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Un manqué bien rattrapé

Summary:

L'histoire d'une conversation gênante entre collègues qui mena à quelque chose de nouveau pour Gilbert.

Notes:

Bon anniversaire Michi ! J'espère que ça te plaira.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

 



 

Une partie de l’équipe de cuisine du restaurant était rassemblée pour une pause bien méritée après leur service du déjeuner éreintant. Mais pour Gilbert, la pause n’en avait plus que le nom quand il remarqua que Lucas le fixait en silence. 

 

— Hm, Lucas ? Qu’est-ce qui t’arrive ? J’ai quelque chose sur le visage ? demanda Gilbert, légèrement recroquevillé sur lui-même.

— Non, pourquoi ? 

 

Le visage de Gilbert pâlit et transpira légèrement. 

 

— C-C’est-à-dire que tu me fixes depuis un moment et je me posais la question…. expliqua-t-il calmement. 

 

Lucas sembla réfléchir un instant à ce qu’il devait dire. Le reste du groupe le regarda du coin de l'œil en attendant sa réponse avec anticipation. 

 

— Je cherchais juste à comprendre ce qu’il te trouvait. Mais je ne comprends pas trop. 

— Hein ? De qui tu parles ? questionna Gilbert. 

— Bah Marco. rétorqua Lucas, comme si c’était la plus simple des évidences. 

 

Gilbert regarda ses autres collègues et subordonnés, espérant que ceux-ci comprennent un peu mieux que lui où voulait en venir Lucas. 

 

— Je pense que tu devrais élaborer un peu plus ta pensée. intervint finalement Yann.  

 

Lucas arborait un air perplexe. 

 

— Comment ça ? Je croyais que Marco était le petit ami de Gilbert. 

— QUOIII ? hurla Elsa

 

Gilbert manqua de peu de s’étouffer avec le verre d’eau qu’il buvait. 

 

— M-mais d’où t’es sorti une idée pareille ?!

— C’est pas ce que vous disiez l’autre jour ? demanda Lucas à ses autres collègues. 

 

Dimitri et Yann avaient le visage embarrassé. Elsa, quant à elle, se leva pour se diriger vers le plan de travail. Dimitri la suivit du regard, craintif, connaissant les sentiments de la jeune femme à l’égard de Gilbert. Elle avait commencé à couper des légumes pour la mise en place du prochain service mais continua d'écouter la conversation avec la plus grande attention. Elle avait elle aussi bien remarqué ces regards entre les deux hommes, à force d'observer Gilbert de loin...

— C-comment ça ? questionna de nouveau Gilbert, tremblant et rouge comme une tomate.

— C’est-à-dire que-

— On disait simplement qu’il avait une façon particulière de te regarder, très douce. Comme quelqu’un d’amoureux, en somme. expliqua Yann.

— Ah bon ? intervint Lucas. 

— Oui ! C’est pour ça qu’on ne doit pas oublier le contexte ! lui répondit Yann. 

— Vous êtes compliqués. S’il est amoureux, il devrait le dire tout de suite, c’est plus simple. répondit Lucas.

 

Elsa donna un violent coup de couteau sur le plan de travail, ce qui fit sauter des morceaux du légume qu’elle découpait et sursauter les hommes dans la pièce. Elle ne manqua pas de lancer un regard assassin à Lucas, qui n’en tint pas rigueur. 

 

— Ça serait un peu long à expliquer et ça dépend des gens. Je t’expliquerai plus tard- se coupa Yann en voyant le regard noir d’Elsa. 

— V-Vous n'allez pas un peu vite en besogne, là ? Marco n’est pas amoureux de moi, enfin… Je veux dire, il n’est pas de ce bord-là ? 

— Qu’est-ce qu’on en sait ? C’est toi son ami, pas nous. rétorqua Yann. 

— Quand bien même il le serait… Ce que je ne juge pas bien entendu ! 

 

Gilbert leva les bras en signe d’excuses. 

 

—  Je ne pense pas qu’il puisse m’aimer de cette façon-là… termina-t-il. 

 

Gilbert n’avait jamais vraiment réfléchi à la possibilité d’avoir ce genre de relations avec Marco. Il était lui-même rarement tombé amoureux et il ne s’agissait que de femmes. Il aimait énormément passer du temps avec Marco, il se sentait détendu avec lui, libre d’être lui-même, avec ses défauts et ses qualités. Marco lui avait fait découvrir de nombreuses choses, l’avait aidé à s’ouvrir un peu plus chaque jour et cela en avait été le même du côté de son ami et lui, de ce que Marco lui avait dit. 

