Chapter Text
Juin 2026 – Monde
Bucky n’aimait pas les missions, ne les avait jamais aimées, pour tant de raisons. Et l’un de leurs aspects qu’il exécrait le plus était ce qui l’occupait en ce moment-même : remplir les rapports de mission. Il tentait de résumer comment ils avaient retrouvé la trace des trafiquants de vibranium quand son portable vibra dans sa poche. Reconnaissant le nom de l’appelant, il s’empressa de décrocher. Ça devait être urgent car son interlocuteur ne lui laissa même pas le temps de dire "allô".
« Buck.
- Hey Stevie. Je termine la mission avec Sam, je devrais être à la maison dans quelques heures.
- Tu as vu la télévision ?
- Non, Steve, je viens de te dire que je terminais la mission.
- …
- Pourquoi ?
- Des enfants avec des super-pouvoirs sont attaqués par Damage Control devant une école.
- Quoi ?
- C’est sur toute les chaines.
- Donne-moi deux secondes. »
***
La jeune fille était puissante, il n’y avait pas à en douter, mais elle était avant tout une enfant. Et une enfant sans expérience. Bucky et Sam échangèrent un regard effaré en découvrant les images du direct.
« Quel âge avait Spider-Man quand il a commencé ?
- … Sans doute plus ou moins le même âge … Mais il n’a jamais été exposé à une telle publicité à son âge. … Et il avait Iron Man pour le guider, plus ou moins.
- … On devrait l’accueillir dans notre monde, tu crois ? L’encourager ?
- … Si possible la décourager. Et lui indiquer comment appeler des renforts si jamais elle ne nous écoute pas.
- … Je vais demander à Torres de l’identifier.
- … Est-ce de notre faute ?
- Quoi ?
- Que des enfants se sentent obligés de se battre, est-ce de notre faute ? Est-ce nous qui avons construit ce monde ? Est-ce à cause de nos super-pouvoirs ?
- Quand toi et Steve étiez gamins, il n’y avait de super-pouvoirs et pourtant Steve s’est toujours battu. Ce n’est pas nous, Bucky, c’est juste le monde. »
***
Juin 2026 – New Jersey
Ce fut Bucky qui fut chargé de rencontrer Kamala Khan. Lui et Sam avaient estimé que la jeune fille serait sans doute moins impressionnée si c'était un super-héros de seconde zone qui la rencontrait plutôt que Captain America en personne. Et puis, Bucky avait plus d'expérience que son ami avec les ados super-héros.
Il l’attendait depuis une heure, caché dans l’ombre d’un arbre de son jardin, quand il la vit revenir en sautant sur ses plateformes volantes lumineuses ; cette gamine devait vraiment apprendre la prudence et la discrétion. Ainsi que l'importance du sommeil pour un organisme en croissance, il était plus d’une heure du matin.
« Kamala Khan ? »
La jeune fille sursauta et manqua de tomber de sa plateforme, atterrissant maladroitement sur la pelouse tout en entourant ses poings de lumière, prête à se défendre. Bien.
« Qui êtes-vous ? »
Il sortit de l’ombre pour s’approcher légèrement.
« Mon nom est James Barnes. »
Ce nom suffirait-il ? A voir son air éberlué, oui.
« Vous … Vous … Vous êtes le Loup Blanc ? Le meilleur ami du premier Captain America ? L’associé de War Machine et du nouveau Captain America ?
- C’est bien moi.
- Oh my god ! Ohmygodohmygodohmygodohmygodohmygod …
- Calme-toi, gamine, je ne tiens pas à réveiller tout le voisinage.
- Oui, bien sûr, pardon. Vous êtes vraiment Loup Blanc ? Vous connaissez Captain Marvel ? Vous- »
Il leva sa main en vibranium pour faire taire l’avalanche de questions. Elle vit l’éclat métallique et se tut.
« Bien, et si tu répondais d’abord à mes questions ? »
Elle hocha la tête, se forçant à retenir la myriade de commentaires dansant dans ses yeux.
« Premièrement, es-tu blessée ?
- Quoi ?
- J’ai vu à la télévision l’attaque de Damage Control. Tu es blessée ?
- Non.
- Bien, tant mieux. Le garçon qui était avec toi ?
- Kamran ? Il est en sécurité. »
Bucky lâcha un soupir et se sentit respirer un peu plus librement.
« Tu sais où il est ?
- Non. »
Un air de défi brûla dans ses yeux mais elle disait la vérité. Tant pis, ce serait un problème pour plus tard.
« Kamala … Où as-tu eu ces pouvoirs ?
- … Pourquoi êtes-vous là ? J’ai des ennuis ?
- Pourquoi aurais-tu des ennuis ?
- Parce qu’un super-héros se cache dans mon jardin pour me parler ? Que j’ai été attaquée il y a moins de cinq heures par un organisme gouvernemental ?
- Je ne travaille pas pour Damage Control. … Avec Captain America, nous avons vu tes exploits à la télévision et nous nous inquiétons pour toi. Comptes-tu encore utiliser tes pouvoirs ?
- Bien sûr ! »
Il y avait un éclat de joie dans sa voix qui ne lui plut pas. Elle s’était faite attaquer à cause de ses pouvoirs quelques heures plus tôt et, pourtant, elle semblait y trouver une sorte d’émerveillement enfantin. Elle n’avait pas la maturité de Peter et cela l’inquiéta.
« Kamala, réalises-tu ce qui s’est passé ce soir ?
- J’ai sauvé Kamran ! Je suis devenue une héroïne pour tout le quartier.
- Et tu aurais pu être tuée par Damage Control.
- J’ai déjà affronté bien pire. »
D’accord. Ce n’était pas pour le rassurer.
