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I wish it was not the end

Summary:

Rien n'est officiel, se dit-il, mais ça ne veut plus rien dire.

Notes:

Voilà, c’est la fin et je n’ai pas les mots pour dire à quel point ça fait mal. Daniel est celui qui m’a fait aimer la F1, celui qui m’a fait revenir Grand Prix après Grand Prix même dans les heures les plus sombres chez McLaren.

Quand j’écris ceci, ce n’est même pas encore officiel, mais tout est si clair. La haie d’honneur, les interviews et tout le reste et c’est si triste, car ce ne sont même pas de vrai au revoir.

Je garde espoir malgré tout mais je n’y crois plus vraiment.

Alors, je tenais à faire quelque chose pour ce pilote que je ne remercierai jamais assez de m’avoir fait découvrir ce sport qui est aujourd’hui si important dans ma vie. Alors voici ma contribution, avec une fin heureuse évidemment, car Daniel ne peut pas rester triste et au bord des larmes si c’est moi qui l’écris.

Merci Daniel Ricciardo, pour tout.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Passer la ligne est un peu flou, il ne s’en rappelle pas vraiment. Il court juste et soudain il voit de nouveau les voitures devant lui et on lui dit à la radio que la course est terminée. Le soulagement doit sûrement l’envahir, mais il ne s’en souvient pas non plus, tout ce qu’il en reste en tout cas, quand il arrête sa voiture au parc fermé après un tour d’honneur qu’il s’est senti obligé de faire, c’est de la lourdeur dans sa poitrine et une boule dans sa gorge. Celle qui ne veut pas partir et qui rend sa voix rauque et difficile depuis le début du week-end.

Il s’y est presque habitué, presque, si seulement elle ne devenait pas plus lourde à chaque fois qu’il pense que c’est son dernier Grand Prix.

Rien n’est officiel, tente-t-il de se dire, assis au fond de son siège, sans vouloir en sortir, mais comme il l’a dit, il ne parierait pas sa maison dessus. Inutile de perdre la ferme en plus de son baquet.

Il ne se lève toujours pas, les autres sont déjà partis, sauf ceux qui sont trop affaiblis pour le faire et les feux d’artifices éclatent dans le ciel.

Il enlève ses gants et reste assis là.

Il est épuisé, il a soif et se sent las, mais ce n’est pas encore suffisant pour le forcer à se lever. Ses yeux brûlent de larmes et ils essayent de les retenir, de rester silencieux parce qu’il n’a pas encore débranché sa radio et que Pierre ne mérite pas d’entendre ça. Il sait qu’il y a peu de chances que McLaren écoute toujours les radios, encore moins la sienne, mais dans le doute, il ne veut pas non plus leur donner raison. Ce serait tomber un peu trop bas que d’affirmer involontairement qu’ils avaient raison de mettre un terme à sa carrière, surtout maintenant que son équipe de cœur a décidé de faire de même. Donner raison à Villeneuve n’est pas une option non plus.

Rien n’est officiel, se répète-t-il, mais ça ne veut plus rien dire.

Sa radio grésille, c’est Pierre qui lui parle, il doit même essayer depuis un moment, mais Daniel ne l’entend que maintenant, et qui l’enjoint à sortir, lui rappelant la pesée et les interviews qu’il doit encore faire.

Il n’a pas envie d’y aller et son ingénieur le sait. Pierre est si gentil à la radio qu’il n’a pas le cœur de lui dire de se taire, de le laisser encore un peu dans sa propre tête. Dès qu’il pose un pied sur l’asphalte, le rush du paddock l’atteint de nouveau, allant trop vite autour de lui et le laissant abasourdi et seul, tremblant tandis qu’il essaye de sortir de sa monoplace sans tomber.

Pyry est déjà là, lui aussi doit attendre depuis un moment et il lui tend sans un mot sa gourde pleine d’eau fraîche. Daniel l’avale difficilement, chaque gorgée brûlant sa gorge où les sanglots sont toujours coincés.

Il lui faut encore quelques secondes, pour être sûr que ses yeux sont un peu moins rouges et que ses larmes ne sont plus sur le point de couler sans qu’il ne puisse les contrôler.

Pyry hoche la tête quand il le regarde, mais Daniel voit bien sur son visage que c’est encore évident. Il ne pourra pas faire beaucoup mieux de toute façon.

