Chapter Text
Wrong
Chapitre I : Au mauvais endroit
« Kidnappée ? Comment ça kidnappée ? Tu te fous de qui, gros…
- Bordel, Chôji, j’te dis qu’elle s’est fait kidnapper, j’essaye pas de te faire marrer. Alors ramène-toi au club qu’on leur arrange le portrait. »
Shikamaru raccrocha sans attendre de réponse de la part de son interlocuteur et s’alluma une clope. Il était presque vingt-trois heures et il aurait mille fois préféré se la couler douce dans son canap’. Mais voilà qu’une énorme tuile lui tombait dessus. Il fallait toujours qu’elle se foute dans des emmerdes pas possibles…
« Quelle casse-couille aussi celle-là, marmonna-t-il tandis qu’il sortait dans la rue. »
Au pas de course, il se dirigea jusqu’à sa place de parking pour remarquer le sabot qu’on venait de mettre aux deux roues avant de sa voiture. C’était vraiment sa veine… Le jeune homme se passa une main sur le visage et soupira avant de se détourner de son véhicule. Il allait lui falloir une alternative. Très rapidement.
- – —
« Tu m’trompes, putain, c’est ça, hein ?
- Mais de quoi tu parles, Nago… C’est mon frère ! »
Temari retourna s’asseoir dans la voiture et referma la portière côté passager, laissant Nago ouvrir la sienne en grand d’un air affolé, quittant son poste de conducteur.
« Te fous pas d’ma gueule, Tema ! hurla son interlocuteur. Vous vous ressemblez même pas ! J’vais l’butter, tu m’entends ?! »
Complètement hystérique, il se pencha dans l’habitacle pour faire face au regard de la jeune femme et continua son discours.
« Ensuite j’vais t’butter. Et après j’me butterai. J’te jure que j’vais l’faire, putain. »
Du coin de l’œil, elle le vit sortir un flingue et sentit les battements de son cœur s’accélérer. Nago était un taré. Elle l’avait toujours su. C’est ce qu’elle avait apprécié chez lui au début de leur relation. Mais qu’il se balade avec ce type d'accessoire c’était très nouveau et elle sentit son corps frissonner d’effroi en imaginant ce que ça pouvait impliquer. Puisant dans tout son courage, la jeune femme s’enfonça dans son siège et croisa les bras sur la poitrine.
« Nago, arrête tes conneries et ramène-moi à la maison, il est tard, je suis fatiguée. Je te trompe pas, ok ?
- T’es une putain de menteuse, Tema, pourquoi tu m’trompes ? Mais qu’est-ce que j’t’ai fait pour mériter ça ?! »
Toute discussion semblait vouée à l’échec, il ne pouvait pas être raisonné en agitant son arme à feu dans tous les sens. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’elle allait devoir faire preuve d’un peu de patience pour qu’il se calme de lui-même. Un instant, elle fustigea sa passion pour les types mystérieux émotionnellement instables. C’était au moins le troisième type complètement barré avec lequel elle sortait ces dernières années. Si elle s’en tirait ce soir, elle se faisait la promesse d’arrêter de s’intéresser à des mecs trouvés dans les clubs de stripteases où elle travaillait.
Fermant les yeux pour éviter le regard fou de Nago, Temari se cala contre la portière passager et attendit du jeune homme qu’il en finisse avec son laïus accusateur.
« J’te présente mes gars ! J’te présente ma mif’ ! Tu fais partie d’ma vie et Tu Me Trompes ! J’sens qu’ce soir j’vais faire une connerie, Tema !!
- Eh mec. »
Le temps que Temari rouvre les yeux en entendant la voix d’un inconnu, Nago se faisait éjecter de la voiture par le col de sa veste au profit d’un brun habillé d’un costume trois pièces sombre. Sans plus attendre, le nouveau venu jeta le mégot de cigarette qui pendait à ses lèvres et ferma la portière.
« Mais t’es qui, merde ?! couina-t-elle.
- Attache ta ceinture et ferme-la. »
Sans réfléchir plus à la question et ne pensant même pas à fuir, Temari répondit aux ordres de l’inconnu en attachant sa ceinture tandis qu’il démarrait et passait la première dans un crissement de pneu.