« Kamala, qui est au courant ?
- Tout le monde dans le quartier connait Miss Marvel, vous n’avez pas vu les vidéos TikTok ? »
Elle avait donc déjà un nom. Ce n’était peut-être pas étonnant, il n'avait jamais demandé à Peter après combien de temps il avait hérité du nom de Spider-Man.
« Non, je voulais dire, qui sait que Kamala est Miss Marvel ?
- Mes parents et Amir. Bruno, Naks, Zoé, Sheikh Abdullah, … »
Shit.
« Est-ce que tu réalises à quel point c’est dangereux ?
- Quoi, qu’est-ce qui est dangereux ?
- Que des gens connaissent le vrai nom de Miss Marvel !
- …
- Si tu veux continuer ce truc de super-héros, tu dois être plus prudente, Kamala. Le secret de ton identité est la clé de ta sécurité et de la sécurité de tes proches.
- Tout le monde vous connait, vous, Captain America, …
- C’est vrai, et ça a déjà mis certains de nos proches en danger de mort.
- …
- Le monde des super-héros est dangereux, vraiment dangereux. Ce n’est pas un jeu. Et il serait peut-être plus sage que tu renonces à tes pouvoirs.
- Alors que je peux enfin être comme Captain Marvel ? Aider des gens ? »
Il poussa un soupir mais n’insista pas, il savait par expérience que ça ne servirait à rien.
« Je ne peux te forcer à rien, tu es libre mais, s’il-te-plait, prends le temps de réfléchir à tout ça. D’y réfléchir sérieusement, d’accord ?
- … D’accord.
- Merci. … Et si tu décides de continuer, sois prudente, d’accord ? Tu n’es qu’une enfant et il y a des tas de gens plus compétents et plus expérimentés qui peuvent gérer les menaces dangereuses.
- Les menaces ne sont-elles pas toujours dangereuses ?
- Je suis sérieux, Kamala. Gère les problèmes du quotidien si tu ne peux pas t’en empêcher mais, si tu fais face à un sérieux danger, préviens-nous et on s’en occupera.
- Nous ?
- Moi et Captain America.
- Vous allez me donner le numéro de Captain America ? »
Sa voix dérapa dans les aigus et Bucky s’en serait sans doute amusé si la gamine ne lui avait pas paru si … gamine. Il voyait bien que, derrière son émerveillement, il y avait une certaine maturité, une maturité relative. Mais il y avait surtout bien trop de naïveté.
« A deux conditions. Un, tu ne dois jamais donner nos numéros à personne, jamais. Et si tu les notes quelque part, n’indique jamais à qui ils appartiennent. Je suis sérieux, Kamala. Des personnes pourraient être en danger si ces numéros fuitaient. »
Il exagérait légèrement le tableau mais, avec elle, il se disait qu’il valait mieux ça que l’inverse. La sécurité de sa famille valait toutes les précautions du monde.
« Promis.
- Bien. La deuxième condition, tu dois me promettre de nous appeler au moindre problème. Si la personne que tu veux combattre a des super-pouvoirs, si elle a des armes à feu, s’ils sont plusieurs, … Tu dois nous appeler. Un héros mort est avant tout mort.
- Je suis capable de-
- Je me fiche de savoir ce que tu penses être capable de faire. Si ce que tu combats est plus dangereux qu’un voleur à la tire, tu nous appelles et tu nous attends avant de faire quoi que ce soit, c’est promis ? Si non, je demanderai au SHIELD de trouver l’origine de tes pouvoirs et de te les confisquer jusqu’à ce que tu aies la maturité suffisante pour t’en servir sans te mettre en danger. Je suis clair ?
- … D’accord, c’est promis.
- Bien. Et ne crois pas que je ne serai pas au courant si tu ne respectes pas cet accord.
- …
- Tu pourrais aussi donner ces numéros à tes parents. Sans leur dire à qui ils appartiennent mais leur dire qu’ils peuvent les composer en cas d’urgence.
- Ce ne sera pas nécessaire, merci. »
Il la dévisagea, étonné.
« Je pensais qu’ils étaient au courant.
- Oui mais … S’ils savent que j’ai ces numéros, ils m’interdiront de faire quoi que ce soit et m’obligeront à toujours vous appeler à la place. »
Intéressant.
« Ils sont donc plus raisonnables que toi ?
- …
- J’ai un nouvel accord à te proposer. Tant que tu restes prudente, je ne rencontrerai pas tes parents et ne leur raconterai pas tous les risques que tu prends. Mais, si j’apprends que tu prends des risques inutiles, j’irai me présenter auprès d’eux.
- Vous n’avez pas le droit !
- Je pense plutôt qu’il serait de mon devoir de les rencontrer maintenant pour leur donner toutes les chances de garder leur fille en sécurité, en vie. Tu dis être capable d’affronter des menaces réelles, prouve-le-moi en te montrant capable de te garder en sécurité. Prouve-moi que j’ai raison de te traiter comme une personne responsable.
- …
- Voilà les numéros. Le premier est le mien, le second celui de Captain America. Au moindre souci, tu nous appelles, d’accord ?
- … D’accord …
- Merci. … Nous sommes nombreux, maintenant, les méta-humains. Et beaucoup ont plus d’expérience que toi. Tu n’as pas à tout gérer toute seule. »
***
Août 2026 – New Jersey
Il aurait dû savoir qu’elle ne serait pas capable de garder ses promesses. En un peu plus de deux mois, pas une seule fois elle ne les appela lui ou Sam mais Miss Marvel fit de nombreuses apparitions, affrontant à plusieurs reprises des ennemis trop puissants pour une gamine sortant à peine de l’enfance. Jusqu’à la mission de trop, celle où elle aurait pu y rester si elle n’avait eu une chance affolante. Le lendemain, Bucky sonnait à la porte de la maison des Khan. Un homme au sourire avenant vint lui ouvrir. Son épouse, occupée dans leur salon, avait un regard plus prudent.