 

— On est désolés, on ne voulait pas te perturber. On parlait de ça, comme ça et…. Désolé si on est allés trop loin. dit finalement Yann. 

— Oui, désolé. répondit Dimitri. 


Les cuisiniers avaient eu pitié de leur sous-chef, en le voyant si perturbé par leurs réflexions.


L’équipe reprit ensuite le travail pour le service du soir, qui fut particulièrement chaotique pour Gilbert, le sous-chef étant distrait par la conversation de la pause déjeuner. A la fin du service, il pensa encore à cette conversation car elle réveillait doucement des questionnements en lui. 

 

Que ressentait-il véritablement pour son ami ? 



Gilbert soupira en rentrant dans l’immeuble et se trouva directement face à Yorgo et Jean, ses voisins de palier, qui se disputaient comme à leur habitude sur tout et rien. 

 

— B-bonsoir. dit Gilbert à ses deux voisins en passant devant eux.  

— Bonsoir. Tu es encore plus pâle et morose que d’habitude, dis moi. fit immédiatement remarquer Yorgo. 

— N-non ça va. 

 

Yorgo et Jean se regardèrent pendant quelques secondes. 

 

— Allons à ton appartement. dit Jean.

 

Gilbert ne trouva pas l’énergie de contester. 

Les trois hommes étaient assis autour de la table. 

 

— Je vois. Et donc qu’est-ce que tu leur as dit ? demanda Jean, après avoir écouté Gilbert raconter ce qu’il s’était passé plus tôt dans la journée. 

— B-bah pas grand chose. Je ne comprends vraiment pas d’où leur vient cette idée….

— Je le trouve bien patient, Marco. rétorqua Yorgo. 

— Je suis d’accord. approuva Jean. 

— Vous allez pas vous y mettre aussi ! 

— Il faut dire que tu n’es pas très futé de ce côté-là et c’est peu de le dire. dit Jean.

— C’est sûr. confirma Yorgo.

— Et donc ? Qu’est-ce que je suis censé faire ? Lui poser la question la prochaine fois ? interrogea Gilbert. 




Jean et Yorgo écarquillèrent les yeux, comme si Gilbert venait de dire la chose la plus absurde qu’ils n’avaient jamais entendu. 

 

— Surtout pas ! Il va se sentir acculé si tu fais ça. expliqua tout de même Jean. 

 

Gilbert ressortit de cette conversation avec plus de questions que de réponses. Il n’avait aucune idée de ce qu’il allait faire, la prochaine fois qu’il verrait Marco. 

 

Allongé sur son lit, Gilbert ressassa les conversations qu’il avait eues pendant la journée. Sa mauvaise estime de lui-même faisait qu’il refusait de croire que Marco puisse être amoureux de lui. Marco était en effet un bel homme — n’importe qui devait l’admettre, toutes les coiffures et styles lui allaient comme un gant — sympathique et fort physiquement — il a déjà porté Gilbert avec une couette avec grande facilité. Ce dernier point était-il nécessaire ? se demanda soudainement l’homme. Mais il ne put s'empêcher d'imaginer Marco le porter dans ses grands bras... poilus et bien virils. Gilbert eut à peine le temps d'étouffer un cri de surprise qui venait avec cette image mentale, qui le rendait tout chose... Gilbert eut du mal à s'endormir et ses rêves étaient hantés par Marco.




Le lendemain matin il se réveilla en entendant quelqu’un toquer à sa porte puis le bruit de celle-ci qui s’ouvrait. 

 

—C’est moi. Tu devrais vraiment apprendre à verrouiller ta porte…. 

 

Gilbert sursauta et tomba du lit en entendant la voix de son meilleur ami. Il entendit juste après des pas rapides se diriger vers sa chambre. 

 

— Euh, ça va ? J’ai entendu un grand bruit. demanda Marco. 

— Oui, oui, ça va. répondit Gilbert embarrassé. 

 

Croque-Monsieur, qui avait dû se faufiler dans l’appartement avec Marco, marcha tranquillement jusqu’à Gilbert, ignorant la scène absurde qui s’était déroulée devant lui. 