Dans quoi venait-elle de s’embarquer ?
- – —
La caisse sentait la vieille bière éventée et le volant était collant. Quel enfer. Roulant à toute vitesse dans un élan dangereux, Shikamaru bouillonnait.
« J’ai rencontré le mec de ma vie, marmonna-t-il en imitant une voix d’adolescente. Il est super beau et j’crois que j’veux faire ma vie avec. J’suis qu’une conne et j’adore me faire Baiser par des Putains d’Enfoirés ! »
D’un coup puissant, Shikamaru frappa le volant qui laissa s’échapper un bruit de klaxon enroué et fit sursauter la blonde à ses côtés. Sans la considérer un seul instant, il serra les dents en accélérant encore avant que son téléphone ne se mette à vibrer. Il détestait téléphoner au volant…
« Attrape mon téléphone.
- Pardon ? »
Elle était franchement pas futée, celle-là…
« J’te dis de prendre mon téléphone. Il est dans la poche de mon fut’. »
Se disant, il accéléra encore, grillant deux feux rouges consécutifs dans une rue mal éclairée. La blonde n’en attendit pas plus pour exécuter sa demande, et il sentit une main fourrager dans la poche de son pantalon.
« L’autre poche.
- I’ fait chier, merde… »
Apparemment, la peur qu’il inspirait à la jeune femme était assez pauvre. Alors qu’il s’apprêtait à rebondir sur le commentaire de sa copilote, il la sentit se pencher au-dessus de lui et chercher le téléphone dans l’autre poche. Cette demi-seconde d’inattention lui fit prendre un dos d’âne et il sentit le corps de la jeune femme glisser et s’écraser contre ses cuisses.
« Quand on pique une caisse on apprend à conduire, sale con ! grogna-t-elle. »
Aucune once d’effroi dans la voix claire de sa camarade. En considérant le contexte actuel, ça relevait de la bêtise… Ou de l’effronterie. Complètement avachie sur lui, le bras coincé entre la portière et le siège conducteur, la blonde sortit le téléphone de sa poche avec difficulté et lui partagea un regard indigné.
« Tu réponds et tu lui dis que j’passe par devant. »
S’agitant pour se décoincer, la blonde réprima un soupir en constatant qu’elle n’allait pas y arriver sans causer un accident de voiture. Défaite, elle joua de son avant-bras libre pour trouver une position acceptable entre les cuisses du conducteur, appuyant avec délice son coude sur la jambe de son kidnappeur avant de décrocher.
« Salut, entendit-il la jeune femme répondre. Ton copain dit qu’il va passer par devant… … Je sais pas. J’suis juste une meuf qui passait par là… … … Oui exact. … À toi aussi. Allez, bisous et bonne soirée. »
Un rictus s’empara des lèvres du jeune homme tandis qu’il prenait un virage serré sans ralentir. Sa passagère savait manier l’ironie de la situation avec panache. La laissant se débattre encore avec la portière pour se rasseoir à sa place, Shikamaru se concentra à nouveau sur la route, le visage de nouveau fermé.
- – —
« Mon mec va te buter quand il te retrouvera. »
Ils roulaient depuis une dizaines de minutes déjà et Temari prenait peu à peu ses aises. Assise avec les jambes repliées contre la poitrine et les pieds nus posés sur le siège, elle observait l’extérieur par la vitre côté passager.
Nago avait installé un traceur GPS sur sa caisse dès qu’il l’avait acheté. Ce tas de boue avait toujours eu beaucoup de valeur pour lui sans qu’elle n’ait jamais vraiment compris pourquoi. Ce qu’elle savait sans l’ombre d’un doute, pourtant, c’est qu’il valait mieux pour elle qu’elle ne soit plus dans les parages quand l’altercation aurait lieu. Car elle n’avait pas oublié l’arme à feu qu’il avait agitée devant elle, ni la crise de jalousie qu’il venait à peine de lui taper. Cette histoire n’allait pas l’aider à arranger ses affaires…
Sans réagir à la remarque de la jeune femme, le conducteur semblait occulté tout ce qui l’entourait, faisant vrombir le moteur du véhicule comme jamais il n’avait dû l’être auparavant.