« Bonjour, en quoi pouvons-nous vous aider ?
- Monsieur et Madame Khan ?
- Oui.
- Bonjour, je me présente, je suis James Barnes. Vous me connaissez peut-être sous mon alias de Loup Blanc ? Je travaille parfois avec Captain America et War Machine.
- Que voulez-vous ?
- J’aimerais parler avec votre fille, Kamala, si c’est possible ?
- Pourquoi ? »
La mère de Kamala les avait rejoints, cachant moins que son mari sa méfiance.
« Ne vous inquiétez pas, elle n’a pas d’ennui. Je sais qu’elle est Miss Marvel et … je voulais juste la rencontrer, au nom de la communauté super-héroïque.
- Ça ne devrait pas être le rôle de ce … Captain America ?
- J’habite à deux pas de chez vous, c’est pour ça que c’est moi qu’on a envoyé.
- … Que lui voulez-vous ?
- Juste me présenter et lui donner les coordonnées de quelques super-héros, si jamais elle avait besoin de nous contacter.
- … On ne l’encourage pas à faire ces … sottises de super-héros.
- Je m’en doute. Mais je ne pense pas que vous parviendrez à l’en dissuader. Et, si elle doit se battre, préférez-vous qu’elle le fasse derrière le dos de tout le monde, sans soutien, ou qu’elle sache qui contacter en cas de problème ?
- … Elle est chez un ami pour le moment mais vous pouvez entrer pour l’attendre.
- Merci. »
Mme Khan lui proposa du thé et, après quelques banalités d’usage, un silence inconfortable tomba dans le salon où ils étaient tous trois gauchement assis.
« … Vous avez une jolie maison.
- Merci.
- …
- Si vous lui parliez, elle arrêterait peut-être de jouer aux héros.
- Vous le croyez ?
- Vous ne la connaissez pas.
- C’est vrai, mais je connais plusieurs super-héros. Et leur point commun ? Ils ne savent pas détourner le regard quand ils croisent l’injustice.
- …
- Ecoutez, je comprends votre inquiétude. Croyez-moi, je la comprends réellement. Mais je sais aussi que rien de ce que je pourrai dire ne parviendra à convaincre votre fille de renoncer à son rôle de Miss Marvel. … Je ne sais pas ce que vous connaissez de mon histoire ?
- On ne s’intéresse pas à votre monde.
- Je pense avoir déjà lu un ou deux articles parlant d’une mission menée par Captain America et un de ses acolytes. Vous avez arrêté les Flag Smashers, non ?
- En partie.
- Et votre nom, Barnes, vous êtes parent avec l’un de ces héros du siècle dernier ? Il me semble que Kamala avait dû étudier un paragraphe sur un Barnes quelque chose, pour son cours d’histoire sur la guerre 40-45.
- C’est moi.
- … Vous êtes immortel ?
- Non, heureusement non. Captain America, le premier, n’a pas été le seul à traverser les décennies en étant congelé. … J’ai connu Steve avant qu’il ne reçoive le super-sérum, à une époque où un mauvais coup de poing aurait pu le tuer, littéralement. Et, croyez-moi, j’ai essayé de le décourager de se battre, du moins quand c’était trop dangereux pour lui. Sa mère aussi. Et aucun de nous deux n’y est jamais parvenu.
- Et il en est mort.
- … Là où je voulais en venir, c’est que, quand il se battait derrière mon dos, il était plus en danger que quand j’étais à ses côtés pour l’épauler.
- Et si vous l’aviez mieux retenu, il ne serait pas mort.
- Si je l’avais mieux retenu, il n’aurait jamais pris le sérum et serait mort avant ses trente ans. Beaucoup seraient morts sans lui, moi le premier.
- …
- Monsieur Barnes ?! »
Le cri de Kamala brisa le froid échange de regards entre sa mère et Bucky.
« Que faites-vous ici ?
- Bonjour Kamala. Comme je l’expliquais à tes parents, je suis venu ici pour te rencontrer et t’introduire dans le monde des super-héros. Y a-t-il un endroit où nous pourrions parler sans être entendus ?
- Vous ne parlerez pas à notre fille en-dehors de notre présence.
- Je regrette mais il y a des informations que je ne peux pas vous partager.
- Vous pouvez aller dans le jardin, la porte vitrée nous permettra de vous surveiller. »
Bucky acquiesça et laissa Kamala le conduire jusqu’au petit espace vert. Une fois sur place, il activa un appareil wakandais permettant de garder privée leur conversation.
« Pourquoi êtes-vous là ?
- Je t’avais prévenue que, si j’estimais que tu te lançais seule dans des missions dangereuses, j’irais parler à tes parents.
- Je maitrisais parfaitement la situation !
- Quatre fois, Kamala. J’ai regardé les images, quatre fois tu aurais pu mourir et ce n’est que par chance que tu as survécu.
- Je-
- Ce n’est pas un jeu, Kamala ! Les ennemis que tu affrontes ne sont pas des adolescents ni de petits escrocs du dimanche. Ce sont des adultes avec une maturité, des enjeux et une dangerosité qui t’échappent complètement, sans compter leurs pouvoirs. Tu n’es qu’une adolescente. Si ce sont ces ennemis que tu pourchasses, tu n’es pas de taille. Peut-être dans quelques années mais pas maintenant. Tu n’as aucune idée du danger que peuvent représenter certaines personnes.
- Vous avez fait la même leçon à Spider-Man ?