La pesée est une formalité, faire une accolade aux pilotes qui viennent le voir est un peu plus dur et il doit renifler plusieurs fois, mais tout reste supportable et sous contrôle. Mais quand vient le moment de se rendre aux interviews, il sait que ça va être le pire.

Il a les joues roses à cause de la chaleur et il joue inlassablement avec la serviette sur ses épaules, répétant des discours qu’il connaît par cœur et dans lequel il essaie de mettre le moins d’émotions possible. Son visage est dur et rouge quand il entre dans l’enclos, mais en voyant les visages des journalistes se tourner vers lui, il se sent pâlir et la sueur coulant dans son dos devient soudain froide.

Au final, il se sent assez détaché de tout ça. C’est sûrement parce que c’est plus simple d’observer ça depuis l’extérieur, d’avoir l’impression de regarder les émotions et d’écouter les mots de quelqu’un d’autre.

Il se regarde être un peu fier d’avoir pris le meilleur tour, d’avoir au moins réussi à être utile pour Max à défaut d’avoir sauvé le peu d’espoir qui lui restait.

Il se regarde sourire largement en apprenant qu’il est le pilote du jour, après sa course catastrophique, cela ressemble plus à un adieu qu’a quelque chose de vraiment mérité, mais ça fait toujours plaisir. C’est un soulagement de savoir que les fans sont encore là.

Il se regarde chercher ses mots et ne pas savoir quoi dire, comment parler sans balancer tout ce qui pèse lourd sur son cœur.

Puis vient le pire, il se regarde tomber au bord des larmes quand on lui évoque ses sensations dans la voiture, quand on lui demande pourquoi il y est resté si longtemps. Il sent, même de loin, que son cœur se serre douloureusement, lui coupant brusquement le souffle. Il a du mal à parler, à ordonner les mots qui ne veulent pas venir jusqu’à ses lèvres et à regarder le journaliste dans les yeux. Il est incapable de le faire, de voir ce regard de pitié et de se rendre compte, concrètement, que tout le monde sait que c’étaient sûrement ses derniers moments en F1.

Il se regarde passer proche de s’effondrer durant toutes les interviews suivantes, jusqu’à la dernière.

Rien n’est officiel, revient dans sa tête, et cette fois, il le chasse et l’insulte.

Le meilleur moment, du moins le plus supportable, de cette soirée est la gentille haie d’honneur à l’entrée de l’hospitalité. Des gens qu’il connaît et qu’il croise tous les jours, des invités qu’il n’a croisé que quelques secondes voire pas du tout, qui se sont réunis pour l’applaudir.

Si le reste n’était pas assez clair, cela le serait sûrement. Personne ne reçoit de haie d’honneur en plein milieu d’une saison s’il n’est pas sur le point de se faire virer ou de se faire promouvoir. La seconde option est tellement lointaine et irréelle qu’il n’y pense même pas. Personne d’autre ne le fera non plus.

Il a l’impression de respirer pour la première fois quand il rejoint enfin sa chambre de pilote, ce n’est que pour quelques minutes avant qu’il ne doive ressortir pour le débriefing, mais c’est tout de même un soulagement. Le silence l’entoure, lui donne du répit face au reste du monde qui tourne trop vite pour lui, l’empêchant de profiter de ceux qui sont probablement ses derniers moments de pilote. Non, pas probablement, mais c’est encore dur d’y penser comme tel.

Il s’attendait à s’effondrer dès qu’il serait seul, car il n’aurait plus aucune raison de rester fort, mais au moment où elles auraient pu couler sans qu’il ne les retienne, les larmes le fuirent. Ses yeux brûlèrent, mais restèrent secs et il soupira, harassé d’une fatigue dont il ne pouvait pas se débarrasser.

Il s’assit sur le petit canapé de la pièce, fixant son regard sur le sol le temps de trouver le courage de récupérer son casque. Il sait que la musique l’aidera à remettre ses pensées en ordre et lui permettra peut-être de pouvoir réfléchir correctement, mais il ne s’en sent pas capable.

Il finit par se laisser glisser, jusqu’à pouvoir poser sa nuque sur le dossier du canapé, les yeux grands ouverts sur le plafond blanc.

Les larmes glissent toutes seules et sans aucun effort cette fois, il n’y a même aucun sanglot, les larmes dévalent juste ses joues, silencieuses et brûlantes.

