Actions

Work Header

Rating:
Archive Warning:
Category:
Fandom:
Relationship:
Characters:
Language:
Français
Stats:
Published:
2024-11-15
Words:
3,643
Chapters:
1/1
Kudos:
5
Hits:
106

I'll be there

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

La première sonnerie lui laisse un goût amer entre les dents, remonte jusque dans sa gorge comme le ferait un serpent, fond sur sa langue à la manière d’un carré de chocolat doux mais âpre. 

La deuxième sonnerie fait accélérer son palpitant, comme un putain de crétin, comme un adolescent devant son premier amour, comme un adulte qui s’apprête à épouser le partenaire de sa vie, comme quelqu’un à qui l’on annoncerait qu’il faut rompre , qu’il est temps pour eux que leur chemin se sépare parce que l’amour n’est plus là, parce que la vie en a décidé ainsi. 

La troisième sonnerie lui tire un rire désabusé. Parce qu’il est plus de quatre heures du matin et que personne, de normalement constitué, n’éprouverait l’envie de répondre, de décrocher pour entamer une discussion qui s’annonce vraiment peu joyeuse, à cette heure si tardive. Celui qu’il cherche à joindre ne répondra pas, jamais. C’est bien trop tôt …, ou peut-être simplement trop tard. 

La quatrième sonnerie lui glace le cœur. Cet organe qu’il pensait pourtant dysfonctionnel chez lui, éteint depuis quelques années, s’avère étrangement en forme. La douleur qui le tiraille de toute part le lui confirme méchamment. 

La cinquième sonnerie offre une porte d’entrée au désespoir. La déception se creuse une place dans un coin de son estomac et se permet même de le lui tordre violemment, et dans tous les sens, avec un rire moqueur qui lui donne envie de se précipiter aux toilettes pour recracher son maigre repas d’hier soir.

La sixième sonnerie donne raison à la petite voix qui habite un espace clos et lugubre quelque part dans sa boîte crânienne. Celle qui lui dit qu’il ne vaut rien, celle qui lui hurle qu’il ne mérite rien, celle qui lui chuchote sournoisement de se cacher dans son espoir vain. Celle qui lui répète qu’il ne manque et ne manquera à personne. Celle qui affirme religieusement qu’il pourrait – devrait – disparaître sans se retourner, pour toujours. Celle qui lui demande mesquinement au creux de son oreille, qui le remarquera de toute manière ? 

Katchan ?

Un grésillement vient foutre en l’air le timbre de voix unique que possède Izuku Midoriya, son ami d’enfance, son rival aussi bien sur les bancs de l’école que dans la vie active, son salut de toujours, sa lumière et son enfer personnel. D’ailleurs, c’est cette petite perturbation de la part de l’appareil qui vient le mettre lui, Katsuki Bakugo, un peu plus en rogne, qui empêche la petite voix au ton macabre de finir complètement hors jeu. Malgré tout …, le surnom glisse délicatement contre son tympan, coule doucement le long de son corps et apaise légèrement son cœur meurtri par la nuit, par le temps et les affres de la vie.

— Deku. 

Le mot plus que familier sur sa langue lui fait un bien fou. La légèreté de la scène le rapproche miraculeusement de Morphée et de ses bras puissants. La chaleur qui l’assaille suffit à prendre en otage le marchand de sable qui, pourtant, rechignait à croiser sa route, le fuyait comme un beau diable, quelques minutes auparavant. C’est l’effet Izuku, le pouvoir de Deku. Le garçon a depuis presque toujours été son calmant, possède ce don singulier de la délivrer de ses colères ou bien le moyen maléfique d'attiser son animosité, lui apporte une certaine sérénité lorsqu’il ne s’amuse pas à le bousculer pour le pousser dans ses retranchements. 

Tout va bien

Non, est ce que Katsuki voudrait lui répondre instantanément. Parce que ce type lui manque affreusement et que même cinq après son départ, il ne se l’explique pas. Parce que ce type qu’il exècre plus que tout certains jours, a décroché à la sixième sonnerie avec cette voix paniquée plutôt que de l’envoyer paître sur son répondeur, alors qu’ils ne se sont plus parlé depuis des années, depuis que l’ancien héros Dynamight dans un accès de rage lui a dit d’aller se faire foutre, lui et son sourire solaire, lui et ses idées à la con, lui et ses sentiments d’abrutis, lui et son positivisme de débile. Parce que le nerd a toujours son numéro de téléphone coincé entre les nombreuses données de son cellulaire, même à l’autre bout du pays quand lui a dû emmerder Kirishima et jouer des pieds et des mains pour se le procurer – encore une preuve irréfutable qui prouve qu’il n’est bien qu’un pauvre connard. Parce qu’il fait une fois de plus une insomnie et que le surnom de ce crétin ne fait que tourner en boucle dans son crâne, parce que ses neurones s’amusent à se rejoindre au beau milieu de la nuit pour rejouer en boucle les souvenirs de leur enfance, les cauchemars de leur adolescence, les absences de leur vie d’adulte. Parce que la seule chose – personne – qui puisse le calmer, le sauver de lui-même est Izuku et qu’il n’en est pas étonné, putain.

