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Language:
Français
Collections:
Le Petit Sancho d'Ecriture
Stats:
Published:
2024-10-13
Words:
1,784
Chapters:
1/1
Comments:
3
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14
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1
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113

Dans le creux des vagues

Summary:

Harry et Uma ont du mal à dormir séparément, tout simplement.

Work Text:

Harry a toujours eu du mal à dormir, d’aussi loin qu’il se souvienne. Il faut dire qu’à la seconde où il pose la tête sur l’oreiller -ou sur tout autre support disponible-, c’est comme si un feu d’artifices éclatait dans son crâne. Ses pensées s’emballent, il se met à imaginer des histoires invraisemblables, se remémore certains événements de quand il était petit, s’amuse à refaire le monde…

Uma dit parfois que son cerveau avance tout seul et qu’il doit courir après. Harry ne peut qu’être d’accord avec elle. Surtout le soir, quand le sommeil se refuse à lui, chassé par la frénésie de ses pensées.

Et son problème empire lorsqu’ils arrivent à Auradon. C’est un peu ironique, quand on y pense, puisqu’ils ont enfin accès au confort et à la tranquillité.

Deux concepts qu’un pirate venu de l’Île de l’Oubli n’a jamais connus. Deux concepts que ce même pirate n’aime pas.

Il est habitué au roulis des vagues sous son lit, au clapotis de l’eau sur la coque d’un bateau, à la musique des marins ivres qui vont et viennent sur le pont. Sa vieille couverture cousue et recousue lui manque, de même que le sommier miteux aux lattes branlantes qu’il osait appeler “lit” il n’y a pas si longtemps.

Ici, dans ces draps moelleux, blotti entre une multitude de coussins tout propres… Harry n'est pas chez lui et il se sent mal.

Tellement mal que ça fait bientôt trois heures qu’il essaie de dormir, en vain.

Ses pensées continuent de tourner à toute vitesse dans sa tête. Il s’imagine sortir en douce de l’école et courir jusqu’à l’Île de l’Oubli pour se réfugier sur le Lost Revenge, sa vraie maison, sa seule maison. Il essaie d’imaginer le bruit de la mer, l’odeur du sel, le froid de la nuit. Tant de sensations dont il est privé et qui lui manquent plus qu’il ne l’aurait imaginé.

Un soupir frustré lui échappe quand ses méninges changent soudain de route et se mettent à penser à autre chose. 

Il est trop tard pour courir après son cerveau, mais il n’a pas le choix, s’il veut espérer se reposer un peu.

Alors il essaie de changer de position. Roule sur le dos, puis sur le flanc, puis le ventre, puis l’autre flanc, cale un oreiller sous ses jambes, fait l’étoile de mer, puis se met en boule…

Il tente aussi de respirer plus lentement, de se vider la tête, de s’étouffer avec un coussin, sans succès.

Le sommeil se refuse à lui. Harry le sent pourtant tout proche, riant de ses tentatives pathétiques pour l’attraper.

Il essaie une dernière fois, pendant approximativement cinq minutes, avant d’abandonner pour de bon.

Épuisé et agacé, le jeune homme jette ses jambes en dehors du lit et s’assied sur le matelas. De l’autre côté de la chambre, il entend Gil ronfler comme un bienheureux.

“Chanceux.” songe Harry avec une grimace envieuse, tandis qu’il se glisse vers la porte, après avoir enfilé ses bottes à la va-vite et récupéré son vieux manteau de pirate.

Peut-être qu’une petite marche au clair de lune lui fera du bien et lui éclaircira enfin l’esprit. 

La fraîcheur du couloir lui arrache un petit frisson, ainsi qu’un sourire. Harry a toujours préféré le froid de la mer à la chaleur d’un foyer. Il a donc déjà un peu plus l’impression d’être chez lui.