Le poids devient plus lourd sur sa poitrine, la comprimant au point de devenir douloureux et que Daniel ne puisse plus l’ignorer. La nostalgie s’écrase sur lui, maintenant qu’il n’y a plus rien pour la retenir.

Il repense à tout, à sa carrière avant d’arriver en F1, à sa grande époque chez Red Bull et à sa fin, puis Renault et le début de ses problèmes. McLaren est toujours le plus douloureux, quand il revient dessus, il est tombé si bas, si profondément dans les ténèbres qu’il a cru ne jamais pouvoir en sortir. Ça a creusé un trou dans sa poitrine qui n’est jamais vraiment parti et qui s’agrandit dans des moments comme ceux-ci, quand il devient dur de croire qu’il puisse encore faire quelque chose de bien.

Il sait que cela va s’empirer à partir de maintenant, parce qu’il a eu le droit à une seconde chance et qu’il a été incapable de s’en saisir. Il n’y en aura pas d’autres, il le sait, car il a déjà été chanceux d’avoir pu revenir.

Il ne sait pas pourquoi il ne parvient pas à performer, il fait de son mieux, travaille dur, sur le plan physique et mental, il étudie toutes les données pendant de longues heures et ce n’est jamais suffisant. Il n’y parvient juste pas.

C’est frustrant et douloureux de savoir que le problème vient de lui, mais de ne rien pouvoir y faire.

Surtout que personne ne viendra le sortir de là cette fois, il ne retournera pas chez Red Bull, ne reviendra pas sur la grille en milieu de saison. Cette fois, il est le pilote qui se fait remplacer et la cruauté des choses l’anéantit presque.

Il a échoué dans le seul but qu’il s’était, un jour, fixé, il n’atteindra jamais ce rêve ultime d’être champion du monde. Un rêve qui s’est peu à peu transformé, avec les années, en un souhait de simplement être sur la grille l’année prochaine, puis au final, de juste être là pour la prochaine course.

Ce ne sera pas le cas. Il ne fera pas d’arrivé spécial à Austin, ne profitera pas de l’ambiance particulière et folle du Mexique, ne subira pas la chaleur du Qatar et ne roulera pas sous les feux d’artifices d’Abu Dhabi.

L’aventure s’arrête ici pour lui.

L’aventure d’une vie qui arrive à son terme sans qu’il ne l’ait voulu, avec un sentiment omniprésent d’inachevé et de regret, avec l’infinie tristesse qui accompagne inévitablement l’abandon de ses rêves.

Il a du mal à s’imaginer ce que pourra être demain, encore moins à quoi pourront ressembler les jours qui suivront l’annonce officielle, dont il n’a toujours aucune confirmation, mais qui viendra, inéluctablement. À ce moment-là, il sera seul avec le reste de sa vie à peine entamée à devoir combler alors que la seule chose qu’il ait un jour souhaité faire est de conduire une formule 1.

Il n’imagine qu’un vide immense dans lequel il va inévitablement se noyer.

Il devient difficile de se concentrer sur le moment présent, de continuer à respirer régulièrement au travers du torrent de larmes qui dévalent ses joues. Il ne sait pas depuis combien de temps il est là, mais il sait sûrement qu’il ne lui en reste pas beaucoup et qu’il doit se calmer.

Il doit réussir à profiter car il ne le revivra plus, il ne sera plus jamais pilote et les choses les plus insignifiantes deviennent importantes. Il ne les voit pas encore mais il sait qu’elles le heurteront dans quelque temps, quand leur familiarité se sera estompée.

On tape à sa porte alors qu’il essaie de revenir sur terre et de se recentrer sur lui-même.

Il trouve le courage de se lever en se concentrant sur l’idée qu’après le debriefing, il pourra enfin rentrer à l’hôtel et dormir. Tout oublier pour plonger dans ses rêves paraît plus attrayant et c’est sûrement ce qui lui permet de tenir.

Sur le chemin de la salle de réunion, il fait plus d’accolades à tout un tas de personnes qu’il n’en a fait de tout le week-end et tout sonne étrangement, mais en même temps de façon si logique comme la fin. Elle résonne encore et encore, partout, à chaque pas qu’il fait, elle s’impose à lui comme une pierre au creux de son estomac, pesante et lourde et qu’on ne peut pas ignorer.

