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Ils se souvenaient de temps inconnus aux mémoires d’hommes, quand poussière et lumière étaient le fondement même de la vie. Ils se souvenaient avec une clarté surnaturelle avoir regardé les mondes se former, tous différents et pourtant tous si semblables. La poussière s’était agglomérée en collines et en montagnes, gigantesques et majestueuses. L’eau avait jaillit de la terre remplissant les sillons et les fossés de ces nouvelle planètes… Et quelques avaient engendrés la vie.
Ils se souvenaient avoir regardé la vie se répandre comme une traînée de poudre que rien ne pouvait arrêter. Elle se répandait inlassablement et continuellement…. Sous l’eau, dans le ciel et sur terre…. La vie s’était développée avec grâce et bientôt une nouvelle branche d’être vivants vit le jour. Ils se souvenaient s’être penché sur cette branche bien particulière et l’avoir regardé apprendre à marcher, à parler, à construire et à détruire. Ils les avaient regardé développer arts, logique et mathématique. Et au fur et à mesure du temps qui s’était écoulé, ces êtres avaient acquis d’étranges sentiments à leur égard. C’était la première fois mais pas la seule puisque cela était arrivé dans tous les mondes où cette espèce était née. Ils étaient redoutés, craints et ils ne comprenaient pas….
Ils étaient inéluctables, inébranlables et absolus. Car tout ce qui vit doit mourir. Ou plutôt tout ce qui respire doit mourir. Parce que contrairement à ce que cette espèce croyait, la vie ne se limitait pas à ce petit encart de chair que l’évolution lui avait donné. Mais cela était une autre histoire…. Pourquoi donc alors les craindre, eux, étape inévitable de la vie biologique ? Pourquoi avoir peur de cette chose si naturelle qu’était la Mort ?
La Mort….
Au décours de leur apprentissage des langages, cette espèce les avait nommés de bien des manières… Mort, Death, Morto, Tod, Shi,…. Peu leur importait vraiment. Ils étaient, tout simplement. Vivant et non-vivant. Bon et mauvais. Un et plusieurs. Ils étaient et continueraient à être, implacables d’existence.
D’autres mondes étaient encore plus particuliers car ils avaient reçu le don de la magie. Ils avaient toujours été subjugués par elle. La magie était une force de la nature, sauvage, puissante et vraie. Parfois, elle s’épanouissait comme un tournesol face au soleil et parfois, elle s’épuisait avant même que les hommes apprennent à parler. Rarement, elle arrivait à déployer toute sa splendeur mais, dans la majorité des mondes où elle avait persisté, les sorciers avaient fait ce que les hommes font toujours. La magie s’était retrouvée domptée, maîtrisée et canalisée…. Réduite, pour ainsi dire. Ce que les sorciers modernes faisaient avec leur baguette était grotesque et futile comparé à ce qu’ils pourraient faire s’ils écoutaient leur magie au lieu d’essayer de la dominer…
Pourtant, à un moment donné, ils furent étonnés de voir trois sorciers les défier en survivant alors qu’ils n’auraient pas dû. Ce n’était pas dans le plan. Ils furent d’autant plus surpris que les trois sorciers en question, trois frères, n’avaient vraiment rien de spécial. Plus amusés qu’en colère, ils décidèrent de les tester. Ils leur proposèrent un cadeau, n’importe lequel, sans aucune contre partie…. Ils pouvaient déjà voir la soif de pouvoir et de gloire briller dans les yeux de l’aîné qui lui demanda une baguette si puissante que rien ne pourrait lui résister. Ils la créèrent donc à partir d’une branche d’un sureau qui se trouvait là en lui murmurant que la baguette de sureau était à lui à présent. Le deuxième frère lui demanda un objet pour ressusciter les morts….C’était d’une telle banalité et d’une telle suffisance…. Ils prirent néanmoins une pierre de la rivière voisine et lui donnèrent en lui disant modestement que la pierre de résurrection était désormais à lui. Le troisième hésita un moment avant de leur demander leur dû, pour finalement réclamer quelque chose pour les éviter le plus longtemps possible. Ils furent passablement ennuyés par la demande mais cédèrent malgré tout leur cape d’invisibilité. Et ce fut tout.
