Actions

Work Header

Rating:
Archive Warning:
Category:
Fandom:
Character:
Language:
Français
Stats:
Published:
2024-08-28
Words:
1,269
Chapters:
1/1
Comments:
1
Kudos:
3
Bookmarks:
1
Hits:
22

Chagrin mécanique

Summary:

Le navire amiral de la Flotte Indépendante de L'Union Terrestre, le prestigieux Karyū, prend sa retraite. Warrius Zero est allé lui rendre visite, une dernière fois.

Notes:

Disclaimers : tout est à Leiji Matsumoto.

Chronologie : CWZ mais bien loin dans le futur.

Notes : Hiryu" est le nom donné à l'origine au Karyū dans un "synopsis perdu" de Cosmowarrior Zero. Dans le jeu dont est tiré la série, le vaisseau s'appelle simplement "Fire Dragon/Dragon de Feu" (qui se traduit par "火竜 " (Karyuu)).

Notes supplémentaires : le Karyū est mon appareil préféré toutes séries du Leijiverse confondues (j'aime vraiment sa figure de proue, les sorties du canon de Saint-Elme, et sa ligne fine et sobre), un vaisseau trop peu utilisé qui ne refait qu'une apparition partielle dans Dimension Voyage.

Work Text:

La nouvelle était tombée il y’a de cela quelques mois : le Karyū allait être retiré du service actif.

Personne sur le bord n’avait été réellement surpris, au contraire, la carrière du Karyū avait été longue et plus que respectable. L’âge du croiseur se faisait plus que sentir, les points de rouille sur la coque du bâtiment commençaient à se multiplier, et ses systèmes répondaient de moins en moins vite. Certains locaux avaient été condamnés, les panneaux étanches devenant de plus en plus difficiles à ouvrir et refermer, rendant les inspections pour les marins de plus en plus dangereuses.

Le retrait du vaisseau amiral de la Flotte Indépendante s’était déroulé en plusieurs étapes : les patrouilles étaient devenues de plus en plus courtes et s’étaient espacées dans le temps. La maintenance était de moins en moins régulière également, tout ceci jusqu’à ce qu’on amarre le géant de l’espace durant quelques semaines sur le « quai d’honneur » où il avait subi les intempéries, à l’arrêt complet, seuls ses radars étant encore maintenus en fonction.
Les derniers appareillages du Karyū avaient été marqués par la baisse de puissance des moteurs. L’astronef n’était plus aussi vaillant et brave qu’il y’a de cela quelques décennies. Pour éviter les problèmes importants, son arme qui le rendait unique, un canon bipolaire baptisé « Le Canon de Saint-Elme », avait été rendu impossible à utiliser. Le croiseur stellaire ne pouvait plus se permettre d’encaisser le choc d’un tir d’une telle puissance. L’utilisation du canon était déjà plus que délicate par le passé, l’utiliser aujourd’hui reviendrait à condamner l’engin ainsi que tous ses occupants.

Lorsque le « dragon de la Flotte » s’était retrouvé à quai (ou plutôt dans un dock), le bâtiment avait perdu son indicatif visuel, les couleurs avaient été baissées pour la dernière fois, et il avait été officiellement désarmé. En réalité, le Karyū ne s’appelait plus comme ça depuis un petit moment déjà, prenant « officiellement » pour nom le numéro de chantier qui lui avait été attribué lorsqu’il rejoindrait la zone de démantèlement.

« Un quai d’honneur mon œil, on parle plutôt d’un quai de l’oubli » avait pensé Warrius Zero, l’homme qui l’avait commandé pendant des années. La Grande Guerre avait failli avoir raison du croiseur, pourtant l’équipe de maintenance avait travaillé d’arrache-pied pour le rendre encore plus exceptionnel qu’à l’origine. Au yeux de Zero, Le Karyū n’avait pas eu besoin de tout cela, il avait toujours été un appareil incroyable. Son premier commandement « d’envergure ».
Warrius avait connu le croiseur flambant neuf qui sentait encore la peinture fraîche. Il avait encore en mémoire la première fois que les moteurs s’étaient mis en route, grondant comme s’ils étaient impatients de se « dégourdir les jambes ». Un astronef de pointe, délicat, et qui avait paru diablement compliqué à prendre en main pour le commandant.
Cela faisait quelques années, depuis qu’il avait été muté à l’état-major et avait été promu amiral, que Zero ne commandait plus le Karyū. Il était dorénavant à terre, et pourtant, dès qu’il entendait le bruit si caractéristique de son ancien appareil qui décollait, il ne pouvait s’empêcher d’aller à la fenêtre de son bureau et l’observer fendre les nuages jusqu’à ce qu’il soit sorti de son champ de vision.