Il est l’un des derniers à arriver dans la salle et les regards de l’équipe se tournant vers lui restent supportables, celui de Liam cependant ne l’est pas. Il est déjà là, le visage plissé, comme si Daniel était déjà parti, mais qu’il est retenu de s’asseoir sur sa chaise par les derniers fils de respect qu’il lui reste pour lui. Il ne déteste pas Liam, mais le voir ici, n’attendant que le moment où il ne sera plus là pour se lever et s’asseoir à sa place, lui donne envie de vomir.

Il baisse les yeux, admettant sans un mot son inévitable défaite, la honte brûlant ses joues. Il parle peu durant le débrief, son avis et ses retours sont rarement sollicités et c’est logique, quand il y pense. Ça fait quand même mal.

Les au revoir sont presque les mêmes, comme s’il partait deux semaines pour se reposer et qu’il revenait ensuite à l’usine, reprenant le travail. Si ce n’est qu’ils ont un peu de mal à le regarder et que leurs sourires sont crispés sur leur visage.

Il ne pleure pas, mais il en est trop proche.

Pyry l’attend à la sortie, ayant déjà rassemblé le peu d’affaires qu’il avait amené au circuit et alors, plus rien ne le retient ici. Il a besoin de rentrer et de dormir, il le sait, mais il sait aussi qu’il devrait rester aussi tard qu’il le peut, profiter du peu de temps qu’il lui reste.

Il en a envie, mais absolument pas la force.

Alors il remercie Pyry, cela pourrait passer pour des remerciements insignifiants, parce qu’il lui a amené ses affaires, mais ils savent tous les deux que ce n’est pas le cas. Ils n’ont pas passé tant de temps que ça ensemble, même pas deux ans complets et il ne le suit pas depuis des années non plus, mais ça n’a aucune importance. Pyry est arrivé à un moment difficile, après Michael et McLaren, tout cela était devenu à peine supportable grâce aux quelques mois qu’il a pu passer chez Red Bull et pourtant son soutien n’a jamais failli.

Alors Daniel ne s’en soucie pas quand leur étreinte est un peu trop longue.

Il avance lentement dans le paddock, son regard glissant partout sans jamais se poser sur personne, il espère ainsi être clair sur le fait qu’il n’a aucune envie de parler, qu’il a besoin de profiter de son temps seul.

Personne ne le dérange, respectant ses règles tacites.

Cependant, il y en toujours eu un qui n’avait jamais eu d’intérêt à respecter les limites ; quelqu’un qui ne s’était jamais soucié de savoir s’il était le bienvenu et qui s’invitait partout ; quelqu’un que Daniel aimait suffisamment pour ne jamais s’en soucier.

Max, évidemment, qui le connaît si bien qu’il a pu lire en lui qu’il souhaitait rester seul avant même de pouvoir correctement distinguer les traits de son visage et qui est quand même venu.

Max qui s’est glissé à ses côtés comme s’il avait toujours été là.

Max dont la main se pose si facilement dans le bas de son dos, y appuyant une pression ferme et sûre, qu’il a l’impression que tout ça est naturel et presque une habitude.

Ça ne l’est pas évidemment, mais il pourrait presque y croire.

Avec le paddock qui se vide peu à peu, il peut se permettre de s’y appuyer. Max l’accompagne jusqu’au parking sans dire un mot, lui laissant faire ses adieux silencieux à ce monde, mais lui apportant un soutien infaillible.

Daniel ne sait pas ce qu’il serait sans Max. Ce type a bouleversé sa vie dans le meilleur des sens comme dans le pire. Il a connu joie, espoir, colère, bonheur et tristesse avec lui.

Même lorsqu’ils ne s’adressaient plus un mot, que McLaren l’avait traîné si loin que même Max ne pouvait pas l’atteindre, sa présence avait toujours été dans un coin de sa tête, une lumière au milieu du chaos. Un repère solide et inébranlable.

Max est son roc et il n’a jamais eu besoin de le lui dire pour qu’il agisse ainsi.

Max qui le conduit jusqu’à sa voiture, qui lui vole ses clés et le reconduit jusqu’à son hôtel. Max qui sans lui demander son avis, le suit jusqu’à sa chambre et qui, encore en jean et en t-shirt d’équipe, attend patiemment qu’il soit prêt pour s’allonger à ses côtés dans son lit.