Alors qu’elle inspirait pour reprendre la parole, la voiture pila nette. En moins d’une seconde, le brun était hors de la voiture et sortait un flingue de l’intérieur de sa veste. Il avait un côté particulièrement élégant, pensa Temari en le voyant défaire le cran de sûreté de son arme. Avec son costume noir qui recouvrait une chemise tout aussi noire, il lui offrait une posture affirmée à observer. Grand, bien proportionné, coiffé d’une queue de cheval brune, elle le voyait de face pour la première fois et il ne la laissa pas insensible… Jusqu’à ce qu’il n’enfile une paire de lunettes de soleil sous la nuit noire à peine éclairée d’un pauvre lampadaire à deux pas de là.
Il fallait être assez crétin pour s’imposer un tel handicap. Elle le pensa d’autant plus quand il s’alluma une cigarette juste avant de se diriger vers un bâtiment auquel elle n’avait pas encore fait attention. La clope fumante au bord des lèvres, il fracassa la porte d’entrée d’un coup de pied bien placé et pénétra dans les lieux.
Un premier coup de feu percuta l’atmosphère.
Suivi d’une flopée d'autres.
Temari devait absolument faire le point afin d’agir en conséquence. Elle se trouvait dans le tas de boue de Nago, et il n’allait plus tarder à rappliquer. En face, un bâtiment semblable à un énorme cube de brique se dressait devant elle et quelques néons clignotants y indiquaient une boîte de nuit. Pourtant, pas une âme ne semblait animer les lieux. Pire encore : une sensation lourde de danger semblait peser dans le coin. Le quartier lui disait vaguement un truc, le nom clignotant avait une connotation qu’elle avait déjà dû entendre de la part de certaines de ses collègues. Mais dans ses souvenirs, ça n’avait jamais été pour en parler en bien. Pour couronner le tout, un type élégant mais désagréable et armé l’avait kidnappée pour la laisser en berne dans ce parking tout miteux.
Il fallait qu’elle se tire de là.
« Dans quoi tu t’es fourrée, ma pauvre Tem’ ? soupira-t-elle en se cognant l’arrière du crâne contre le repose-tête à plusieurs reprises. »
Elle tourna la tête sur le côté, observa la clé sur le contact et imagina un instant l’idée de quitter les lieux avant de se raviser. Sans pleinement mettre de mot sur ce qu’il se passait dans son esprit, Temari sentait en elle monter une envie de sortir de sa zone de confort.
Depuis qu’elle avait emménagé en ville, la jeune femme vivotait. Travaillant parfois en tant que stripteaseuse, dealeuse de dope ou vendeuse à la sauvette, ce simple sursaut dans sa vie lui donnait envie de tout chambouler. Alors, certes, elle aurait été bien plus en sécurité entre les bras de Nago que dans sa caisse miteuse mais… Ces coups de feu qu’elle entendait dans le bâtiment cubique la faisaient vibrer de tout son être et elle n’y pouvait rien. Chaque déflagration explosait dans ses oreilles et dans son âme, lui offrant quelques minutes d’un orchestre à percussion inédit qui n’existait que pour elle.
Puis le temps passa.
Observant la porte par laquelle était passé son inconnu, Temari se mordit la lèvre avec angoisse en constatant après plusieurs minutes que plus aucun son ne semblait s’en échapper. Avec tout le raffut que cette scène avait provoqué, la police allait bien finir par rappliquer. Il valait mieux pour elle qu’elle ne soit plus là quand ça arriverait. Le cœur battant, elle hésita peu avant de défaire sa ceinture de sécurité pour s’asseoir sur le siège conducteur. La jeune femme avait apprécié les vibrations provoquées par la situation, elle n’allait pas rester sans rien faire pour autant.
Oubliant ses désirs d’évasion symphonique, elle recadra le rétroviseur intérieur puis approcha sa main de la clé de contact avant de s’interrompre quand elle vit son ravisseur sortir en trombe du bâtiment. Complètement débraillé, la veste de costume disparue et les cheveux en bataille, il n’en perdait pas en élégance. Il s’affaissa au cadre de la porte une seconde, reprit sa respiration et regarda dans sa direction.