- Petit un, oui. Et il m’a écouté. Petit deux, quand il avait ton âge il se contentait de combattre des humains normaux, pour la majeure partie. Petit trois, il est plus âgé que toi et mieux entrainé. Petit quatre, lui sait demander de l’aide quand il en a besoin.
- Vous connaissez vraiment Spider-Man ?
- Oui.
- Wouaw, c’est génial ! Est-ce qu’il produit tout seul ses toiles ou il doit les fabriquer dans un laboratoire ? Est-ce qu’il glisse sur la glace ou pas ? Est-ce qu’il a vraiment huit yeux ?
- Kamala, reste concentrée, s’il-te-plait.
- Mais vous connaissez Spider-Man !
- D’accord, on va simplifier les choses, je connais tous les super-héros officiels actuellement actifs.
- Ohmygodohmygodohmygodohmygod… »
Autant pour lui, ce n’était pas la chose à dire.
« Kamala …
- Quand je raconterai ça à Bruno, il-
- Kamala !
- Quoi ?
- Je ne suis pas venu pour t’écouter fangirliser sur les super-héros.
- Vous connaissez le mot fangirliser ?
- J’ai des adolescents dans mon entourage. Mais là n’est pas la question.
- Je n’arrêterai pas de me battre.
- Oui, ça je m’en doutais. Mais je ne partirai pas d’ici sans la promesse que tu ne le tanceras plus dans des missions sans back-up.
- D’accord, d’accord…
- Je suis sérieux, Kamala. Tu sais quelle est l’une des premières consignes qu’on enseigne aux secouristes ?
- Aider les autres ?
- Ne pas se mettre inutilement en danger. Si tu es blessée, tu deviens un problème, tu augmentes le nombre de victimes à secourir et tu diminues le nombre de secouristes. Si tu meurs, tu ne pourras plus aider personne, jamais. Et si tu te fais prendre, tu peux révéler des informations qui mettraient d’autres personnes en danger, à commencer par ta famille et tes amis.
- …
- Se battre, agir en super-héros n’est pas un jeu, Kamala. C’est dangereux et les enjeux sont très réels. Ce n’est pas non plus comme dans ces jeux vidéo, tu ne peux pas faire reboot ou revenir en arrière, il n’y a pas de second essai et les conséquences sont irréversibles.
- …
- Et si tu mourais, que crois-tu que ressentiraient tes parents ? Et tes amis ? Tu y as pensé ? Quel bien ferait ta mort si tu n’étais plus là pour être aux côtés de ceux qui t’aiment ?
- …
- Alors je vais te redire ce que je t’ai déjà dit. Si tu affrontes des personnes ayant des super-pouvoirs, ou même des personnes normales mais trop nombreuses ou trop dangereuses, tu appelles à l’aide. Tu as mon numéro et celui de Captain America et j’ai également obtenu l’accord de Spider-Man pour te passer son numéro. Lui et moi sommes les plus proches mais Captain n’est jamais très loin. Tu as le moindre souci, tu appelles l’un de nous et tu nous attends au lieu d’aller seule au-devant du danger, c’est compris ?
- …
- Je ne partirai pas d’ici tant que tu ne m’auras pas promis que tu t’y tiendras, cette fois. Et si jamais tu venais à briser cet accord, je raconterai à tes parents tous les risques que tu as déjà courus, on est d’accord ?
- … D’accord …
- Bien, voici le numéro de Spider-Man, note le sous un pseudonyme qui ne permettra pas de faire le lien avec lui. Et je te ferai peut-être bientôt parvenir le numéro de Hawkeye, elle était en vacances et je n’ai pas pu la joindre avant de venir ici.
- Et ils ne m’enverront pas balader si je les dérange ?
- Si c’est pour leur poser des questions idiotes sur comment fonctionnent leurs capacités ou leurs costumes ? Plus que probablement. Si c’est pour une mission et des raisons de sécurité ? Jamais.
- … Qu’avez-vous dit à mes parents ?
- Juste que je voulais faire ta connaissance et te donner des numéros que tu pourrais appeler en cas de besoin.
- Rien d’autre ?
- Considère ça comme un premier avertissement.
- … Pourquoi est-ce important pour vous ?
- Pardon ?
- Vous ne me devez rien, pourquoi c’est important pour vous ?
- J’imagine que veiller sur les têtes brûlées est dans ma nature … Tu mènes des combats trop grands pour toi, Kamala, et je sais par expérience quelles peuvent en être les conséquences. Si je peux empêcher l’histoire de se répéter, je me dois de le faire. Et si tu veux mener seule ces combats … Soit tu as des choses à te prouver et je ne peux rien y faire, soit tu ne penses pas pouvoir compter sur des super-héros adultes pour s’en occuper et là c’est de notre faute, notre responsabilité.
- … J’ai toujours voulu ressembler à Captain Marvel, ce n’est pas de votre faute.
- Même Captain Marvel a déjà travaillé en équipe.
- C’est vrai ?
- Pendant le Blip, elle travaillait avec Black Widow, War Machine, Okoye et Rocket.
- …
- Bien, je vais prendre congé auprès de tes parents et leur donner un numéro qu’ils pourront contacter en cas d’urgence. »
***
Novembre 2026 – New York
Suite à leur deuxième rencontre, Kamala avait parfois contacté Bucky pour quelques missions. Elle avait une fois tenté de joindre Captain America mais avait mis fin à l’appel dès que ce dernier avait décroché, sans se présenter. Sam avait rapidement tracé et identifié l’appel et, comme il se trouvait en pleine mission de l’autre côté de la terre, il avait contacté Bucky pour lui demander d’aller vérifier que Miss Marvel allait bien. Depuis, elle ne contactait plus que le Loup Blanc, au grand dam de Bucky qui aurait aimé être moins souvent appelé en mission. Mais, paradoxalement, ça le rassurait de pouvoir garder un œil sur elle, d’autant plus qu’il savait qu’elle était dans le viseur du SHIELD.