Il ne pleure pas une nouvelle fois cette nuit-là. Il se sent profondément mal et vide, de façon si insupportablement douloureuse qu’il a du mal à voir au-delà et à savoir quoi en faire. Mais il ne pleure pas et c’est sûrement le plus douloureux de tout ça, car il ne trouve aucun autre moyen d’évacuer tout ce qu’il ressent alors tout reste en lui et lui fait mal.

Terriblement mal.

Et Max reste là, à le tenir dans ses bras, fermement comme il le fait toujours. Il lui dit des choses abruptes d’une manière qui lui est familière et qu’il apprécie même si tout le monde semble le lui reprocher.

Daniel à l’impression de survivre à cette nuit seulement parce que Max est là, il ne peut pas imaginer ce qui l’en aurait été s’il avait été seul.

-

Le lendemain, quand il se réveille, Max est toujours là, endormi dans une position inconfortable qui le rendra grincheux.

Daniel a le corps lourd et l’esprit cotonneux, un mal de crâne dansant derrière ses tempes, mais il l’oublie facilement quand il sent la chaleur du corps de Max enroulé autour de lui et son souffle régulier s’échouant sur ses cheveux.

Il attend patiemment que Max se réveille de lui-même, souhaitant presque qu’il ne le fasse jamais pour pouvoir rester comme ça pour toujours. Pourtant, Max s’agite contre lui et la brume du réveil est peu à peu chassée de son esprit, laissant place au reste. Max embrasse distraitement son front, les yeux encore clos et Daniel parvient à y croire quelques minutes encore.

Pas très longtemps cependant car, bientôt, tout lui revient en mémoire. Ça lui coupe le souffle encore une fois et Daniel ne sait pas si cela cessera un jour, s’il pourra un jour se réveiller sans être surpris de ne plus être pilote après tant d’années à l’être ou à aspirer à le devenir.

C’est aussi étrange que d’émerger hors de l’eau après un trop long moment noyé dessous.

Max le sert plus fort, ne laissant pas la place à autre chose qu’à lui-même et Daniel parvient presque à en sourire, car il sait que Max ne sait pas faire autrement. Son souffle glisse jusqu’à son oreille et Daniel sait qu’il va parler avant même qu’il ne le fasse.

« Que vas-tu faire Daniel ? »

Daniel ne sait un instant pas quoi répondre avant que la réponse ne s’impose à lui de façon évidente. Il n’a qu’un seul endroit où il pourrait aller pour faire disparaître le monde merdique qui l’entoure désormais.

« Rappelle-toi Max, je t’avais dit que je retournerai à la ferme pour faire des choses normales ».

C’est si douloureux à dire, il ne s’en rend vraiment compte que maintenant, mais les prochains grands prix, il les regardera depuis son canapé en Australie, peut-être avec sa mère et son père s’il a de la chance. Il ne sait même pas s’il sera capable de le faire tant la chute est dure, passer de pilote à spectateur lui parait insurmontable.

Max soupire, mais hoche la tête, s’enfonçant plus profondément dans son cou et c’est agréable.

« Bien. Je pourrais peut-être venir la première semaine, mais après, je devrais être à Milton- » dit-il à toute vitesse, les engrenages de son cerveau tournant pratiquement hors de sa tête.

Daniel sait qu’il ne peut pas le laisser continuer, il y réfléchit depuis que Max à commencer à se réveiller et que s’est rappelé à lui la lourde vérité selon laquelle il ne peut pas faire subir à Max ce qu’il est en ce moment. Ce serait trop lourd alors qu’il a déjà tant d’autres choses sur lesquelles se concentrer, des choses plus importantes que Daniel.

« Ne t’embête pas Max, je pense qu’il faut que je passe un peu de temps seul, tu vois ? Pour accepter tout ça, » murmure-t-il contre le col de son t-shirt Red Bull, souhaitant que Max ne discute pas et qu’il l’écoute simplement, pour une fois.

Il se peut que, cette fois, on ait décidé de l’écouter.

« D’accord, oui, » affirme Max, à contrecœur. « Je viendrais à la fin de la saison alors ? »

Daniel sait que ce n’est pas vraiment une question mais, Max fait quand même l’effort de demander, bien qu’un non n’ait pour lui pas grande valeur. Daniel ne lui dirait pas non de toute façon, jamais.