Parle-moi.

Ça aussi, Katsuki aimerait bien, mais les mots lui échappent soudainement et la respiration du nerd qui s’entrecoupe tout contre son oreille pendant que la sienne, en revanche, entame une course effrénée ne l’aide pas à remettre ses idées en ordre. Merde. C’est parce que son cerveau ne cesse de répéter en boucle son discours dégoulinant de sentiments qu’il ne peut pas dormir. C’est parce que ses excuses tournent en rond dans le fond de son crâne, que l’explosif ne trouve pas le repos depuis un moment. C’est parce que sa conscience lui hurle de montrer patte blanche, d’enfin se bouger pour faire amende honorable qu’il ne dort plus correctement depuis quelques semaines. Et quand le moment vient pour lui d’être honnête, de se débarrasser de tout ce bordel qui grouille de long en large et en travers dans sa caboche …, monsieur prend la tangente. 

Très bien, Katchan …

Izuku souffle bruyamment de l’autre côté du téléphone et le cendré a très bien perçu la déception au fond de sa voix, l’agacement même dans son expiration. L’instant d’après, Katsuki flippe de l’entendre raccrocher, d’être seul avec ce grésillement au bout du fil. Son corps se tend entre ses draps, sa bouche se prépare à grogner d’un moment à l’autre, presque à hurler de frustration lorsque la communication se coupera subitement parce qu’il est débile, trop fier et ses yeux se ferment sous l’appréhension, sous la peur qui vient comprimer son coeur. 

Je vais parler pour nous deux.

Sa gorge se décoince brusquement, émet un son entre le gémissement de plaisir et l’étouffement parce qu’il avait arrêté de respirer, lorsque son cerveau comprend le sens de la phrase du nerd, lorsque son cœur retrouve un rythme de battement plus stable. Un gargouillis honteux s’échappe d’entre ses lèvres quand il se reprend en main et le nerd a un gloussement amusé, qui fait faire à son estomac un saut périlleux.

Tu savais que Denki sortait avec Hitoshi Shinso ? Je t’avoue qu’on a tous été surpris, surtout qu’il s’était déclaré quelques mois auparavant à Jiro. Au départ, je pensais qu’il utilisait Shinso comme un pansement, un moyen de réparer son égo … Mais pas du tout. Et puis, c’est même Shin qui lui a couru après et on n’a jamais vu Denki si possessif, tu y crois toi ? 

Izuku rigole, et Katsuki peut même sentir son sourire dans le timbre de sa voix. Il n’ose pas l’interrompre dans son récit pour lui dire qu’il est déjà au courant, que Kirishima lui donne régulièrement des nouvelles de chacun et que, même s’il ne répond pas toujours à son ami, l’explosif aime prendre un moment pour lire avec avidité l’évolution de ses anciens camarades de classe. 

Sans surprise, Tenya et Ochacco ont fini ensemble. Enfin, c’était sans surprise pour ma part mais le reste de la classe a mis un moment pour s’en remettre … Apparemment, ils ont tous pensé qu’on finirait tous les deux, elle et moi , Izuku semble encore sidéré par leur déduction, comme si c’était absurde. Quoique, il me semble que Kirishima, Hanta et Shoto n’ont pas vraiment été surpris non plus. Et Kiri a hurlé de rire quand il a appris la réflexion des autres. Je ne l’avais jamais vu rire de cette façon ! 

Le cendré ne peut s’empêcher de rire aussi, parce qu’il se rappelle très bien ce jour. La tête d’ortie l’avait appelé à pas d’heure en facetime, les larmes aux yeux et incapable d’aligner plus de deux mots sans se remettre à rire comme une baleine. Heureusement pour le rouge, Katsuki avait été suffisamment patient ce jour-là pour décrypter les quelques mots qu’il arrivait à lâcher et les remettre dans l’ordre pour comprendre de quoi il en retournait. Ce soir-là, les deux garçons avaient rigolé jusqu’à en pleurer de rire, se moquant de la stupidité de leurs camarades qui n’avaient pas été fichus de remarquer l’évidence pourtant si flagrante. 

