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brave le gel, cœur meurtri

Summary:

Regen a quitté Astria dans sa quête de réponses après la disparition de Shimy. L'hypothèse de l'enlèvement semble être la bonne, et cette piste la mène tout droit vers les terres désolées d'Eisleymos - mais la cité regorge de surprises... et à l'horizon, au-delà des contreforts de Lovinah, la tempête forcit.

 

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écrit avant la sortie du tome origines 6, inspiré par les extraits de la page 12 - j'ignore volontairement toutes les révélations du tome concernant les personnages dans cette fic

Chapter 1

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Le vent qui balayait la plaine déserte portait avec lui l’air froid des montagnes. Regen savait bien que le climat de la région était inhospitalier ; il suffisait d’ouvrir une carte pour constater qu’Eisleymos était au fond d’une vallée encaissée entre les premiers contreforts de Lovinah. Les montagnes encerclaient la cité, et partout où son regard se posait, les reliefs de la chaîne enneigée se dressaient contre le ciel gris. Il aurait fallu qu’elle se retourne, qu’elle regarde là d’où elle venait pour trouver une issue à ce paysage écrasant. Mais Regen avait appris à ne pas regarder en arrière. À ne pas s’offrir la possibilité de regretter.

Elle essayait de son mieux, en tout cas.

Mais toutes les cartes du monde ne permettaient pas d’éviter le sentiment de malaise en approchant de la ville. Les petits truands et les sbires de bas étage n’avaient pas de prise sur elle - elle avait affronté bien plus puissant, bien plus vicieux. Certes, Eisleymos abritait également des criminels recherchés et des chefs de pègre, mais elle ne devrait pas avoir à s’en soucier. Normalement.

Non, c’était surtout le manque de familiarité qui la dérangeait - elle avait à peine découvert Alysia au cours de quelques échanges de bons procédés entre Astria et différents royaumes de la planète, et voilà qu’elle s’enfonçait seule dans une de ses régions les plus rudes, armée d’un maigre espoir pour toute piste. On l’avait appelée désespérée pour moins que ça…

Mais elle avait découvert qu’elle se moquait de ce que pensaient les gens. Tant de préoccupations passées lui semblaient désormais triviales ; elle n’hésitera plus jamais à s’écouter, peu importe ce que d’autres auraient à y redire. Et aussi ténue que soit la probabilité de trouver des réponses, elle continuera à chercher. La vie de Shimy était vraisemblablement en jeu, et que les esprits élémentaires la foudroient si jamais elle abandonnait ! Elle ne pouvait pas perdre une autre personne si chère à son cœur.

 

Cela faisait quelques temps qu’ils avaient perdu le contact avec l’elfe élémentaire, et les rapports qui parvenaient enfin à Karakis ne laissaient envisager que de sombres scénarios. Dès que le signalement d’une mystérieuse personne avait fait surface, détaillant un peuple qui n’existait pas sur Astria, les réseaux d’alerte diplomatique s’étaient enflammés - et par l’intermédiaire des Alysiens, ils avaient découvert celle que l’on nomme Dasyatis.

Et voilà que la piste de Dasyatis la menait droit vers des arènes clandestines, sur fond d’esclavagisme et de mises à mort.

Elle espérait juste ne pas avoir à descendre elle-même dans ces arènes, mais se salir les mains ne l’effrayait pas. Elle retrouvera Shimy, coûte que coûte - seule contre le monde s’il le faut.

Sa monture grogne doucement, et Regen sort de ses pensées pour passer sa main dans la fourrure épaisse de Lionfeu.

"Tu as raison, Lionfeu," dit-elle à voix haute. "Je ne suis pas seule, n’est-ce pas ?"

Le félinaure ne répond évidemment pas, mais il bouge de façon à placer sa tête sous les caresses de l’elfe. En entendant son ronronnement enfler, elle retrouve un peu le sourire. L’animal lui rappelle de bons souvenirs passés avec l’elfe élémentaire disparue, et porte avec lui le souvenir de l’atmosphère vivante d’Astria qui lui manque tant dans cette région sinistrée.

 

Enfin, la silhouette inégale et menaçante d’Eisleymos se précise, et la plaine se resserre et s’effondre pour ne devenir qu’un passage périlleux entre deux gouffres profonds, l’unique entrée vers la ville mal famée. Lionfeu s’agite un peu avant de s’engager lentement entre les gouffres, et Regen flatte gentiment son échine dans l’espoir de le rassurer.

Une fois le passage derrière eux, Eisleymos s’étale devant eux. Regen ferme son visage, redresse les pans de sa cape, dans le futile espoir de passer inaperçue. Mais au fond d’elle-même, elle sait bien qu’une elfe aux cheveux roses perchée sur un félinaure couleur de feu ne peuvent être que remarqués par les habitants à l’affût de nouvelles proies.