Jusqu’à ce que le premier frère ne se laisse consumer par la stupidité et le sentiment de toute puissance que lui procurait la baguette. Il mourut égorgé dans son sommeil et la baguette de sureau fut alors gagnée de duel en duel, de bataille en bataille…. Le deuxième frère fut pris à son propre jeu car on ne revient pas de l’autre côté, ou du moins, pas entièrement. Fou de douleur et de chagrin, il se suicida et la pierre de résurrection fut oubliée….
Le troisième frère utilisa la cape à bon escient. Il fonda une famille, eut des enfants et des petits-enfants et au crépuscule de sa vie, se décida à l’enlever. Ils allèrent le chercher humblement alors qu’il les accueillait les bras ouverts après une vie bien remplie. La cape fut passée à son fils qui la donna à son fils et ainsi pour des générations….
Ils auraient pu reprendre la baguette et la pierre mais ils en avaient décidé autrement. Celui qui réuniraient les trois reliques serait son égal et son Maître. Son vassal et son Seigneur. Celui qui saurait manier la baguette de sureau sans se laisser dompter par sa puissance. Celui qui saurait utiliser la pierre avec parcimonie et clairvoyance. Celui qui utilisera la cape avec justesse et tempérance. Celui-là sera le Maître de la Mort.
Le temps continua de s’écouler tel une rivière calme, paisible et inarrêtable. Les marées montaient et descendaient, les montagnes se formaient, les vallées se creusaient et les hommes vivaient et mourraient dans un cycle éternel. Les sorciers, eux, perdaient de plus en plus de leur superbe en ignorant le lien intime qui les unissaient à leur magie…
Dans le monde des trois frères, la magie qui avait jadis été en toute chose s’était retrouvé acculé. La force autrefois si sauvage ne vivait plus qu’au travers d’une petite communauté… Bientôt, elle s’éteindrait là aussi comme dans tant d’autres mondes. Leurs reliques étaient devenues des légendes, puis des rumeurs et finalement des contes pour enfants. Peu y croyait encore.
Deux sorciers en particulier y croyaient. Ils les avaient regardés s’agiter en tout sens pour en savoir plus. Ils les avaient regardés s’approcher de la vérité sans jamais vraiment l’appréhender. La baguette était passée de main en main, de vainqueur en vainqueur pour terminer dans les mains d’un deux sorciers. La cape était restée dans la même famille depuis le début et la pierre était devenue un bijou, héritage d’une famille. Mais comme d’habitude, l’attraction des reliques avaient eu raison du lien entre les deux sorciers… La baguette avait encore une fois exercé son influence, faisant ressortir l’attrait du pouvoir et les traits les plus sombres du sorcier…
L’autre sorcier avait d’autres défauts mais ceux exacerbés par la baguette n’en faisait pas partie. Ainsi, il était maintenant le détenteur de la baguette de sureau. Et il se retrouva vite en possession de la cape d’invisibilité, qui ne semblait pas d’un grand attrait pour lui. Il ne lui restait plus qu’une relique à acquérir avant d’être celui ou celle qu’ils allaient proclamer le Maître de la Mort. Il trouva la pierre des années plus tard et s’en brûla les doigts… Mais à ce moment-là, il n’avait déjà plus la cape et ils savaient depuis longtemps que leur égal ne serait jamais ce vieux sorcier calculateur pétrit de fausse modestie…
Non, son regard s’était porté ailleurs….En fait, sur une lignée qu’il n’avait jamais vraiment quitté des yeux. Un jeune homme humble, altruiste et sage qui n’avait jamais voulu plus de puissance que celle nécessaire à sa survie et à celle des siens. Un jeune orphelin dans tout les sens du terme qui savait que ceux qui nous sont chers ne nous quitte jamais vraiment. Un garçon, à peine un homme, qui comprenait que la mort n’était pas une fin. Jamais.
Celui-là était leur Egal. Celui-là était le Maître de la Mort. Ils le surent bien avant lui évidemment. Comme ils savaient que le jeune descendant de la lignée Peverell ne garderait pas en sa possession de tels artefacts.
Comme ils savaient que le seul véritable Maître de la Mort était celui qui ne la fuyait pas mais l’acceptait à bras ouverts le temps venu.