Shoto à traîner Hanta chez lui, pour un grand repas familial. Les messages paniqués de Hanta étaient plutôt drôles, surtout celui où il s’est caché dans la salle de bains juste après que Sho a eu annoncé qu’ils sortaient ensemble. J’ai bien cru qu’il allait s’enfuir par la fenêtre ou s’évanouir en retournant à table. 

Ouais, ça aussi, Katsuki s’en souvient parfaitement … Parce que Sero l’avait appelé totalement paniquer, suffocant comme un imbécile et qu’il avait dû lui hurler dessus un bon coup pour le forcer à reprendre sa respiration, à retrouver son calme. La bataille avait été acharnée, bon sang. Il avait même dû le réconforter, lui prouver verbalement qu’il en valait la peine, que tout ça était normal et qu’il le méritait. Et c’est lorsque Hanta avait répliqué platement, après une grande inspiration, que c’était bien beau de distribuer des conseils à la pelle mais qu’il s’agirait de songer à les appliquer un jour que Katsuki avait compris qu’il avait fait un bon boulot. Avec un grognement, le cendré l’avait renvoyé à la guerre, l’avait renvoyé pour prouver qu’il était le genre de gars à mériter Shoto. 

Et Eijiro a enfin demandé la main de Mina ! Elle n’attendait que ça depuis un moment, tellement qu’elle venait même s’apitoyer sur son sort plusieurs fois par semaine chez les uns et les autres, Izuku a un petit rire, doux et léger. Et je suppose qu’on te doit tous des remerciements pour avoir poussé Eiji à le faire ? 

Katsuki arrive sans mal à imaginer le nerd avec un sourire en coin qui veut dire “Je sais tout” et un sourcil haussé moqueusement, ses yeux pétillants de malice. Depuis son propre lit, il hausse simplement les épaules, même s’il a conscience que Deku ne peut pas le voir. Tout ce qu’il a fait, a tout simplement été de menacer Kirishima, de lui promettre de se servir de lui comme d’un punching-ball s’il ne se bougeait pas. Peut-être qu’il a osé lui jouer la carte de la jalousie … Il a sûrement glissé quelques phrases par-ci par-là sur des types existants qui s’intéressaient grandement à sa compagne. La tête d’ortie a foncé droit dans le mur sans prendre la peine de réfléchir et le lendemain, la demande avait été faite. 

Je crois qu’il lui manquait une petite dose de courage … Ou peut-être ton aval ? Ou juste ta présence. Peut-être qu’il attendait que tu rentres pour le faire.

La dernière phrase n’a été qu’un chuchotement, mais l’explosif a réussi à l’entendre jusqu’à en discerner la douleur dans le mot “rentre”. 

C’était injuste, Katchan.

Le ton est soudainement plus vibrant, plus colérique et vient mettre à terre l’euphorie qui le gagnait progressivement quelques secondes auparavant en écoutant Izuku énumérer la mise en couple de leurs camarades de classe les plus proches d’eux. Sa véhémence le surprend, lui colle un crochet du droit en pleine mâchoire et attrape sa petite voix par la main pour danser ridiculement avec, lui donnant raison avec trois petits et … 

— Huh ? est tout ce qu’il peut laisser échapper, comme un crétin, sous le choc. 

Ta fuite, crache le nerd sèchement, elle était injuste. Ton silence douloureux. Et tu n’as accepté que la présence de Kirishima autour de toi et dans tes beaux jours Hanta. Et moi dans l’histoire ? Izuku déblatère avec des années de silence avec le cœur au bord des lèvres. J’étais ton ami d’enfance, ton rival, à certains moments ton ami et parfois … Parfois, peut-être plus. Je ne t’ai presque jamais lâché, pourtant toi, tu n’as pas eu d’hésitation à le faire. J’étais si insignifiant pour toi ?

Le cerveau de Katsuki prend une énième fois la fuite, pendant que son palpitant tambourine comme un sauvage au fond de sa cage thoracique, comme s’il voulait en sortir, s’échapper loin de toute cette merde. L’envie de lui rétorquer que si … Si, Izuku l’a déjà abandonné et à deux reprises même le démange, gratte dans sa gorge à l’image d’une mauvaise toux. Mais il se force à rester silencieux, à ne pas faire le gamin égoïste, à ne pas envenimer les choses et à laisser Deku cracher son venin après des années de silence assourdissant entre eux.

— Non …, bien sûr que non. 

Katsuki finit par souffler doucement lorsque le silence s’étire encore entre eux.

Alors pourquoi

Sa bouche est à deux doigts de se mettre à hurler les pires conneries du monde. 