Ce n’est pas encore suffisant, alors il se dirige vers ce qu’il espère être la sortie. Cet endroit lui est encore étranger, il ne peut se fier qu’à son excellent sens de l’orientation pour l’emmener à l’extérieur.

Hélas, avant même de s’en rendre compte, Harry se perd dans ses pensées et ses pas le mènent devant la porte d’une autre chambre, plutôt que devant la porte qui mène au dehors.

Cela dit, le pirate se connaît suffisamment pour savoir où son instinct l’a mené. 

Le tout est de savoir s’il va écouter ledit instinct ou pas.

La réponse est oui, parce qu’il est vraiment fatigué et qu’il sait, au fond de lui, que ce qui se cache derrière cette porte est son seul moyen d’accéder au repos dont il a désespérément besoin.

Le battant de bois grince quand le jeune homme l’ouvre et Harry s’immobilise un instant, inquiet de réveiller l'occupant des lieux.

Quand rien ne se passe, le pirate ose avancer dans la pièce et referme la porte derrière lui. Tout est calme dans la chambre. L’obscurité ambiante n’est pas un problème pour Harry, ses yeux y sont habitués. Il n’a donc aucun mal à trouver un chemin vers son objectif, guidé par le doux parfum des embruns qui s’en échappe. Quand il parvient à destination, à savoir le lit d’Uma, Harry s’arrête, soudain incertain.

Va-t-il vraiment oser faire ça? Va-t-il vraiment oser réveiller son capitaine pour se plaindre qu’il n’arrive pas à dormir, comme un gosse qui viendrait parler de ses cauchemars à ses parents?

Harry hésite. Ses mains triturent l’ourlet du débardeur qu’il utilise comme haut de pyjama. 

Que pourrait faire Uma, de toute façon? La connaissant, elle se contentera sans doute de le renvoyer dans sa chambre avec la promesse de lui faire payer le dérangement plus tard. Et il ne pourra qu’approuver puisqu’au fond, quel droit a-t-il d’interrompre sa nuit?

“C’était stupide.” finit par se dire le jeune homme, qui se détourne du lit de son amie.

Il n’a pas fait deux pas qu’un soupir résonne dans son dos et qu’une voix demande:

-Tu te dégonfles, matelot?

Harry se fige. Un frisson lui remonte le long de l’échine et il jette un regard par-dessus son épaule. Dans la pénombre, il peut voir qu’Uma s’est assise dans son lit. Ses longues tresses lui tombent sur une épaule et son coquillage émet une lueur dorée qui projette des ombres étranges sur son visage. Elle n'a pas l'air énervée et pourtant Harry se sent penaud. Il effectue une brève révérence et lui offre un sourire contrit.

-Désolé, je ne voulais pas te réveiller, chuchote-t-il.

-Je ne dormais pas, répond la jeune fille. 

-Vraiment?

-Vraiment. 

-Pourquoi?

-Pour les mêmes raisons que toi, j’imagine. 

-Ah. Logique.

Le silence retombe. Harry ne sait pas trop ce qu’il est censé faire, alors il se contente de rester là, attendant qu’Uma donne ses ordres. Finalement, son capitaine se décale sur le matelas et tapote la place ainsi libérée.

-Allez, viens-là.

Le pirate hausse les sourcils. Avant même de pouvoir y réfléchir à deux fois, il s’avance à nouveau vers le lit.

-Tu es sûre? s’étonne-t-il.

-Est-ce que j’ai l’air de douter? Viens.

Le ton d’Uma se fait plus dur, aussi Harry se dépêche-t-il d’accéder à sa requête. Il secoue les jambes jusqu’à ce que ses bottes en tombent et jette son manteau par terre. Enfin, il peut rejoindre Uma dans son lit. Il ne leur faut que quelques instants pour trouver comment s’installer, ce n’est après tout pas la première fois qu’ils dorment ensemble. Voilà encore quelque chose qui a manqué à Harry, depuis qu’ils sont arrivés ici.