Ses propres rapports avec l'agence intergouvernementale étaient ... complexes. Il aurait été illusoire de croire pouvoir leur cacher la survie de Steve – de même que leur mariage, probablement – et il ne faisait aucun doute qu’ils savaient où ils habitaient, encore plus depuis qu’ils avaient déménagé aux USA. Mais lui et son mari avaient toujours eu la sagesse de se tenir loin d’eux. Bucky avait parfois eu à travailler avec eux sur certaines missions mais jamais il n’avait croisé Fury et jamais l’agence n’avait cherché à prendre contact avec eux. Jusqu’à ce jour de mi-septembre quand, revenant de sa première mission avec Kamala, Bucky avait croisé Fury sur le chemin du retour. Ce dernier lui avait demandé des renseignements sur la nouvelle super-héroïne, ce que Loup Blanc avait refusé de lui partager – sachant très bien qu’il savait déjà tout ce qu’il avait à savoir – mais le prévenant simplement que l’enfant était encore trop jeune que pour travailler avec eux. Il n’avait pas oublié comment l’homme en face de lui avait manipulé Peter pour qu’il se charge d’une mission alors qu’il était en voyage scolaire et, désormais, il éprouvait la même rancœur que Steve à son égard. Il se plaignait donc parfois de devoir jouer les surveillants pour apprentis héros mais jamais il n’aurait laissé la jeune fille sans surveillance.
Ce jour-là, il était particulièrement heureux que Kamala l'ait contacté avant de se lancer à la poursuite de ceux qu'ils venaient d'appréhender ; il n'osait imaginer les blessures supplémentaires qu'elle aurait récolté si elle avait tenté de les arrêter seule. Une fois la menace remise aux mains des autorités, il voulut la ramener chez elle pour qu'elle puisse soigner ses plaies mais elle refusa, arguant que sa mère était à la maison et qu'elle l'enfermerait jusqu'à sa majorité si elle la voyait rentrer dans cet état. Bucky hésita. Tenter de convaincre la jeune fille que sa mère était moins dangereuse que ceux qu'ils venaient d'affronter serait vain et se rendre dans un hôpital ou une maison médicale n'était pas envisageable. Mais il n'aimait guère la seule solution qui leur restait. Il soupesa les risques ; Steve ne serait pas là – il passait la journée avec Sam – et si Peter pouvait cacher toutes leurs photos ainsi que Mary, Brooklyn et Alpine avant leur arrivée ... Soupirant en réalisant qu'il n'avait pas de réelles excuses pour rejeter cette dernière option, il envoya rapidement un message à son neveu avant de rejoindre Kamala qui tentait de rafistoler son costume.
« Je connais un endroit où on pourra soigner tes blessures, suis-moi. »
A dessein, il ne prit pas le chemin le plus court, souhaitant laisser à Peter le temps de remplir à bien sa mission, même si cela signifiait supporter plus longtemps les longues hypothèses de Kamala quant à leur destination. Si seulement il existait un sort pour … Il se figea et se fit percuter une seconde plus tard par Miss Marvel, sans y prêter la moindre attention. Le Sanctuaire de New York, voilà où il pouvait l’emmener sans risque. Il prit son portable pour avertir son neveu du changement de plan quand il reçut un message de sa part.
RAS. M, B et A sont à l’étage
Tu veux inviter Spider-Man pour que Miss Marvel le rencontre et que, la prochaine fois, ce soit lui qu’elle appelle plutôt qu’à Loup Blanc ?
Il ne put retenir un sourire, Peter avait dû l'entendre se plaindre auprès de Steve la semaine passée quand, une fois de plus, il avait dû annuler l'un de ses cours pour aider Kamala. Il hésita cependant une fraction de seconde avant de lui répondre. C'était une bonne idée, il le savait. Mais cela voulait dire qu'ils ne pouvaient se rendre au Sanctuaire, cet endroit était source d'angoisse pour son neveu. Il jeta un regard en coin à la jeune fille qui se demandait pourquoi ils s'étaient arrêtés. Elle avait besoin de soutien, et peut-être qu'un jeune plus proche de son âge serait plus à même de lui apprendre les ficelles du métier ; il n'avait pas le droit d'hésiter.
Spider-Man sera là en tant qu’invité, il ne peut pas vivre au même endroit.
C’est comme ça que tu m’annonces que je suis mis à la porte ?
Pas de soucis, je ne connaitrai même pas ton prénom
Pourquoi mon neveu préféré est aussi le plus idiot ?
Parce que tu préfères ceux qui te ressemblent ?
Rappelle-moi de te déshériter ce soir.
Je ne suis pas idiot à ce point
Je demande des preuves.
Spider-Man est invité à venir dans une demi-heure.
Mes diplômes suffisent ?
C’est noté, je serai là
Bucky reprit donc le chemin de la maison, sans plus s'encombrer de détours. Arrivés à deux pâtés de maisons de chez lui, il se retourna vers la jeune fille, la forçant une fois de plus à s'arrêter.
« Kamala … L’endroit où nous allons aller, il est très important que tu n’en parles jamais à personne, pas même à tes proches, d’accord ?
- Je vais rencontrer votre famille ?!
- Tu ne vas rencontrer personne. Mais cet endroit doit rester secret, tu m’as bien compris ?
- Vous êtes Loup Blanc, qui pourrait avoir l’idée de-
- Kamala !
- D’accord, d’accord, c’est promis.