Elle n’eut pas à attendre longtemps : elle s’était à peine avancée dans une des artères principales du lieu qu’un groupe d’hommes l’accoste. Leur jetant un regard méprisant, elle n’écoute pas ce qu’ils lui disent, et fait avancer Lionfeu. Mais l’un d’eux s’approche et tente de poser sa main sur la jambe de l’elfe ; un brusque courant d’air le renverse et il chute sur son dos.

"Prenez garde," dit-elle d’une voix glaciale, posant à nouveau sa main sur la fourrure de Lionfeu. "Le sol est glissant."

L’homme déconcerté reste assis par terre, alors que ses comparses s’approchent. Regen sort de sa sacoche une esquisse de Dasyatis et la leur présente avant qu’ils ne réagissent.

"Je cherche cette ancienne monslave. Son nom est Dasyatis."

L’un d’eux finit par relever son regard de l’affiche et la fixe intensément.

"Fait des années qu’elle a arrêté. Disparue du jour au lend’main en charcutant l’proprio. La mort silencieuse, son surnom, une vraie bête à tuer. J’sais pas à quel point t’penses qu’t’es dure à cuire, t’pas assez si t’veux courir après."

"Personne ne l’a jamais revue par ici ?"

"Oh, possible qu’oui. Mais si oui, elle a buté le témoin. Du coup pas vraiment."

Elle n’en tirera pas plus d’information, elle le sait. Elle se redresse, range le rouleau de papier et le salue de la tête pour le remercier.

 

Après avoir erré dans la cité, elle finit par le cœur de la vie locale, les alentours de l’arène. Toutes les personnes qu’elle a interrogé n’ont pas pu apporter quoi que ce soit à ses recherches, mais c’est sous les arcades des bars en face de l’arène qu’elle trouve ses interlocuteurs les plus enthousiastes - elle a déjà dû couper court à plusieurs conversations pour ne pas avoir le détail de certaines des victoires de l’ancienne monslave. Rien de ce qu’elle apprend ne lui donne de l’espoir : la femme semble aussi cruelle que ce que disent les rumeurs.

Les gens se retournent toujours pour la fixer, mais deux heures auront suffit à la rendre insensible à l’examen que les passants font d’elle. Elle descend du dos de Lionfeu, une gourde à la main, pour dégourdir ses jambes et faire une pause.

Elle a juste le temps de boire un peu d’eau et d’observer les bâtiments crasseux sur la place où elle se trouve ; soudainement, une explosion de cris et de verre brisé éclate derrière elle. Lionfeu hérisse sa fourrure et grogne fortement, et Regen a juste le temps de faire volte-face avant d’être percutée de plein fouet. Un peu sonnée, elle s’agrippe au félinaure et se hisse sur son dos alors que la moitié de la taverne se rue à la poursuite de la personne en fuite. Lionfeu n’attend même pas son signal et s’élance à sa poursuite, rattrapant en quelques instants la silhouette qui fendait la foule.

En voyant Regen, elle lui fait de grands signes de bras désespérés.

"HÉ ! DÉSOLÉE ! À L’AIDE !"

L’elfe regarde avec étonnement la femme brune qui agitait maladroitement ses bras. Elle est saoule, comprend-t-elle soudain en la voyant manquer de tomber. En se retournant, elle voit que les poursuivants sortent leurs armes et gagnent du terrain sur la jeune femme.

Elle analyse rapidement la situation et se plaque contre l’échine de Lionfeu, tendant une main vers la fuyarde.

"Prenez ma main !", crie-t-elle pour se faire entendre. La femme redresse soudain la tête, une expression soulagée sur le visage.

Elle parvient à attraper la main de l’elfe après quelques essais, tout en courant à côté de Lionfeu. Regen raffermit sa prise sur le bras de la femme avant de lâcher son autre main pour sentir les flux d'air qui l'entourent.

"Par contre," prévient la fuyarde à bout de souffle, "je ne vais pas avoir la force pour monteeEEEEE-"

Une bourrasque vive accompagne le mouvement de l’elfe, soulevant puis déposant derrière elle l’humaine stupéfaite sans que le félinaure ne ralentisse.

"Vous êtes très forte…" murmure la femme derrière elle, peut-être même sans s’en rendre compte.

"Accrochez-vous," répond-elle simplement.

"Euh, où ça-" Regen attrape à l’aveugle le bras qu’elle venait de lâcher et maintient la femme en place alors que Lionfeu accélère brutalement. Autour d’elles, le paysage devient flou et Regen se plaque de tout son poids contre l’animal pour éviter de tomber. Sa passagère comprend enfin son avertissement et s’agrippe fermement à sa taille, se plaquant à son tour contre elle.

