des choses que tu ne peux pas comprendre. »
Sa mère la fixa avec mépris, avant de se tourner vers son père Viserys. « Il doit y avoir une limite à cette folie, Viserys. Notre fille court à sa propre perte. Vermithor est immense ! Elle ne pourra pas le tenir ! »
Viserys posa une main faible sur le bras d’Alicent. « Laisse-la suivre son propre chemin, Alicent. Alyssa est une Targaryen, comme nous tous. Vermithor et elle se sont choisies. Ils sont bons l’un pour l’autre. Nous devons lui faire confiance. »
Aemond s’approcha d’Alyssa, son expression mélangeant admiration et prudence. « Tu es incroyable, Alyssa. Je ne pensais pas que tu serais capable d’une telle chose. Maintenant, nous pourrons voler tous les deux. Vhagar avait besoin d’un peu de compétition. »
Alyssa lui sourit, reconnaissante de son soutien. Elle savait que sa mère ne comprendrait peut-être jamais la connexion intime qu’elle partageait avec Vermithor.
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Toute la journée, la jeune femme n’avait pas délogé de la selle de son dragon. Ses frères et sœur l’avaient rejointe dans le ciel, dansant joyeusement et se coursant jusqu’à Port-Réal. Ce n’est que le soir qu’elle se rendit dans ses appartements, épuisée et complètement courbaturée, mais elle n’avait jamais été aussi heureuse. Alors qu’elle sortait de son bain, vêtue uniquement de sa robe de nuit, elle entendit des petits coups à sa porte. Ses servantes venaient de partir, donc la jeune femme ouvrit doucement la porte. Des boucles blanches, des yeux violets et un sourire ravageur l’accueillit. Son frère aîné, Aegon tenait dans ses mains une petite boîte. Elle se poussa pour le faire entrer et elle fut immédiatement serrée dans ses bras.
« Je suis tellement fier de toi. Je savais que tu serais une cavalière. C’était majestueux, tu étais magnifique, susurra Aegon à son oreille. »
Alyssa était resplendissante, ses cheveux d’un argent soyeux brillaient à la lueur des torches dans la pièce, ses yeux violets pétillaient de joie et de fierté. Alyssa se sentit enveloppée par la chaleur et la force de son frère, un sentiment familier mais si réconfortant. Elle leva les yeux vers lui, et dans cet instant, elle vit son visage sous un autre jour. Elle remarqua la profondeur de ses yeux d’un violet profonds, les lignes délicates de sa mâchoire, la courbe douce de ses lèvres. Pourtant, quelque chose avait changé entre eux, comme si un voile invisible avait été levé, révélant des sentiments inexprimés jusque-là.
Aegon regarda Alyssa avec une intensité nouvelle, ses yeux reflétant une douceur et une affection qu’elle n’avait jamais remarquées auparavant. Il tendit la main pour caresser son visage, ses doigts effleurant sa joue avec une tendresse insoupçonnée. Alyssa sentit un frisson lui parcourir l’échine, une émotion étrange et délicieuse s’insinuant en elle.
Sans un mot, Aegon se pencha lentement vers elle, rapprochant leurs visages l’un de l’autre. Alyssa sentit son souffle chaud contre sa peau, une sensation exaltante qui la fit frémir. Et puis leurs lèvres se rencontrèrent dans un doux baiser, un instant fugace mais chargé de significations profondes.
La révélation soudaine de ce désir inattendu entre eux les figea l’un et l’autre. Alyssa recula légèrement, les yeux écarquillés de surprise et d’incertitude. Aegon semblait lui aussi décontenancé par ce geste impromptu, mais il ne pouvait nier l’intensité de ses propres émotions.
« Alyssa… » commença-t-il, sa voix empreinte d’une émotion qu’il ne pouvait dissimuler.
La jeune fille leva son regard vers le sien, cherchant des réponses dans ses yeux violet profond. Elle sentait son cœur battre la chamade, sa respiration s’accélérer. Une multitude de pensées se bousculaient dans son esprit, des interdictions et des désirs contradictoires.
« Aegon… » murmura-t-elle, la gorge serrée par l’émotion.
Ils restèrent là, immobiles, seuls au monde dans cet instant suspendu où tout semblait possible et interdit à la fois. Alyssa sentait le poids des traditions et des convenances peser sur ses épaules, elle pensa brièvement à Aemond, son fiancé, mais en cet instant, elle ne pouvait nier la force de ses propres sentiments.
Aegon prit doucement sa main dans la sienne, l’attirant vers lui avec une tendresse infinie. Il lui offrit un sourire rassurant, un éclat de détermination brillant dans ses yeux.
« Peu importe ce que le monde pense… » dit-il d’une voix douce mais ferme. « Nos destins sont liés, Alyssa, et je ne peux ignorer ce que je ressens pour toi. »
Les mots d’Aegon résonnèrent dans le silence de la pièce, une déclaration audacieuse et sincère de ses sentiments bruts et véritables. Alyssa sentit une bouffée d’espoir et de courage l’envahir, une décision se formant lentement au plus profond de son être.
Elle regarda son frère avec un mélange d’appréhension et de détermination, une lueur nouvelle de résolution étincelant dans ses yeux violets.
« Alors, Aegon… » commença-t-elle, sa voix tremblante mais ferme. « Prenons notre destin en main, ensemble. »