- Merci. … Et tu vas quand même rencontrer quelqu'un, j'ai invité Spider-Man pour que vous puissiez faire connaissance.
- Je vais rencontrer Spider-Man ?!
- Crie-le un peu plus fort, je ne suis pas sûr que les gens de Manhattan t’aient entendue.
- Pardon.
- Allez, viens, allons soigner tes blessures. »
***
Quand Steve franchit le seuil de leur maison, il fut étonné de ne pas être accueilli par Brooklyn, Mary et Alpine. Peut-être que son époux était déjà rentré et leur avait ouvert la porte du jardin ? Ou alors Peter avait encore séché les cours pour sauver la veuve et l’orphelin et il avait fait un saut à la maison pour soigner ses blessures. Il espéra que c’était la première option, il n’aimait pas quand leur neveu négligeait ainsi ses études.
« Buck ? Tu es là ? Je- »
Il s'interrompit brusquement quand, en entrant dans leur salon, il découvrit une jeune inconnue qui tenait entre ses mains le bras en vibranium de son Buck.
« Qui êtes-vous ? », demanda-t-il d’une voix blanche tout en cherchant par réflexe son bouclier des yeux.
Ne se doutant pas de la frayeur qu'elle lui causait, la jeune fille l'observait avec des yeux écarquillés, comme si elle faisait face à un revenant.
« Vous … Vous … Mais ce n’est pas possible. … Mais vous … Vous êtes vraiment lui ? Vous êtes Captain America ? Je veux dire, Steve Roger. Captain America ? Je peux toujours vous appeler Captain America même si Sam Wilson est le nouveau Captain America ? Pourquoi je n’arrête pas de dire Captain America ? Et vous êtes vraiment vivant ? Comment ça se fait ? Quelqu’un le sait ? Ou vous êtes un fantôme ? Oh my god, vous êtes un fantôme ! Je peux voir les fantômes ? Il faut absolument que j’en parle à Bruno ! Je pourrais parler à Shani ? Vous connaissez Shani ? »
***
Bucky cherchait des pansements et de la pommade cicatrisante dans leur salle de bain au premier étage quand il entendit des voix provenant du rez-de-chaussée. Craignant le pire, il se dépêcha de redescendre. La première chose qu’il remarqua fut que son mari semblait combattre le début d’une crise d’angoisse. La deuxième, que Kamala l’avait reconnu. Shit.
« Steve ? »
Son appel attira le regard de l’ancien héros sur lui et, aussitôt, il vit l’angoisse légèrement refluer sur ses traits.
« Buck ?
- Je pensais que tu devais passer la journée avec Sam ?
- Il a été appelé pour … Buck, elle a ton bras.
- Je sais, c’est moi qui le lui ai confié pour l’occuper le temps que j’aille chercher de quoi la soigner et donc éviter qu’elle ne fouine partout. »
La jeune fille émit un bruit de protestation mais Bucky n’y prêta pas attention, le plus important était son Stevie.
« … D’accord. »
L’autre homme amorça un geste comme pour lui prendre la main avant de se retenir. Bucky s’empêcha de répondre à son geste avorté quand il le vit reporter son regard sur leur invitée.
« Alors, c’est elle, Miss Marvel ?
- Oui, je te présente Kamala Khan, super-héroïne du New Jersey. »
Il avait profité de l'excuse de la présentation pour poser sa main sur l'épaule de son mari, cherchant tant à le réconforter qu'à se rassurer lui-même.
« Vous … Vous êtes vivant, alors ? Comment ça se fait que vous êtes vivant ? »
S’il n’avait pas su les conséquences qui pouvaient en découler, Bucky aurait très sérieusement songé à appeler immédiatement Dr Strange, Wong ou n’importe quel autre sorcier pour qu’il lui efface la mémoire, mais le mal était fait.
« Kamala … Ce que nous allons te dire doit rester secret, vraiment secret. Tu ne pourras jamais en parler, à personne, pas même à tes meilleurs amis ou ta famille, d’accord ?
- Euh … oui.
- Je suis sérieux, Kamala. A personne. »
La jeune fille ne put retenir un tremblement devant son regard, découvrant pour la première fois un fantôme de ce qui avait terrorisé tant de gens par le passé.
« D’accord, c’est promis.
- Bien.
- Buck, on devrait lui proposer de s’asseoir. Elle est blessée et tu la terrifies. »
La voix du colocataire de M. Barnes – du premier Captain America !!!! – sembla le radoucir légèrement et, d'un geste, il invita Kamala à s'asseoir dans l'un des fauteuils. Les deux hommes s'assirent côte à côte dans le canapé lui faisant. Ce placement l'étonna et elle les observa plus attentivement ; Captain America, les Captain America, ne faisaient pas partie de ses héros préférés mais elle connaissait certains des tropes les plus populaires au sein de la communauté des fan Avengers.
« Comme tu as pu le constater, contrairement à ce qui a été communiqué, Steve n’est pas mort lors de la dernière bataille contre Thanos. Nous avons prétendu le contraire pour lui permettre de prendre sa retraite mais … il n’est pas mort.
- Et nous tenons vraiment à ce que le secret perdure, c’est pourquoi il est vraiment important que tu n’en parles à personne, d’accord ?
- … D’accord.
- Merci. »
Un bruit de sonnette empêcha le premier Captain America de poursuivre.
« Ah, ça doit être Spider-Man.
- Spider-Man ? »
Bucky savait quelle était la vraie question de Steve derrière cette intonation, s’assurer que c’était bien le héros et non leur neveu qui sonnait à la porte, et il lui adressa un sourire rassurant avant de lui répondre tout en gagnant leur hall d’entrée.