« Démarre la voiture ! »
Sans attendre, il reprit sa route, tirant au passage la main d’une jeune femme blonde au maquillage coulant et à la robe pailletée. Une pointe de déception perça le cœur de Temari et elle grimaça. Ce n’est pas comme si elle avait espéré le mettre dans son lit, après tout. Pourtant, le sentiment venait de se loger en elle et Temari inspira profondément en fermant les yeux.
« Démarre la voiture, bordel ! »
Un nouveau coup de feu résonna dans l’air avant de se loger dans un coin du pare-brise qui fissura sous l’impact. Le choc suffit à Temari pour tourner la clé de contact et appuyer sur l’embrayage pour passer la marche arrière. Tandis qu’elle faisait l’effort d’ouvrir la portière côté passager, elle observa son nouveau partenaire de crime attraper la blonde à paillettes par la taille pour la caler sur son épaule et reprendre sa course pour s’engouffrer dans le véhicule.
Sans attendre plus, Temari effectua une marche arrière et reprit le sens de la circulation, voyant dans son rétroviseur trois hommes armés sortir et tirer sur la voiture, faisant voler en éclats les feux arrières.
Ça n’allait pas plaire à Nago…
« Accélère, merde ! »
Temari leva les yeux au ciel. Elle n’avait pas attendu qu’il l’ouvre pour s’en faire la remarque. Se concentrant sur la route, pied au plancher, elle resta attentive aux faits et gestes de ses passagers. Le brun poussa la blonde pailletée sur la plage arrière et baissa la vitre pour y passer une tête. Rien à signaler.
« Shika, murmura la blonde à l’arrière.
- Tu la boucles, Ino. Tu la boucles. J’veux pas t’entendre, compris ? »
La dénommée Ino s’enfonça dans son siège dans un soupir résigné et croisa un instant le regard de Temari dans le rétroviseur. Malgré le mascara coulant, la conductrice perçut l’air affligé de sa passagère et sentit son cœur se gonfler d’empathie en imaginant tout ce qui avait pu lui arriver avant qu’elles ne se rencontrent.
L’ambiance électrique occupa l’habitacle et Temari préféra ne pas relancer la machine en suivant les indications du jeune homme. Il valait mieux ça que d’être laissée sur le bas-côté à une heure pareille, dans ce quartier miteux, si loin de chez elle.
- – —
Tout avait parfaitement fonctionné. Ino était intacte et Chôji, son partenaire de travail, faisait diversion ailleurs en ville pour leur offrir une échappatoire. Ils étaient en sécurité et ils devaient absolument se planquer le temps que les choses se tassent. Shikamaru en avait le cœur battant, galvanisé par la situation.
Il n’était pas tant dans le feu de l’action habituellement, mais ce genre de scénario avait toujours tendance à l’échauffer. Depuis qu’il bossait pour la Triade, son travail de garde du corps ne lui offrait pas un instant de répit. Mais ça ne l'avait jamais autant chamboulé que depuis qu’il était assigné à la protection d’Ino. Il était passé d’un travail de stratège, organisant des rapts et des cambriolages, à un travail de protection rapprochée qui lui demandait d’être attentif à tout. Son goût de la stratégie n’avait jamais autant porté ses fruits que depuis qu’Ino était devenue sa cliente principale. Il avait rarement autant eu l’occasion de devoir sortir sa cible de l’embarras depuis. Elle était un véritable nid à problèmes.
Au bout d’un quart d’heure de route silencieux où seules ses indications se faisaient entendre, son téléphone sonna.
« Problème réglé, gros. Ino est OK ?
- Elle est un peu secouée mais elle est OK.
- Nickel. »
Shikamaru raccrocha sans se départir de son air sérieux mais sentit le poids qui pesait sur ses épaules s’évaporer. Rasséréné, il se pencha sur l’observation de sa conductrice qui semblait écouter ses ordres sans broncher. Il n’avait pas eu l’occasion de le remarquer jusqu’à présent mais elle avait une tenue sacrément intéressante. Une jupe très courte, un haut très moulant, un maquillage un peu trop marqué ; elle devait probablement être stripteaseuse ou prostituée. Ce qui expliquait l’existence du type un peu hargneux à qui il avait chourré la caisse.
Dans d’autres circonstances, il aurait peut-être eu l’audace de lui proposer de finir la nuit ensemble…
« Est-ce qu’on en a encore pour longtemps ? »
À l’image de sa tenue légère et provocante, elle avait une manière de parler piquante qui agitait l’esprit de Shikamaru.