— Alors… On avait prévu quelque chose aujourd’hui ? Si c’est le cas, j’ai oublié… dit finalement Gilbert. 

— Non rien cette fois, je me suis rappelé que tu étais de repos aujourd’hui, comme moi, et je voulais juste passer te voir. Et comme tu répondais pas à mes messages… Je suis venu quand même. 

 

Je voulais juste passer te voir. 

 

Cette simple phrase eut un impact encore plus fort que d’habitude. 

 

—Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu es bien rouge. demanda Marco. 

 

Marco sortit de la pièce un instant puis revint bredouille. 

 

— Tu n’as pas de thermomètre chez toi, je suppose ? 

— U-Un thermomètre ? 

— Pour vérifier si tu as de la fièvre. 

 

Marco s’approcha de Gilbert pour lui prendre la température en posant la main sur son front. 

 

— Ça a l’air d’aller mais… Tu veux que je repasse un autre jour ? 

 

Gilbert sursauta au toucher de Marco. 

 

— J-je vais bien, ne t’inquiète pas. 

 

Est-ce que tu m’aimes ? pensa Gilbert. 

 

Marco se tourna d’un coup, regardant son ami d’un air étonné. Il resta silencieux et se gratta la tête. Il était visiblement mal à l’aise. Gilbert pâlit à vue d'œil. Il n’avait quand même pas dit ça tout haut ?!

 

— Ça te dérangerait si c’était le cas ? demanda Marco, d’un ton inhabituellement sérieux. 

 

Ce fut autour de Gilbert de rester sans voix. Il ne pouvait pas y croire. 

 

Marco amoureux de lui ? Les autres auraient donc eu raison ?!

 

Quant à Marco, il n’avait pas dit un mot depuis le moment où il avait posé sa question. Il attendait la réponse de Gilbert, visiblement stressé. Marco était habituellement si détendu que cela perturba beaucoup Gilbert de le voir ainsi. Il pouvait même dire que… ça lui brisait le cœur ? 

 

— Je vais peut-être te laisser. Désolé de t’avoir perturbé. dit finalement Marco, anéanti. 

 

Gilbert se leva d’un bond, manqua de trébucher sur ses jambes, et attrapa le bras de son ami. 

 

— A-attends ! Je suis désolé ! C’est juste que…. j’arrive pas à y croire. 

— Croire au fait que je sois amoureux de toi ?

— C-C’est ça. Je pensais que tu aimais les femmes, à vrai dire. 

— On peut aimer les deux, tu sais. C’est mon cas. 

— C-certes…. Tu pourrais trouver mieux ceci dit. 

— Toujours aussi morose quand il s’agit de toi-même. Je te l’ai déjà dit mais te rencontrer a changé beaucoup de choses en moi. dit Marco avec un doux sourire. 

— Et toi de même… Tu m’as donné beaucoup de courage. Mais ça, je te l’ai déjà dit aussi, désolé !

 

Marco le regarda d’un air doux. Gilbert comprit que ces collègues avaient peut-être remarqué ce regard là et il était vrai qu’il donnait la sensation que Marco était bien amoureux de lui. Il eut à ce moment-là comme un déclic et regarda à son tour Marco avec un sourire aimant — en tout cas c’est ce qu’il voulait faire — et ouvrit la bouche avant de se faire couper la parole. 

 

— Alors ta réponse ? 

— Ma réponse ? 

 

Marco se gratta la tête. 

— Désolé, j’aurais dû être plus clair : est-ce que tu accepterais de sortir avec moi ? D’être mon petit ami ? 

 

Gilbert haussa les épaules, comme pour se cacher. 

 

— Si tu v-veux bien de moi….  

— Je dois prendre ça pour un oui ? 

— O-oui. Mais j’ai-

— Oui tu es un débutant en relations amoureuses mais je saurais t’apprendre, ne t’inquiète pas. dit Marco avec un sourire. 

— O-ok. 

 

Gilbert était heureux de voir que sa grande maladresse l’avait amené, pour une fois, à une bonne fin.











Notes:

Petite info du jour : Le manqué est un gâteau crée par hasard après qu'on est loupé un biscuit de Savoie (selon la légende). Manqué est juste l'abréviation de "gâteau manqué". Voilà j'ai expliqué le titre de la fic.

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