« Tu connais beaucoup d’autres super-héros insectes vivant dans le coin ? »
Sans surprise, la super-ouïe de Peter lui avait permis d’entendre sa réponse et il leva dramatiquement les bras en l’air tout en entrant, son expression amusée cachée derrière son masque.
« Pour la dernière fois, les araignées ne sont pas des insectes, Loup Blanc. Encore une erreur de ce type et je te forcerai à regarder un documentaire sur les arachnides.
- A force, cette menace ne fonctionne plus. Mais nous ne sommes pas là pour parler d’insectes,
- Arachnides.
- permet-moi de te présenter Miss Marvel, qui travaille à New Jersey.
- Bonjour Miss Marvel, je suis Spider-Man, de New York.
- Bonjour … Je suis Kamala K-
- Non, mauvaise réponse. Maintenant je connais ton adresse et j’ai pu capturer tous tes proches.
- P- Spider, je pense qu’elle a subi suffisamment de chocs pour aujourd’hui, sois gentil.
- Loup Blanc m’a demandé de lui apprendre les ficelles du métier, c’est ce que je fais.
- Tu passes trop de temps avec lui …
- Haha, je pourrai te la ressortir, celle-là ?
- Vous vous connaissez vraiment tous ?
- On a déjà combattu quelques fois ensemble. C’est important de se soutenir les uns les autres.
- Wouaw …
- Je pourrai te présenter Hawkeye, si tu veux. Elle est aussi de la région, elle a à peu près mon âge et son chien est le chien le plus adorable de la Terre. »
Bucky et Steve s’échangèrent un sourire amusé au cri enthousiaste de Kamala, ils avaient trouvé un nouveau baby-sitter pour Miss Marvel.
***
Décembre 2026 – New York
C’était une soirée calme, Peter était sorti en patrouiller, Steve travaillait sur le croquis d’un nouveau tableau et Bucky regardait le feu brûler dans l’âtre tout en écoutant distraitement l’un de leurs vinyles préférés.
« Stevie ?
- Hm-hm ?
- … »
Devant l’absence de réponse de son époux, Steve releva la tête de son cahier à esquisses.
« Buck ?
- … Ils sont nombreux, maintenant. … Les super-héros, ils sont nombreux.
- …
- Et ils ont tous envie de l'être. Et ils se connaissent, pour la plupart. Sam, Peter, Kamala, ... ils ne sont plus seuls.
- …
- Ils … Ils n'ont plus vraiment besoin de moi, pour être en sécurité. Et … Et moi, je ne veux plus le faire. … Je n'ai même jamais voulu … tu sais.
- Je sais. … Tu vas arrêter les missions ?
- … Je n’ai pas encore remboursé ma dette mais … Ça fait des semaines que j’y pense mais je ne voulais pas t’en parler avant car je savais ce que tu me dirais et je ne voulais pas l’entendre.
- Qu’est-ce que tu veux faire ?
- Les moments où je me suis vraiment senti utile, où j’ai su que je faisais une différence, c’est quand j’aidais les gens, pas quand je me battais. Lors de ma première mission avec Sam … C’est quand j’ai utilisé ma force pour sauver ces gens du fourgon que j’ai pour la première fois eu l’impression que le bras n’était pas couvert de sang. … Je n’ai jamais été comme toi, Steve.
- Et c’est pour ça que je t’aime.
- … Je ne pourrai pas arrêter les missions.
- Je comprends. J’aimerais que tu n’aies plus le sentiment de devoir rembourser une quelconque dette mais … je comprends.
- …
- Tu en as déjà parlé à Sam ?
- Plusieurs fois.
- Qu’est-ce qu’il dit ?
- Que ça ne devrait pas être compliqué de modifier mon contrat avec l’armée. Voire de l’annuler pour plutôt m’engager aux côtés des secours, des pompiers, … un truc du genre.
- Bucky Barnes, le premier super-secouriste.
- Punk.
- … Je suis fier de toi, Buck. Tu le sais ça ?
- Je t’ai quelques fois entendu le dire.
- Alors ça veut dire que je ne l’ai pas dit assez souvent.
- Punk.
- Viens là, jerk. »
Souriant, Bucky rejoignit son mari pour l’embrasser. Dans ses bras, dans le salon de ce qui était devenu leur maison, il se sentait en sécurité. En paix. Plus entier que jamais. Ils ne fuyaient plus, ne se battaient plus. Ils étaient juste là. Ensemble et libres.
***
Il n'y eut pas d'annonce publique ni de grande cérémonie mais une petite fête avec leurs amis super-héroïques pour fêter cette pseudo-retraite du Loup Blanc. Sam, Scott et Clint s'étaient cotisés pour lui offrir un panier contenant tous les cadeaux les plus kitch pour un départ en retraite, dont un set de pêche et un ouvrage sur le tricot. En riant, il les avait traités de pires meilleurs amis du monde et Steve avait exprimé son soulagement de ne pas avoir eu de cérémonie semblable lorsqu'il avait rendu le bouclier – il n'avait pas encore vu le deuxième panier caché dans leur hall d'entrée.
La soirée s'était bien passée et, comme Peter raccompagnait les derniers invités à la porte, Bucky et Steve commencèrent à ranger leur salon en désordre, après avoir ouvert la porte du jardin pour que Mary – qui s'y était cachée toute la journée – puisse rentrer. Quand leur neveu les rejoignit, Steve lui lança un petit sourire taquin.
« Kate ne voulait pas rester ?
- Pour la dernière fois, nous ne sommes qu'amis, Oncle Steve. Rien de plus.
- D'accord, d'accord. »
Il attendit une réplique humoristique qui ne vint pas. Echangeant un regard légèrement inquiet avec son époux, il cessa son rangement pour se tourner vers le plus jeune.