Le passage d’une vie de marin embarqué à marin à terre n’avait pas été une transition des plus faciles et le Karyū lui avait profondément manqué les premiers mois. Plusieurs fois, il avait été tenté de faire une « inspection » du bord, mais il ne l’avait jamais fait. Le jeune commandant qui lui avait succédé ne voulait certainement pas avoir son « vieux fantôme » qui erre sur un appareil qu’il tentait d’apprivoiser lui aussi pour la première fois.
La fonction de Zero en tant que chef de l’état-major s’était retournée contre lui, du moins c’était ce qu’il avait ressenti, lorsqu’il dût signer et tamponner lui-même ce fichu bout de papier qui décrétait que le Karyū était bon pour la ferraille. Pour parachever le tout, il avait convoqué le commandant actuel du croiseur pour lui annoncer son désarmement. Warrius était convaincu que la nouvelle était en réalité plus douloureuse pour lui-même que pour le jeune officier.

Se tenant sur le fameux quai, Warrius observait les lamaneurs tendre les câbles de remorquage sur la quille et la proue du vaisseau, avec un pincement au cœur. Son estomac se noua lorsqu’il les vit arracher la figure de proue, un beau dragon d‘or, la première fois qu’ils y accrochèrent les câbles. Ce qui avait relevé de la contrariété pour les manœuvriers s’apparentait à un profond manque de respect pour Zero.
Soudain, et sous les yeux tantôt médusés tantôt stressés des matelots qui effectuèrent le garde-à-vous le plus tendu et le plus rapide que l’amiral n’ait jamais vu de sa vie, Zero s’avança d’un pas rapide sur le quai.

— Attendez, ordonna-t-il d’une voix moins assurée qu’il ne l’aurait voulu

La coupée du Karyū n’avait pas encore été enlevée et Zero s’y dirigeait, relevant le factionnaire de ses fonctions. Tandis qu’il posait un pied sur la coupée, et après avoir salué la poupe du bâtiment avec émotion, il se planta devant le gradé de ladite coupée. Vu la jeunesse du second-maître qui semblait fébrile, et qui ne devait certainement pas avoir croisé d’amiral durant son quart très souvent, Zero estima que jouer du galon ne servait à rien. Ôtant sa casquette, Warrius essaya de ne pas paraître trop sévère face au second-maître droit comme un piquet alors que le factionnaire n’avait pas braillé de « sur le bord » tant l’amiral l’avait envoyé voir ailleurs rapidement.

— Repos. Par pitié second-maître détendez-vous, vous semblez sur le point de faire une syncope.

Se mettant au repos avec la raideur d’un robot, l’officier marinier déglutit bruyamment.

— Oui, amiral. Mes excuses amiral.

Zero sourit doucement.

— Pourriez-vous m’accorder quelques minutes à bord du Karyū ?

Le second-maître ne sut pas si c’était un test ou non. Ce ne serait pas la première fois qu’un exercice était fait sur le bord pour entraîner les factionnaires et leurs gradés à stopper toute tentative d’intrusion sur un bâtiment. Zero savait aussi qu’il n’était officiellement plus membre de l’équipage, même si on ne refusait rien à un amiral, il n’allait certainement pas reprocher au gradé de faire son travail.

— Si jamais quelqu’un vous fait la remarque, j’en prends la responsabilité, ajouta-t-il
— D’-d-d’accord amiral, s’étrangla le gradé coupé

Warrius le laissa ensuite face à son pupitre, disparaissant dans la coursive principale. Le spectacle qui lui apparut fut triste, les opérations de démantèlement qui avaient pu être faites à quai avaient déjà été réalisées. Le tableau listant le commandement du bord ainsi que les précédents « pachas » avait été retiré. La coursive avait été désossée aussi en plusieurs endroits, laissant certains câbles d’alimentation apparaître.

— Eh bien mon grand, tu étais bien plus beau dans mes souvenirs, soupira-t-il

Warrius se mordit la lèvre. Il n’irait certainement pas plus loin que cette coursive, non. C’était peut-être mieux ainsi, de conserver ses souvenirs intacts. Le Karyū resterait au moins flamboyant aux yeux de quelqu’un. Humant une dernière fois l’air du bord, l’amiral rebroussa chemin, dépité.
Il en oublia les usages tant il franchit la coupée rapidement. Prenant les devants, d’un geste de la main il défendit les matelots de se remettre au garde-à-vous.

Il jeta ensuite un dernier regard derrière lui avant de quitter le quai. L’ancien fleuron de la flotte avait effectivement vieilli.

— Bonne chance pour ton ultime voyage, mon ami, murmura-t-il en vissant sa casquette sur la tête

Cette fois-ci il n’irait pas se planter devant sa fenêtre lorsqu’il l’entendrait décoller, de même qu’il ne ferait pas l’effort de ravaler les larmes qui commençaient à poindre.

Le chagrin mécanique n’était pas qu’une expression, il existait vraiment…