« Je te dis ça parce que je crois bien que la voiture qui nous suit c’est celle des potes de mon mec. »
La légèreté avec laquelle la blonde releva cette indication le fit presque sourire mais l’urgence de la situation le rappela aussitôt. Les traits du visage contrariés, Shikamaru regarda par la vitre arrière pour constater qu’un gros 4x4 noir accélérait pour se retrouver à leur hauteur. Merde. C’était pas fini ces conneries ?!
« Temari ! »
Le 4x4 accéléra encore pour se retrouver à la hauteur de la voiture et une tête sortit de la place passagère : le type à qui il avait chourré la caisse.
« Temari, putain, j’le savais qu’tu m’trompais, salope ! »
En un rien de temps, Shikamaru vit l’autre sortir une arme et tirer dans la portière conducteur, forçant Temari à braquer sur la droite. Ino ne manqua pas l’occasion d’en pousser un hurlement de terreur qui fit grimper la tension.
« Fais quelque chose, merde ! hurla la conductrice en appuyant encore sur l’accélérateur. Il va tous nous tuer ! »
Il n’en fallut pas plus à Shikamaru pour quitter son siège et s’installer sur le rebord de la fenêtre. Mais avant qu’il ne mette sa cible en joue, il sentit la jeune femme lui attraper le mollet.
« Même si c’est une bande de con, ne les tue pas. J’t’en prie. »
Le regard d’un vert profond qu’elle lui lança déstabilisa Shikamaru un instant avant qu’il ne retourne prendre position pour viser avec précision la tête du petit ami de la blonde qui continuait à tirer dans les airs en criant ce qui devait être le prénom de la jeune femme. Il fallait absolument se débarrasser de ce petit enfoiré. La conductrice avait peut-être émis une requête, mais il avait son propre agenda à respecter. Rien ni personne n’avait le droit de se mettre en travers de sa route.
Et certainement pas le regard puissant et charmant d’une jolie blonde qu’il venait à peine de rencontrer. Pas vrai ?
« Fait chier, soupira-t-il en recalibrant sa visée sur la première roue avant à portée de vue. »
D’un tir précis, il entendit la roue éclater, et vit le 4x4 cahoter et virer de bord une première fois. D’un deuxième tir dans le moteur cette fois, il s’assura que ses harceleurs en restent là pour la soirée, et retourna dans l’habitacle de la voiture.
« Tu m’en dois une, Temari. »
L’appeler par ce qui devait être son prénom fit tiquer la blonde et elle haussa un sourcil sans détourner le regard de la route. Il avait enfin un moyen de se souvenir d’elle par autre chose que ses attributs physiques. D’un geste du menton, elle le remercia pour avoir épargné la bande d'énergumènes qui leur collait au train.
Il fallut encore un peu de temps pour qu’enfin Shikamaru les fasse s’arrêter sur le parking d’un supermarché en périphérie de la ville. Un coupé sport d’un rouge flamboyant s’y trouvait déjà, un homme robuste assis sur son capot, les bras croisés.
« Restez dans la voiture. »
Sa phrase n’ouvrait pas au débat et aucune des deux blondes n’osa répondre quoi que ce soit tandis que Shikamaru quittait la voiture pour rejoindre son partenaire.
« Elle va bien ?
- Assez agitée mais elle va bien. Quelques marques aux poignets, tout au plus. Ça ira pour elle. »
Shikamaru tira cigarette de son paquet et s’appuya à son tour sur le capot, tandis que son partenaire se penchait un peu pour observer l’intérieur de la voiture.
« C’est qui l’autre ?
- L’autre ? »
Suivant le regard de son ami, Shikamaru observa la blonde assise au poste de conducteur qui pianotait sur son téléphone portable. Sans répondre immédiatement, il alluma sa cigarette après l'avoir portée à ses lèvres.
« Elle était déjà dans la caisse, Chôji. »
L’autre lui lança un regard en biais et l’appuya d’un sourire. Chôji le connaissait depuis assez longtemps pour savoir qu’elle aurait été sortie de la voiture bien plus tôt s’il ne lui avait rien trouvé d’intéressant… Piqué, Shikamaru fronça les sourcils en relâchant une bouffée de cigarette.