Quelque chose qui ressemblerait à une déclaration d’amour, à base de parce que c’est toi, Izuku. Un argument que Katsuki lui-même n’a jamais compris. Des sifflements douloureux qui viendrait du creux de sa poitrine, qui voudrait dire parce que tu mérites tellement mieux, mieux que mon bras invalide et moi, mieux que ma cicatrice et ma tronche de mort-vivant, mieux qu’un gars incapable de comprendre ses sentiments et de les exprimer. Les complexes d’un rescapé de guerre. Des bégaiements honteux qui lui gratteraient la gorge, qui signifieraient tu ne m’as pas dit de rester, tu ne m’as pas retenu ce soir-là, ce n’est pas ma main que tu as serrée si fort dans la tienne ce jour-là. La jalousie d’un homme qui avait presque déjà tout perdu et qui en perdait encore. Des rires nerveux et brûlant, qui indiqueraient son envie de hurler à s’en déchirer les cordes vocales dis-moi de rester, dis-moi que tu veux me rejoindre, dis-moi que tu penses à moi. Les espoirs dérisoires qui animent certaines de ces nuits. Des craquellements dans le fond de sa voix, déchirant jusqu’à son cœur, qui annonceraient un je t’aime. Une révélation pour les deux parties, parce que Katsuki ne le verrait même pas venir … Ne comprendrait qu’après une dizaine de secondes bruyantes de battement de cœur. 

C’est Izuku Midoriya. 

— Je ne sais pas. 

Et si jamais Izuku voulait lui crier en retour que de toute manière il ne sait jamais rien, qu’il n’est jamais honnête ni avec lui-même ni avec qui que ce soit … Katsuki le comprendrait. Katsuki ne lui en tiendrait pas rigueur. Katsuki encaisserait. Seulement, Deku ne dit rien, se contente simplement de soupirer doucement. Peut-être même qu’il hausse les épaules dans son lit et qu’il roule des yeux comme il sait si bien le faire lorsqu’il est agacé. 

Cinq ans pour revenir, Katchan. Pour m’appeler.

Ce n’est même pas un reproche que l’homme lui fait, juste une simple constatation qui l’afflige un peu plus. Comme si avec le temps, Izuku s’était résigné à ne rien avoir de plus. 

— Tu ne m’as pas fait signe non plus, Deku. 

Là aussi, ce n’était pas un reproche … Mais son ton bourru et le grognement qu’il n’a pas su retenir en prononçant le surnom du nerd l’éloignent considérablement de l’observation et le rapproche une fois de plus du connard.

Parce que tu es celui qui est parti.

Aïe. Izuku marque encore un autre point. 

Tu ne m’as même pas prévenu. 

Cette fois, c’est plus un coup de marteau qu’il prend en plein cœur. 

Je n’avais pas ta nouvelle adresse et tu es même allé jusqu’à bloquer mon numéro. Kirishima m’a dit que c’était mieux comme ça, mieux pour moi et mieux pour toi. Hanta m’a dit que tu n’étais simplement pas prêt, que tu ne le serais peut-être même jamais. Visiblement, tu n’avais pas envie que je te retrouve.

Ce sont des detroit smash qu’il mange en pleine poire maintenant. Un instant, Katsuki a tenté de dire au nerd de la boucler, de se la fermer, qu’il s’arrête là, qu’il n’est en rien obligé de lister ses bourdes une à une … Parce qu’il a déjà passé cinq ans à le faire, putain. Cinq ans à regretter de ne pas avoir laissé au moins une lettre. Cinq ans à se demander pourquoi il était allé jusqu’à se débarrasser du numéro de Deku. Cinq ans à se demander pourquoi il n’était tout simplement pas resté pour affronter le carnage de l’après-guerre avec Izuku, avec ses amis, avec ses parents. 

— Je te pensais plus persévérant le nerd …

Sa sombre petite voix se frotte délicieusement les mains.

Et, il ricane méchamment, se cache derrière son comportement de petit con pour esquiver la douleur qui lui comprime le cœur. La réalité est que s’il avait entendu la voix tremblante de Izuku à l’autre bout du fil, lui demandant de revenir en reniflant, lui promettant qu’ils pourraient faire face à toute cette merde ensemble avec le timblre plein d’espoir … Alors Katsuki aurait sauté dans le premier avion en direction du Japon pour venir se terrer dans ses bras, sécher ses larmes à l’aide de ses pouces et embrasser ses cicatrices jusqu’à ce que le nerd s’en torde de rire. 