 

Quelques minutes plus tard, la course effrénée de Lionfeu s’arrête brusquement. Regen regarde autour d’elle, essayant de reconnaître l’endroit où le trio se trouvait désormais. Elle s’est fiée à l’instinct de Lionfeu, mais ne reconnaît pas le quartier autour d’eux. Elle se tourne à moitié vers la brune, toujours fermement accrochée à elle.

"Vous savez où on est ?"

L’autre semble sursauter et réaliser qu’elles sont à l’arrêt.

"Oui… Oui, je m’approvisionne pas loin d’ici. D’ailleurs ma commande doit être prête maintenant… J’étais allée à la taverne en attendant."

"Essayez de ne pas vous mettre tout un bar à dos, la prochaine fois."

La brune semble outrée. "Hé ! C’est de votre faute !"

Regen lève un sourcil et croise les bras, dubitative. "Je ne vous avais jamais vue avant que vous ne me rentriez dedans."

Son interlocutrice fait un vague signe négligent de la main, l’air très sérieux. Regen avait presque oublié qu’elle était enivrée.

"C’est votre animal. Il a un beau pelage, une belle couleur. Ça m’a rappelé la fourrure du Jaguarian que j’ai rencontré il y a quelques semaines, j’ai fait la remarque à haute voix. Mais c’est Eisleymos, les gens deviennent FOUS quand on mentionne des Jaguarians, ils pensaient que je savais en trouver - bon c’est pas faux, j’en ai trouvé un, même si c’est plutôt lui qui m’a trouvée… Bref, j’ai à peine prononcé "Jaguarian" que les trois-quarts de ces vauriens me sautent dessus pour des infos. Et…" Elle s’interrompt en voyant le regard que lui jette l’elfe. "Euh, me dites pas que vous aussi vous cherchez un Jaguarian…"

"Non." L’humaine semble soulagée et soupire.

Une clameur enfle et semble gagner le quartier où elles sont. Les habitants autour d’elles s’interrompent et tendent l’oreille pour comprendre les cris.

"Je crains que ce soit pour nous. Ils semblaient très motivés par l’idée de vous rattraper, et je pense que ça se confirme."

La brune perd immédiatement son expression tranquillisée et fronce les sourcils en tendant l’oreille. Regen continue : "Vu que vous semblez connaître la ville, vous avez un endroit où on pourrait se cacher le temps que l’agitation redescende ?"

"Pas vraiment, je ne viens ici que pour ravitailler mon camp. Je connais bien une adresse ou deux, mais ce sont des bor… des auberges à services ?"

Regen laisse glisser l’information superflue. "Est-ce que ce camp est suffisamment loin pour ne pas craindre d’être pris en embuscade par des apprentis chasseurs de monslave avinés ?"

La femme acquiesce. "Il me faut mes provisions, par contre."

"Guidez-moi."

 

Quelques minutes plus tard, le trio franchissait les portes de la ville en direction des montagnes, chargé de lourds sacs. Lionfeu franchissait sans difficulté les éboulements et les pentes, mais le vent et le froid battaient durement les deux femmes. Une fois un premier col franchi, elles purent réajuster leur tenue et s’envelopper dans leurs capes respectives - Regen regrettait de ne pas avoir une cape de fourrure comme celle de sa compagne de voyage imprévue, et enfouit un peu plus ses mains dans la fourrure éclatante du félinaure. En contrebas, Eisleymos était déjà loin, ainsi que ses pistes. Elle ne pourrait probablement pas y retourner prochainement sans être reconnue… Ce qui voulait dire que sa mission était un échec, et qu’il faudrait recourir à la proposition insensée de-

"Dites, euh, m’dame ?"

Elle sort de ses pensées. Le vent avait forci. "Un souci ?"

"Non, juste qu’on va vraiment se refroidir si on reste là, et ça pourrait vite devenir dangereux - surtout pour vous. Vous êtes un peu sous-équipée pour la région…"

"J’ai remarqué ça," répond-elle en frissonnant. "Dites-moi par où passer."

"Je vais faire ça, mais avant… J’aimerais bien pouvoir connaître le prénom de la personne qui m’a aidée. Et puis ça sera un peu moins bancal que de devoir s’appeler "madame"… Si ça vous va."

"Je m’appelle Regen."

"Esmeralda. Enchantée."

Notes:

Coucou et merci d'avoir cliqué sur cette fic, on peut toustes remercier Lane qui mérite sa réputation de créatrice de ships queer du fandom !
J'espère que le virus du Esmeregen va se diffuser >:]

ah oui et normalement y'a... des chapitres qui vont venir. plus tard. un jour.