« Je t’attendrais ». Et je travaillerais à aller mieux. Il ne le dit pas, mais il le sait, au plus profond de lui, qu’il ne veut pas que son malheur l’entraîne loin de Max comme le gouffre creusé par McLaren l’avait fait.

C’est un travail qu’il doit faire avec lui-même, pour accepter et avancer même si pour l’heure, s’en remettre lui paraît inimaginable.

Il ne pourra pas revoir Max avant ça, il le sait. C’est assez douloureux, mais c’est pour le mieux, ils le savent.

Mais pour l’instant, ils ont encore un peu de temps. Ils peuvent rester dans les bras l’un de l’autre un peu avant que le reste du monde ne les rattrape inévitablement. C’est tout ce qui compte.

-

Lorsque Max pose ses valises sur le bitume chaud de l’aéroport de Perth, c’est le poids d’une longue et dure saison qui s’efface de ses épaules.

Il en respire de soulagement, étirant ses muscles douloureux après tant d’heures de vols et trop peu de sommeil. Mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, car les souvenirs du championnat des constructeurs perdu par Red Bull, du championnat pilote qu’il remporte pour un cheveu et des problèmes avec la voiture s’effacent dès l’instant où le sourire lumineux de Daniel entre dans son champ de vision.

Il sent tout son corps se détendre alors qu’il accélère inconsciemment ses pas jusqu’à se jeter brusquement dans ces bras chauds qui naturellement l’entourent et le tiennent fort. Un rire klaxonnant résonne dans ses oreilles et c’est sûrement la meilleure chose qu’il ait entendue de sa vie.

Il ne veut jamais lâcher Daniel, il veut rester contre lui et sentir sa chaleur pour toujours. Mais bientôt, l’envie irrésistible de voir son visage et de s’assurer que tout va bien s’abat sur lui et il n’y résiste pas, s’éloignant seulement pour pouvoir encadrer ses joues et tirer son regard vers lui.

Daniel sourit, évidemment et Max y cherche une quelconque trace de factice, un signe qu’il pourrait être forcé ou une tristesse qui subsisterait. Il n’en trouve rien et le soulagement rayonne de lui par vague.

Daniel ébouriffe ses cheveux d’un geste habituel qui sert le cœur de Max. Bordel, ça lui avait tellement manqué.

« Tu as l’air bien ! »

C’est faux, il a l’air horrible, mais Max renifle et c’est presque un rire. Daniel a toujours eu un sens de l’humour bien à lui qui ne devrait faire rire personne et qui pourtant fait rire tout le monde. Il l’aime sûrement pour ça.

« C’est moi qui devrais te dire ça » rit-il, un peu follement parce que Dieu, Daniel rayonne et ça fait si longtemps qu’il ne l’a pas vue comme ça que ça lui brûle les yeux.

Daniel lui sourit sans une once de tristesse et Max se demande qui il doit remercier pour lui avoir rendu le Daniel qu’il avait connu et qui s’était peu à peu effacé à mesure que les problèmes s’étaient accumulés. Il pourrait sincèrement en pleurer mais, Daniel respire d’une telle joie que les larmes ne lui viennent pas.

Il oublie tout ce qui avait pu faire leur passé et ne ressent qu’une attente impatiente de ce qui va venir. Il a tellement hâte qu’il ne tient plus en place, s’éloignant à grands pas de Daniel pour charger précipitamment ses valises à l’arrière du pick-up.

Daniel le regarde faire, le cœur chaud et il a encore envie de le tenir dans ses bras, mais Max va trop vite, est trop pressé. Cela ne le fait sourire qu’un peu plus.

« Tu m’emmènes ? S’il te plaît ? » S’excite-t-il, impatient de découvrir cette ferme dont il a tant entendu parler et de pouvoir enfin passer du temps avec Daniel qui, pour la première fois depuis longtemps, a l’air d’aller parfaitement bien.

Daniel lui sourit, rayonnant de chaleur et son cœur s’apaise. Il aura le temps de tout découvrir. 

Notes:

Merci Daniel Ricciardo, pour tout.

(Ps : je cherche des traducteurs pour traduire mes os, n'hésitez pas à laisser un commentaire si cela vous intéresse !)

Merci d'avoir lu !