Bientôt, la tête du jeune homme repose contre la poitrine d’Uma, qui a replié ses jambes contre le ventre de son ami. Leurs bras sont enroulés l’un autour de l’autre et le menton de l’adolescente est appuyée sur le dessus du crâne de Harry. 

Malgré le fait que le lit soit immense, ils se blottissent l’un contre l’autre comme s’ils étaient encore dans la petite cabine de capitaine d’Uma, sur ce sommier minuscule duquel Harry est tombé plus de fois qu’il ne peut s’en souvenir.

La peau d’Uma est fraîche et sent encore la mer, Harry savoure donc leur étreinte autant qu’il peut, le nez enfoui contre la clavicule de son amie. La main de cette dernière passe doucement dans ses cheveux, juste comme il l’aime.

Ils sont bien comme ça.

-Comme au bon vieux temps, murmure Harry au bout d’un moment.

-Ça ne fait qu’un mois qu’on est ici, répond Uma, un peu amusée.

-Mais le Lost Revenge me manque déjà.

-Je sais. Moi aussi. On pourrait y retourner ce week-end, t’en dis quoi?

-Que t’as toujours d’excellentes idées, capitaine.

Harry peut sentir le sourire d’Uma contre sa tête, alors qu’elle continue de jouer avec ses mèches bouclées. Lui-même finit par attraper une de ses tresses et s’amuse à l’enrouler autour de ses doigts. Il a l'impression d'être de retour sur leur navire. La montée et la descente de la poitrine d'Uma, quand elle respire, lui rappelle les rouleaux des vagues, et son parfum est semblable à celui de la mer. Etreindre Uma, c'est étreindre l'océan qui lui manque tant.

Avant même de s’en rendre compte, ses yeux se ferment tout seuls et le jeune homme pousse un bâillement à s’en décrocher la mâchoire. Le sourire d’Uma s’accentue et elle presse brièvement ses lèvres au milieu de sa tignasse.

-Tu t’endors toujours si vite, chuchote-t-elle contre son front.

-Seulement quand tu es là, répond Harry d’une voix étouffée par le t-shirt d’Uma.

Une douce torpeur commence déjà à l’engourdir et l’encourage à se laisser aller. Il ne résiste que parce qu’il veut être sûr que son capitaine dorme aussi, mais la concernée annonce soudain:

-Je t’interdis d’attendre que je m’endorme la première.

Harry ouvre la bouche pour protester, avant de la refermer, les sourcils froncés. C’était un ordre direct, il n’a pas le droit d’aller à son encontre, malgré son désir ardent de s’assurer qu’Uma a tout ce dont elle a besoin.

-Harry, reprend la voix de son capitaine.

-Hmm?

-Dors.

-Uma…

-Dors ou je t’assomme.

-Aye aye capitaine.

Harry sourit, Uma aussi. Il tire un peu sur son t-shirt, juste assez pour dévoiler la peau de son épaule, et y appuie un baiser. Elle frissonne à son contact et se recroqueville un peu plus contre lui. Ses pieds sont frais contre le haut des cuisses de Harry, de même que ses mains qui continuent de courir dans ses cheveux.

Puis elle se met à fredonner une berceuse et le pirate sent la fatigue commencer à l’engloutir pour de bon. Il sait que cette chanson est en réalité un sortilège, hérité d’Ursula. Il sait aussi que ça ne sert à rien de lutter. Alors il accepte sa défaite. Ses bras se resserrent autour de la taille de son amie, son front se presse un peu plus contre son épaule, et il se laisse enfin sombrer dans les eaux calmes du sommeil.

-Bonne nuit, dit Uma, et ce sont les derniers mots que Harry entend avant de s’assoupir.

Le lendemain, quand il aura de nouveau du mal à dormir, il reviendra ici. Le surlendemain aussi, et le jour d’après, et ceux qui suivront, parce qu’il ne dort bien que quand il est chez lui, c’est-à-dire dans les bras d’Uma.