Je le suis, le successeur d’All Might rigole amèrement, et tu le sais. Mais je sais aussi quand il est temps de laisser les gens partir, Katchan. La guerre t’a pris ce que tu avais de plus précieux, elle t’a volé ton rêve et tout ce qui faisait de toi … Toi.

— Parce qu’elle ne t’a rien volé peut-être ? crache durement le cendré, qui déteste le chemin que prend cette conversation. 

 

Izuku souffle un bon coup et l’explosif sait que c’est le signe qu’il a encore une fois été trop loin, qu’il a dépassé les limites du nerd à cause de son mécanisme de défense complètement stupide, qui vise à le protéger lui sans penser une foutue seconde à ce que les autres peuvent ressentir. 

Il me restait ma mère … Et je n’avais pas le droit de te retenir alors que tu te tenais en équilibre sur un fil. Et elle n’aurait pas tenu, si je m’étais enfui avec toi. 

Dans un endroit bien au fond de lui, quelque chose se fissure soudainement et éclate pour se déverser partout dans son corps, si fort qu’il a la désagréable sensation que ses veines dégoulinent de lave et qu’il va entrer en éruption d’un moment à l’autre, que son corps s’apprête à entrer en combustion. Son cœur explose brutalement dans sa poitrine sous la douleur qui le tiraille lorsqu’il comprend enfin, sous l’assaut de ses sentiments qui ne veulent subitement plus rester cachés dans l’ombre, qui ne veulent plus rester silencieux une minute, une seconde de plus. 

— Je serais resté, avoue Katsuki dans un murmure, avant qu’il n’ait eu le temps de réfléchir. 

La respiration de Deku s’interrompt en même temps que la sienne, signe que le nerd malgré la faible intensité de sa voix, l’a bel et bien entendu. Un hoquet de douleur s’échappe du combiné et le cendré à la vilaine sensation d’avoir violemment frappé son ami d’enfance avec une explosion. 

Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? 

Katsuki imagine sans mal les sourcils froncés du jeune homme, sa bouche pincée et son menton tremblant. Il doit certainement avoir carré ses épaules, contracter ses abdominaux et retenir sa respiration, prêt à encaisser sa réponse comme il encaisserait le coup de poing d’un ennemi.

— Parce que tu ne me l’as pas demandé. 

Izuku est plus rapide, plus intelligent et futé que lui quand il s’agit de comprendre les phrases clefs d’une conversation, parce qu’il rigole nerveusement dès la fin de sa réponse. Et, à cet instant, lorsque le rire du nerd lui parvient presque instantanément, le cendré sait que c’est la seule solution qu’il a trouvé pour relâcher la pression, ses épaules ainsi que son souffle qu’il avait bloqué pour parer le coup. Parce que l’explosif est bien trop loin de lui pour qu’il puisse se défouler physiquement, pour qu’il puisse le frapper d’un bon coup dans le torse, d’une bonne claque derrière le crâne. 

Pourquoi est-ce que j’aurais dû te le demander ? le nerd le questionne hargneusement, comme un animal aux aboies, parce que ce n’est pas ce qu’il voulait entendre. 

La réponse est déjà sur le bout de ses lèvres avant même d’être en mesure d’y réfléchir, avant qu’il ne puisse y mettre les formes, avant qu’il ne puisse arrondir les angles, avant même qu’il ne puisse penser aux conséquences.

— Parce que je voulais que tu me prouves que je comptais pour toi, assez pour que tu m’accompagnes ou suffisamment pour me demander de rester. 

À l’autre bout du fil, il n’y a qu’un long silence bien plus assourdissant qu’à l’usuel de la part du nerd, qui semble à la fois tout dire et ne rien signifier. Et soudainement, Izuku se met à glousser comme un crétin, comme un mec alcoolisé. Un gloussement d’abord timide, léger et nerveux qui achève de briser en morceaux le cœur de Katsuki. La grande lampée d’air qu’il prend dans la minute qui suit et qui se transforme en un rire tonitruant termine définitivement son palpitant, lui tire une montée de larmes incontrôlables. Il a été beaucoup trop loin, a été beaucoup trop honnête, n’a encore une fois pensé qu’à sa personne. 

Tu sais quoi, Katchan ?

C’est à son tour maintenant de carrer les épaules, de retenir sa respiration et de contracter ses abdominaux. Katsuki se prépare à encaisser le prochain smash de Izuku qui le mettra sans aucun doute hors combat, sans qu’il ne puisse songer à résister, à contre-attaquer, à se défendre. 

Va te faire foutre. 

Et il ne lui reste plus que le petit grésillement sur la ligne. 



Notes:

Merci d'avoir pris de me lire <3