« Elle a l’air d’avoir déjà ses propres emmerdes de mec toxique à régler de son côté. T’occupe pas d’elle.
- Tu m’as l’air bien informé. »
Shikamaru préféra lever les yeux au ciel que de répondre à la remarque de son partenaire. Il était tard, il ne rêvait plus que d’une seule chose : se débarrasser d’Ino et se foutre au pieu.
Et éventuellement proposer à sa partenaire de conduite s’il pouvait la ramener chez elle.
- – —
« Eh, ça va, toi ? »
Temari quitta son téléphone portable des yeux pour se tourner vers la blonde sur la plage arrière. De longues coulures noires et pailletées se dessinaient sur ses joues et son rouge à lèvres avait débordé sur tout le côté droit de son menton. Les bras serrés contre sa poitrine, elle avait une mine d’enfant perdue qui réveilla l’instinct maternel de Temari. Sans attendre de réponse de la part de sa nouvelle passagère, la jeune femme sortit de son sac à main une lingette démaquillante et la lui tendit.
« C’était une putain de soirée, hein ? »
La lèvre tremblante de la jeune fille se calma et elle attrapa la lingette tendue. D’un sourire, elle remercia Temari et commença à se démaquiller en inspirant profondément.
« C’est comme ça tous les jours, pleurnicha-t-elle en lui adressant un regard entendu. J’ai vraiment pas de bol avec les mecs. »
La blonde à l’arrière secoua la tête en serrant la mâchoire et il fallut à Temari toute la retenue du monde pour ne pas demander plus de détails. Sa nouvelle amie avait vécu une soirée abominable, elle n’allait pas renchérir pour assouvir sa curiosité.
« Merci pour ton aide, euh…
- Temari.
- C’est vraiment un très joli prénom, souffla-t-elle en plissant les yeux. Moi c’est Ino. »
Elle lui tendit une main qu’elle accepta de serrer et Temari sentit la tension de toute la soirée s’envoler. Ino était une jolie femme, probablement plus jeune qu’elle, et peut-être aussi un peu plus naïve. A la voir ainsi, Temari rêvait de la consoler mais, alors qu’elle se sentait prête à poursuivre la conversation, son téléphone vibra.
Se rasseyant correctement à sa place, Temari consulta le message qu’elle venait de recevoir et qui la libérait de cette soirée.
« C’est ici que nos chemins se séparent, ma chérie, lança-t-elle avant de quitter le véhicule. Au plaisir de te recroiser dans de meilleures circonstances. »
Dans un clin d’œil qu’elle voulut amusé, la jeune femme attrapa ses chaussures à talon, referma la porte derrière elle et s’avança vers le coupé sport.
« Amusez-vous bien. Moi j’me tire. »
La blonde lança les clés du véhicule au brun et les dépassa sans ralentir. La soirée avait été folle et excitante mais il fallait absolument qu’elle disparaisse des radars tant que Nago en avait après elle.
« Eh ! »
Sans s’arrêter ni se retourner, elle entendit les pas du brun se rapprocher d’elle.
« Si t’as besoin d’aide… Tu sais. Pour ton mec, commença-t-il.
- Je suis une grande fille. C’était pas vraiment un type pour moi de toute façon. Il va juste falloir que je trouve un taff ailleurs. »
Son partenaire d’une nuit ne trouva rien de plus à rajouter et la blonde accéléra le pas. Elle n’allait plus pouvoir remettre les pieds dans son stripclub si elle voulait éviter Nago. Elle allait devoir arpenter tous les nightclubs de la ville pour trouver un job… De nouveau, les pas du brun se pressèrent derrière les siens.
« Tu sais comment rentrer ? »
Un coup de klaxon dans le silence annonça une réponse au brun et Temari se retourna vers lui quand elle atteignit le véhicule. D’un signe de main, elle le salua une dernière fois avant d’ouvrir la porte et de s'engouffrer dans la voiture.
Cette soirée avait été exceptionnelle, même si elle espérait ne plus jamais avoir à en vivre une pareille. Par contre, si elle pouvait retomber sur lui à l’avenir, elle ne disait pas non.