« Que se passe-t-il, Peter ? Tu as été bien silencieux toute la journée.
- Rien. … C'est juste que … ça me fera bizarre, de ne plus patrouiller avec Oncle Bucky, c'est tout. »
Les deux ex-super-héros échangèrent une œillade, surpris, ne s'étant pas attendus à cette réponse.
« Tu sais que tu pourras toujours m'appeler en cas de problème, pas vrai ? Si jamais tu as besoin de-
- Non, c'est pas ça. Je sais que tu seras toujours là en cas de besoin. Et puis je pourrai toujours faire appel à Kate, tonton Sam, ... »
Malgré les insistances de Sam, il n'était jamais parvenu à l'appeler "oncle". Il lui était impossible d'appeler Steve et Bucky "papas" même si c'était ainsi qu'il les voyait, ce mot était trop chargé de deuil, mais le mot "oncle" leur était réservé. Il était donc arrivé à un compromis avec Captain America et le mot "tonton" avait été arrêté. Depuis, entre les Barnes et les autres super-héros, il avait gagné a minima une quinzaine de tontons.
« Qu'est-ce qu'il y a alors, Peter-boy ?
- …
- Peter ?
- Ces patrouilles, c'étaient … Avec Oncle Steve, on a nos après-midis dessins animés. Ces patrouilles … c'étaient mes moments avec toi. Et je sais que je suis ridicule et que je devrais juste être content pour toi – et je le suis – mais …
- Peter ? »
Bucky s'était avancé et avait posé sa main sur l'un des bras de son neveu pour accrocher son regard.
« Ces moments étaient importants pour moi aussi. Et le fait que j'arrête les missions, ça veut dire que je serai plus souvent à la maison, pas que je serai moins présent, d'accord ? On trouvera autre chose à faire ensemble. Je suis sûr que Stevie acceptera de te donner son matériel de pêche si tu veux qu'on apprenne à pêcher ensemble. Ou on pourra prendre des cours de tricot ou n'importe quoi d'autre. Mais on trouvera, d'accord ?
- D'accord. … N'importe quoi d'autre ? »
Steve retint difficilement un petit rire devant l'air espiègle de Peter, Buck allait regretter cette phrase. Son époux devait être parvenu à la même conclusion car il lâcha un faux soupir avant de lui répondre.
« Qu'as-tu en tête ?
- Eh bien … Tu sais comme mon psy me conseille de rassurer ma peur de l'abandon par des moments de qualité avec ceux que j'aime ?
- Que dirait la population new-yorkaise si elle savait que l'un de ses plus grands héros s'adonne au chantage ? … Je t'écoute.
- "Star Wars" était un univers que je partageais avec mon meilleur ami et ça signifierait vraiment beaucoup pour moi si tu acceptais de le découvrir avec moi.
- … Stevie ? »
Souriant, Steve leva les mains en signe de reddition tout en secouant négativement la tête.
« Tu t'es mis là-dedans tout seul, Buck, je ne rentre pas dans ce débat-là.
- … Tu as de la chance que je t'aime.
- Je sais.
- … Bon, d'accord, je veux bien essayer de découvrir "Star Wars".
- Yes !!!
- Mais un seul film, Peter-boy. Si je n'aime pas le premier, hors de question que je m'inflige les huit suivants.
- En fait, il y en a douze au total. Plus toutes les séries, bien sûr.
- Seigneur, dans quoi me suis-je embarqué ?
- Tu n'es pas croyant, Buck, n'invoque pas le nom du Seigneur si tu ne crois pas en lui.
- Tu crois que je peux encore changer d'avis, reprendre le titre de super-héros ?
- Tu nous obligerais à rendre à nos amis cette adorable et ridicule peluche du Loup Blanc ? »
Steve adressait un faux-regard implorant à son époux qui ne put retenir bien longtemps son éclat de rire.
« D'accord, d'accord. Mais c'est bien parce que je vous aime tous les deux.
- J'ai toujours dit que tu avais un grand cœur. Et maintenant, viens m'aider à ranger le désordre laissé par nos amis, je n'ai pas envie de devoir m'en occuper demain matin.
- A vos ordres, Captain.
- Jerk. Peter ? Tu nous aides ou Spider-Man est de patrouille ce soir ?
- Ce n'est pas que je n'ai pas envie de ranger mais ... les pouvoirs, les responsabilités, tout ça tout ça.
- Elles ont bon dos, les responsabilités. Allez, file. Et sois prudent, d'accord ?
- Toujours. A demain les retraités !
- A demain l'insecte.
- Arachnide ! »
Le cri de Peter leur parvint depuis les escaliers et ce fut en riant que Steve et Bucky recommencèrent à rassembler les verres sales et emballages vides. Quelques minutes plus tard, le bruit d'une fenêtre ouverte leur apprit que leur neveu était parti en vadrouille. Revenant d'avoir remplir leur lave-vaisselle, Steve trouva son époux debout dans leur salon, observant les restes de la fête organisée plus tôt.
« Buck ?
- Ça en valait la peine.
- …
- Tout ça, ma promesse de regarder "Star Wars", … ça en valait la peine. »
Steve se plaça dans son dos pour l'enlacer, déposant un baiser papillon dans sa nuque.
« J'aimerais réécrire certaines parties de notre histoire mais … oui, ça en valait la peine.
- … Tu veux vraiment terminer le rangement ce soir ?
- Tu as d'autres projets en tête ?
- Peut-être.
- Je pourrais me laisser convaincre… »
Et, souriants, ils laissèrent derrière eux le désordre du salon pour regagner leur chambre. Ils auraient tout le temps du monde, désormais. Une vie de paix, loin des combats.
